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Pseudo livre (Río)
Pseudo livre (Río) - texte intégral

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 Article publié le 21 juin 2026.

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Pseudo livre (Río) - à la suite du «  Livre premier » et du « Livre suivant » (texte à lire ICI)

Un épisode de la vie de Río (sériatim [1]).

Le "livre premier" présente le personnage d’Alfred Tulipe («  Je ne suis plus poète ! »). Le "livre suivant" s’intéresse au personnage de Fabrice de Vermort («  Mon fils ne sera pas poète ! »), toujours dans le même élan fictionnel et narratif. Ce "pseudo livre" crée celui de Río, on verra pourquoi plus tard. "Le Morio" avance, sans doute dans la direction d’un roman, ou plus justement dit une "nivola". Un quatrième personnage est en cours d’élaboration, Jéhan Babelin, qui a son importance car c’est lui qui révèlera la présence cachée d’un cinquième possible (livre 5 [2], y colorín colorado el cuento se acabará). Tout ceci dans le cadre d’un art intitulé "narration" (narrativa) plutôt que "roman" (novela, nivola si on veut...)

Pseudo livre (Río) - texte intégral

Étant entendu que tout ceci relève de la fiction, et non pas d’un système confessionnel à usage littéraire, autofictions, autobiographies, autoanalyses, etc., autodissertations d’un charme certain, certes, mais ce n’est pas le mien. Il s’agit aussi d’un tour de force, dans le sens faulknérien du terme. Voire...

Patrick Cintas

[1Mot emprunté au vocabulaire juridique américain - ici manière de dire le texte tel qu’il est écrit dans un volume (le 33e de la série ou de l’ensemble... selon idée) intitulé justement "Sériatim" - ici, patrickcintas.fr

[2...structure en 5 actes... parodique.

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Commentaires :

  Pseudo livre (Río) - texte intégral par Catherine Andrieu

Il est des livres qui racontent une histoire. D’autres qui développent une idée. D’autres encore qui cherchent à convaincre, à démontrer, à transmettre quelque chose de précis. Le Morio – Rio de Patrick Cintas n’appartient à aucune de ces catégories. Il avance autrement. Par dérives successives. Par ressacs. Par retours. Par variations autour d’une présence dont on ne sait jamais tout à fait si elle est un personnage, une voix, un double, une conscience ou simplement le nom donné à cette part de nous qui continue d’écouter lorsque le monde ne semble plus avoir grand-chose à dire.

Rio est là dès les premières pages, assis au bord d’un étang, regardant des canards, écoutant des conversations qui n’en sont pas vraiment, traversant des paysages ordinaires où la poésie paraît avoir déserté les lieux. Non pas que le monde soit devenu muet. Au contraire. Il parle sans cesse. Les écrans parlent. Les réseaux parlent. Les discours parlent. Les poètes eux-mêmes parlent à longueur de pages. Mais quelque chose s’est perdu. Quelque chose qui relevait moins des mots que de leur nécessité. Comme si la langue continuait de fonctionner alors que sa source s’était retirée.

C’est peut-être là que commence véritablement ce livre : dans cette expérience du retrait.

Patrick Cintas ne cherche pas à restaurer une poésie disparue. Il ne pleure pas un âge d’or. Il ne construit aucun manifeste. Il observe simplement ce qui reste lorsqu’on a cessé de croire aux certitudes littéraires. Et ce qu’il découvre est infiniment plus riche que n’importe quelle théorie.

Car ce qui demeure, ce sont les choses.

Une pluie.

Une terrasse de café.

Une casquette oubliée.

Une sardine qu’on écaille.

Une lettre écrite à quelqu’un qui est loin.

Un papillon.

Une poignée de persil achetée au marché.

Une seiche remontée des profondeurs.

Un enfant qui n’est pas encore né.

À travers tout le livre circule une attention presque obstinée au détail. Non pas le détail pittoresque, mais le détail existentiel. Celui qui soudain révèle la totalité du monde. Celui qui transforme un geste banal en interrogation métaphysique. Celui qui fait basculer une promenade dans la question du temps, de la mémoire, de la mort ou de l’amour.

La grande force de Patrick Cintas est de ne jamais séparer ces dimensions.

Chez lui, l’ontologie passe par les chaussures mouillées.

La philosophie passe par les terrasses.

La métaphysique passe par les légumes.

La poésie passe par le pain, la pluie et les poubelles.

Et c’est précisément ce refus des hiérarchies qui donne au livre sa singularité.

Le lecteur croit parfois suivre un récit. Puis celui-ci se dérobe. Il croit entrer dans un poème. Puis le poème se change en conversation. Il croit entendre une confidence. Puis celle-ci devient réflexion. Il croit saisir un personnage. Puis le personnage se dissout dans la langue.

Rio est partout et nulle part.

Rio est l’enfant.

Rio est le vieillard.

Rio est l’homme assis au café.

Rio est le rêveur.

Rio est le poète qui doute de la poésie.

Rio est peut-être aussi le lecteur lui-même.

Car Le Morio est avant tout un livre sur la conscience.

Non pas la conscience abstraite des philosophes, mais celle qui vacille au quotidien entre mémoire et oubli, entre présence et absence, entre désir de comprendre et acceptation du mystère.

Combien de fois au fil de ces pages voit-on surgir cette question : qu’est-ce qui arrive lorsque plus rien ne paraît avoir de sens et que pourtant quelque chose continue de nous retenir au monde ?

La réponse n’est jamais donnée.

Elle se laisse seulement approcher.

Par la pluie qui tombe sur l’étang.

Par les feuilles qui flottent.

Par le silence qui suit les conversations.

Par les visages croisés dans les rues.

Par les arbres qui demeurent quand les générations disparaissent.

Et c’est là qu’apparaît l’une des dimensions les plus émouvantes du livre.

Sous ses jeux de langage, ses digressions, ses refrains, ses ruptures de ton, circule une méditation continue sur le vieillissement.

Les enfants deviennent adultes.

Les parents meurent.

Les amours s’effacent.

Les lieux changent.

Les souvenirs se brouillent.

Les corps se fatiguent.

Même la poésie semble vieillir.

Pourtant quelque chose résiste.

Quelque chose refuse de disparaître entièrement.

Cette fidélité discrète au vivant traverse chaque page du livre comme une lumière souterraine.

À mesure que l’on avance, le texte devient d’ailleurs moins préoccupé par la littérature que par la transmission.

Les chapitres consacrés à la semence, au nid, à la fille déplacent imperceptiblement le centre de gravité de l’œuvre. La question n’est plus seulement : comment écrire ? Elle devient : comment continuer ? Comment transmettre quelque chose de soi lorsque tout passe ? Comment demeurer présent dans un monde qui ne cesse de s’éloigner ?

Cette évolution est essentielle.

Elle donne au livre une profondeur que l’on ne perçoit pas forcément au premier regard.

Sous son apparente liberté formelle, Le Morio raconte en réalité une naissance. Non pas la naissance d’un enfant seulement, mais celle d’une nouvelle manière d’habiter le monde.

Une manière débarrassée des certitudes.

Une manière plus humble.

Plus fragile.

Plus attentive.

Plus humaine.

Patrick Cintas semble nous dire que lorsque toutes les grandes réponses ont disparu, il reste encore la possibilité de regarder.

Regarder vraiment.

Une feuille.

Un arbre.

Un visage.

Une pluie.

Un papillon.

Et peut-être est-ce là que recommence la poésie.

Non dans les livres.

Non dans les théories.

Non dans les écoles.

Mais dans cette qualité d’attention qui transforme soudain l’ordinaire en mystère.

C’est pourquoi Le Morio – Rio est beaucoup plus qu’un pseudo-livre, comme son auteur aime le qualifier avec ironie. C’est une vaste méditation sur ce qui demeure lorsque les récits s’effondrent. Une œuvre profondément libre, inclassable, traversée de mélancolie, d’humour, de tendresse et de lucidité. Une œuvre qui accepte de ne pas conclure parce qu’elle sait que la vie elle-même ne conclut jamais.

