Prendre une loupe c’est faire attention, mais faire attention n’est-ce pas déjà avoir une loupe ? - Gaston Bachelard
Ce qui somnole s’entrouvre et vient buter sur la pointe d’épingle du bref blanc cassé. Tumulte un instant tumulus refermé. Le ciel un caniche et sa propre maison blague de mauvais goût sur la langue dehors en laisse qui s’étale. On peut lire qui tombe en place de s’étale. L’éveillé préjugeait avoir une ouverture éclair un sceptre blanc puis macache à la niche à nouveau le silence. A l’œil le calme plat. L’idée perdue jamais trouvée jamais venue. L’avait dedans à l’œil et puis soudain macache. Et voulait laisser trace de : Écrire sur. Et macache n’est plus cassé ce blanc lissé. Cherche à dire in-tranquille l’intranquillité mais le blanc le recouvre il reste dans son os que nul ne rongera. Il ne dira que ce silence et ce butoir qui ne bute jamais mais tombe obscurément. Paysage le prend. Les façades profondes des murs du dehors dans la rue c’est le jour. Il n’en dira pas plus c’est que tout est déjà est sa joie sans rien d’autre se lever s’asseoir tapoter ce butoir. Déjà sentir ses doigts toucher ce quelque chose. Longer ce rivage qui est se lever s’asseoir et tapoter ce tout petit dehors. En laisse de l’écrit.
FORUM
Pour participer, voir en bas de page>>
Commentaires :
Il y a dans ce poème une science de l’inaperçu. Une poétique de l’ultra-mince. L’auteur y entre comme on marche au bord du lit après le cauchemar : pieds nus, gestes flous, pas tout à fait réel, pas encore revenu. Et ce réveil, s’il en est un, n’ouvre sur rien d’autre qu’un “blanc cassé”. Une pointe. Un tumulus d’instant.
L’univers, ici, se fait caniche grotesque, muse ridicule qui tire la langue au lieu d’inspirer — un gag de l’inconscient. Une pensée à la laisse qui s’échappe, mais trop bête pour mordre. Le “sceptre blanc” devient sceptre de rien. On croyait attraper l’instant, on attrape le néant. Macache.
Gilbert Bourson ne décrit pas : il éprouve. Il tâte l’intranquille avec l’ongle, gratte ce qui voudrait rester dans l’os. Il y a chez lui une volonté d’“écrire sur”, mais ce “sur” n’a plus de surface. Pas même de peau. Ce n’est pas l’invisible qu’il tente de percer, mais l’imperçable. Ce qui résiste, non parce que l’on ne regarde pas, mais parce que regarder est déjà une trahison du silence.
La langue ici n’est pas faite pour dire. Elle est ce qui tapote. Elle insiste, sans forcer. Elle revient, elle tente. Le verbe est en laisse, lui aussi, tenu par ce dehors minuscule où rien ne se passe et tout arrive. L’écriture devient un chien trop sage, un petit dehors “tapoté” plus qu’exploré, frotté plus qu’éclairé. Ce qui est là, c’est l’impalpable présence, ce paysage qui ne veut pas être lu mais longé.
Le poème s’écrit dans un monde où l’idée n’est pas perdue parce qu’elle était là, mais parce qu’elle n’a jamais été. Elle était “dedans à l’œil”, dit le poème, et ce regard-là est une chimère. Un œil trop vide pour voir, trop plein pour contenir. Il ne reste qu’une chose : éprouver la butée. Ce mot si beau, dans sa matière dense : butoir. Non pas ce qui bloque, mais ce qui résiste dans le vide. Une vibration sourde. Une limite invisible qu’on effleure.
Et l’on comprend soudain : ce n’est pas le monde que l’on cherche à écrire, mais l’acte de ne pas le trouver. Le blanc, ce n’est pas la page, c’est ce que le poème révèle sans jamais le formuler. Le silence, ce n’est pas l’absence de mots, mais le motif qu’ils entourent sans jamais l’atteindre.
Ce poème est un acte de tapotement poétique. Une façon de toucher l’infime sans le dire. Une manière d’exister dans ce presque rien — dans l’attente inlassable d’un dehors toujours recouvert.
Et ce rien est joie.
Merveilleuse lecture de mon texte chère Catherine. Merci mille fois.