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Hommage à André VERDET décédé le 19 décembre 2004
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 Article publié le 9 janvier 2005.

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André VERDET - Provence et méditerrannée - 55 x 75 cm

Pablo PICASSO : C’est extrêmement nouveau. Dans cinquante ans, on dira que c’était bien du siècle des satellites et des fusées, que tu as vraiment suggéré le monde d’aujourd’hui. Mais en attendant beaucoup de gens ne te pardonneront pas d’être à la fois peintre et poète, par ce que trop de gens aiment le cloisonnement dans l’art chez un peintre ou un poète. (À propos des premiers dessins et gouaches "Cosmogonies" de 1960-1961)

Tes dessins ne ressemblent pas aux paysages de Provence. Mais ce sont ces paysages qui ressemblent à tes dessins ... Les gens qui regardent diront "On croirait un Verdet " !

 

<pARMAN

Depuis plus de vingt ans André Verdet a montré dans son œuvre une conti­nuité dont il est maintenant aisé de suivre le fil. André a eu des inventions qui à elles seules suffiraient à faire la carrière de plu­sieurs artistes - tant il est vrai que dans la rage des prises de position, certains ont tendance à oublier qu’une œuvre est le résultat d’une longue patience et d’un côtoiement quotidien des questions et des réponses qui font toute une vie.

 

Jean COCTEAU

Quand je regarde tes paysages, j’ai l’impression qu’ils me voient, qu’ils ont quelques secret à me dire.

André VERDET - Illusion driapée - 89 x 1116 cm

André MALRAUX : Vos formes noires nous guettent depuis le plus lointain des temps immémoriaux ou l’homme a commencé a mettre en relief la pierre et le bois. Formes héroïques, formes-idoles, formes sacrifi­cielles sur le parvis du sacré ou l’art prend ses sources. Elles s’im­posent à nous et peut-être nous défient-elles. Elles se sont revêtues d’éternité. (Texte écrit dans le livre d’or de l’exposition André Verdet à la galerie du Cavalino à Venise en 1964)

 

Edgar MORIN Directeur au C.N.R.S.

André Verdet tisse une navette ininterrompue entre la rêve­rie poétique et la découverte scientifique, entre l’imaginaire anthro­pologique et les choses physiques. C’est effectivement dans cette navette qu’atomes et astres se transforment en mythes et que les mythes se transforment en atomes et astres.

 

Professeur Jean HAMBURGER de l’Académie Française

Je me souviens de cette exposition qu’André

Verdet avait organisée au Palais de la Découverte à Paris et j’eus le sentiment que pour la première fois, on avait pu mettre un pont entre deux dis­ciplines qui, en général, se boudent : la science et l’art.

 

Bernard MAZO

Revue Aujourd’hui Poème, janvier 2005

André Verdet, grand acteur du XXème siècle poétique et pictural vient de nous quitter

 Il est des mots - ou des jeux de mots - qu’il faut prendre garde de prononcer. Ainsi lorsque je titrais dans mon Carnet de route poétique du mois dernier  « verdeur d’André Verdet » j’ignorais que celui-ci était en train de s’éteindre atteint par une maladie due à son grand âge. Il avait 91 ans.

A propos de son dernier ouvrage Montagnes marines, accompagnés de très nombreuses illustrations de son vieux complice Cocteau et publié grâce à Luciano Melis, éditeur de poésie passionné s’il en est - basé à Colomars (O6670), melis.edition@wanadoo.fr) - à l’enseigne Melis, j’ajoutais même : « Salut à toi, l’ancien, encore plein de verdeur ».

J’avais des circonstances atténuantes car j’avais déjeuné avec lui, en compagnie du poète Jean-Max Tixier et de nos épouses respectives, l’été précédent, à la mythique Colombe d’Or, ce restaurant de Saint-Paul de Vence qui avait été, en son temps, le lieu de rencontre des plus grands écrivains et peintres du milieu du siècle défunt, et où Verdet avait sa table réservée à vie. Nous nous étions rendu ensuite dans son immense atelier gorgé de soleil, dominant le village de Saint-Paul de Vence. Conduisant sa voiture comme un coureur de rallye sur le chemin pierreux et pentu qui conduisait à sa maison , joyeux, facétieux, le regard pétillant lorsque celui-ci fut surpris par l’objectif d’un appareil photo à glisser un regard coquin alternativement sur le corsage ouvert de nos deux compagnes l’entourant pour la photo, il témoignait d’une telle vitalité qu’il me sembla, ce jour-là, indestructible.

