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Conclusion / Vivre le présent aussi souvent que possible
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 Article publié le 1er octobre 2010.

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Xanadu de Ted Nelson

Vivre le présent aussi souvent que possible est une manière de conclure… provisoirement. La plupart du temps, on le perd avec les choses du passé, sans doute parce qu’elles relèvent plus évidemment de la réalité, alors que tout y est complètement mort. Souvent aussi, parce que l’existence nous y pousse, nous nous projetons pour vérifier sans risque que nous n’avons pas vécu inutilement. Le présent, impossible à envisager par expansion et tout aussi résistant aux tentatives de compression, nous engage vis-à-vis des autres quand nous prenons le temps d’en parler ou plus simplement d’écrire. Prisonniers des gouttes d’eau entre la chronique et la fable, qu’est-ce que nous écrivons au juste ? Ou plutôt, que ne se passe-t-il pas ?

J’ai tenté ici une explication dénichée dans mes conversations dont je ne suis évidemment pas le propriétaire. Et j’ai utilisé un hypertexte simplifié, celui auquel l’exercice du Web nous a habitués, encapsulant quelques titres pour créer les liens, mais n’échappant pas à une « simulation du papier ». Certes, ce qu’on vient de lire ou de parcourir ne peut entrer dans le livre tel que le conçoivent les libraires pour que ça contienne dans leurs rayons sans porter atteinte à la chaîne qui les nourrit. Faute de mieux (Ted Nelson n’ayant pas lui-même apporté de solution au problème qu’il inventa), cette simulation intitulée Actor servira de plat de résistance.

Ailleurs, en « publiant » quelques livres à l’ancienne, c’est-à-dire en papier relié par le dos, j’ai proposé deux sortes de lectures :

— Le texte brut : pour illustrer cette pratique qu’on nomme écriture, j’ai entrepris la publication en volumes de mon Tractatus ologicus dont trois sont parus chez Le chasseur abstrait : Anaïs K. (deux volumes) et Gor Ur (un volume) ; ces livres, toujours préconçus, mais vécus au moment de les écrire comme si quelque chose d’autre allait arriver, sont livrés presque tel quel, tel qu’ils sont venus au fil de l’écriture ; ils constituent des fragments de ce que j’appelle des textes bruts, lesquels n’ont pas vocation à passer pour des œuvres d’art, mais à les contenir quelquefois. Les inventions dont je parlais, et que je publie pour en témoigner, sont mieux à leur place dans l’hypertexte, c’est-à-dire dans Actor, que dans les rayons d’une librairie, mais je tenais à en publier une sous forme de livre traditionnel pour qu’on ait à les manipuler. Quand les trois autres volumes de la série seront imprimés, on pourra se faire, à les lire ou à les feuilleter, une idée de ce que j’entends par écriture et même ce que je peux savoir de l’état d’écrivain. Le Tractatus ologicus a l’avantage d’être facilement lisible si on a la patience qu’il faut.

Les textes choisis : là encore, pour ne pas trop déranger les commodités en usage, j’ai publié quelques extraits choisis dans les textes bruts ; il s’agit d’œuvres qui peuvent passer pour du roman, du théâtre et même de la poésie ; il se trouve qu’en me livrant au texte brut, j’ai quelquefois pris le chemin d’un roman ou d’un poème ; cela peut donner lieu à l’impression d’un roman, comme Dix mille milliards de cités pour rien, ou d’un recueil de nouvelles ou de poèmes. J’appelle cet effort un effort anthologique parce qu’il me semble consister à faire le choix en fonction des usages littéraires, lesquels se résument en général à l’exercice des genres dans un contexte commercial. Outre le roman cité, j’ai publié un poème intitulé Ode à Cézanne, une comédie Gisèle, un essai Cosmogonies, etc. Je trouve cela assez prétentieux au fond. Et banal surtout, car c’est en lisant ces textes qu’on me découvre… et qu’on ne voit rien de la matière brute qui en a suscité l’écriture — l’écriture et non pas le style. Mais ce n’est pas de ma part une stratégie destinée à me faire connaître ni à rechercher la reconnaissance. Je distingue le fait de choisir de celui de publier les objets du choix. Je pourrais effectivement me priver (aïe !) de publier ces choix et passer sans commentaire à l’étape suivante.

