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Choix de poèmes (Patrick Cintas)
Éloge de la Passion

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 Article publié le 13 avril 2025.

oOo

L’existence est en érection.
On peut le dire sans passion.
Le personnage en carton-pâte
aujourd’hui personne n’épate.
Mais entre les prêchi-prêcha
du Classique encore à l’achat
et les pets poussifs de sirène
du Populaire qui fait peine,
le Moderne fait ses petits
dans les trous de leur appétit.
Le restaurant n’ouvre ses portes
qu’à l’heure où les autres en sortent.
Racine n’est pas rancunier
car le vrai reste toujours vrai.
Et les rigolos de la scène
sont trop payés, jusqu’à l’obscène,
pour qu’on les plaigne plus que ça.
Le vrai moderne est un poussah.
Il revient à la verticale
pour des raisons grammaticales
et non point parce que les mots,
qui plaisent tant aux vieux gogos,
de l’aristo au prolétaire,
des vers peuvent faire la paire,
au féminin comme au macho.
Dans le pays des maréchaux
la langue s’en prend plein la gueule
côté lexique pour people.
Ça ne lui fait ni bien ni mal
et ça reste même moral.
Mais le Moderne a la grammaire,
seul lien naturel au sommaire
de tous les jargons de l’humain.
Les voilà les petites mains
de l’Universel en cavale,
face aux attentions générales.
On donne à boire et à manger
pour le travail faire payer.
On est encore à la caverne
à s’armer contre le moderne
avec des grands et des petits
et des vieux qui font de l’anti
mais dans le sens de la morale
sous l’égide préfectorale.
Pour la morale je veux bien,
mais il faut avoir les moyens
et pas du fric qu’on ne partage
qu’en fonction de l’héritage.
On moralise si on sait.
Si on ne sait pas on se tait.
Mais la parole est à l’écume
et la vague prend du volume
pour noyer les petits poissons
de l’art qui connaît la chanson
de l’aubade à la sérénade.
Le Moderne est à la noyade
parce qu’ainsi le veut papa
et que maman qui sait tout ça
ne dit pas non à la dernière.
Il aime torcher son derrière
avec du papier comme il faut.
Il faudrait prendre le bateau
et reconstruire l’Amérique
ailleurs que dans l’océanique.
L’indigène a aussi ses lois
et sur ses trônes de grands rois,
et des batailles pour la frime,
qu’on se demande à quoi ça rime.
Entre ceux qui portent la croix
et ceux qui entendent des voix,
entre les pantins du royaume
et la farce qui est dans l’homme
on s’invente des jacuzzis
adaptés au néonazi.
Au bout du compte on se ressemble
et même parfois on s’assemble
pour reproduire et s’amender.
Le Moderne veut parler mais
parler au bourge est inutile.
Il ne quitte son domicile
que pour vaquer dans les sénats
et montrer qu’il est toujours là.
Vulgum Pecus qui le décline
n’entrave rien si ça le mine.
Il vote toujours en secret
mais on sait bien où il le met.
Entre la Loi qui fait des siennes
et le Jeu qui se met en scène,
Burgus et Pecus ne voient rien
et si jamais ils voient trop bien
parce que l’effet de la cause
n’a rien à voir avec la chose
selon ce qu’ils savent de tout
ce qui n’est rien pour le joujou
que la Loi planque sous la couche,
alors ils tirent dans la bouche
comme ils se torchent le croupion.
On peut avoir de la passion
et de l’honneur sous les aisselles,
s’il s’agit de remettre en selle
le Marius qui en a trop dit,
c’est bien après qu’on l’applaudit.
On a tous reçu dans la tronche
de l’ode les plus belles bronches
et même pour pas un radis.
Le travail de l’après-midi
efface les matins qu’on chiade
de l’aubade à la sérénade.
Je me demande si la nuit
et la lumière qui s’ensuit
ne serait point l’échappatoire,
entre matelas et armoire.
Après tout si je dois bouffer
et des grands froids me préserver,
que reste-t-il à la patience
sinon le jour et ses cadences ?
Autant fermer avec les yeux
la porte au nez des besogneux
et des payeurs qui les inventent.
Mais si le sommeil est en vente
comme le dit mon petit doigt,
je suis chez qui si pas chez moi ?
Pas étonnant que je demande
du sexe au moins les dividendes.
Entre le jour où on se voit
et la nuit que je te conçois,
c’est à peine si l’interstice
laisse passer mon appendice...

 

"Ode" extraite de

Un des plus long poème de la langue française, avec des rimes suivies comme au théâtre et en octosyllabes comme dans la Satire. Et des personnages en veux-tu en voilà (des "muñecas").
Téléchargement gratuit :

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Commentaires :

  Éloge de la Passion par Catherine Andrieu

Le Moderne en équilibre

Dans Éloge de la passion, Patrick Cintas compose une partition aiguë et rigoureuse, où l’ironie n’est pas un masque mais une arme, et la poésie, une manière droite d’arpenter la fracture du monde. Il n’y a ici ni plainte, ni posture lyrique : juste une voix debout, fidèle à la langue, exigeante envers l’époque.

Dès l’attaque — « L’existence est en érection. / On peut le dire sans passion. » — le ton est donné. Pas de lyrisme ici, mais une tension mesurée, un regard clair. L’auteur déjoue la grandiloquence pour mieux laisser apparaître la gravité nue du propos. Il ne se fait pas le chantre d’une modernité fiévreuse, mais le témoin d’un désaccord profond entre l’art véritable et les simulacres qui l’entourent.

Entre le classicisme épuisé et le populaire vidé de sens, le Moderne, discret mais lucide, persiste. Il revient à la verticale, non par orgueil, mais “pour des raisons grammaticales” — formule splendide qui résume à elle seule la tenue du poème. Car ce texte, sous ses allures de satire enjouée, pose la grammaire comme dernière colonne vertébrale d’un monde en décomposition.

Cintas n’épargne personne : ni les faux prophètes de scène, ni les moralisateurs à géométrie variable, ni les puissants désincarnés. Mais jamais son regard ne devient amer : il reste précis, structuré, animé par une passion lucide. Dans ce désordre généralisé, le poème trace une ligne, une syntaxe, une respiration.

Et quand il évoque la fatigue, le besoin de dormir, de manger, d’exister malgré tout, c’est avec une humanité pudique, sans plaintes ni éclats. Juste cette question, presque murmurée : « Je suis chez qui si pas chez moi ? » — comme une dernière balise dans le brouillard.


 

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