Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
nouveauté : N3
roman in progress

En ligne : cliquez
Première partie - Le roman est une hypothèse
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 20 mars 2005.

oOo

I

 

Le roman est la cause d’un nombre considérable d’effets tant sur l’esprit que sur la communauté des esprits où il prend parfois racine jusqu’au mythe ou jusqu’à l’exemple. Jamais comme au siècle passé on avait tant réfléchi à la fois à sa raison d’être, à ses conditions d’existence et à ses structures. La production, suivant les fils d’Ariane de la mode, des excès, des contraintes et quelquefois des personnalités propres à en inventer la nouveauté, - pyramidale et titanique, a alimenté l’esprit jusqu’au besoin et peut-être même est-il question aujourd’hui de désir. Qui sait ?

 

Ce fut en tout cas un remarquable festin. Où en est-on ? Encore à table, certainement pas. Dans les antichambres de l’amour, doutons-en : trop d’hypothèses, pas assez de démonstrations. Et puis quelles différences entre les sociétés qui composent les entités civilisatrices ou qui se croient telles ! Il y a peu, l’Espagne publiait le remarquable "Madera de Boj", de Cela, un roman impensable en France. On découvre bien que Jelinek est franchement supérieure aux narrateurs éthiques du creuset parisien. Occasion d’ailleurs à ne pas manquer pour renaître littérairement avec la géniale Djuna Barnes. On se doute aussi qu’il est fort probable que le roman français est ailleurs et tout autre que ces piteuses tentatives de maquiller la pauvreté intellectuelle et les déficiences sentimentales en enquête policière ou en saga du terroir. Exercice retardataire de la rhétorique et nostalgie infantilisante des chronologies et autres généalogies explicatives des temps présents : barbarismes d’un langage qui mérite mieux que ces approximations un tantinet bonimenteuses. Faulkner avait pourtant résolu le problème des faits à évoquer afin de construire en toute cohérence l’idée même du roman à écrire et continuer d’exister avec son "explanation". Au fond, il n’y a qu’un problème, et c’est toujours le même : le goût, et ses prémices. D’ailleurs, plus on veut témoigner, dada des contemporains, moins on atteint l’expression romanesque - "Heureusement !" s’écrierait un magistrat. La poésie, par chance, mais aussi parce qu’elle est tellement différente de ses soeurs lamentables (ces chansons qui racontent comme des romans), la poésie tient le coup. Mais qu’en reste-t-il quand elle vient tout droit d’un roman sans prétention ?

 

De laboratoire du récit qu’il ne pouvait qu’être sous peine de n’être rien relativement à la littérature, le roman est devenu ce qu’il n’aurait jamais dû cessé d’être : une foire d’empoigne. Le problème, c’est qu’on ne s’empoigne plus avec talent. On glisse comme les ombres du marché qui fait exister au pignon de la rue le peu de littérature qu’on attend de soi et surtout des autres. Nous en sommes donc à des considérations structurelles qui n’ont plus rien à voir ni avec les récits ni avec les autres données du laboratoire ou de l’athanor secret des gens que nous sommes. Les lettres ont cédé le peu de place au livre et à son industrie. Le glissement s’opère donc vers les marges. On multiplie les occasions de le faire savoir, - qu’on glisse et dans le sens de la sortie, et il semble bien que ces soupapes de sécurité jouent leur rôle à merveille : jamais on a été aussi attaché à son emploi rendu précaire ou sécurisé au gré l’état et de ses entreprises nationales et privées. Dans ces conditions, le roman devient une babiole, pas une exigence littéraire.

 

Aussi est-on, chaque fois que le malheur frappe à notre porte pour nous pousser dans le jardin, en droit de penser qu’on est peut-être le martyr d’une cause. Pas de cause sans martyrs et pas de martyrs sans passé trouble. On écrit, disais-je, pour empêcher les autres d’écrire ou on écrit pour les oiseaux des branches. Je n’ignore pas quel langage sort de ces becs ni par quel artifice on les contraint à nous écouter un peu aussi. Question de technique. Mais il me semble que le peu de temps dont nous disposons avec tant de doctrine ne peut pas être gaspillé, même contre argent comptant ou à l’apparition féérique des indices flagrants de gloriole, avec des oiseaux au vocabulaire forcément limité. Quand on écrit, Messieurs les oiseaux, on écrit à des hommes et à des femmes, jamais à des enfants et on a prévenu les vieillards tremblants que leur époque est révolue. Bien entendu, les chefs-d’oeuvre demeurent et on n’en finit jamais avec eux parce qu’on n’a pas perdu la tête. "L’adieu aux armes" et "Absalom ! Absalom !" sont des histoires normales transformées en romans et ce n’est pas le contraire qui donnera raison aux charlatans en goguette !

 

Derniers textes publiés - 1e trimestre 2018 :

 I - 6 personnages du Grand Voyage de Télévision - LOUIS MARETTE - Voyage au pays d’Hypocrinde
      Le perroquet de Louis Marette (16)
      Le perroquet de Louis Marette (15)
      Le perroquet de Louis Marette (14)
 Section II - Gloses - BEN BALADA – Sur le Voyage en télévision (18 épures)
      Enfer, néant
      Croyance
      Départ
Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2018 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Le chasseur abstrait éditeur - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

sarl unipersonnelle au capital de 2000 euros - 494926371 RCS FOIX

Direction: Patrick CINTAS

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs ou © Le chasseur abstrait (eurl). - Logiciel: © SPIP.


- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -