Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Forum] [Contact e-mail]
  
"John Forbes Nash, le chant des équations blessées" - Z4 éditions
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 23 novembre 2025.

oOo

https://z4editions.fr/product/john-forbes-nash-le-chant-des-equations-blessees/

Cadahus
en son us
mas pel us
estauc clus

Tant de choses dépendent
d’une brouette rouge, vernie de gouttes de pluie, à côté des poulets blancs

Un automne jonché de taches de rousseur

 

Etc. On peut multiplier à l’infini l’intrusion de la poésie dans notre vie quotidienne, dite existence.

Chacun, selon sa nature, s’y arrête ou pas. La langue se prête à ces perceptions, ouvrant peut-être des portes en principe fermées ou absentes. Il en va de même de la tache, du point, de la ligne, de la série, etc.

Mais rarement on prend le temps de s’impliquer dans cet autre genre d’irruption :

 

...par exemple. Et pourtant, certains esprits se laissent émouvoir par ce type de rencontre.

Alors y a-t-il loin entre la poésie et la mathématique ?

Autrement dit, qui est capable de créer de telles fulgurations, qu’elles soient de nature poétique ou mathématique ? Un esprit ordinaire, mais pas forcément étranger, est-il incapable de poésie ou de preuve par le calcul ?

Faut-il nécessairement que l’esprit créatif soit le fait de certains esprits, laissant les autres sur la touche ? Ceux-là même qui ne lisent pas ou ne comprennent pas…

Un lien se crée entre l’esprit créatif et son spectateur. Et c’est là qu’interviennent les discussions à propos du génie qui caractérise les uns et manque aux autres.

On en conçoit alors des biographies, sous forme de films de préférence, ou de livres ressemblant plus à des films qu’à des ouvrages purement littéraires. On adapte un personnage avec lequel il est difficile, voire impossible, de s’identifier (comme c’est la règle dans les arts du spectacle). C’est une occasion de se sentir tout proche du génie, d’en deviner l’importance et de reconnaître son existence nécessaire.

Seulement, voilà : ce spectacle est aussi une manière de fausser la perception ; ce n’est qu’un subterfuge certes capable de provoquer des émotions fortes et inoubliables, mais c’est comme pisser dans un violon : on a vite fait de redevenir soi-même.

 

La représentation du génie et de sa biographie par le moyen de la comédie et de la dramaturgie n’a pas l’air d’avoir convaincu Catherine Andrieu.

Elle nous propose autre chose de moins industriellement probable et de plus proche de notre langue commune : la poésie.

Ainsi, John Nash n’apparaît plus comme un crucifié, mais comme un homme ordinaire, avec ceci de particulier : il a les moyens de s’approcher du réel. Moyens donnés par les nombres, mais aussi par l’intuition.

Et de fragment en fragment, Catherine Andrieu recompose le personnage et sa destinée. Il n’est plus question de trépigner à la limite d’une identification impossible (en tout cas pas aussi facile que celles proposées ordinairement par le show-business).

Peu importe d’ailleurs que le mot schizophrénie (qui est un néologisme bien pratique) s’interpose entre elle-même et le lecteur probable. L’essence même de ce texte est qu’il nous pousse à envisager la beauté (ici mathématique) sous l’angle de la reconnaissance et non pas dans le méli-mélo.

Certes, comme toujours chez Catherine Andrieu, sa propre existence est en jeu chaque fois qu’elle nous invite à la suivre sur les marches du récit. Mais il ne s’agit là que d’un effet secondaire : la vraie vie est ailleurs ! Dans la proximité magiquement probable avec ce qu’il est possible de devenir.

Patrick Cintas

FORUM
Pour participer, voir en bas de page>>


Commentaires :

  "John Forbes Nash, le chant des équations blessées" - Z4 éditions par Catherine Andrieu

Patrick Cintas,

Merci d’avoir lu là où cela se joue vraiment, non dans l’apparat du génie, mais dans cette zone fragile où une pensée cherche un appui sans jamais s’y poser. Votre lecture reconnaît ce que j’ai voulu approcher : non l’icône, non le film, mais l’homme en déséquilibre, celui qui avance avec sa faille comme d’autres avec leur certitude.

Vous avez compris que je n’ai pas cherché à raconter John Nash mais à l’écouter — dans sa manière de laisser cohabiter la rigueur et le tremblement, l’intuition et la blessure, l’éclat et la chute. Et que la poésie, loin d’être un détour, était le seul lieu où cette vérité-là pouvait encore respirer.

Je vous remercie d’avoir vu cela avec une justesse qui m’émeut. De reconnaître l’humain derrière la figure, la vibration derrière l’équation, et ce mouvement intérieur qui, chez lui comme chez d’autres, n’est pas de l’ordre du spectacle mais de la survie lumineuse.

Que vous l’ayez perçu ainsi donne à ce livre exactement ce qu’il espérait : un lecteur capable de sentir au lieu d’admirer.

Avec ma profonde gratitude,

Catherine Andrieu


 

Un commentaire, une critique...?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2026 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - pcintas@ral-m.com - 06 62 37 88 76

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs

 

- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -

- Hébergement: infomaniak.ch -