Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Forum] [Contact e-mail]
Navigation
Les textes publiés dans les Goruriennes sont souvent extraits des livres du catalogue : brochés et ebooks chez Amazon.fr + Lecture intégrale en ligne gratuite sur le site www.patrickcintas.fr
Hypocrisies - Égoïsmes* [in "Hypocrisies"]
Supplément - Manitas VII

[E-mail]
 Article publié le 4 septembre 2022.

oOo

« Julien, je vous présente Kol Panglas et son amie Alice Qand… Ils ont loué la maison… Je me suis chargée de la transaction…

— Et nous vous en remercions, chère Sally, dit celui qui s’appelait Kol Panglas. Charlotte ne se sentait pas de force…

— On la comprend ! Avec ce qu’elle en a bavé ! dit celle qui s’appelait Alice Qand.

— Elle veut dire à l’accouchement, précisa Kol Panglas. Elle a refusé la star…

— Déjà que son bébé est un… Oh ! Excusez-moi, Sally…

— Mais ce n’est rien… On finit par s’y habituer, rassurez-vous…

— Mais je n’en prends pas ! s’écria Alice Qand.

— C’est toujours ce qu’on dit… » râlai-je sans retenue.

La vieille me rapprocha du couple qui se tenait encore aux portières, chacun de son côté. Kol Panglas toucha le bord de sa casquette. Alice Qand me regarda comme si elle attendait une explication.

« Il veut dire qu’on en met partout et qu’on ne sait jamais où exactement, dit la vieille en me pinçant la fesse.

— En tout cas je n’ai pas l’impression d’en prendre, fit Alice Qand. De toute façon, Kol est stérile…

— Stérilisé… précisa-t-il.

— Mais vous arrivez avec un jour d’avance… » dit la vieille avec un sourire de circonstance, vague mais interrogateur.

Kol Panglas referma sa portière, fit le tour de la bagnole et se glissa derrière Alice Qand pour fermer la portière qui lui avait servi à entrer et à sortir du véhicule, dans l’ordre. Il avait une explication toute prête :

« Nous sommes tombés en panne… Ce n’est pas notre voiture. Le garagiste, connaissant parfaitement madame Tulipe, nous a prêté celle-ci, mais avec un jour d’avance, voyez-vous… ?

— Nous devons impérativement la ramener demain… s’écria Alice Qand en secouant sa main qui était de taille moyenne et bien entretenue si j’en jugeais à la couleur des ongles.

— Si la nôtre est réparée, dit Kol Panglas. Une marque étrangère…

— Ah la la ! exultai-je. Depuis que nous sommes en guerre… »

Mais la vieille n’avait pas l’intention de poursuivre cette conversation en en changeant le sujet. On voyait qu’elle était ennuyée par cet imprévu. Un jour d’avance, c’est quelque chose !

« Entrez, entrez ! fit-elle comme si elle était chez elle. Nous nous arrangerons. Pas question que vous couchiez à l’hôtel de soir…

— J’ai l’habitude de l’écurie, plaisantai-je.

— Vous avez des chevaux ? »

Je n’en avais pas. Enfin : madame Charlotte Tulipe ne possédait pas ce genre de propriété immeuble. On en parlait encore en gravissant les marches du perron. L’intérieur était « chouettement décoré ». Cela méritait récompense. Ils sortirent les cadeaux de leurs poches et la vieille fit mine de sortir ses mains de la sienne. Geste interrompu par son cerveau en alerte. Elle fit bien, car le spectacle de ses menottes dérange toujours les esprits les moins préparés à admettre que l’industrie alimentaire et l’organisation des loisirs ne disent pas toujours la vérité sur leurs véritables intentions à l’égard du reste de l’humanité, qui est légion. Ils déposèrent les paquets sur la table.

« La bouteille est vide, dis-je à la vieille. Je vais en chercher une autre… Donne-moi la clé…

— Ah ! Je vois qu’ici aussi c’est madame qui tient le trousseau ! s’écria Kol Panglas plus joyeusement que d’habitude.

— Je ne suis pas madame, dit la vieille tranquillement. Vous oubliez que Charlotte est…

— Ah… ? Mais alors… monsieur… ?

— C’est son fils, » déclara la vieille en secouant le trousseau de clés.

