Il est des poèmes qui tremblent sous la main comme une terre encore tiède de ses blessures. Celui-ci ne s’en remet pas. Il souffle un soupir ancien — celui que nous avons tous ignoré, la prière muette d’une mère qui jamais ne réclame, qui endure nos griffes et nos incantations, nos guerres de passants éphémères. Mirela Leka Xhava, dans ce poème, incline la tête sur l’épaule du monde. Elle y entend battre l’usure, le pardon, le ressac des dieux déchus, la mer dépouillée de ses légendes, le ciel désossé de ses foudres.
Ici, tout est aveu et caresse mêlés. Le langage se fait offrande pour avouer la profanation : nous, misérables pirates, nous avons violé la fourche de Poséidon, amputé Zeus de ses yeux, dérouté Perséphone, éreinté Hadès d’un surplus de cadavres et de fièvres. Et pourtant, la Terre, silencieuse, persiste à nous porter. Son pardon est le plus terrible. Car le poème n’invoque pas seulement la prière : il la déborde, l’arrache à l’agenouillement pour la jeter nue au milieu des incendies, des déluges, des saisons sans serrure.
On entend, dans le grain de ces vers, le souffle d’un dernier cri. Les saisons n’ont plus de seuil, le feu prend la gorge des villes, la mer rend les noyés à notre honte. Sous la voix de Mirela Leka Xhava, la planète est une mère qui n’accuse pas, mais gémit pour nous tous — pour les bêtes, pour les forêts, pour la glaise souillée d’or et de pétrole. Elle nous regarde, et nous voilà réduits à une supplique sans écho. La prière ne suffit plus, nous dit le poème. Il faut un acte, une renaissance, une dépossession volontaire.
C’est un poème-oracle, un poème-expiation. Il embrase la page de ses réminiscences mythologiques, et à chaque dieu tombé répond un homme devenu aveugle. À chaque crime, une saison qui se trompe de seuil, un vent qui confond la brûlure et la pluie. Et pourtant, malgré l’aveu, malgré la honte, le poème nous garde debout : il se fait promesse d’un baiser posé sur l’épaule de notre mère commune, pour qu’enfin, peut-être, nous apprenions à aimer ce qui nous porte.
Lire « Pas que la prière », c’est sentir la terre respirer à travers nous — et comprendre, dans le bruissement de ses gémissements, que nous ne sommes qu’un battement de cil sur sa peau.
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Il est des poèmes qui tremblent sous la main comme une terre encore tiède de ses blessures. Celui-ci ne s’en remet pas. Il souffle un soupir ancien — celui que nous avons tous ignoré, la prière muette d’une mère qui jamais ne réclame, qui endure nos griffes et nos incantations, nos guerres de passants éphémères. Mirela Leka Xhava, dans ce poème, incline la tête sur l’épaule du monde. Elle y entend battre l’usure, le pardon, le ressac des dieux déchus, la mer dépouillée de ses légendes, le ciel désossé de ses foudres.
Ici, tout est aveu et caresse mêlés. Le langage se fait offrande pour avouer la profanation : nous, misérables pirates, nous avons violé la fourche de Poséidon, amputé Zeus de ses yeux, dérouté Perséphone, éreinté Hadès d’un surplus de cadavres et de fièvres. Et pourtant, la Terre, silencieuse, persiste à nous porter. Son pardon est le plus terrible. Car le poème n’invoque pas seulement la prière : il la déborde, l’arrache à l’agenouillement pour la jeter nue au milieu des incendies, des déluges, des saisons sans serrure.
On entend, dans le grain de ces vers, le souffle d’un dernier cri. Les saisons n’ont plus de seuil, le feu prend la gorge des villes, la mer rend les noyés à notre honte. Sous la voix de Mirela Leka Xhava, la planète est une mère qui n’accuse pas, mais gémit pour nous tous — pour les bêtes, pour les forêts, pour la glaise souillée d’or et de pétrole. Elle nous regarde, et nous voilà réduits à une supplique sans écho. La prière ne suffit plus, nous dit le poème. Il faut un acte, une renaissance, une dépossession volontaire.
C’est un poème-oracle, un poème-expiation. Il embrase la page de ses réminiscences mythologiques, et à chaque dieu tombé répond un homme devenu aveugle. À chaque crime, une saison qui se trompe de seuil, un vent qui confond la brûlure et la pluie. Et pourtant, malgré l’aveu, malgré la honte, le poème nous garde debout : il se fait promesse d’un baiser posé sur l’épaule de notre mère commune, pour qu’enfin, peut-être, nous apprenions à aimer ce qui nous porte.
Lire « Pas que la prière », c’est sentir la terre respirer à travers nous — et comprendre, dans le bruissement de ses gémissements, que nous ne sommes qu’un battement de cil sur sa peau.