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Ivan Pozzoni, La muse peut-elle chanter à nouveau ? Réflexions sur l'avenir de la poésie contemporaine - par Michele Fabbri
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 Article publié le 9 novembre 2025.

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La poésie, on le sait, est devenue depuis plusieurs décennies la Cendrillon de la littérature. L’art du vers est fondamentalement étranger à la mentalité du lecteur contemporain, et les livres de poésie ont un impact négligeable sur le marché du livre. Apparemment, la poésie semble donc reléguée à un cercle restreint de professionnels, ou à une foule d’amateurs qui se prennent pour des poètes parce qu’ils écrivent occasionnellement un nouveau vers… Mais certains se demandent aussi s’il n’existerait pas d’autres horizons pour celle qui fut autrefois la reine de l’expression littéraire. Parmi les voix qui proposent de nouvelles façons d’aborder le public, Ivan Pozzoni se distingue par son originalité. Il a rédigé un « Anti-Manifeste » de la « Neon-avant-garde », non sans inspiration pour ceux qui aspirent à s’adresser au public avec des modes d’expression renouvelés.

Les points clés du Manifeste de Pozzoni sont les suivants :

- remettre en question les capitalismes nomades et les autorités multinationales

- miser sur le dialogue entre des mondes culturels, même profondément différents, susceptible de donner lieu à des synthèses fructueuses

- encourager la production de formes artistiques collectives et anonymes échappant à la logique du marché

- apprendre à pratiquer le “terrorisme” culturel pour contrer l’ontologie nihiliste qui imprègne notre époque

- privilégier une appréciation renouvelée de l’ironie comme moyen de renverser les récits dominants

- penser la figure de l’intellectuel en termes de militantisme

- reconnaître l’épuisement de la fonction de la critique littéraire au XXe siècle.

Ces points programmatiques intriguent vivement ceux qui perçoivent le climat de conformisme étouffant qui règne sur la scène contemporaine : les intellectuels des trente dernières années n’ont pu faire mieux que se poser en poètes de cour du pouvoir mondialiste ! Le monde de la poésie semble particulièrement éloigné du débat culturel. La poésie contemporaine, secteur insignifiant du marché du livre, se caractérise par la fragmentation des expériences d’écriture, avec des auteurs regroupés en clanscatacombes ou isolés dans des narcissismes littéraires pathétiques. Certaines propositions de Pozzoni peuvent certainement donner un nouvel élan à un monde littéraire enlisé dans l’immobilité. En particulier, l’invitation au dialogue entre les langues, outre son importance éthique, permet de se démarquer des fermetures élitistes et d’enrichir des domaines qui pourraient paraître arides sous certains angles. Le dépassement de l’ego de l’artiste est un thème particulièrement stimulant dans les réflexions de Pozzoni.

Si l’abandon de l’ego risque de compromettre l’originalité des œuvres, il peut néanmoins ouvrir la voie à une conception nouvelle/ancienne de l’œuvre littéraire. En effet, la frontière d’Internet favorise une pratique de diffusion et de jouissance de la littérature qui ouvre à des formes de partage collectif évoquant l’idée d’une œuvre créative comme expression de sentiments partagés à travers une voix impersonnelle : un concept qui rappelle la jouissance partagée de l’art, typique des siècles passés, notamment de l’Antiquité et du Moyen Âge. Pozzoni rattache l’origine de l’ego littéraire à Dante et à la transition du Moyen Âge à l’Humanisme : le père de la littérature italienne représente la somme de l’expression littéraire médiévale, mais aussi le début d’une nouvelle ère, une ère dont les conceptions de l’œuvre créative influencent encore les pratiques contemporaines.

Un autre aspect intéressant est l’accent mis sur l’ironie, une attitude particulièrement actuelle à une époque où l’emprise du politiquement correct a étranglé la liberté d’expression et la spontanéité des comportements sociaux. C’est certainement le point le plus problématique, car l’éthique actuelle a été remodelée sur la base de codes moraux austères qui ont profondément modifié la psychologie des masses. L’ironie, la moquerie, l’humour et le sarcasme risquent aujourd’hui d’être relégués dans la catégorie englobante de la “discrimination”, ou, pire encore, de ne même pas être perçus… Nous avons atteint des formes d’autocensure qui nous ont ramenés à l’époque de l’Inquisition ou qui nous ont projetés dans le futur dystopique du crime de pensée orwellien ! Enfin, Pozzoni souligne l’importance d’une attitude militante. À l’ère de la mondialisation, la plupart des intellectuels se sont retranchés dans leurs tours d’ivoire, se créant une visibilité médiatique totalement improductive pour sensibiliser le public. Pozzoni n’entend évidemment pas le militantisme au sens d’engagement partisan, mais plutôt comme un appel à l’éthique et à la responsabilité face à une réalité qui se prête de plus en plus à la remise en question des positions établies.

Pozzoni, comme beaucoup d’autres intellectuels, déplore la prolifération des maisons d’édition et la pratique de l’autoédition, qui ont donné naissance au phénomène de l’amateurisme de masse. Cependant, il convient également de souligner que cette large diffusion de l’édition offre une opportunité à des voix originales et non conventionnelles, exclues du circuit éditorial traditionnel. En bref, on n’a jamais autant écrit de poésie qu’aujourd’hui. L’enjeu est plutôt de stimuler la sensibilité du public à l’expression poétique, en redonnant force et vigueur morale à un langage qui, banalisé par les médias de masse, a été vidé de son énergie et de sa capacité à émouvoir les consciences. À cet égard, le web offre de formidables opportunités, mais il convient de se demander comment intégrer les ressources internet à d’autres outils : performances artistiques, espaces de partage public et initiatives engageant le public, même peu habitué à la lecture de textes poétiques. Les idées directrices de Pozzoni semblent une provocation utile pour remuer les eaux troubles du paysage culturel actuel. En bref, à partir de ces hypothèses, on peut manifester la volonté de créer un mouvement capable d’attirer l’attention des médias sur un phénomène culturel potentiellement innovant et surprenant.

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Commentaires :

  Ivan Pozzoni, La muse peut-elle chanter à nouveau ? Réflexions sur l’avenir de la poésie contemporaine - par Giulia Giarola par Lalande patrick

Lecture dans le silence.Extrait. https://youtu.be/sgQi3cCT_Nk?si=vSBWXpVJqohBskME


 

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