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Samar Diab : présentation et traduction.
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 Article publié le 14 juillet 2008.

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Samar Diab : présentation et traduction.
Monsif Ouadai Saleh

Présentation

Depuis ma première lecture de la poésie de Samar Diab, j’ai ressenti au fond de moi-même les répercussions inédites de la coïncidence pure entre l’attente et la lecture. La coïncidence parfaite à travers le sens de l’indicible, à travers le sens du mystère est ce qui fait de cette coïncidence une expérience unique de l’attente et de la révélation. L’attente dévoilée à l’attente dans la soif absolue de la lecture, dans l’éternité initiatique de la lecture, la lecture dévoilée à l’attente dans le désir infini de la communion, la lecture dévoilée à la lecture pour donner à l’attente l’essence de la perfection sont toutes des résultantes implexes se manifestant barycentre séismique de la coïncidence entre mon attente et ma lecture. S’agit-il alors dans la valeur cathartique de cette lecture de la coïncidence d’une possession impossible de l’attente ? La réponse est catégoriquement non. On sait de par la théorie, l’histoire et l’expérience individuelle que la condition d’une lecture substantielle et fondatrice est avant tout l’incompréhension, voire la mécompréhension. Une véritable lecture est celle qui bouleverse l’attente l’amenant à la conscience chronique du séisme, à la conscience fractale des rebondissements… Or, dans une lecture séismique comme celle dont j’ai décrit la portée et le dynamisme, le barycentre n’est ni la prétention de l’identité dans une quelconque suffisance de l’autoposition, ni l’insuffisance de l’altérité dans une quelconque apologie transcendantale de la différence, mais la véracité du dialogue dans son éternelle dialectique de l’interposition. L’expérience de la lecture est la découverte fondamentale d’une essence de l’interposition. Cette vérité reste à mon sens celle qui procure à l’expérience de la lecture le sens sublime de l’ancrage dialogique. Le dialogue qui est le discours de la compréhension, de l’incompréhension, de la mécompréhension, de l’intercompréhension, le dialogue qui est ces discours préfixables de leur méta-, de leurs transcendances, de leurs ruptures, le dialogue devant la métacondition impossible de la compréhension, devant somme toute ce que Jorge Luis Borges nomme la perplexité. La perplexité nous permet de parler au-delà de la fin de l’histoire, de la mort de la métaphysique, voire de la fin de l’homme, d’une éternité de la lecture dans la problématique de l’interposition qui n’est à proprement parler qu’une suspension de la fin. La perplexité enchante le retour éternel… 

Ma lecture de Samar Diab était une découverte de la lecture, un choc fractale qui ne saurait prendre sa pleine conscience qu’à travers un éternel retour de la lecture réactive, volontaire et méritoire. Depuis le début, ma conscience de la lecture s’est ouverte sur la plénitude de l’interposition sans aucune nuance d’équilibre car le barycentre infini de la lecture est la dia-position : on est obligé de dire devant chaque véritable création voici mes appuis de distanciation devant l’ordinaire qui impose ses lois de continuité sans perplexité. Depuis le début, ma lecture était profondément marquée par cette attente réfléchie du projet : le projet instantané et immédiat d’étude et de traduction, mais que son immédiateté n’efface pas les contours de la fractalité qui devient mes stigmates, mes blessures, et qui m’habite désormais chaque fois que je creuse dans la lecture le retour éternel de la réaction. Disons à la fin de cette brève présentation que ce qui me fascine dans la poésie labyrinthique de Samar Diab, dans cette poésie de la suspension, la suspension de la fin, cette poésie de la revanche sur les limites, ne saurait être uniquement ni son imaginaire débridé qui cultive au lieu de l’oubli, une conscience volontaire de l’image possédant un degré suspensif de l’être, ni sa philosophie de la présence qui réduit l’immense fleuve héraclitéen du temps en pointillé de gouffres et d’abîmes avec toujours une annonciation centrale de la présence qui est dans son essence victoire de l’image, mais cet état paradoxal de la présence où le triomphe de l’image signifie de très près et de très loin la révélation de l’être dans ce qui fait le dépassement du sujet. Dans la poésie de Samar Diab, l’ego n’est pas l’être, l’être n’est pas une égologie. Quelle insigne et majestueuse découverte ! Quel insigne et majestueux dépassement de l’attente ! 

 

Quand le feu a mordu à ton nom

 

Depuis quand tu t’es monté dans le feu un siège ?

