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AUTEURS INVITÉS
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du premier numéro
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Nº 52-52 - Etoile de l'Aube - Délégation Haute-Garonne/Midi-Pyrénées de la Société des Poètes Français.
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 Article publié le 14 juillet 2009.

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La délégation Haute-Garonne/Midi-Pyrénées de la Société des Poètes Français Etoile de l’Aube organise chaque année un concours international de poésie intitulé [Le Fleuret poétique de Midi-Pyrénées - cpea.e-monsite.com/] ouvert à tous les candidats d’expression française et/ou occitane du 1er novembre au 15 mars.
Cette année 2009, la remise des Prix a eu lieu à Toulouse dans le cadre de la Maison d’Occitanie en présence de nombreuses personnalités.
Les partenaires départementaux, régionaux, nationaux : M. Didier Cugive du Conseil régional - M. Jean-Marc Dumoulin du conseil général - M. Jean-Marc Barres, maire adjoint de la mairie de Toulouse - M. Jean-Pierre Béchu, délégué général de la Société des Poètes français.
Les partenaires municipaux : M. Jean-Michel Jilibert, maire de Villematier, siège de l’association - Mme Jacqueline Coquet, déléguée à la culture de la mairie de Fronton - Mme Sandra Brugot, déléguée à la culture de la mairie de Castelginest. Les villes de Villemur-sur-tarn, Blagnac et Saint-Orens.
Les partenaires donateurs : Mme la baronne Brigitte de Carrière, château de Larra - Mme Christine Clairmont - Mme Marie-France Anguille - Mme Nicole Minon.
Les artistes pour leurs oeuvres : Myriam Audran, Monique Marques, Richard Faivre, Éliane Marques, Paulette Bossiroy, J.F Dettori, Marguerite Nadal, librairie Saint-Étienne, librairie Siloe Juanaud.
Les intervenants : Nadal Rei - Nadyne Vern-Frouillou - Martine Loupiac - Daniel Périsse - Marie-Anick Faydi - Corine Larose - Le chasseur abstrait éditeur.

Marie Soumeillan, présidente-fondatrice de L’Étoile de l’Aube, a animé cette journée avec talent et dévouement.

Le chasseur abstrait participe :

 Publication de "Flamme incandescente" de Marie Soumeillan.
 Publication prochaine d’une anthologie regroupant les poètes primés.
 Mise en ligne sous peu d’une "page spéciale Fleuret poétique" ici même.

 

La poésie occitane
Jean-Pierre Béchu
Délégué général de la Société des Poètes français.

Jusque vers le milieu du XIIe siècle, chanson de geste et poésie lyrique nourrissent l’essentiel de la littérature médiévale. Deux genres forts éloignés, appartenant chacun à une aire géographique et linguistique précise : au nord de la Loire, en pays de langue d’oïl, l’épopée triomphe ; au sud de la Loire, en pays de langue d’oc, fleurit de lyrisme. Plus précisément, celui-ci embrasse le Limousin, l’Auvergne, la Gascogne, le Languedoc et la Provence, c’est-à-dire l’Occitanie. Son rayonnement fut tel que l’on peut parler – surtout pour les XIIe et XIIIe siècles – de miracle occitan. Un miracle à la source de la poésie courtoise.

L’épanouissement de la poésie occitane obéit sans doute à un florilège de facteurs : un cadre de vie plus clément et des mœurs moins rudes que dans le nord de la France, une sensibilité plus vive aux rythmes latins de l’Église et peut-être, l’influence d’images venues de l’Espagne mozarabe. Par delà ces hypothèses, une réalité s’impose : l’origine aristocratique de cette poésie. Les cours seigneuriales, fort nombreuses dans le Midi de la France, accueillent les poètes qui, souvent, dépendent de leur générosité. Il n’est d’ailleurs pas rare que des nobles soient poètes, à l’instar de Guillaume IX d’Aquitaine, fondateur de la poésie occitane. Sa petite fille, Aliénor, reine de France (1137-1152), puis reine d’Angleterre (1154-1204) sera une grande protectrice des lettres. Dans ces cours raffinées, les troubadours engagent des jongleurs pour chanter leurs poèmes en s’accompagnant de musique.

Entre ces poètes existe une fraternité qui gomme les différences de conditions sociales. Certains ont en effet de très modestes origines (Bernard de Ventadour, Perdigon, Guiraud de Borneil) alors que d’autres sont bourgeois (Peire Vidal), clercs (Arnaut de Mareuil, Peire Cardenal), moines (le Moine de Montaudon) ou même rois (Richard Cœur de Lion, Alphonse II d’Aragon, Frédéric III de Sicile). Leurs talents ont progressivement éclipsé la verve populaire des chanteurs errants ou des saltimbanques. Ils célèbrent l’idéal courtois des maisons nobles : manières polies, langage galant, hauteur de sentiments.

