Il est des poèmes qui semblent venir de plus loin que la mémoire, de cette zone immobile où la parole naît avant d’être prononcée. Au-delà du mirage de Mirela Leka Xhava est de ceux-là. Il s’ouvre comme un matin sur la mer, dans un murmure de lumière et de silence. Tout y est simple et pur — mais cette simplicité ne relève pas du dénuement : elle est la forme la plus haute de la vérité. Elle dit ce qui demeure lorsque tout s’efface, ce que le monde nous confie dans le tremblement de ses correspondances.
“Tout ici parle au ciel.”
Ce premier vers, d’une transparence presque biblique, énonce l’essence même de l’être : parler au ciel, c’est déjà se tenir à la limite du visible, là où le regard cesse d’interroger pour commencer à comprendre. La poète ne contemple pas, elle communie. Elle regarde le lever du soleil comme on écoute une présence. Et lorsqu’elle demande : “Pourquoi non à son coucher ?”, c’est toute la question humaine du passage qui s’ouvre — l’acceptation du déclin, de la chute, de la mort, comme promesse du recommencement.
“En attendant le lendemain / Blanc et clair en toute saison.”
Ce lendemain n’est pas un jour terrestre, il est spirituel. Il dit la permanence du vivant, l’éclat intérieur qui traverse les saisons et refuse la nuit. Ainsi, le poème se tient entre la terre et le ciel, mais aussi entre deux souffles : celui de la mer et celui du vent, “amis et ennemis permanents des profondeurs”. L’une déferle, l’autre effleure, et l’être — fragile passagère de ce globe d’êtres vivants — tente de trouver sa place au sein de cette tension.
Dans la voix de Mirela Leka Xhava, rien n’est séparé : le ciel parle à la mer, la mer répond à la terre, et l’âme humaine, infime, cherche son reflet dans ces dialogues immémoriaux. L’équilibre du poème tient à cette fraternité cosmique. Nous y sommes invités, non comme conquérants, mais comme hôtes silencieux d’une planète en équilibre précaire. Le “globe d’êtres vivants” devient un organe vibrant, une chair partagée où tout respire ensemble — la roche, la vague, la main qui écrit.
Puis le regard s’élève. “Au-delà de moi / Au-delà des cieux.”
Deux vers suspendus, comme une délivrance. L’écriture s’allège jusqu’à la transparence. Il n’y a plus de sujet, plus de lieu, plus de frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Cet “au-delà” n’est pas la mort, mais la traversée : l’abandon de soi à la lumière, le passage de l’identité à la présence. C’est la fin du mirage — non parce que tout s’éteint, mais parce que tout devient vrai.
Mirela Leka Xhava écrit comme on respire entre deux mondes. Elle habite la jonction de la matière et de l’esprit, là où la poésie rejoint la prière. Son poème est une invitation à voir autrement, à s’avancer vers le seuil sans craindre de s’y perdre. Car ce que nous croyons être l’horizon n’est peut-être que le revers de nous-mêmes, notre visage dans le miroir du monde.
Et quand tout se tait, lorsque la mer se referme sur son propre souffle, il reste cela — une lumière qui ne vient de nulle part et pourtant éclaire tout. L’au-delà n’est plus un lieu, mais une écoute.
Tout ici parle au ciel, oui.
Et peut-être, dans le secret de son regard,
le ciel nous répond.
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Il est des poèmes qui semblent venir de plus loin que la mémoire, de cette zone immobile où la parole naît avant d’être prononcée. Au-delà du mirage de Mirela Leka Xhava est de ceux-là. Il s’ouvre comme un matin sur la mer, dans un murmure de lumière et de silence. Tout y est simple et pur — mais cette simplicité ne relève pas du dénuement : elle est la forme la plus haute de la vérité. Elle dit ce qui demeure lorsque tout s’efface, ce que le monde nous confie dans le tremblement de ses correspondances.
“Tout ici parle au ciel.” Ce premier vers, d’une transparence presque biblique, énonce l’essence même de l’être : parler au ciel, c’est déjà se tenir à la limite du visible, là où le regard cesse d’interroger pour commencer à comprendre. La poète ne contemple pas, elle communie. Elle regarde le lever du soleil comme on écoute une présence. Et lorsqu’elle demande : “Pourquoi non à son coucher ?”, c’est toute la question humaine du passage qui s’ouvre — l’acceptation du déclin, de la chute, de la mort, comme promesse du recommencement.
“En attendant le lendemain / Blanc et clair en toute saison.” Ce lendemain n’est pas un jour terrestre, il est spirituel. Il dit la permanence du vivant, l’éclat intérieur qui traverse les saisons et refuse la nuit. Ainsi, le poème se tient entre la terre et le ciel, mais aussi entre deux souffles : celui de la mer et celui du vent, “amis et ennemis permanents des profondeurs”. L’une déferle, l’autre effleure, et l’être — fragile passagère de ce globe d’êtres vivants — tente de trouver sa place au sein de cette tension.
Dans la voix de Mirela Leka Xhava, rien n’est séparé : le ciel parle à la mer, la mer répond à la terre, et l’âme humaine, infime, cherche son reflet dans ces dialogues immémoriaux. L’équilibre du poème tient à cette fraternité cosmique. Nous y sommes invités, non comme conquérants, mais comme hôtes silencieux d’une planète en équilibre précaire. Le “globe d’êtres vivants” devient un organe vibrant, une chair partagée où tout respire ensemble — la roche, la vague, la main qui écrit.
Puis le regard s’élève. “Au-delà de moi / Au-delà des cieux.” Deux vers suspendus, comme une délivrance. L’écriture s’allège jusqu’à la transparence. Il n’y a plus de sujet, plus de lieu, plus de frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Cet “au-delà” n’est pas la mort, mais la traversée : l’abandon de soi à la lumière, le passage de l’identité à la présence. C’est la fin du mirage — non parce que tout s’éteint, mais parce que tout devient vrai.
Mirela Leka Xhava écrit comme on respire entre deux mondes. Elle habite la jonction de la matière et de l’esprit, là où la poésie rejoint la prière. Son poème est une invitation à voir autrement, à s’avancer vers le seuil sans craindre de s’y perdre. Car ce que nous croyons être l’horizon n’est peut-être que le revers de nous-mêmes, notre visage dans le miroir du monde.
Et quand tout se tait, lorsque la mer se referme sur son propre souffle, il reste cela — une lumière qui ne vient de nulle part et pourtant éclaire tout. L’au-delà n’est plus un lieu, mais une écoute. Tout ici parle au ciel, oui. Et peut-être, dans le secret de son regard, le ciel nous répond.
Catherine Andrieu
Lecture dans le silence. https://youtube.com/shorts/SaKlFdN5N_A?si=nkx-JDCbVDpWTvBc