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En ton nom
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 Article publié le 5 février 2013.

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J’ai fini par aimer mon nom et mon prénom, hérités tous deux, non choisis comme il va de soi.

Contrairement au corps qui naît, grandit, vieillit et meurt, nom et prénom ne s’altèrent pas avec le temps, mais tombent le plus souvent dans l’oubli.

Je ne rêve pas, ceci dit, de voir ou d’avoir mon nom gravé dans le marbre.

Certains auteurs sont entrés vivants dans la Pléiade, avec peut-être le sentiment d’y être inhumés, mais les livres d’un auteur ne sont-ils pas déjà à eux seuls des cénotaphes qu’il s’empresse d’oublier une fois publiés ?

Il faut que l’esprit souffle, grandisse et mûrisse, que l’œuvre sans âge affirme sa jeunesse par-delà les ans. Voilà ce qui compte pour moi, et la force entraînante, l’allant, le goût de vive ici et maintenant dans la compagnie éclairée de quelques-uns.

Aimer le prénom choisi par nos parents - quand ce n’est pas par l’Assistance Publique, comme l’on disait joliment avant que la DDASS n’envahisse le langage commun - et le patronyme qui s’y rattache, c’est, en somme, assumer un héritage et un devenir, un complexe de choix de vie aussi qui nous ont fait tels que nous sommes, ce que nous sommes étant bien sûr ce que nous faisons jour après jour, nos œuvres et nos actes, nos actions petites et grandes et jusqu’à nos rêves et nos fantasmes, nos désirs et nos envies.

Sans regrets ni remords de mauvais aloi.

La postérité n’appartient qu’aux survivants qui décident sans nous de l’usage symbolique de notre nom, baptisant des rues et des écoles à notre nom, allant jusqu’à faire entrer nos restes au Panthéon pour les plus « chanceux » d’entre nous.

Bienfaiteurs et militaires de haut rang se taillent la part du lion dans cette surenchère symbolique où le bon et le puissant côtoient quelques écrivains, musiciens et médecins. Se joignent à eux les noms de quelques grands Résistants, héros de la nation déchue et qui a failli en 1940.

La sensibilité politique des pouvoirs municipaux en place s’en donne à cœur-joie, accordant aux grands noms consensuels avenues et boulevards et ajoutant dans les marges - rue de second ordre, ruelles et impasses - les noms de quelques personnalités locales ou nationales méritantes.

La nation reconnaissante qui se reconnaît dans le grand homme qu’elle s’honore d’honorer, très peu pour moi, bien que je convienne aisément que les grands modèles ont leur charme et leur utilité toute civique et scolaire, ce qui n’est pas rien en ses temps d’éclatement et d’affrontements des valeurs où les groupes humains, à les en croire, tous victimes des pires injures et injustices, revendiquent leur place au soleil des valeurs, quand il ne s’agit pas pour eux, purement et simplement, d’éradiquer les autres groupes.

Une logique de mort anime la démocratie, moribonde dès lors que les citoyens apprentis- tyrans n’entendent plus que les sirènes de la sacro-sainte majorité dont ils rêvent de confisquer les bénéfices en les transformant en rentes à vie. Il n’y a qu’un pas de la majorité obtenue dans des élections légales à sa confiscation par un régime autoritaire démocratiquement élu qui s’empresse de détruire ses adversaires politiques.

Il me plaît de n’avoir ni tort ni raison face au grand nombre invisible.

S’il fallait se dresser contre une tyrannie, cela exigerait courage mais aussi ruse et organisation, toutes choses qui ne sont efficaces que dans l’action commune où les noms s’effacent pour d’élémentaires raisons de sécurité.

Elémentaire, mon cher Watson !

Mais que serait notre cher Sherlock sans son faire-valoir ?

Aucune commune française, à ma connaissance, n’est allée jusqu’à donner le nom d’une de ses rues à cet Anglais né de l’imagination de Conan Doyle, moins connu que son personnage. On lui préfère, à Besançon par exemple, le nom de Winston Churchill, qui, lui, fut bien réel.

Quelques noms passent donc les frontières, et parfois même s’insinuent dans la langue, tel ce rusé Reinhard qui remplaça par antonomase notre bon vieux goupil.

Javel, poubelle, tartuffe, harpagon, autant d’antonomases plus ou moins courantes, sans parler des marques coton-tige, frigidaire, klaxon, kleenex, etcetera… passés dans l’usage courant pour désigner non plus la marque mais la marchandise.

Ceci vient nous rappeler que tout nom propre est une métonymie évocatrice, en ce sens qu’il résume à lui seul une personne et toute une lignée.

Seul le nom d’un artiste ou d’un « grand homme » ouvre sur une action ou une œuvre qu’il faut connaître par le menu, sinon rien : le nom ne suffit pas, ce n’est qu’un sésame qui ouvre sur un monde.

Comment cette petite graine bienfaisante en est-elle venue, elle aussi, à désigner ce qu’elle n’est pas quand on l’utilise en cuisine ? On le sait tous : par la grâce d’une histoire mémorable qui nous vient du Levant.

Il serait bon que ton nom, mon ami, devienne ce sésame qui ouvre sur tes trésors.

Je ne les pillerai pas, ne me contenterai pas non plus de les palper en les admirant : je t’ouvrirai mon cœur pour que tu puisses y puiser à foison ce qui, tous les deux, nous tient sous la fascination des mots vagabonds que nous échangeons.

On le sait tous deux, et pour cause : il m’arrive de t’écrire au nom de tous ces anonymes que ni toi ni moi ne connaîtrons jamais en personne.

Je te salue, toi dont je n’usurperai jamais le nom, toi qui fait toujours en sorte que je puisse te parler, toi que je désire passionnément entendre et écouter.

 

Jean-Michel Guyot

23 janvier 2013

 

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