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![]() oOo Ça pleut d’archives improbables et le hochet fléché pend à son territoire car passer est le toboggan de la pensée où la transe rapace a l’étendue du sang |
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Il pleut, mais ce n’est pas une pluie d’eau : ce sont des archives du ciel, des fragments d’intuition abattus, des lambeaux d’envols déchus. Chez Bourson, la pluie est mémoire et ruine, désordre de la pensée. Elle tombe de haut, mêlée de décombres récents, et dans sa chute quelque chose du monde perd ses ailes, son bec, sa parole. La poésie naît là, dans cette perte : là où le langage, menotté d’apparences, tente encore de s’inventer un souffle.
Chaque image du poème surgit comme un reste vivant, un vestige d’intensité que le poète recueille. « Le hochet fléché pend à son territoire » — cette image d’enfance pervertie devient le centre magnétique du texte. Un jouet, une arme, un totem. Le corps et la parole s’y mêlent dans une tension charnelle : « des seins à portée de main tue », dit-il, comme si l’amour, le désir et la mort se tenaient dans la même pulsation. Le « noyau bavard » n’est pas la parole, il est ce qui la précède : le battement du monde avant le verbe.
Puis la pensée s’élance — non pas en ascension, mais en glissade. « Car passer est le toboggan de la pensée . » C’est une image d’une beauté fulgurante. La pensée ne s’élève pas, elle dévale ; elle se laisse aller à son propre vertige. C’est ainsi qu’elle accède à la clarté : par chute, par abandon. Sur ce toboggan passent les figures du jeu, du vent, du désir. L’univers y devient enfantin et cosmique, obscène et candide à la fois — « le transat aux zélotes de zèbres et au sperme du vent ». Le mot, chez Bourson, ne distingue plus le vivant de l’inanimé : il fait danser ensemble le trivial et le sublime, le jeu et la genèse.
Et puis la langue bascule dans la transe. « La transe rapace a l’étendue du sang », écrit-il — une formule à la fois mystique et terrestre, où le feu du monde cherche son équilibre. « L’équité tremblante d’un volcan fumant », voilà la justice que reconnaît Bourson : celle du chaos, du brasier qui brûle tout, sans hiérarchie ni faveur. Dans le tremblement de cette équité, le poème s’enracine dans l’inéluctable — il ne juge pas, il consume.
L’image finale est d’une douceur sidérante : « comme le pis des nuits ». Tout le poème semble s’y abreuver. Après le feu, le lait noir du cosmos. Après la transe, la respiration du silence. Ce lait nocturne, c’est celui de la langue redevenue originelle, nourricière, féconde dans sa brûlure même.
Chez Bourson, la poésie n’est pas l’ornement du monde, elle est son miroir en fusion. Elle dit le passage, la perte, l’éveil — le tremblement d’exister au milieu des décombres. Elle parle depuis cette zone où la conscience glisse, se dépouille, se refait souffle.
Et de cette chute naît la seule verticalité possible : celle du poème, dressé dans le vent, trempé de feu, abreuvé de nuit.
Un poème où la ruine devient semence, où la transe devient pensée, où la chute devient lumière.
Un poème d’éruption — et de grâce.
Catherine Andrieu