Première nouvelle pour ces locataires en avance sur le temps qui leur avait pourtant été alloué. Ils ne purent s’empêcher de jeter un œil sur mes mains. Les prothèses attiraient pourtant le regard mieux que tout autre détail de mon anatomie, excepté ma queue, laquelle je contenais par resserrement des cuisses et contraction de l’anus.

« La différence d’âge est impressionnante, constata Alice Qand en me toisant.

— Mais elle est possible grâce à… commença Kol Panglas.

— Nous avons décidé de ne pas avoir d’enfant, » déclara encore sa pareja.

Ils avaient autre chose à faire. La vieille s’excusa et sortit. Avec le trousseau de clés tintinnabulant dans sa poche. Comment pouvait-elle se servir d’une clé ? Kol Panglas me demanda si on pouvait fumer. Il pratiquait le cigare. D’ailleurs, il possédait une fabrique à Cuba. N’avais-je jamais entendu parler du fameux Kolipanglaso ? Non.

« Je fumerais plus tard… dit-il.

— Et dehors ! pesta Alice.

— Elle ne supporte pas… »

La vieille entra, sans rien dans les mains, bien sûr. Mais on entendait parfaitement le tintement de la bouteille soumise aux collisions avec les clés. Kol Panglas ne se fit pas prier et fouilla dans la poche. Il en sortit une bouteille toute verte et translucide. Alice se jeta littéralement dans une chaise. Elle avait un petit cul. Elle pouvait le poser n’importe où pourvu que rien n’en menaçât l’intégrité. Elle croisa ses jambes sous une jupe conçue pour ne pas les donner en spectacle. Elle me prenait déjà pour un humoriste aux dépens des autres. Son regard ne m’aimait pas, et pas seulement à cause de mes appareillages lubrifiés à mort et qui sentaient le vieux moteur éreinté par un usage sportif. La vieille désigna l’armoire comme étant celle qui contenait les verres. Kol Panglas se prêta volontiers au rôle de domestique. Il avait l’habitude. Alice était très jalouse, si je comprenais bien l’origine des difficultés que le couple éprouvait au niveau des apparences nécessaires à l’existence sociale, mais elle me regardait comme si je lui appartenais déjà. La bouteille se vida sans inviter la suivante à se laisser parfaire dans le sens de l’amitié.

« Alors… vous partez… ? dit Alice. Et Charlotte reste à l’hôpital… ?

— Nous vous laisserons la maison dès demain, comme convenu, » dit la vieille qui me fustigeait du regard pour m’interdire tout commentaire superflu et surtout significatif de la situation exacte dans laquelle nous nous trouvions elle et moi.

Elle pratiquait le mensonge avec un appoint que je ne me connaissais pas. Fils de Charlotte ! Hou ! Hou ! Titien Tulipe ! Qu’est-ce qu’elle n’allait pas inventer pour tromper son prochain ! Mais au fait : où allions-nous ? Ensemble ou chacun de son côté ? Pourquoi cette étape… ? Ce vélo était-il bien nécessaire ? Qui était ce couple de locataires ? En vacances ou la vieille tulipe leur avait-elle loué à bail cette maison qui n’était pas la mienne ? Comment organiser le couchage de la nuit prochaine sans créer de confusion… ? Je haletais, à telle enseigne que tout le monde pensa que l’alcool n’était pas étranger à ce fréquent symptôme de maladie rare. Ils en parlèrent devant l’écran de la télévision, servant ainsi de son aux images du monde et particulièrement de celui dans lequel nous nous efforcions, d’un commun accord, de survivre aux implications industrielles et aux incertitudes d’une nature de moins en moins physique, si j’en croyais ce que je comprenais. Dehors, le soleil rutilait comme un cul de bouteille sous la lampe des soirées mornes consacrées au jeu de cartes, belote souvent, solitaire quelquefois. Nous n’avions rien à nous dire et pourtant, on disait. Alice s’était rapprochée de ce qui me servait de chaise. Maintenant, elle donnait nettement l’impression d’avoir entendu parler de mes prouesses érectiles. J’avais la cote dans la Presse, mais pas pour avoir publié ce qui me coûtait tant à écrire après éjaculation dans le vide sidéral qui n’a pas fini d’interroger mon attente.

 

Un commentaire, une critique...?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides. Servez-vous de la barre d'outils ci-dessous pour la mise en forme.

Ajouter un document

 

www.patrickcintas.fr

Nouveau - La Trilogie de l'Oge - in progress >>

 

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2023 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - pcintas@ral-m.com - 06 62 37 88 76

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs

 

- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -