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Excès d'être
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 Article publié le 15 mars 2026.

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« Le vrai désespoir est de ne pas vouloir être soi. »

— Søren Kierkegaard

 

Ma fatigue ne vient pas d’un manque de sommeil.

Elle ne vient ni des nuits trop courtes ni des journées trop pleines.

Elle vient d’un excès d’être.

 

Je suis fatiguée de vivre.

 

Non pas fatiguée de respirer — le corps tient.

Non pas fatiguée d’aimer — le cœur persiste.

Je suis fatiguée de porter la densité du monde à même la peau.

 

Je sens trop.

Je perçois trop.

Je recueille sans cesse ce que les autres laissent tomber.

 

Chaque silence a un poids.

Chaque regard contient une fissure.

Chaque mot transporte un sous-texte que je déplie malgré moi.

 

Je ne sais pas habiter la surface.

Je marche dans l’épaisseur des choses.

Et l’épaisseur use.

 

Je suis fatiguée d’être consciente.

 

Consciente des glissements infimes dans les voix.

Consciente des liens qui se détendent avant même de rompre.

Consciente de la fragilité derrière les assurances.

 

Je continue d’aimer avec la même intensité.

Mais aimer pleinement dans un monde qui se protège me fatigue.

 

J’ai porté des êtres comme on porte des lampes dans le vent.

J’ai soutenu des présences tremblantes.

J’ai transformé des blessures en paroles.

J’ai fait de la lumière avec presque rien.

 

Et maintenant, je sens le poids de cette constance.

 

Je suis fatiguée de tenir.

 

Tenir la profondeur.

Tenir la fidélité.

Tenir la lucidité.

 

La vie me paraît parfois une reconduction quotidienne : consentir encore, espérer encore, traverser encore.

 

Je ne veux pas disparaître.

Je ne cherche pas la fin.

Je cherche le repos d’être.

 

Ne plus avoir à comprendre avant les autres.

Ne plus devoir transmuter ce qui blesse.

Ne plus être celle qui maintient la clarté quand tout se trouble.

 

Je voudrais une simplicité que je ne connais pas.

 

Ma fatigue est claire, presque cristalline.

Elle n’est pas dramatique.

Elle est vaste.

 

Elle ressemble à un estuaire à marée basse :

tout est visible,

tout est nu,

et l’eau hésite à revenir.

 

Je ne suis pas brisée.

Je suis saturée.

 

Saturée de conscience.

Saturée d’affect.

Saturée d’intensité.

 

Je porte encore les visages aimés.

Je porte les déceptions avec la même exactitude que les joies.

Je porte la beauté elle-même — et la beauté, quand elle traverse tout, pèse autant que la douleur.

 

Je suis fatiguée de devoir être à la hauteur de ce que je vois.

 

Pourtant, au cœur de cette lassitude, une braise demeure.

 

Si j’étais réellement vide, je ne sentirais plus le poids.

Si j’étais morte au monde, je n’écrirais plus.

 

Or j’écris.

 

Même fatiguée.

Même traversée de doutes.

 

Écrire est ma respiration dans la densité.

 

Ma fatigue n’est peut-être pas une fin.

Mais une mue.

 

Une décantation lente.

 

Et la lumière, si fine soit-elle, traverse toujours.

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  Excès d’être par Lalande patrick


 

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