André Verdet s’est éteint chez lui, au milieu des tableaux des plus grands peintres de son époque et de ses propres productions, le 19 décembre 2004 à 23h30. Lors de son hospitalisation quelques semaines auparavant, son ami et éditeur Luciano Melis, assis à son chevet, lui avait lu les quelques lignes que je lui avais consacrées dans mon Carnet de route.  Il avait reçu avec émotion ce petit et si insuffisant signe de reconnaissance que je lui adressais à distance.

 « Les poèmes droits d’un homme de vérité »

Quelle plus belle définition d’André Verdet, poète d’abord, mais également, avec une passion égale, peintre, sculpteur, céramiste - car il cherchait dans la peinture un prolongement de lui-même - que celle de Robert Sabatier, reprenant ces vers de Verdet qui avait à cœur de chanter pour nous : « Les plaisirs et les jours les drames et les nuits /Les travaux et les joies l’amertume et l’ennui / Les rêves les désirs les cauchemars les leurres... », Sabatier écrivant de lui : « Entre la comédie de la vie et la tragédie de la souffrance, voici les poèmes droits d’un homme de vérité. ». 

Un destin hors du commun

Il ne faut pas craindre de le souligner, André Verdet, si reconnu en son temps, avait été bien oublié dans les dernières années de sa vie. Et pourtant quel destin fabuleux que fut le sien !

Né en 1913 à Nice, il allait appartenir à la légende de Saint-Paul de Vence - titre d’un de ses ouvrages publié en 1985 - mais surtout se révéler poète, peintre, sculpteur, céramiste, et plus que tout autre chose homme de cœur et d’amitié.

Résistant, il fut arrêté à Paris par la gestapo en février 1944 avec son compagnon de lutte Robert Desnos. Ils sont, l’un et l’autre, déportés à Auschwitz. Dans son premier récit de la déportation : La nuit n’est pas la nuit (1945), où il décrit l’enfer qu’il a connu dans les camps, il évoque Desnos allant parmi les dix-huit cents compagnons d’infortune qui attendaient devant la chambre à gaz de l’un à l’autre pour les réconforter.

Et puis, c’est le départ, toujours avec Desnos, pour Buchenwald, où il fera la connaissance de Jorge Semprun, et en tirera, une fois libéré, une anthologie des poèmes de Buchenwald (1945).

Luciano Melis, son ami et éditeur le décrit comme « l’un des artistes les plus prolifiques, éclectiques, atypiques, à la fois spectateur et acteur de notre temps. Jean Giono l’initia à l’écriture, Jacques Prévert  à la poésie et Picasso à la peinture. ».

Avec notre ami Georges-Emmanuel Clancier, il demeurait le dernier représentant de ce formidable second demi-siècle d’épanouissement unique en poésie et en peinture. Ses amis et complices en ce domaine se nommaient ; Giono, Prévert, Cocteau, Picasso, Picasso, Braque, Matisse, Miro, Chagall, Léger, Fautrier, Atlan...

L’œuvre est considérable : des recueils de poèmes, comme ceux écrits en collaboration avec Prévert, comme le célèbre Histoires, et puis les siens parmi lesquels : Mondes et soleils (1952), Le Pays total (1962), Formes et paroles (1965), L’Obscur et l’ouvert(1985)...Et puis de nombreux livres sur les peintres - souvent ses illustrateurs- , entre autres : Poèmes et Ballades, Hommage à des amis : Braque, Chagall, Giacometti, Klein, léger, Matisse, Miro, Picasso, etc. (Grand Prix des Poètes de la Sacem).