Les livres : dans mon esprit, en écrivant des textes bruts et en me livrant à l’effort anthologique (quels que soient les véritables motifs), je n’ai pas commencé à être un écrivain digne de ce nom ; je ne suis qu’un praticien, sans doute passionné, mais il ne suffit pas d’écrire ni même de satisfaire aux usages pour prétendre à ce titre nobiliaire ; au mieux, si j’ai pondu, au hasard de l’écrit, quelques objets d’intérêt, je ne suis tout au plus qu’un petit maître, un suiveur qui fait bien ce qu’il fait, mais qui ne fait rien autrement, condition sine qua non du statut d’écrivain ; et j’ai publié en effet quelques livres dans cet esprit, par exemple Chasseur abstrait, où un extrait narratif de Carabin Carabas traverse un commentaire ; ou Mon siège de Robbe-Grillet, avec là encore deux textes qui se croisent sans que jamais le nom de cet illustre écrivain ne soit cité ; la tentation d’allier (alliage) le roman Dix mille milliard de cités pour rien et la comédie Gisèle (mêmes personnages) est forte, mais alors : qu’obtiendrai-je dans la forme, sinon quelque chose qui ressemblerait à Requiem pour une none ? C’est-à-dire que se pose alors pour moi la question de savoir si je suis en mesure d’aller au-delà de cette invention (le roman de Faulkner) et même plus loin que lui dans l’art d’assembler qui est une des constantes des arts du XXe siècle ? Collage ? Idéogramme ? Affiches ? Tout cela a déjà été fait. Je peux effectivement le refaire, mais à quoi bon si c’est seulement pour dire que le résultat n’est pas mal du tout ? Je pourrais aussi reprendre l’ensemble et le réécrire pour que ça ait l’air d’un bon roman de Marc Lévy ? Or, je n’accomplis ni l’une ni l’autre de ces actions et… je ne fais rien, c’est-à-dire que pour l’instant, je renvoie le lecteur au texte brut, s’il est patient, et aux textes choisis si quelque chose d’académique et de désespéré me titille.

Voilà où j’en suis. Je n’ai à ce jour produit aucun livre. Pour reprendre le mot de l’enfant Gaston Puel, je ne suis pas un livreur, pas encore. Mais je n’ai pas non plus cédé à la tentation de tout laisser tomber pour écrire selon les conseils des éditeurs qui pensent que je gâche un beau talent. Plus prosaïquement, je n’ai pas besoin de ça. J’ai besoin de chercher encore. C’est tout. Et c’est beaucoup. C’est même très encombrant.

Depuis les années soixante, les années de mon enfance, la question du support a peut-être tout changé plus radicalement que la possibilité d’enregistrer la voix du temps d’Apollinaire. La possibilité de l’hypertexte, mise en évidence par l’internetting, la pertinence du projet Xanadu et ses actuelles spatialités qui prennent la place de que pouvait représenter le temps aux yeux de Proust ou de Faulkner, ce moment de rencontre bruyante entre la et les réalités avec le travail de création — tout ceci indique que la question du support, malgré ses pertinences économiques et mêmes sociales, appartient au second plan et c’est maintenant le texte, pour ce qui concerne l’écrivain, qui doit faire l’objet de tous les soins, dont le moindre consiste, à l’instar des surréalistes ou des romanciers modernes, à inventer de nouveaux objets, la main à la charrue !

Ici, à Mazères qui possède et entretient un fort beau domaine des oiseaux, quelqu’un (je ne sais qui) a eu l’idée d’inscrire ce principe basique dont j’ignore le clairvoyant auteur : Nous n’héritons pas la terre de nos parents, nous empruntons celle de nos enfants. Débarrassée de toute vélléité morale, cette parole prend tout son sens au contact d’une esthétique qui ne serait pas celle des moralistes (lesdits classiques qui disent comment), ni celle des esthètes qui veulent à tout prix être lus et compris (romantiques du pourquoi), mais, comme le pressent Morelli dans le 79 de Marelle, un roman, ou plus largement un texte, qui serait comique.

De mon côté, je cherche, mais je ne trouve pas. Et rien ni personne ne me fera baisser la tête pour amuser les esprits en proie au délire de la consommation. C’est que je dois avoir une autre idée du désir et que je me souhaite cette infime différence. J’espère que c’est sans raison…

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