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Richard FAUGUET - imperméabilité de l'image
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 Article publié le 26 janvier 2010.

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Richard Fauguet, « Couci-couça », Musée de l’Hospice Sainr Roch, Issoudun.

L’atelier de Fauguet est à l’image de son œuvre. S’y découvre un amoncellement de matériaux en attente, d’objets trouvés, de plaques de plastique autocollantes à motifs de faux marbre, granit et bois, de billes de verre, d’ustensiles divers, d’images de mangas recouvertes de Tipex. De ce fatras semblent surgir des formes incongrues. Elles ouvrent à des mondes étranges. En son antre Fauguet dessine quotidiennement des œuvres absurdes, drôles, triviales pimentées. Elles sont pimentées de collages, de légendes comiques ou jeux de mots laids. Certainess deviennent parfois des objets.

Une telle approche permet de s’arracher à tout lieu commun. Fauguet s’en veut l’« artisan » ou le « bricoleur ». Il est bien plus que cela. En une suite d’opérations il cherche le télescopage, la bifurcation par collages et détournements afin de déstabiliser notre perception et nos modèles de représentation. Né en 1963 à La Châtre dans un milieu populaire le futur artiste découvre au lycée le film « Un Chien Andalou ».C’est le déclic. Il n’a jamais rien vu de tel et après avoir vu et revu ce film il empile des lectures qui le bouleversent. Lautréamont puis la collection de la revue La Révolution Surréaliste. Dominique Marchès, directeur à l’ époque d’un petit centre d’art contemporain à Chateauroux, le propulse plus de force que de gré vers des études d’art. Elles seront marquée par son irradiation initiale. Buñuel pour l’art du montage et de la collision d’images. Lautréamont pour le renversement de la rhétorique et la technique de détournement.

L’art de Fauguet reste en tension entre les deux mouvements qui poussent l’art contemporain. D’un côté l’héritage Dada et Situationnisme. Il fait passer l’art dans la vie et pousse à donner la primauté de l’objet réel sur la représentation en dévers de toute dimension d’illusion dans la volonté d’un régime d’immédiateté et d’immanence. De l’autre la critique d’un monde saturé d’images par un régime de médiation, de réappropriation, de jeu avec le signifiant. Fauguet n’a cesse d’entretenir cette tension. D’un côté ce sont bien des objets réels qu’il propose. Mais, de l’autre, ils fonctionnant anormalement, en dérèglement. Ses œuvres deviennent autant d’« attracteurs étranges ». Elles dissolvent les limites entre l’art et la réalité. Le tout avec délicatesse et subtilité. Partant du réel le plus ordinaire l’œuvre atteint une forme de fantastique aussi ludique que fin.

Avec l’artiste les objets du quotidien sont détournés dans un esprit « ready made ». Adhésifs, pâte à modeler, bonbons, tétines tout est bon. De même que des dessins exécutés à l’encre de chine, à la colle scotch, au tampon encreur sur de multiples supports (carnet de comptabilité, papier calque, drap) et des objets hybrides et mutants. Avec eux Richard Fauguet, entre subtilité et humour, tripote et tripatouille références et paradoxes. Celui dont (dit-il lui même) « le travail prend parfois un air penché de brocante, alors qu’il n’utilise qu’une vaisselle impeccable sait faire du chic avec du cheap ».

Et ce en une immense liberté de formes et de propos. La dérision joue à fond afin de conjurer les conventions et les modalités d’exposition des formes et les archétypes génériques même de l’art contemporain. Ses curieux télescopages et redoublements revendiquent la jubilation comme moteur de la création. L’artiste y éprouve concrètement l’expérience de la finitude, de la fragilité, du constat de la dissolution des images. Il révèle en même temps que cette dissolution est une opération de creusement et d’incandescence. Elle lui permet de’apprendre à débarrasser notre vision de ce qui l’encombre.

Le chaos se retourne sur lui-même. De celui-ci aux échos que l’artiste proposent tout un retournement plastique a lieu. Il devient le signalement du chambardement opéré, à travers le langage plastique, dans la conscience de celui qui regarde. L’artiste fait donc surgir le noyau de l’infracassable. Le creusement de l’image par adjonction d’élément saugrenus conjure, purifie et absorbe notre vision du monde. L’artiste n ‘hésite pas quand il le faut à ajouter du privatif au privatif. Ses images nous parlent et nous rappellent que nous ressemblons à un gant retourné ou à un monde perméable. Dans un circuit sans fin, il devient autant le monde traversé que le monde qui nous traverse.

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