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Douce chaleur
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 Article publié le 11 février 2013.

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Le livre, dans un sourire, se laisse faire.

Son lecteur respire avec gourmandise l’odeur de papier et de colle qui en émane, et ses doigts palpent les pages blanches couvertes de signes qui font le bonheur de ses yeux.

Page après page, un corps de mots se dévoile, et le sens se fait homme ou femme, selon le désir de chacun, créature languide et féline, sévère et autoritaire, cassante ou souple, selon l’humeur des mots qui se font jour, mais ouverte toujours à une infinité de désirs, peau souple et humide sous la caresse des yeux.

Le livre ne tarde pas à se réchauffer dans les mains de son lecteur qui lui prête la chaleur qu’il lui emprunte. Doux échange thermique que la lecture au coin du feu.

Reposé, le livre s’endort, son lecteur aussi, ou bien alors il vaque, c’est selon, mais la chaleur qui émane d’eux irradie encore dans la maison.

Les mots passés, de feux-follets qu’ils étaient, sont devenus lumière douce dans laquelle le lecteur baigne après sa lecture.

Ses gestes ont gagné en sûreté, en précision même, sa pensée est devenue plus légère, presque allègre.

C’est que la pensée du livre ne le quitte pas, même quand il n’y pense plus.

L’impensé que le livre a soulevé, révélé et travaillé au corps dans l’esprit du lecteur, voilà qu’en sous-main il fait son œuvre une deuxième fois, nourrissant le lecteur occupé à toute autre chose qu’à sa lecture.

Les pensées rencontrées et embrassées, caressées et chéries voyagent à l’insu de leur lecteur dans cette région imaginaire toujours plus grande que lui et qui ne le quitte jamais, même lorsqu’il lui faut s’en détourner pour vaquer aux tâches du quotidien bien compris.

C’est ainsi que le lecteur ; à chaque fois qu’il lit, à chaque fois qu’il boit le petit lait de ses émois langagiers, en finit avec la nostalgie du sein maternel et qu’il inaugure le temps autre de la séparation féconde qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

Entre l’objet de notre lecture et nous s’instaure un dialogue sur mille sujets qui, invariablement, nous ramènent, au point focal de notre rencontre, là, dans nos yeux qui rient ou qui pleurent, qui brillent ou qui se voilent, mais toujours grand ouverts sur le clin de l’inconnu qui palpite et respire, et nous appelle dans un murmure.

Le livre nous a prêté ses yeux. Il est temps de les lui rendre augmentés de tout ce qu’il n’aurait pas pu voir sans la vigilance polie et l’attention confiante qu’il nous a confiées, toujours occupé qu’il est à faire la lumière en nous.

Il est temps d’en parler.

Jean-Michel Guyot

16 janvier 2013

 

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