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![]() oOo Dos à la fenêtre - ouverte ou fermée, je ne saurais le dire, n’ayant encore rien décidé-dessiné en la matière - je regarde la fresque murale de ma chambre située, je m’empresse de le dire, au deuxième étage de ma villa d’été. Cette fresque représente une jeune femme à l’ample chevelure rousse, au large sourire, vêtue d’un sarrau bleu pâle et qui, à demi-penchée, regarde par une des fenêtres de sa vaste demeure. On dirait que l’heureux peintre, dont j’ignore encore à ce jour le nom, en réalisant cette fresque murale, a voulu rendre comme un grand ménage de printemps joyeusement festif. Les chauds rayons du soleil de onze heures, en cette matinée de printemps, chauffent ma nuque que j’avais un peu raide ces derniers temps. La fenêtre est ouverte, je puis l’affirmer désormais. Je me retourne et me penche à mon tour comme la jeune femme rousse au large sourire d’antan pour mieux jouir du spectacle présent. En contre-bas, ce ne sont que fleurs de cerisiers et de prunelliers aux pieds desquels poussent des parterres de magnifiques tulipes jaunes et rouges. Prunelliers et nerpruns abondent ici selon ma volonté car j’aime me sentir proche des arbres et des arbustes de mon pays, sans qu’il soit toujours besoin d’aller battre la campagne pour m’y sentir comme chez moi. Vue de l’extérieur, ami visiteur, tu découvrirais sur la façade ensoleillée une épaisse feuillaison de vigne vierge, pour peu que je t’y invite. Peut-être même verrais-tu, insistante, impudente la jeune femme rousse, seins nus, penchée par une des fenêtres et qui te salue, belle invite à venir voir de plus près ce qui se trame dans ma villa d’été.
Jean-Michel Guyot 15 février 2025
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Ce poème s’ouvre comme une fenêtre hésitante, entrouverte sur un monde à la fois intime et pictural. L’espace se construit en un jeu de reflets et d’échos : la fresque murale et la réalité se confondent, se répondent, jusqu’à ce que le narrateur devienne lui-même personnage du tableau, penché à sa fenêtre comme la jeune femme rousse d’antan.
L’image centrale du texte, cette femme peinte au large sourire, incarne une insouciance printanière, une joie simple mais vibrante. Elle est presque un double du narrateur, un fantôme radieux qui traverse les saisons pour venir illuminer l’instant présent. La fresque n’est pas seulement une représentation figée, elle est un seuil, une passerelle entre le passé et le présent, entre l’image et la vie.
Puis vient la révélation : la fenêtre est ouverte. Et avec elle, s’ouvre aussi une prise de conscience, un basculement dans la matière même du réel. Tout se met à vibrer : la lumière, la chaleur, le frémissement des prunelliers, l’ombre d’une vigne vierge qui, comme un rideau, laisse entrevoir et dissimule à la fois.
Le poème joue sur une sensualité diffuse, un appel au regard, à la présence de l’autre qui se devine dans le “tu” du visiteur potentiel. La jeune femme rousse devient alors une apparition presque irréelle, une invitation au trouble, une esquisse de désir suspendue entre le songe et la pierre.
Finalement, ce texte est un espace mouvant, un lieu de passage entre l’intérieur et l’extérieur, le rêve et le jour. Il raconte cette hésitation douce et poétique entre ce que l’on contemple et ce que l’on vit, entre l’image et la chair. Une villa d’été où le temps semble osciller entre la mémoire et l’instant, et où chaque détail est un éclat de lumière posé sur la peau du monde.