Je t’ai vu ô l’égal des appétences quand ton ombre a blanchi

Entreprenant d’offrir aux encolures huile et clous…

Cette terre séisme…

Heaume de vastes arbres jusqu’au continent du feu…

Et toi…comme un fil de déluge tu dessèches ton étoile…

Ton rêve ne dort plus…

La nuit a atteint sa lactation…

Tu ne me dis rien…

Sauf que tu m’as vu…

Tu entailles une paille dans ta veine…

Et tu bâtis sur les fouets des atours aux amoureux…

Le matin te rattrape… tu accroches sur la colonne ton secret…

Et tu creuses dans le vent caverne…

Et là tu as épelé la sorcière en totalité…et là-bas c’était…

L’égoutture de la rosée est une mine qui jacte sous la langue…

Et là-bas…

Où le feu a mordu ton nom…l’abjection des femmes gracieuses t’a atteint

Enfantant leurs seins…deux pour tes yeux…et cinq pour tes doigts…

Et rien pour ta poitrine excepté une brume qui vient et recule dans le cri…

Tu imagines les étoiles des pêches torrentueuses…tu marches à ses noyaux…

Une mélancolie sauvage te poignarde…

Tu verses ton sang

…Tu marches

… à la taverne des ombres

Je t’ai vu dans tes yeux…

Tu jettes le dé et tu entoures tes circonvolutions avec les figues de barbarie

Des hanches saintes et une foule de vague charbonnée…

Je t’ai vu généreux comme les paupières des prostituées…

Tu parles chaque fois que tu transperces une pénitente…

Tu veux quand tu veux…

Tu convoites comme le prêtre des poètes…

Leurs piailleries au moment où déborde la cuvette des ruines de ses fruits…

Tu ne m’as pas dit…

Quand as-tu supplié la louve de neige la dernière fois de t’emporter…

O toi l’impromptu dans l’ébullition

Tu dissous une vague

Et tu la bois puis tu reviens à la charge pour questionner…

Toute cette eau dans ma plaie est de sa mère…

Et ma mère fut morte peu avant le dîner…

Il ne me lèse paselle disait…

Que la pluie imbibe mes habits

Et que le soleil dessèche ses fressures sur mon corps…

Je me relève de mon sang démis − elle disait…

Délié à la porte des pesanteurs…

Noir comme la mémoire d’un taureau…

Déchaussé comme une jouissance empoisonnée…

Je compte les lunes dans la morosité − elle disait…

Puis je la castre…

…Sauf que je t’ai vu…

Tu jettes du pain et du maïs sur tes dos et tu fais frétiller ton odeur

 Pour une colombe aveugle…

Et rien sauf une brume…elle vient et repart dans le cri…

Tu ouvres ta poitrine avec une épine gravide

Tu as déposé là-bas des jumeaux…ton cœur et le flanc d’une femelle…

Et dès lors tu cries chaque fois que le tir atteint une rose…

Ou ton secret passe entre deux plantes leur tiers

Un auriculaire vert d’une femme égarée…

Un corps alors…

Où paraphe de la rébellion sur les arbres du baptême…

…le dard des papillons sur son lit

Mort le couvre une omoplate et sa prédiction…

Ou du sel qui divague dans une projectile…

Alors…

Quand alors dans un cri j’ai dit je t’ai vu pour la première fois…

Quand je t’ai vu dans tes yeux…

Ou quand le feu a mordu à ton nom

 

Se passe maintenant

 

Que j’écris sur le monde…

Le croc qui se tient debout sur le mamelon de la nuit

Dans sa main un panier de poussière

Le loup lilial qui ameute le cri 

Il se passe que la nuit est l’arsenal de la volupté

Et que la lumière est un poète leucoderme qui fut mort

Et qui le reste toujours

 

Tendre comme la plante du pied

Calomnieuse comme la plupart des femmes

Et je suis impuissante…

Mais une part de moi est tulipe rouge

Aspergeant la langue de légendes

Pour qu’elle s’éveille à l’extrême de l’imprudence

Ma maison un moulin pour les poussins de l’âme

Ou peut-être plus, mon trottoir surgit de sa peau

Pour me dire : j’ai en redevance deux boulevards

Et une femme qui éprouve sa béance

Et épluche le bonheur avec des larmes rouillées.