La chanson – ode dédiée à l’amour – devient leur forme littéraire préférée bien qu’ils cultivent aussi d’autres genres : l’aube (où les amants déplorent la brièveté de la nuit), le planh (lamentation sur une personne disparue), la romance (récit d’une vie amoureuse) qui s’appelle pastourelle quand l’héroïne est une bergère. D’autres genres s’attachent à des sujets parfois étrangers à l’amour : la tension (dialogue où l’un des interlocuteurs doit défendre un point de vue opposé à celui qui lui est présenté), le partimen, qui est une variante de la tenson (on propose à l’interlocuteur plusieurs opinions), le sirventes (satire morale, politique ou religieuse). Ils composent enfin des chansons à danser nommées danse, ballades ou bals. Cette diversité des formes littéraires s’accompagne de différences marquées quant à la stylistique.

Trois écoles poétiques se démarquent en effet assez nettement les unes des autres. Le trobar leu (« poésie facile ») est une écriture simple, mélodieuse, accessible à tous. Jaufré Rudel, Bernard de Ventadour, Guiraud de Borneil ou Raimon de Miraval en sont de bons représentants. Le trobar ric (« poésie riche ») est plus soucieux de beauté formelle et de rimes recherchées comme dans les oeuvres d’Arnaut Daniel et de Raimbaut d’Orange. Quant au trobar Glus (« poésie fermée »), il revêt un sens obscur en compliquant à l’excès l’écriture et le message. Marcabru, Bernard Marti, Gavaudan s’y sont largement adonnés. Avec eux, la poésie devient déjà une aventure du langage.

 

L’idéal courtois, hymne à l’amour et à la femme, est la sève de la littérature occitane. Le troubadour idéalise la Dame aimée. Parée de vertus, elle est inaccessible et souveraine. Rien

nest moins sûr que son consentement car d’après le poète courtois, l’amour ne survit pas à la satisfaction charnelle : le désir doit rester inassouvi le plus longtemps possible. Chasteté, attente, fidélité sont le lot de l’homme épris : le service amoureux impose la même rigueur que les devoirs féodaux. C’est la fin’amor. Elle a des règles strictes qui sont autant d’étapes à respecter. D’abord le Joy, qui est l’exaltation provoquée par le charme et les qualités morales de la Dame. Toute émotion charnelle doit être étouffée pour laisser seulement place au sentiment et à l’esprit. Suivent le feignedor, ou l’amoureux est hésitant et timide, le prejador, où il s’enhardit — en suppliant — à révéler son amour dans l’espérance de l’entendor, moment où la Dame consent enfin à l’écouter. Ces trois phases sont supposées s’achever — parfois au bout de cinq ou six ans — par un baiser de la Dame. L’ultime phase, celle de l’amant exaucé, est le drutz, dont le déroulement est assez complexe. La Dame dévoile sa nudité mais interdit à son amant de la toucher : l’amour « pur » n’accepte que la contemplation innocente. Après quoi, elle peut l’inviter à partager son lit : c’est le jazer (le coucher) nommé aussi l’assai (l’essai, l’épreuve érotique). L’amant est alors autorisé à prendre la Dame dans ses bras (tener), lui donner des baisers (baisar) et la caresser (manajar) mais n’a pas le droit de lui faire l’amour. Dans un passage de l’Heptaméron, Marguerite de Navarre décrit un assaï :

« Elle était contente de parler à lui dedans un lit, tous deux couchés en leur chemise, pourvu qu’il ne lui demandât rien d’avantage sinon la parole et le baiser... Il ne la toucha point et garda son serment... »

Si, à la suite de ce jazer courtois, la dame a « pitié » de son amant, elle peut lui accorder ce qui jusqu’alors avait été refusé. A l’opposé de ce jazer courtois existe aussi le jazer chevaleresque, réservé aux rois et aux nobles, où la Dame satisfait le désir de son amoureux sans respecter l’assai préalable.

Cet idéal de la fin’amor ne s’est pas imposé de façon linéaire dans toute la poésie occitane. S’il est souvent loué, il est parfois mis en doute ou même dénigré. Dans les années 1150, il y a oscillation entre l’exaltation de la fin’amor (Rudel, Cercamon) et un réalisme gaillard (Marcabru). Plus tard, jusqu’à l’aube de XIIIe siècle, le concept de la fin’amor est porté à sa perfection, notamment par B. de Ventadour et Vaqueiran. Passé 1209 (croisade contre les Albigeois) et surtout 1250, la littérature amoureuse décline.

Le pessimisme gagne les troubadours et des tendances extrêmes se développent allant du libertinage au mysticisme (Guilhem Montanhagol, Peire Cardenal, Guiraut Riquier). Dans son foisonnement (on compte plus de 400 troubadours), la poésie occitane honore donc largement l’amour courtois mais ne dédaigne pas non plus les textes paillards ou subversifs. Les troubadours les plus idéalistes, comme Raimond de Miraval, ne taisent pas toujours leurs tentations charnelles et les expriment même avec crudité. Arnaut Daniel ou Gui d’Ussel soulignent vertement certaines fantaisies que les châtelaines imposent parfois à leurs soupirants pour les éprouver (asajar). La femme déloyale, luxurieuse, est décrite sans ménagement par Macabru. A la Dame vertueuse s’oppose la femme vénale et traîtresse. Parallèlement à la poésie courtoise, une poésie érotique et paillarde constitue un versant non négligeable de la littérature occitane. L’une et l’autre nous apportent de précieuses lumières sur la société et les mœurs en Occitanie, du XIe au XIIIe siècle.

Jean-Pierre Béchu

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