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 Article publié le 26 novembre 2005.

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« Tu t’imagines que je ne vois pas ton manège. Mais quelle mouche pique cette bourrique bâtée ? J’offre un chez-soi à sa sœur, une existence digne de ce nom, et ce malotru... Une tête de mulet ! Pas philosophe pour un penny. Je me demande ce qu’il me reproche ? Tu ne sais pas ce que tu perds ; moi, je sais ce que je gagne. A te laver la ganache et le sinciput, j’y gaspillerais mes moments perdus, mon nectar et ma lessive. Le vantail est entrebâillé, la table garnie. Il espère peut-être une requête, un tapis rouge, une fanfare... Et puis quoi ? Tu t’enfonces le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Anne en souffre. Je lui ai proposé mon aide, un logis convenable. Il ne veut pas se débarrasser du coq, ni de l’âne. Il aurait eu un emploi honorable... Son âne... Son âne... Maître Aliboron et son roussin d’Arcadie ! Son coq... Son coq... Mon coquefredouille et son réveille-matin à plumes. Tant pis pour tes mâchoires, mastiqueur de chardon ! Si ça t’enchante, cabre-toi ! Je ne m’en relève pas la nuit. Si tu sors de ton pucier le derrière devant, c’est ton affaire. Son âne... C’est pour Anne que je peste. Le corps chevillé à ton âne, tu nous la gâche, la vie ! Ton âne, tu peux le recommander à Dieu et à ses disciples puisque tu y es ! Une âme et un âne en peine. La risée du square et des rues avoisinantes. De s’aventurer dans Paris, il en est incapable. L’ornière, la même ornière. J’ai voulu, pour ma promesse de mariage, l’emmener à l’Opéra, mais pour lui faire comprendre qu’on n’y acceptait pas les animaux... J’en dirais tant. Tu peux chauvir des escalopes. J’étais crieur, crieur de journaux. J’ai rencontré ma Joséphine au carrefour. Des échos pour son patron. Pour la contempler, je me gavais de pâtisseries. Les religieuses, les babas, les éclairs... La meringue, les amandes pilées... L’eau à la bouche. J’avais le bissac et la visière de rigueur. Baveux bavasseurs ! Feuilles de chou à la crème ! Becs de gazette ! Canards à l’étrange ! Elle riait. La tueuse à deux têtes enfin démasquée ! Miracle à Milan ! Puzzle lugubre à Londres ! Les passants riaient. C’était mon quotidien. Courrier du cœur, coeur d’artichaut, chaud les marrons, rond de serviette. Chiens écrasés et funérailles nationales. Joyeux... Ils étaient joyeux, les gens. Pas envieux. Il s’est fourré dans le crâne que le kiosque rapporte des mille et des cents. L’incendie, le carambolage, le hold up... Balpeau ! La catastrophe, le meurtre en série, le viol... On en redemande. On est à la merci de la folie des hommes et de la nature. Le guignon des uns fait le pot des autres. C’est comme ça. Qu’y peut-on ? Mon imbécile ignore que trois héritages de rien du tout ont mis des épinards dans le beurre. Le pouce du destin. Ma bien-aimée n’en a pas profité. On avait un peu d’oseille à plat. Des lumignons, des bouts de ficelle... Des économies d’honnêtes travailleurs. On n’avait pas les mains jointes. L’argent par les fenêtres, pas chez nous. On cuisinait les bas morceaux, on accommodait les restes, on raccommodait, on ressemelait... Une perle, ma Fifine. Les journaux... et des journailles à la boulangerie-pâtisserie. L’entraide, pour ces fainéants de l’Administration, c’est de la besogne au noir. Un couple serviable et accueillant. Des bons commerçants. Le fils a repris la suite. Quand on loue le loup... Il n’est plus jeune, le père Jules. Il cause volontiers. Sa langue va comme un clapet. Je revois sa Gigi. C’est l’acteur Muraire tout craché. L’acteur méridional. Comme Raimu, je passerai la rampe pendant ma sieste. Pourvu que ce ne soit pas un four ! Sa boule tétait le bouchon. Quel pointeur ! Ce n’est pas le style Vichy-menthe, ni le genre à faire ses ablutions dans une ville d’eaux. Si j’étais égoïste... Il faut le savoir d’une égérie pour tenir une maison. Ce n’est pas avec son bestiau de somme, ses sucreries et ses fleurs de tissu qu’il peut vivre décemment. Il est de cette engeance qui se complaît au bas des échelles, au bord des gouffres. L’abruti refuse l’assistance. Il croît que je ne le vois pas. On dirait qu’il guette l’autobus. Pastaga ! Pastaga ! Pour les lampées, là, tu l’abandonnes ton ânichonne. La dernière... Il colporte que je suis pour la peine de mort. Il mériterait que je le zigouille, lui... Lui et son saint Christophe de Pâques fleuries ! Si elles ne sont pas engourdies, tes esgourdes doivent te corner. Le pétrisseur est en grande controverse sur le trottoir d’en face. Depuis qu’il ne pelote plus la pâte, qu’il a posé les rames, il n’a plus que ça à faire. La pétanque, ça fatigue. La belote, ça déglingue l’encéphale. Mon rejeton se débrouille. Un bon ouvrier. Pas un panassier. La relève à l’ancienne. Après, je ne serai plus là pour me navrer. Je décampe. Les bureaux vont se vider. Les journaux du soir... »

 

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