 

Une deuxième fois…

Il arrive que j’écrive sur le monde

Les encens des ruines

La perle abyssale dans l’ombilic de la fenêtre

Et arrive que la soif soit la jarre de la tentation

Et que les corps aujourd’hui brillent dans le prospectus du sang

Comme un vent égorgeant sa progéniture

Et arrive que je ne sois pas une hémorragie pluviale

Pour que tu me poignardes 

Et tu m’appelles nuage

J’entends ce que dit le bracelet de l’arbre à la cheville de l’air,

Toutes les guignes de la ville sont plus petites qu’un trou dans la tête

Moi qui ai dansé au point que le renvideur m’ait crue un fil dans l’extase du ciel

Et j’ai vu sous ma peau une grande multitude de pirates et de pailles

Des disques découpés pour des seins fissurés, des écorces de noisettes,

 Des langues de vipères, des langues de flammes, des langues d’Hommes,

Il arrive que je vole les diadèmes des alcôves du roi

Puis je les pose sur la tête des poussières

Et j’observe une horloge nue sur le mur

Attendant le temps

Qui ne revient pas

 

…Mais

Il arrive maintenant

Que tout ce qui arrive en ce moment

Ceci

Qu’une personne met le poison dans le dernier cœur

Qu’une femme à l’acmé de la sérénité

Expérimente son nouveau cri

Dans le nouveau monde…

 

Si tu m’avais embrassée ce matin-là

 

Dans mon oreille un bourdonnement de sang

Je ne t’entends plus rien

Apaise les cris des morts autour de toi… puis parle

Oui… maintenant c’est mieux

Qu’est-ce que tu disais ?

Rien…je criais…

 

1

 

J’avais craint sur les femmes un air de chancre…

J’ai embourré de matrices les flacons du temps

Et je les ai jetés dans la mer

Les coquilles vont éclore une foule de femmes

Les vagues gronderont que c’est rare à la femme violette

Celle qui habille son ventre d’une grande horloge

De cesser de rire en donnant naissance

 

2

 

Ma ville est une pomme

Ma ville est une pomme

 

Ma ville est étalée sur le toit d’un rêve

S’abreuvant de la morgue

Maintenant celui qui mâchera le ciel

Sans que les larmes dégoulinent de son œil

Aura une offrande

Une bourbe terrible

Et une âme s’arrachant ses épines avec sa poitrine

S’écoulera le sang 

Puis souffle

Tu meurs ensuite dans ton hémorragie embrasée

Comme du charbon lisant dans le miroir… 

 

3

 

Seront chauds

Ces chevaux excités dans l’arène de l’œil

Leur échine un fouet et leur pied

Ferrage de tempête

Deviendra démente cette femme dans la tente de son euphorie

Et raclera des toits et des cous l’écume de la guerre

Et grondera comme ont grondé les vagues

Prenez vos derniers souffles

Et sortez de mon arbre

Je veux arriver…

Avant que la fumée ne tiendra sur ses pieds

 

4

 

O viens

Corps malicieux qui t’appartient

Pour que je sèvre ton intuition sanguinaire

Avant que la prophétie nous transforme des dards

Sur le chemin 

La limite de mon expiration

Est la limite de tamouz dans la pomme…

Ma ville est pomme

L’été est fallacieux sans morts qui tintent dans le vent

Afin qu’une gitane égorgée remue ses fesses

 

5

 

L’ombre éloquent revenant d’un étal qui vend

Du café, de la farine et des macules gelées

 

À des évasions hâtées a crié

Quel cadavre c’était mon ami ?

Une boucle dans l’argent a crié…

Je suis le sud avec deux oreilles percées

 

Une file d’amants a crié

Mon émeraude qui est dans les ruines…

S’est avancé profondément

Comme un feu pillard

 

L’astronome de la ville a crié…

Le sein pénétrera l’orbite de la mort

 

L’élancement a crié…

Tout ton corps est tendre et délicat

J’élèverai une bannière sur ton tronc

Et je te proclamerai le royaume du rampement

 

Une femme éprise a crié

Je couperai mes cheveux et m’exploserai

Parce que mon ascendant aujourd’hui

Est une grenade entre les mâchoires de l’histoire

Si tu m’avais versée le matin sur tes mains

Aucun avion n’aurait traversé cet espace

Mais tu es toujours ainsi

Tu ajournes l’amour à la nuit

Et tu oublies tes clefs dans la bataille

Jusqu’à ce que l’attente me bombarde

 

6

 

