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![]() oOo La Gironde commence là où les rives se défont.
Lorsque la Garonne et la Dordogne mêlent leurs eaux lentes, rien ne s’annonce ; l’espace simplement s’ouvre, et la terre desserre sa prise comme une main qui consent à laisser passer plus vaste qu’elle.
Les rives s’éloignent sans bruit. L’eau prend largeur. Brune, dense, chargée de ciel et de limons, elle descend vers Royan en cessant peu à peu d’être un trajet pour devenir une étendue.
Le vent change avant que la mer ne soit visible. Une âpreté saline glisse dans l’air. La lumière ne tombe plus du ciel : elle monte de l’eau.
Lorsque l’Océan Atlantique remonte avec la marée dans la gorge de l’estuaire, il n’y a ni ligne ni heurt, seulement une zone mouvante où les couleurs se fondent, où le brun s’ouvre à un bleu plus grave, où la surface frissonne d’une respiration nouvelle.
Au loin, le Phare de Cordouan veille dans la clarté changeante, mince verticalité offerte au flux, et sa blancheur tient au milieu de l’eau qui s’élargit.
La Gironde ne disparaît pas dans la mer. Elle cesse d’avoir des bords.
Elle se défait de ses rives comme on ouvre les mains.
Alors l’eau n’avance plus. Elle respire.
Et dans cette respiration vaste, sans contour, où le ciel et l’eau se traversent l’un l’autre, quelque chose devient sans limite — non parce qu’il grandit, mais parce qu’il n’est plus enfermé.
La mer n’a pas commencé.
C’est le monde qui s’est ouvert. |
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