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 Article publié le 10 avril 2011.

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Il suffisait d’un geste pour se faire tuer, dehors. La journée était confisquée au profit du bruit des bazookas et des blindés et par la poussière de la ville sale et caniculaire. Les seuls sons étaient ceux des balles.

L’homme se smulgea din loc, courait, tirait, ils avançaient prêts à se faire tirer dessus, couverts par les balles de leurs camarades. Les troupes étaient entremêlées dans la ville, reconnaissables à leurs uniformes. La ville était détruite. Ruine. Les monuments étaient noyés sous les gravats ; la brique flavescente tâchée de sang ne faisait plus la splendeur d’aucun palais ; les hommes n’étaient que feu et sang. Des voisins étaient morts avec les immeubles qui s’effondraient, d’autres avaient laissé leurs vies sous les balles ennemies.

Une évacuation de la ville avait été effectuée au début, encadrée par les soldats, mais eux n’avaient pas voulu abandonner leur maison en pensant que cette situation ne pouvait être de longue durée. La famine et la maladie avaient fait leur apparition. Les gens fuyaient la ville ; il n’y avait plus d’eau. Les canalisations avaient été endommagées. Les hommes s’approvisionnaient aux robinets que les soldats avaient fait ouvrir pour eux-mêmes. Mais cette eau n’était pas potable. La dysenterie emportait les plus petits. Des hommes allant vers les points d’eau étaient tués par les soldats. Ils s’aventuraient dehors, un enfant pe spate, en espérant ainsi ne pas se faire tuer. En allant au robinet, les habitants se rugau des soldats de les amener hors de la ville. Parfois ils étaient contents, à même de le faire, souvent les femmes couchaient avec les soldats dans l’espoir de laisser partir leurs familles.

Violette était le nom de sa femme. Chris avait neuf ans. La petite un an. Le plus grand demandait sans arrêt à sa mère de le laisser faire la guerre. Elle était obligée de le surveiller pour ne pas qu’il sorte. La plus petite dormait à longueur de journée. Sa peau était déshydratée et son visage hâve. L’homme avait commencé à chercher un moyen de fuir la ville. Sa fille était malade. Sa femme leur porta ses bijoux et se donna à eux. Pendant la route, la petite fille ne survécut pas à sa maladie.

Pendant le voyage ils profitèrent de la femme à l’arrière du camion. Quand il tenta de s’interposer entre la femme et le soldat, ces derniers le jetèrent dans un coin. Les hommes les laissèrent aux abords d’un village. Ils devaient faire du stop pour aller dans la famille du père. La femme lui demanda de continuer le chemin à pied. Quand elle tomba d’épuisement, ils embarquèrent dans une autre fourgonnette. La femme fut montée sur le plancher à l’arrière. Les hommes et le garçon devant. Des soldats tirèrent le rideau. Sur le chemin de la maison, le père qui tenait la femme entre ses bras pensa s’en débarrasser mais ne put se résoudre à le faire à cause de la présence de l’enfant à ses côtés, en pensant que cette dernière pouvait encore continuer à servir aux travaux domestiques ou sexuels.

Sa mère avait fait face à des soldats qui avaient pillé sa maison. Son père était un mort vivant. Son père lui conseilla de partir chercher un médecin. Au petit matin sa femme était dans le coma et il dut partir pour la ville. Cette dernière resta sans connaissance pendant plusieurs jours. Au bout de quatre semaines, elle était debout. La femme essayait d’oublier l’existence de son mari, mais le craignait. Les enfants étaient surveillés par les femmes, ces derniers ne devaient pas s’éloigner du village. Il y restait peu d’hommes, qui s’étaient échappés après avoir été enrôlés de force. Ici les enfants étaient à l’abri des bombardements, mais la famine menaçait à chaque saison et ces derniers étaient squelettiques.

À chaque passage, les soldats se servaient en sexe et brûlaient des maisons. Après leur départ, les gens en reconstruisaient. Les garçons costauds étaient prélevés comme chaire à canon dans la population. Après ces premiers raids, les femmes avaient envoyé les garçons se cacher, mais les hommes ne furent pas lents à comprendre le manège, partirent les chercher dans les bois et les tirèrent comme des lapins en les tenant aux yeux des femmes pour des déserteurs. Les hommes cruta quelques-uns qu’ils mustrau en leur tenant une leçon de patriotisme sur la place du village où la foule avait été amenée de force. Il était encore petit quand ils l’amenèrent. La femme portait un autre bébé. Les femmes se faisaient avorter par peur de la famine, par les sorcières qui remplaçaient les hommes sorciers par ces temps.