J’ai versé des larmes en regardant derrière moi

Voyant derrière moi le ciel

Un tamis ne retenant que le cuivre

Et quelques cils refusant de tomber

J’ai sacrifié mes halètements banquet à celui

Qui saurait poser son doigt dans ta mer

Et ne dépiautera pas dans le port la peau de l’aube

Beyrouth me chatouille

Et c’est comme ça que j’ai proféré ton nom

En enfonçant un clou dans le crépuscule

Y suspendant mes poumons

 

7

 

Elle regarde comme une serpe

Elle troque son heaume avec le crâne d’une gazelle

Elle toiture l’embrassade avec les tuiles et les pierres de l’œil

Rouge est

L’aveline des formes…

 

8

 

Une rhétorique si je mine mes yeux maintenant

La vision est une corde débordante dans le violon du sang

Je ne désire pas voir

Seulement remplir mes yeux avec de la neige

Et écarter loin de mon visage

La mouche de la parole

Dis-leur de te crever les yeux loin de moi

Là-bas… derrière le tertre des appétences

Où les dieux vont et viennent avec les semelles des massacres

Là-bas où le cœur est loge

Où le nord est sud

Où le sud est l’augure des minuscules enlisées

Dans les temps des doléances…

Je ne suis pas à moi seule toutes ses métaphores

J’y suis moi, une parcelle du cœur

Et un frisson acidulé qui ne parvient pas…

 

9

 

Je te vois avec six doigts cette nuit…

Où sont les quatre points cardinaux

Les angles du petit vase des poissons

Les extrémités de la scène

Les jambes de deux avions dans un café

Les psalmodies d’une braise rectangulaire

Deux saisons dans le miroir

Le gant d’une nouvelle mariée

A laquelle la violette a dévoré

L’auriculaire

Les taches de rousseur de la vendeuse

Des framboises dans la cellule de l’occision

La résine de l’étonnement qui siège sur les lèvres

La racine de l’image de ta mère et son extension

L’odeur de la couverture bleue

La gaieté des fenêtres sous tes aisselles

Je te vois avec ta carpette rouge me sacrifiant sur l’autel

Saurais-tu me dire où sont tes jambes ?

 

10

 

Je suis la même, la femme dans la guerre

La truffe de l’amour 

La bouse des verres poussant du salut du ciel

Si tu m’avais flairée lentement ce matin-là

Si tu m’avais embrassée ce matin-là

L’avion n’aurait pas survolé ce lieu

Mais tu es toujours ainsi

Tu me reportes à la nuit

Et tu oublies le baiser sur la table

Jusqu’à ce que poussent à la guerre des lèvres…

 

Mes mains sur la comparaison

 

Je pourrais crever un œil pour désaltérer ma soif…

Moi qui pénètre ma peau avec toute ma saveur dense

Moi qui en ressors sans tête éblouie par les poètes ou par les vins…

Avec des mains surettes je pressure

Une forêt suffisante pour assouvir les tavernes…

Et au moment où de ton sommeil le rastel me réveille

J’étendais mes mains comme un ombrage ivre

Pour pincer l’oreille du soleil

Et fuir…

 

Je savais que mes mains sont lisière

Et moi sur la lisière un feu ruminant les cloisons rupestres

Ton héritière ô vent

Tu m’ouvres, tu m’enfermes

Tu m’enfermes, Tu m’ouvres

Comme si j’étais une fenêtre entre deux rochers

Comme si j’étais deux rochers pris de vertige

Un fruit mort tenté de la question

Que serait l’état des branches après ma déconvenue ?

 

Mes mains sur la nuit

La poésie s’éclot dans la chambre du coeur

Comme l’œuf du phénix

Je commence à souffler

En hiver sur le verre.

 Je dessine un cercle

Et je redessine

Mes mains sur les cercles…

 

Je peux maintenant sauter de l’éveil vers la goutte de sang infecte

Seulement maintenant

Parce que la terre est distraite par les amoureux

Et les cuisses d’un pélican affamé

Je dis à la terre que ma tête est fabulation

Pose ta main dessus et secoue-la

Un poète en tombera dans un lieu inconnu

Dans un fleuve et brisera sa mémoire

Je peux te surprendre chaque temps que j’en ai l’intention

Avec une image poétique à l’instar de :

Le cœur est raisins secs contristés

Ou le visage de ma mère encrier de sable

Ou une lune est ma patrie, deux lunes mon amoureux

Mais

Que peut un parasol alors que mes mains sont de cire fertile… ?