Et lorsque la dernière page se referme, Rio continue d’avancer quelque part devant nous, sur un chemin bordé d’arbres, dans une lumière de fin d’après-midi, portant avec lui cette question silencieuse qui habite tout le livre :

comment rester vivant au milieu de ce qui passe ?

Cette question-là, Patrick Cintas ne la résout pas.

Il lui donne un visage.

Et ce visage s’appelle Rio.


  Pseudo livre (Río) - texte intégral par Catherine Andrieu

Patrick Cintas,

Je voulais vous dire quelques mots à propos de Le Morio – Rio.

J’ai passé un temps infini sur ce livre. Vraiment. Bien davantage que je ne l’aurais imaginé au départ. Je l’ai lu, relu, laissé reposer, repris. J’ai tourné autour comme Río tourne autour de son étang, persuadée chaque fois d’avoir trouvé le bon angle avant de découvrir qu’il m’échappait encore.

J’ai recommencé mon commentaire un nombre incalculable de fois.

À chaque nouvelle version, quelque chose me semblait juste, puis aussitôt insuffisant. Tantôt je croyais tenir le fil de la poésie et je m’apercevais que le livre parlait de tout autre chose. Tantôt je pensais qu’il s’agissait d’une méditation sur le langage et je découvrais que les canards, la pluie, les légumes du marché ou une simple tasse de café portaient soudain davantage de vérité que toutes les réflexions que je venais d’écrire. Puis je revenais à la question du vivant, avant de me rendre compte que la transmission, l’enfance, les morts, les naissances et les visages traversaient eux aussi l’ensemble de l’ouvrage.

Bref, je n’ai cessé de reprendre mon texte.

Et je demeure mécontente.

Non parce que le livre me résisterait de façon obscure ou hermétique. Au contraire. Il me semble désormais que sa difficulté vient de sa liberté. Chaque fois que l’on croit avoir compris ce qu’il est, il devient autre chose. Chaque fois que l’on veut le réduire à un thème, il s’en échappe par une porte latérale, souvent avec humour, parfois avec une sardine, une seiche, un papillon ou un canard sous le bras.

Je me suis aperçue que plus je cherchais à définir Le Morio, plus il se dérobait.

Peut-être parce qu’il ne s’agit pas réellement d’un livre sur la poésie. Ni même sur la littérature. Ni même sur Rio.

Peut-être s’agit-il simplement d’un livre sur une présence au monde.

Et cela est infiniment plus difficile à commenter.

Je crois avoir compris certaines choses. J’ai l’impression que votre livre part d’une perte — celle d’une confiance ancienne dans la langue — pour aller vers quelque chose de plus humble et de plus vaste : une attention. Une manière de continuer à regarder lorsque les mots ne suffisent plus, lorsque les grandes certitudes se sont retirées, lorsque les explications ne convainquent plus.

Mais même en écrivant cela, j’ai déjà le sentiment que je simplifie.

C’est sans doute ce qui m’a retenue si longtemps.

Votre livre ne cesse de déplacer son centre de gravité. L’étang dialogue avec la pluie, la pluie avec la lettre, la lettre avec le café, le café avec la semence, la semence avec le nid, le nid avec la fille. Tout semble relié, mais par des liens souterrains qui ne se laissent pas aisément saisir.

Alors je recommence.

Et je recommence encore.

Parce que j’ai le sentiment qu’une chronique devrait parvenir à accompagner ce mouvement intérieur sans le trahir, sans l’appauvrir, sans le figer.

Je ne suis pas certaine d’y être parvenue.

Je vous écris donc pour vous dire à la fois mon admiration et mon insatisfaction. Mon admiration devant cette œuvre si libre, si singulière, si profondément vôtre. Mon insatisfaction devant mon propre commentaire, qui me paraît toujours en deçà de ce que j’ai réellement perçu au fil de la lecture.

Peut-être est-ce finalement le signe des livres qui comptent : ils continuent à travailler en nous bien après que nous les avons refermés.

Et Le Morio – Río fait partie de ceux-là.