Dieu lui donna un petit garçon. Elle avait peu de lait et le nourrissait au lait de chamelle. Il était venu au monde un soir frais. Sa mère avait beaucoup souffert pendant l’accouchement. Son mari était transporté de bonheur, mais le chagrin de son fils perdu n’avait pas disparu pour autant. Le père aimait son fils, le regard qu’il portait sur sa femme était aveugle. Ce dernier satisfaisait plusieurs femmes qui avaient perdu leur mari. Les quelques hommes qui restaient au village emplissaient les fonctions des maris défunts. Il se félicitait d’avoir un successeur de sexe mâle parmi les nombreuses filles qu’il avait ensemencé. Le petit soulageait la douleur de la perte de son fil aîné.

Des étrangers arrivaient certains jours pour chercher refuge, certains avec des charrettes, avec des bœufs et des vaches. Des campements comme celui-ci existaient à travers tout le pays que les combats parfois obligeaient à partir plus loin. Les femmes cachaient aussi des enfants blessés ou des déserteurs. Ceux qui avaient pu arriver là avaient eu de la chance. Des blessés parsemaient les routes. Certains succombaient à la fatigue.

Il avait marché depuis plusieurs jours. Arrivé au village, il fut installé dans une casemate et l’on prit soin de lui. Il lui manquait une jambe. Il allait sur ses dix-huit ans, mais en paraissait quarante. Sa peau ridée, la maturité contenue dans son attitude, avaient fait de lui un drôle d’hybride, corcitura d’un vieil homme dans les membres duquel coulait un sang jeune. La femme qui l’avait accueilli était réveillée toutes les nuits par les hurlements qu’il poussait au bout desquels il bondissait en sursaut, baigné dans la sueur. Ces symptômes étaient partagés par tous les anciens combattants. La sorcière traitait immédiatement ces malades, de peur qu’ils ne répandent des maladies. Ils passaient plusieurs semaines en convalescence, mais leurs plaintes continuaient à strabate la nuit.

“ J’ai vu des mecs se faire sauter la cervelle devant moi parce qu’ils ne pouvaient plus aller combattre. La mort collait à la peau. Frecusul de la balle et de l’air était le seul son qu’on avait l’habitude d’entendre. Il faisait noir dans les abris. Les gémissements cessaient, auxquels la mort coupait court. Il fallait avancer pour ne pas perdre de terrain. On dormait à même la terre, le bazooka en bandoulière. Un joint nous aidait à dormir. Le sifflement des balles nous réveillait la nuit. Nous essuyons les tirs ennemis. Ensuite, l’on tentait de se recoucher. La nuit était peuplée au vol des balles. Nous étions réveillés aux premières lueurs du jour. L’on démarrait les tirs à l’aube.”

La femme eut le coup de foudre la première fois qu’elle le vit. Ils s’arrangèrent tôt fait pour passer les nuits ensemble. La vieille partait dormir chez une autre amie. La femme se transforma, ses traits s’allongèrent et se creusèrent, ses yeux s’agrandirent. Elle ne le quittait plus et laissait son foyer sous prétexte d’amener l’enfant pour être allaité. Le mari avait remarqué que sa femme était plus belle. Elle était épanouie. Ce dernier la désirait et voulait la reconquérir. Il avait déjà essayé de la prendre, mais cette dernière avait menacé de l’empoisonner. Son corps amassait de l’énergie, ses forces augmentèrent grâce aux soins alimentaires que la vieille lui prodiguait. Il était de plus en plus taciturne et ca la faisait souffrir, elle sentait qu’il s’éloignait elle, un autoritarisme qui le légitimait aux yeux des autres se dégageait de lui. Il était devenu agressif. Avant de se coucher, lors de ses discussions avec la femme, il revenait à la charge en déformant le sens de ses propos pour justifier la guerre. Les chaleurs avaient commencé. Les femmes travaillaient beaucoup pour amener de l’eau au village. Elle s’était éloignée de lui et en souffrait car il n’était pas celui dont elle était tombée amoureuse.

Ses larmes se superposaient à la raie frémissante de l’horizon. À la fin du jour, quand les premiers rayons de soleil se rétractaient, elle prenait de l’eau puis la portait au village. Le lendemain elle recommençait. Elle essayait de l’oublier. L’homme lui rendait visite de temps en temps. Il espérait la revoir la guerre finie. Elle attendait un bébé.