 

Mes mains sur les décombres

D’autres se suppurent dans l’âme et sa taverne

Je vois mon corps dans le rêve un écran cru

Je conjure trois fois…

Puis cinq fois…

Puis mille fois…

Puis je tire les araignées par les cheveux

Pour voir qui d’elles est à même d’ajourner mon insurrection…

 

Mes mains sur la fuite

Cours ô soleil…

Mes pieds sont encensés

A l’exemple des poumons des charlatans

Tu n’es plus utile ô oiseau qu’a becqueté les armets

 

Mes mains sur la forêt

Là sous l’arbre se trouve Layla

Layla  fume ses jambes et exhale les astres loin vers l’ennui

Layla  est ses pyramides qui vendent deux cercles obscènes

A une accusation pied nue

Quand elle se recroqueville comme un hérisson ennuyé

Toutes les fleurs qui poussent sur son dos la taillade

Ses mains sur le loup…

 

Mes mains sur la comparaison

O toi la comparaison

Qui me fait triompher sur l’eau des poètes…

Je suis toute catachrèse pour un démon chasseur

Bûches pour le coltineur de la sorcellerie

L’Espagne mûrit dans le beuglement…

Alors que mes taureaux possèdent la gorge du rêve dans un caveau

Et le bohème qui pourrait le traduire aux filles des Eskimos ?

La poésie est lèvre fêlée

Puis carnaval…puis sel du vacarme…

Vase de poissons comme les serres de la mer

 

Ainsi…

dieu répand ses victimes dans mon œil pour que je tire un long souffle

Et m’en délecte quand je ferme mes cils avec force

Qui m’y ressemble

Mon ennui est la voix de ton appartenance

O terre du malheur…

 

Maintenant

Mes mains sur les bombes

Mes mains sur les bombes

Qui s’explose à présent… me fera rire…

 

La terre renversée

 

 À son extrémité un fil…je le tends

Se rétrécit le ciel jusqu’à se tourner information

Je me verse sur la ville…alors brille-t-elle comme de l’huile

Je crains

De me trouver sèche dans un moment

 

Lance coquette plus exquise que l’air du port

L’œil d’un large coquille nous éjectant une mer

Corps ô mer…

 

J’ai peur d’entendre le craquement d’une brumaille

Quand elle pousse ses ossements dans la rose…

La poussière me polit

Je ne m’en souviens plus maintenant et plus je ne hoquette…

Les éraflures des mains ne sont pas une mort

Je crains que je sois plus…

Et le boulevard n’est point une côte

Je crains que je sois plus

Granada n’est pas ma mère

Ni la grenade une lune

Je crains que je sois plus…

 

Comme si la forme de l’oiseau venait…

Entre celui qui vers moi conduit son errance

Et la pierre de l’œil distance pour la flâne de l’angoisse

Jusqu’au tronc d’un arbre il oscille et découvre le chant de ses yeux…

Se restreint le cerf de l’allégorie jusqu’à ce que le vent déborde de mon cœur

Et j’ai peur que je sois née sans avoir intériorisé en moi

Pour les échos ni vallées ni récurrences…

 

Serais-je affluence, serais-je enceinte chronique

Automne et ses aberrances…l’enseigne du blé errant

Des chevaux recalés sautent du vin des soirées

Et je crains que je sois cérémonies des perdrix dans ses hantises

Et la mort n’est pas contraire à l’odeur des étrangers

Et la nuit n’est pas un coing…

 

Le ciel sans cesse se rétrécit

Il a peur qu’il soit…

 

Sur la pointe de vos pieds ô poètes

 

Vous allez les réveiller

Les lances qui se sont assoupies avant peu

Vous arrivez bien armés avec l’abondance

De vos eaux interdites

Avec la totalité de vos halètements

Menant l’arrogance au-dessus des doutes

Avec tout l’amoncellement que vous avez nommé rossignol

Que vous avez délivré sur la terre

Me perforant le ventre avec bonheur

Vous arrivez et je mets tous les doigts

De l’univers dans mes oreilles

Et aux temps où vous passez avec vos toussotements brisés

Et vos enivrements étourdissants et coléreux

Avec tous les crissements des femmes qui adorent l’or

Et la fourrure de ces misérables renards

Je n’ai guère eu la sensation que vous étiez là…

 

Copyright © création Samar Diab

Copyright © traduction Monsif Ouadai Saleh

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