Je vous adresse toute mon amitié fidèle,

Catherine Andrieu


  Pseudo livre (Río) - texte intégral par Catherine Andrieu

Un dernier cheminement :

Il existe des livres qui racontent une histoire. D’autres qui déploient une pensée. D’autres encore qui s’emploient à construire un monde. Le Morio de Patrick Cintas appartient à une famille plus rare : celle des livres qui semblent s’écrire en marchant, comme si la phrase avançait dans le paysage sans savoir exactement ce qu’elle cherche, mais avec la certitude obscure que quelque chose l’attend au bout du chemin.

Río marche.

Il marche depuis les premières pages au bord de l’étang, parmi les canards, les arbres, les terrasses, les pluies, les marchés, les souvenirs, les lettres, les visages croisés, les conversations qui commencent sans jamais vraiment finir. Il avance dans une géographie à la fois réelle et mentale où les lieux comptent moins que les passages qui les relient. Et c’est peut-être là que réside le cœur secret de ce livre : dans cette obstination à demeurer entre les choses.

Entre la prose et le poème.

Entre le roman et la méditation.

Entre l’enfance et la vieillesse.

Entre le souvenir et l’événement.

Entre la langue et ce qui lui échappe.

Dès les premières pages, Patrick Cintas place son lecteur devant une question qui reviendra sous des formes multiples : qu’est devenue la langue ?

Non pas la langue comme instrument de communication. Non pas la langue des grammairiens. Mais cette langue ancienne qui reliait l’être au monde, celle qui faisait qu’un arbre n’était pas seulement un arbre, qu’une pluie n’était pas seulement de l’eau tombant du ciel, qu’un visage ouvrait sur davantage qu’une identité.

Río constate la rupture. La poésie ne lui parvient plus. Les mots semblent avoir perdu leur pouvoir d’incantation. Les discours prolifèrent tandis que le sens se dérobe. Les écrans remplacent les horizons. Les conversations tournent sur elles-mêmes. Le monde paraît saturé de paroles et pourtant déserté par la parole véritable.

Mais ce qui rend ce livre profondément émouvant, c’est qu’il refuse toute nostalgie.

Patrick Cintas ne cherche jamais à restaurer un âge d’or imaginaire.

Il ne pleure pas une poésie disparue.

Il ne se réfugie pas dans une grandeur passée.

Au contraire.

Il accepte de regarder le désastre.

Il accepte de regarder ce qui demeure lorsque les certitudes tombent.

Et ce qu’il découvre alors est infiniment plus fragile.

Un canard sur un étang.

Une tasse de café.

Une pluie d’été.

Un parapluie.

Une casquette oubliée.

Une lettre envoyée à la campagne.

Une petite fille qui mange des choux à la crème.

Un homme assis sous un arbre.

Une femme qui attend.

Une autre qui s’éloigne.

Le livre entier semble animé par cette intuition discrète : lorsque les grands récits s’effondrent, il reste le vivant.

Le vivant dans sa nudité.

Le vivant débarrassé des discours qui prétendent l’expliquer.

Le vivant qui continue malgré tout.

Voilà pourquoi Río est un personnage si singulier.

Il ne ressemble ni aux héros romanesques traditionnels ni aux narrateurs contemporains occupés à disséquer leur propre psychologie.

Río n’est jamais tout à fait un personnage.

Il est davantage une présence.

Une conscience traversée par le monde.

Parfois un enfant.

Parfois un homme.

Parfois un vieillard.

Parfois un simple regard posé sur une flaque d’eau.

Il circule dans le livre comme nous circulons dans notre propre existence : sans comprendre totalement ce qui nous arrive.

À travers lui, Patrick Cintas accomplit quelque chose de très rare.

Il redonne sa dignité à l’incertitude.

Nous vivons dans une époque qui exige des réponses.

Le Morio préfère les questions.

Nous vivons dans une époque qui réclame des positions.

Le Morio choisit les passages.

Nous vivons dans une époque fascinée par l’affirmation de soi.

Le Morio s’intéresse aux zones où le moi se dissout.

C’est pourquoi la figure de Río finit peu à peu par devenir celle de chacun.

Qui n’a jamais eu l’impression d’arriver trop tard ?

Qui n’a jamais regardé une photographie ancienne en cherchant à retrouver quelque chose d’irrémédiablement perdu ?

Qui n’a jamais tenté de comprendre ce qui, dans son existence, s’est joué sans lui ?

Tout au long du livre, les souvenirs apparaissent ainsi comme des îles émergées au milieu d’un océan plus vaste.

L’enfance revient sans cesse.

Non comme paradis.

Non comme âge heureux.

Mais comme lieu originel du regard.

Le petit Río observant le monde.

Le petit Río apprenant les mots.

Le petit Río découvrant les adultes.

Le petit Río confronté au mystère de vivre.

Cette enfance n’est jamais entièrement quittée.

Elle demeure sous chaque geste.

Sous chaque phrase.

Sous chaque silence.

Et c’est là que le livre acquiert une profondeur existentielle remarquable.

Car il ne parle pas seulement du temps.

Il parle de ce qui résiste au temps.

À mesure que l’on avance dans les chapitres, les figures féminines se multiplient.

Gisèle.

Blanca.

Loulou.

La femme aimée.

La fille.

La mère.

Les présences réelles ou rêvées.

Elles ne sont jamais réduites à des rôles.

Elles incarnent plutôt différentes modalités de l’altérité.

Différentes façons pour le monde de venir à notre rencontre.

Et derrière elles apparaît progressivement une autre question.

Que transmettons-nous ?

Le livre semble alors quitter le territoire de la littérature pour rejoindre celui de la filiation.

Les enfants à naître.

Les enfants qui grandissent.

Les enfants qui disparaîtront un jour.

Les souvenirs qui passent d’une génération à l’autre.

Les gestes ordinaires qui traversent le temps.

Les mots eux-mêmes.

Tout converge vers cette interrogation.

Que restera-t-il de nous ?

Et la réponse de Patrick Cintas est bouleversante par sa modestie.

Il ne restera sans doute rien.

Ou presque rien.

Un souvenir flou.

Une histoire racontée.

Une photographie.

Une lettre.

Une chanson.

Un arbre.

Une pluie.

Mais ce presque rien suffit.

Parce que ce presque rien est précisément la matière de nos vies.

La beauté de Le Morio réside aussi dans sa forme.

Cette forme libre, mouvante, indisciplinée.

Les registres s’y croisent sans cesse.

Le rire côtoie la gravité.

Le trivial touche au métaphysique.

Le burlesque rejoint parfois le sacré.

On passe d’une plaisanterie à une méditation sur la mort sans percevoir la couture.

Cette mobilité constante rappelle les mouvements mêmes de la conscience.

Une pensée appelle un souvenir.

Un souvenir ouvre une image.

Une image engendre une réflexion.

Puis tout revient au présent.

À un arbre.

À un oiseau.

À une rue.

À un visage.

À une pluie.

Comme si le monde ne cessait de reconduire l’esprit vers son point de départ.

À la fin du livre, une impression demeure.

Non celle d’avoir lu un récit.

Ni même une suite de poèmes.

Mais d’avoir accompagné une présence humaine dans sa traversée du temps.

D’avoir marché avec elle le long d’un rivage où les choses les plus modestes prennent soudain une profondeur inattendue.

Patrick Cintas semble nous murmurer que la littérature n’a peut-être jamais eu d’autre vocation.

Non pas expliquer le monde.

Non pas le juger.

Non pas le corriger.

Mais apprendre à le regarder.

Regarder la pluie lorsqu’elle tombe.

Le vent lorsqu’il hésite.

Le visage aimé lorsqu’il s’éloigne.

L’enfant lorsqu’il joue.

La lumière lorsqu’elle quitte les choses.

Et comprendre enfin que ce regard lui-même est déjà une forme de grâce.

Dans Le Morio, la poésie ne sauve pas le monde.

Elle accomplit quelque chose de plus humble et de plus nécessaire.

Elle nous aide à demeurer auprès de lui.


 

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