Malgré son grand âge, il encourageait les jeunes artistes, comme il l’avait fait jadis avec Arman, Klein, Ben et beaucoup d’autres de l’Ecole de Nice. C’est une voix passionnée et forte qui chantait aussi bien les déchirures de l’enfer concentrationnaire, que l’amour, l’humanisme et la science en devenir, les nuits bleues de sa Provence natale qui vient de se taire.

 

André BRINCOURT

II a toujours su vaincre l’ombre par la lumière, je puis en témoigner non sans émotion, il était en Provence mon chef de réseau. Déporté à Bu-chenwald, il fut en effet, comme disait si bien Prévert, cet ami qu’alors nous pensions perdu, mais qui savait " revenir de loin ". Nous l’attendons tous encore sur les remparts de Saint-Paul-de-Vence (Le Figaro).

 

Luciano MELIS

Mon ami André,
Éternel jeune homme dans l’âme, tu nous donnais des leçons de vie et d’optimisme dans tous les domaines.
A l’écoute du Monde toujours prêt et présent pour défendre les bonnes causes, lever la voix sur les injustices, encourager de jeunes artistes.
Quand je montais les marches en pierre de ton jardin tu venais parfois à ma rencontre, (cela devenait une promenade botanique) tu soulevais des feuilles mortes « regardes ces beaux insectes », un peu plus loin « elles sont magnifiques ! Un mois d’avance sur la saison » disais-tu en découvrant les premières violettes.
Tu vivais là-haut dans ta colline en compagnie de tes amis : les poissons, les oiseaux, les écureuils, « ton » chat sauvage, « ton » crapaud... avec lesquels tu passais tes meilleurs moments de la journée.
Tu as rejoint les étoiles, tes plus fidèles compagnes, tu pourras continuer à les taquiner de mille et une questions sur l’Univers.

 

Le dernier hommage à André Verdet

Une centaine de proches, amis et artistes étaient réunis au crématorium de Nice.
Au début de la cérémonie, le « Chant des partisans » dans la célèbre version d’Yves Montand. Et, à la fin de cet émouvant moment de recueillement, la voix de Gilbert Bécaud chantant « II est mort le poète ».
Pendant près de 45 minutes, hier au crématorium de Nice, une centaine de proches, amis, élus et artistes ’" sont venus rendre un dernier hommage à André Verdet tout récemment disparu (voir nos éditions du mardi 21 décembre). Un dernier adieu, en paroles et musiques, au peintre-poètesculpteur-musicien ayant été dans l’intimité de tant de créateurs majeurs du XXe siècle.
Tout près du cercueil - ceint d’un drapeau tricolore - du défunt, René Buron, maire de Saint-Paul-de-Vence, a raconté l’attachement indéfectible d’André Verdet à son village dont il fut d’ailleurs conseiller municipal. Pierre Albran, ensuite, au nom des déportés de France, a évoqué la mémoire du rescapé de Buchenwald. Enfin, pour la communauté artistique azuréenne, le peintre et critique Michel Gaudet a rappelé, souvenirs personnels à l’appui, la si singulière figure de celui que Pablo Picasso - en personne - avait incité à se servir, à son tour, de pinceaux.
Chansons de Gilbert Trem et Dominique Landucci, poèmes de l’auteur de près de 300 ouvrages lus par Stéphane Mélis : une cérémonie qui, en quelque sorte, brièvement mais intensément, a résumé des décennies d’action et de création. Preuves, selon les orateurs, que l’artiste mort son oeuvre continuera à vivre. G.B.
(1) Parmi les personnalités présentes on aura remarqué aussi le sénateur Pierre Laffitte, le vice-président du conseil général, le Dr Alain Frère, représentant Christian Estrosi, les conseillers généraux Louis Nègre (maire de Cagnes-sur-Mer) et Jacques Victor, le député-suppléant André Bonny représentant Rudy Salles, la conseillère municipale de Nice, Emmanuelle Bihar représentant le sénateur-maire Jacques Peyrat, le maire de Carros, Antoine Damiani, l’ex-ministre des Anciens Combattants, Pierre Pasquini, les artistes Ernest-Pignon-Ernest, Sosno, Franta, Gilli, son éditeur Luciano Melis, etc. (Nice matin)

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