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Les échasses.
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 Article publié le 1er juillet 2010.

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Je me trouvais dans une sorte de grand loft. En guise de plafond, une verrière légèrement arc-boutée. Sur la droite, un mur tapissé de papier d’aluminium, brillance de moire sourde. Appuyées contre ce mur, des silhouettes humaines, au bout de longues, d’interminables échasses.
Elles avaient le nez plongé dans un livre, le regard parfaitement neutre, aussi indifférent qu’une bille.
Perpendiculairement au mur où elles s’appuyaient, sans doute pour ne pas mettre en péril leur équilibre précaire, chancelant, une autre cloison, d’une longueur sans fin, mangée par une succession de larges fenêtres qui renvoyaient une lueur dorée mais rance, tamisée par un film de crasse huileuse.
Tout en lisant, le nez dans leurs livres, les silhouettes se mirent à piétiner. On aurait dit, brusquement, qu’elles confondaient leurs échasses démesurées, pointues avec des claquettes.
Je surgis. De je ne savais où.
Cela n’a guère d’importance.
Je portais moi aussi d’immenses échasses à la base redoutablement pointue.
Et j’avançais une pointe d’échasse devant l’autre sur le vaste plancher nu, pâle.
En jetant un regard de biais, j’eus l’occasion de m’apercevoir que les autres, les silhouettes humaines pilonnaient, martelaient les lattes, et, ce faisant, s’enfonçaient dans le bois du plancher mieux que des seringues dans une motte de beurre.
De mon côté, je constatai, à mon énorme stupéfaction, que des tronçons entiers de plancher, sous mes pas, se dissolvaient, se volatilisaient.
A présent je marchais, force était d’ en convenir, sur du vide. Sur de l’ouate. On se demandait d’ailleurs de quelle façon je m’y prenais pour ce faire, comment j’y parvenais. Et, certes, il y avait de quoi.
A force, peu à peu, l’ensemble de la surface du plancher s’effaça. Les échasses des autres, des immobiles étaient désormais plantées dans l’ouate.
Quant à moi, je continuai, bêtement au possible, à faire les cent pas. Jusqu’à ce que le vertige finisse par s’insinuer, par prendre corps au creux de mon être.
Je m’aperçus alors que ça remontait des profondeurs maintenant béantes.
Que ça me happait, un peu à la manière d’une sorte de reproche.
Une voix grondait, tonnait, tumultueuse telle un torrent de montagne au cœur d’une caverne :
- On n’a pas à déambuler ainsi sur du vide. C’est complètement fou !


Patricia Laranco

Le 09/10/2008.

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