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Une forme de corps
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 Article publié le 10 avril 2008.

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Une forme de corps

En des mouvements intérieurs

Au cours de l’été dernier j’ai assisté à un spectacle de flamenco, animé par la formation d’une école de danse de Marseille. À maintes reprises je fus touché par des séquences, précises et ténues, de ce spectacle. Que ce soit dans le chant flamenco, la danse ou la musique des guitaristes, j’étais fébrilement emporté par ces — séquences — qui entraient en ruptures avec un déroulement du spectacle qui aurait pu apparaître plus traditionnel dans son expression artistique.

Survenaient alors sous mes yeux, des cassures de mouvements, des brisures de la ligne courbe du corps, des inclinaisons – imprévues (?)- du visage, des bras, de la main ou des doigts… Comme s’appréciaient à l’oreille des éraillements de la voix dans le chant ou des modulations vocales inouïes.

À ces instants — fugaces — la présence du corps imprégnait l’art du flamenco. Et me transportait.

Cette présence du corps me paraît être ce qui dans l’art distingue l’existence du singulier par l’émergence de son talent, d’un accomplissement artistique simplement académique. Cette présence du corps en ces distorsions de mouvements, ces éraillements de la voix des chanteurs, élevait ce spectacle flamenco à l’œuvre d’art.

Ces mouvements intérieurs qui inclinent le mouvement physique et créent le geste.

 

La singularité du geste

L’apprentissage d’un art passe par un travail académique. Mais l’expression d’un artiste, fut-il poète, peintre, musicien, se doit de le dépasser dans l’appropriation qu’il en fait. Il modifie ainsi cette -charpente-mémoire- de l’art qui se transmet dans le patrimoine de l’humanité.

Une œuvre d’art n’est pas la représentation d’une réalité, nous le savons. Elle est une réinterprétation du monde, la ré-appropriation d’un espace vital. Dans le flamenco, le corps est présent dans ces distorsions des gestes, — ces possibles du mouvement — et dans ces altérations — justes — du chant dans la voix. Et loin de brouiller l’expression de l’art-iste elles sont, de l’art, la quintessence. Elles le nourrissent, l’enrichissent, l’élèvent, et avec lui l’être humain dans sa condition de mortel. Ces distorsions sont présence du corps dans l’œuvre d’art. Cette présence matérialise sous mon regard la forme. La forme comme le corps. Une revendication de l’existence au monde, la singularité du geste de l’artiste, la forme donnée en l’art.

 

Je crois qu’en poésie la forme du poème, qu’elle s’inscrive dans la vision qu’elle nous donne sur la page ou dans la prosodie qui court dans ses vers et vibre dans l’air à leur musicalité, est présence du corps dans l’écriture.

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 L’ensemble Ce qui ne revient plus entre dans la composition du livre Comme des ombres dans la ruelle

 

Ce qui ne revient plus (extraits)

(Sous le rythme du poème)

 

Je voudrais revenir

comme le font les poètes

leurs vers Revenir

en chemin de mémoire

dans le sobre des bouches

dépouillement des mots

Revenir comme il se doit

le cœur qu’on doit discret 

durant l’émotion vive

l’éprouvé de ce sang

qui cogne mes artères

Et pulse dans le flux

la remémoration brève

de premiers souvenirs

embellis d’une aura

qui consacre Cela

qui ne reviendra plus

 

 

 

Je poursuis mon chemin

en tracé singulier

où je griffe des mots

dessine Ce

et pareil passé

qui n’a prix

que battement de chairs

accolades humaines

des êtres auprès desquels

naguère je liais

quelques intimités 

au silence

des bouches

 

 

 

 

 

Puis-je trouver un souffle 

dans ce refluement là 

Quels mots de ce rythme

éveilleront dans mes vers 

les miens Ceux qui marchèrent

à mes cotés 

et croisèrent mes pas 

Souffles dans la clarté d’un air 

qui ne reviendra pas

 

 

 

Qu’ils se lèvent à nouveau 

ceux qui me délaissèrent

à la toute solitude du monde

Leurs pas et rires

qu’on les entende encore

dans ce flux

rythmique de mon corps 

la chair qui palpite

à leurs images Présences  

qui furent inscrites 

dans le silence de mes mains

 

 

 

 

 

Qu’ils me reviennent 

D’au dessous rejaillissent

sous la trémulation des vers

comme pulsion qui lève

et me vibre le corps 

mes membres qui s’agitent

dans ce terreau de termes 

Harmoniques où je fouille

appelle et interroge

comme celui qui a perdu

dans le long du chemin Ce

qu’il a de très cher

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Qu’ils s’élèvent à mes côtés

surgissent de cette nuit

qui s’ouvre à leur passage

et m’accompagnent à nouveau 

dans le lieu retrouvé

d’être ensemble 

pour enfin prononcer 

tous ces mots

que je n’ai pas su dire

 

 

……

 

 

Je vais parfois pour les trouver 

à pied au cimetière 

Et je vois leurs tombes 

pareilles à d’autres pierres

marbres qui peuplent cette terre

Mais gravés leurs noms

appellent hautes leurs ombres

qui se lèvent et qui soudain me touchent

quand je passe et m’arrête 

dans ce creux de l’haleine 

qui recherche son souffle

 

 

 

 

Et d’ici je veux leur rendre

Salut  de ce sourire ce geste

que je conserve en moi

qui à jamais me protègent

de la froideur du temps 

Je me souviens

et au creux mon haleine

se presse en saccades

quand je lis ces noms gravés

froids sur le marbre

et quand je sais au fond

sous la pierre et le bois

ce rien qui demeure 

de cette grandeur d’homme

qui fut mains tendues

et visages penchés Mots et rires

en cascades pour peupler

sous le ciel-------  le soleil

et la nuit ------- de nos jours

en éclats------- notre vie.

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