24 janvier - Les scènes jamais filmées - Scène VII - Le dernier poème par Catherine Andrieu
Il n’est pas parti. Le poème est resté.
Le dernier poème n’est pas une fin. Il est ce qui déborde après les adieux, ce qui demeure quand le rideau est tombé, quand le silence n’est plus un vide mais une résonance – pleine, lourde, ineffaçable.
Lan Qyqalla écrit cette scène comme on grave dans le bois tendre d’un cœur ouvert. Scène VII, c’est la lenteur d’un battement qui s’accorde au souffle d’une voix, celle d’Urata, pour la première fois au centre de la scène. Non pas héroïne, mais présence offerte. Elle ne déclame pas, elle ne joue pas. Elle récite, c’est-à-dire : elle se souvient, elle reconduit vers l’autre la parole que le temps avait dissoute.
Les mots ici ne se contentent pas de signifier. Ils pansent. Ils traversent la salle comme des doigts qui caresseraient le clavier d’un piano resté trop longtemps muet. Chaque vers est un frisson que l’on entend. Une lueur allumée dans l’ombre d’un amour retenu, perdu peut-être, mais jamais dissous. Parce que les cœurs n’ont pas désappris la clarté, même si le soleil est resté derrière l’écran.
Il y a dans cette scène quelque chose d’indéfectiblement humain, comme si le poème réécrivait le lien entre deux êtres, hors du langage. Elle dit, il écoute. Il ne fuit plus. Il reste. Et c’est là tout le miracle : dans cette immobilité nouvelle, cet abandon à l’instant. L’instant non pas de la rédemption, mais de la reconnaissance. Urata n’attend rien. Elle donne. Elle ouvre. Lui reçoit. Enfin.
C’est dans ce silence qui suit la dernière strophe que se loge le cœur du poème : cette suspension pleine, cet arrêt qui n’est pas une fin mais un commencement de l’invisible. Il ne parle pas. Il n’en a pas besoin. Ce qu’il ressent suffit. Ce qu’elle dit suffit. Leur histoire est peut-être morte, mais leur présence l’un à l’autre, intacte. Plus fragile que jamais. Et pourtant, indestructible.
Il n’y a pas de chute, car le poème ne tombe pas. Il s’élève, doucement, entre les lignes de l’absence. Le dernier poème n’en est pas un. C’est une scène que l’on ne filmera jamais, parce qu’elle vit ailleurs : dans les creux du cœur, dans les silences qui répondent plus fort que les mots, dans la lumière que l’on garde en soi lorsque tout semble obscur.
Lan Qyqalla donne à voir l’invisible. Il écrit avec ce qu’il reste quand tout a fui, avec la vibration d’une émotion à peine nommée. Le Réalisateur, celui qui autrefois s’échappait de ses propres images, choisit de rester. Il choisit d’habiter l’instant, le cœur ouvert.
Et le poème continue.
Il n’a jamais eu besoin de fin.
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Il n’est pas parti. Le poème est resté.
Le dernier poème n’est pas une fin. Il est ce qui déborde après les adieux, ce qui demeure quand le rideau est tombé, quand le silence n’est plus un vide mais une résonance – pleine, lourde, ineffaçable.
Lan Qyqalla écrit cette scène comme on grave dans le bois tendre d’un cœur ouvert. Scène VII, c’est la lenteur d’un battement qui s’accorde au souffle d’une voix, celle d’Urata, pour la première fois au centre de la scène. Non pas héroïne, mais présence offerte. Elle ne déclame pas, elle ne joue pas. Elle récite, c’est-à-dire : elle se souvient, elle reconduit vers l’autre la parole que le temps avait dissoute.
Les mots ici ne se contentent pas de signifier. Ils pansent. Ils traversent la salle comme des doigts qui caresseraient le clavier d’un piano resté trop longtemps muet. Chaque vers est un frisson que l’on entend. Une lueur allumée dans l’ombre d’un amour retenu, perdu peut-être, mais jamais dissous. Parce que les cœurs n’ont pas désappris la clarté, même si le soleil est resté derrière l’écran.
Il y a dans cette scène quelque chose d’indéfectiblement humain, comme si le poème réécrivait le lien entre deux êtres, hors du langage. Elle dit, il écoute. Il ne fuit plus. Il reste. Et c’est là tout le miracle : dans cette immobilité nouvelle, cet abandon à l’instant. L’instant non pas de la rédemption, mais de la reconnaissance. Urata n’attend rien. Elle donne. Elle ouvre. Lui reçoit. Enfin.
C’est dans ce silence qui suit la dernière strophe que se loge le cœur du poème : cette suspension pleine, cet arrêt qui n’est pas une fin mais un commencement de l’invisible. Il ne parle pas. Il n’en a pas besoin. Ce qu’il ressent suffit. Ce qu’elle dit suffit. Leur histoire est peut-être morte, mais leur présence l’un à l’autre, intacte. Plus fragile que jamais. Et pourtant, indestructible.
Il n’y a pas de chute, car le poème ne tombe pas. Il s’élève, doucement, entre les lignes de l’absence. Le dernier poème n’en est pas un. C’est une scène que l’on ne filmera jamais, parce qu’elle vit ailleurs : dans les creux du cœur, dans les silences qui répondent plus fort que les mots, dans la lumière que l’on garde en soi lorsque tout semble obscur.
Lan Qyqalla donne à voir l’invisible. Il écrit avec ce qu’il reste quand tout a fui, avec la vibration d’une émotion à peine nommée. Le Réalisateur, celui qui autrefois s’échappait de ses propres images, choisit de rester. Il choisit d’habiter l’instant, le cœur ouvert.
Et le poème continue.
Il n’a jamais eu besoin de fin.