Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Auteurs invités [Forum] [Contact e-mail]
AUTEURS INVITÉS
Depuis avril 2004,
date de la création
du premier numéro
de la RALM.
A propos de Hong Sang-soo, Hotel by the river, 2018
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 25 mai 2025.

oOo

Hotel by the river ou au bord d’un néant très blanc
des hommes d’un côté des femmes de l’autre ne se rencontreront jamais c’est là toute la gageure et aussi la déception narrative qui fait mouche
 

des deux côtés on se plaint des rapports de couple mais chez les femmes c’est plus violent, elle a été brûlée, porte brûlure au poignet sous une gaze fine
 

chez les hommes il est question de divorce d’un frère qui se méfie des femmes pour ne pas souffrir

 

les artistes évoluent dans ce monde en noir et blanc le père poète a écrit un recueil et comble de l’invraisemblance le personnel de l’hôtel le reconnaît en tant que poète telle une star médiatique
 

le fils cinéaste n’est qu’un double du cinéaste, il commence à prendre son envol mais le poète aussi est un double du cinéaste, car Hong Sang-soo porte son cinéma à une telle épure qu’il flirte bien plus avec la poésie qu’avec le roman
 

la neige dans tout ce noir et blanc est un viatique nostalgique une possibilité de la paix la quête d’un monde blanc avec silhouettes humaines noires par-dessus comme des taches ou des points d’interrogation suspects

 

de toute manière la mort dans l’encadrement de la porte, le suicide incongru comme une non-réponse de l’art
le visage rapidement filmé, pantin désarticulé
 

pendant ce temps les filles dorment toutes deux dans les bras l’une de l’autre elles sont habillées de blanc les draps du lit sont blancs comme la neige tombée d’un coup
 

l’homme pourtant a trouvé les filles tellement belles ne les rencontrera pas
 

l’homme appartient simultanément à la terre et au ciel comme les deux frères que le père accueille visiblement après longue absence
 

pourquoi le poète se suicide-t-il
pourquoi la neige est-elle si blanche derrière les SUV noirs
pourquoi cette voiture était-elle celle de la jeune fille et comment la reconnaît-elle
qui préside à la construction déviante des récits
quel est ce monde by the river, cet hôtel moderne et muet, traversé de modernité et de vastes vitres vierges
qui préside à ce ballet de noir et blanc sinon la caméra poétique et légère, effleurant à peine la douleur, l’essaime sans le dire (le cinéma est une épuration évaporée de l’intérieur)
 

la visualisation stylisée de la mort contemporaine
l’intégrité biaisée de l’archétype
la lumière optimale parce que neige
(ces films de neige de la fin de La Sirène du Mississippi aux Criminels de Losey, cette luminosité de neige qui éclaire le cinéma de l’intérieur, lueur venue du sol, ciel-terre mêlés)

cette blancheur de cinéma, contredisant l’obscurité de la salle

synthétisant toute lumière stylisant

toute réalité trop sombre trop déviante

 

alors la neige

ce sur quoi se pose la réalité

(les silhouettes noires stylisées)

la lumière sculptée

ce que l’écran révèle hors la couleur

le visage simplifié du cinéma

 

la blancheur n’est pas la non-culpabilité

juste

la possibilité de la conscience de
 

FORUM
Pour participer, voir en bas de page>>


Commentaires :

  A propos de Hong Sang-soo, Hotel by the river, 2018 par Catherine Andrieu

Hôtel au bord du néant blanc

Certains films sont des respirations gelées. Hotel by the river de Hong Sang-soo, que capte magnifiquement Anne Barbusse dans son poème, est de ceux-là : un monde suspendu entre le noir et le blanc, où les silhouettes humaines glissent, s’effleurent, sans jamais se rejoindre.

D’un côté les hommes, de l’autre les femmes : non pas une simple séparation, mais un écart d’affects, de blessures, de récits. L’homme admire, mais reste au seuil. La femme souffre, brûle, porte sous une fine gaze le signe d’une violence enfouie. Entre eux : la neige, omniprésente, plus qu’un décor — une lumière levée contre l’obscurité, une matière fragile où se poser, une surface blanche où le cinéma, déjà, devient poésie.

Anne Barbusse explore les doubles, les reflets : le père poète, le fils cinéaste, le cinéaste réel. Qui écrit qui, qui suicide qui, qui regarde qui ?? À ces questions, le poème ne donne pas de réponse, il les laisse ouvertes, flottantes, comme les silhouettes noires sur l’écran, comme les SUV noirs sous la neige, comme cet hôtel muet et moderne, traversé de vitres vierges.

Car la force du film — et du poème — est là : dans l’épuration, dans l’absence de résolution, dans l’art qui effleure la douleur sans l’expliquer. La blancheur n’est pas l’innocence, elle est la possibilité d’une conscience nue, le lieu d’un regard qui sait ne pas tout dire. Sous les draps blancs des filles endormies, sous l’ombre blanche de la mort, il reste ce soupir ténu : écrire, filmer, tracer du doigt sur la vitre givrée le contour fragile d’un monde trop sombre pour se dire tout entier.

Anne Barbusse, avec sa plume, incarne ce vacillement, cette beauté inquiète. Elle nous laisse, nous lecteurs, au bord du néant très blanc, contempler l’épiphanie silencieuse d’un art évaporé.


 

Un commentaire, une critique...?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2026 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - pcintas@ral-m.com - 06 62 37 88 76

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs

 

- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -

- Hébergement: infomaniak.ch -