Les bords de la rivière reculaient. La chaleur anéantissait tout sur son chemin. Les hommes avaient réduit leur quantité de nourriture. De la ville des hommes venaient pour voler l’eau. L’homme se doutait que l’enfant n’était pas de lui et avait recommencé à taper sa femme. Il se montrait hargneux et nerveux. Les femmes partaient ensemble à la rivière pour s’entraider, au cas où l’une d’elles tomberait sous la chaleur coplesitoare. Les vieillards et les femmes restaient enfermés. La nuit était avortée par la chaleur. Des femmes s’évanouissaient en route. Elles s’arrêtaient afin de les soigner et repartaient une fois que ces dernières étaient debout. Le village semblait très très loin, emporté dans le creux de la vague de chaleur qu’elles contraient péniblement. Les toits des baraques surgissaient et des gens venaient les aider. L’eau partait dans les moments qui suivaient. Les bêtes se désaltéraient aussi. Les habitants capatau un peu de vigueur. Les enfants jouaient un peu puis mangeaient, et tout le monde faisait la sieste à nouveau. Les femmes se réveillaient plusieurs fois par nuit pour humecter d’eau la peau de leurs enfants et vérifier qu’ils se portaient bien. Elles repartaient à l’aube.

Il n’y avait plus de combats à cause de la chaleur. Ils s’organisèrent pour quitter les tranchées et rejoindre les villages avoisinants où ils passèrent quelque temps. Ils ne parlaient aux autres que pour les obliger à leur rendre un service. Ils mangeaient plus que les autres et les occupants du campement avaient împutinat leurs repas. Quelques hommes étaient retournés aux points de commandement afin de récupérer des camions pour chercher l’eau. Ils se montraient cette fois respectueux envers les femmes. Au fur et à mesure que le temps passait, ces derniers apprirent à lier connaissance avec les habitants. La femme n’avait pas de nouvelles de son amant. Les hommes étaient repartis un soir. Les combats s’étaient intensifiés au nord du pays et ces deniers y allèrent prêter main-forte. Ametiti par la chaleur ils tombaient sous les balles. La chaleur fut pricina mortii unei grande part des effectifs. Quelques poches de fraîcheur étaient revenues la nuit, mais la sécheresse était toujours présente. Les villageois se félicitèrent que tout le monde fût sorti sain et sauf de ces moments durs. Le village reprenait petit à petit son souffle. Il pleuvait à nouveau. Les enfants jouaient dehors.

Des hommes avaient déserté les tranchées et étaient retournés au village. Les chefs des camps décidèrent d’une trêve. Les tranchées furent recouvertes de terre pour enterrer les morts. Ces derniers attendaient de nouveaux ordres. Des épidémies avaient infesté la ville. Des hommes sont partis plus loin pour tenter de retrouver leurs familles. Quelquse temps après, les chefs au înmultit à nouveau leurs troupes en les achetant ou en les enlevant à leurs familles au travers du pays. Ses deux fils au fost smulsi en même temps. Son mari fut tué et elle violée.

Vlad avait fui les combats. Il se baladait à travers le pays en évitant tout regard étranger ; les gens signalaient aux soldats si des hommes se planquaient. Il se cachait dans le pays en évitant de rencontrer quelqu’un la nuit. Il volait là où il pouvait, dans les villages de l’eau et ce qu’il restait de nourriture. Les maisons détruites, des bruits sourds de balles lui parvenaient aux oreilles. Des fumerolles s’élevaient dans le lointain. 

 

- se smulgea din loc : en roumain se prononce “ sé smoultgéa dine loque ” : s’arrachait

- cruta : en roumain se prononce “ croutza ” : épargna

- mustrau : en roumain se prononce “ moussetraou” : sermonnait, grondait

- corcitura : en roumain se prononce “ quortchïtoura ” : métis

- strabate : en roumain se prononce “ strabaté ” : parcourt

- frecusul : en roumain se prononce “ fréqouchoule ” : le frottement

- cuprins : en roumain se prononce “ couprinese ” : envahi

- capata : en roumain se prononce “ quapata ” : reprenait

- doborîti : en roumain se prononce “ doborïtzi ” : terrassés

- împutinat : en roumain se prononce “ imepoutinate ” : amoindri

- ametiti : en roumain se prononce “ ametitï ” : étourdis

- au înmultit : en roumain se prononce “ aou înnemouletzite ” : multiplié

- au fost smulsi : en roumain se prononce “ aou fossete smoulechï ” : lui ont été arrachés

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