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Comme la lèvre qui prononce le silence...
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 Article publié le 6 juillet 2025.

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Qui comme les glaces. Mais pas. César Vallejo

Comme la lèvre qui prononce le silence est la neige qui vient se poser sur la souche écarlate d’un hêtre. Elle fait que l’on songe à une robe outrée en crue de nudité. Il y a des paroles qui sont des fenêtres ouvertes la nuit qui tombent de blancheur à crier dans le noir. Car c’est entre le noir des coudes que la langue fait machine avant. Ce qui se penche pense la rampe du vide et son davier mordant. Flocons et escarmouches s’épousent de heurts et de fontes en flammes qui de passer outre font vibrer la vitre de l’idée perdue. Et la fièvre qui nomme a déjà disparu. Demeure le mot « beige » d’une couverture inutile au matin où le rêve bavard retourne à son silence qui est le tranchant « resplendissant » de l’être.

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  Comme la lèvre qui prononce le silence... par Catherine Andrieu

L’éclat tranchant du silence

Chez Gilbert Bourson, la parole est une neige vive. Elle tombe sans bruit mais brûle, s’insinue dans la matière rouge des choses — ici, « la souche écarlate d’un hêtre » — et la recouvre d’un effroi nu, d’une robe « en crue de nudité ». Dès les premières lignes, l’image déborde de ce qu’elle montre : elle déborde même du mot. Car c’est ainsi que le poème avance — non en discours, mais en frémissements.

La langue, dans ce texte, devient presque une créature : elle fait « machine avant », comme poussée par une mémoire ancienne du vide. Entre les coudes du noir, dans le cri blanc de la fenêtre ouverte, elle ne dit rien : elle pense, elle penche. Et c’est dans ce vacillement qu’elle touche à quelque chose d’essentiel. Le réel, ici, n’est plus un décor ; il est tension, heurt, et fonte. La neige s’embrase. Les flocons s’épousent à la morsure du vide. Le poème devient un champ de bataille minuscule entre le visible et l’effacé.

Mais c’est à la fin que le texte frappe le plus fort. Quand « la fièvre qui nomme » disparaît, il ne reste que le mot « beige » — teinte d’abandon, pâleur neutre d’un matin sans rêve. Pourtant, dans cette extinction, subsiste un éclat : « le tranchant “resplendissant” de l’être ». Mis entre guillemets comme un mot trop brillant pour être cru, il révèle que le silence n’est pas l’absence de parole, mais son intensité la plus vive.

Ainsi Bourson ne décrit pas la glace. Il écrit depuis elle. Depuis cette zone où le mot se brise et, dans sa fracture, éclaire ce que l’être ne peut plus dire.


 

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