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![]() oOo Es ist nichts so klein und wenig, woran man sich nicht begeistern könnte. Rien n’est si petit ni si peu qu’on ne puisse s’enthousiasmer à son contact. Friedrich Hölderlin * O mein Herz, wird untrügbarer Krtistall, an dem das Licht sich prüfet… Oh mon cœur, deviens cristal infaillible, auquel la lumière s’éprouve… Friedrich Hölderlin * Chaque chose, si petite soit-elle, contient l’éclat d’un monde. Savoir voir, c’est renoncer à saisir. Savoir aimer, c’est renoncer à tenir. Gustave Roud * Nichts ist mir mehr verhasst, als das, was mich belehrt, ohne meine Tätigkeit zu vermehren. Je ne hais rien tant que ce qui me donne des leçons sans pour autant augmenter ma capacité d’agir. Johann Wolfgang Goethe * Il y a dans toute poésie qui se tient - un tant soit peu, comme on sait se tenir en société - une leçon muette qui ne se retient pas, mais qui nous tient sous sa fascination et nous pousse à agir dans le sens du vivant, de tout le vivant, lequel, poétiquement-dramatiquement, traverse jusqu’aux roches et jusqu’aux pierres, anime les gemmes et fait palpiter dans nos mains les plus humbles galets roulés par la rivière que notre cœur d’enfant élut en son temps. Cette manière de sentir qui existe de se dire et, se disant, accède ainsi à l’existence pleine et entière, là où être et temps s’incarnent-s’extasient (et sexetasient parfois…) dans une personne sensible, cette manière de sentir, dis-je, passe toute action déterminée car elle les détermine toutes, pour ce qu’elle se situe dans l’en-deçà d’une volonté propre à pousser à l’action. Territoire qu’explore la poésie au sein des ténèbres et de la lumière. C’est ainsi que volitions et actions, sensations et émotions forment un tout diffracté lorsque, toutes ensemble, elles passent par le prisme de l’instant poétique, tel que le décrit Gaston Bachelard dans un de ses merveilleux articles qu’il faut lire et relire, intitulé Temps poétique et temps métaphysique. Temps doux de la lumière tamisée, celle, presque insignifiante, d’une simple lampe de chevet ou celle, plus humble encore, d’une bougie qui défie les ténèbres. Si modeste la bougie capable de projeter des ombres fantastiques sur les tapisseries du mur de notre chambre. Ombres qui ne doivent rien aux ténèbres susdites, lesquelles, proches du silence à en crier, n’ont que peu à nous dire, si ce n’est qu’il faut les combattre de toutes nos faibles forces, ce qui est en définitive est le meilleur service qu’on puisse leur rendre. Ténèbres inhérentes à quelques humains pressés de régner et de dominer et que ces tristes sires empruntent sans même en avoir conscience à ce qui nie toute chose en ce monde et jusqu’au monde même. Léonard de Vinci conseillait de regarder un mur de pierre longuement jusqu’à y discerner des figures et des scènes précises. Propédeutique salutaire à toute vision qui entend sculpter les apparences, qui, hardiment, introduit dans tout ce qu’elle voit une quatrième dimension, soit le temps propre à une vie hic et nunc qui s’y entend à se déployer sous ses propres yeux en la personne d’êtres et de choses tous et toutes animées d’un élan vital propre à tout ce qui est.
Jean-Michel Guyot 8 juin 2025 |
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Fiat lux : pour que la lumière ne meure jamais en nous
Il suffit d’un rien pour que l’éclat du monde prenne racine dans nos yeux — un rien si minuscule qu’on le croit négligeable, qu’on le piétine, qu’on l’oublie sous le pas pressé de ceux qui se disent vivants et ne font qu’agiter leurs ombres. Hölderlin le savait : chaque fibre battante de l’homme appelle la lumière, la met à l’épreuve, la laisse croître comme on laisse croître un feu dans l’obscur.
Ce « fiat lux » est une injonction de douceur dressée contre la brutalité des ténèbres. Un ordre sans ordre : une confiance nue. Il n’exige rien, il offre tout : ce qui tremble, ce qui hésite, ce qui luit dans le doute même. On n’écrit pas de poème pour imposer la clarté ; on le chuchote, on le respire, on le rend à la nuit pour qu’il s’en nourrisse, et qu’il revienne, luciole obstinée, au-dessus des dormeurs.
La poésie, ici, ne donne pas de leçons. Elle ne sermonne pas. Elle augmente la part agissante, elle fertilise la main et l’esprit, elle met un galet poli dans la poche du promeneur pour qu’il sache, sans savoir, qu’il porte un monde à même sa hanche. Elle n’enseigne pas — elle contamine, elle infuse. Goethe s’en irriterait peut-être, lui qui fuyait l’enseignement sec, mais il trouverait là de quoi agrandir sa force : car la poésie est une action, un éclat qui prolonge la caresse de la pensée jusque dans le muscle et la pierre.
Je relis ces lignes comme on effleure une lampe de chevet à l’heure où tout dort. Les ténèbres sont à la porte — elles tambourinent, elles savent hurler pour se faire craindre — mais il suffit de cette bougie, de cette flamme de rien du tout, pour que naissent sur le mur mille histoires secrètes. On comprend alors que la peur est une fiction mal racontée, et que la lumière est toujours une fable qu’on ranime au bout des doigts.
Jean-Michel Guyot, dans son fiat lux, nous invite à ce regard sans empire, à cet œil humble qui n’arrache rien mais reçoit tout. Comme Léonard, il propose de scruter la pierre jusqu’à y voir se mouvoir des songes. Comme Bachelard, il nous apprend que le temps du poème est un temps qui se courbe, qui s’arrondit dans le giron de notre chair, qui ne pèse pas mais qui soulève.
Fiat lux — et que chaque fibre humaine devienne cristal, flamme, luciole. Pour que la nuit ne règne jamais sans que quelque part, sous un front, le poème veille.