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Baubô
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 Article publié le 18 mars 2013.

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La femme-prétexte, pour un écrivain digne de son nom, n’existe pas.

Le Je t’aime, qu’est-ce que ça peut bien te faire ? de Goethe, ce n’est certes pas rien, mais Goethe portait en lui l’amour des femmes et l’amour d’une femme, et c’est quand les deux amours convergeaient dans la rencontre d’une femme réelle que l’écriture s’emparait de lui : elle dépassait la contingence de son amour pour célébrer l’amour.

Nous ne sommes pas tout à fait sortis de ce schéma.

La femme donne lieu à ce qu’il faut appeler d’un jeu de mots certes écorné un sexte, c’est-à-dire un texte sexué.

La parole féminine est précieuse, et trop rare. Elle n’est pas précieuse en fonction de sa rareté : elle vaut pour elle-même dans un contexte que Jacques Derrida appela phallogocentrique.

Cette parole, quelle forme peut-elle donc prendre, s’il s’agit de ne pas répéter la parole masculine ? Le langage, l’art du langage et le langage de l’art sont communs aux hommes et aux femmes cultivés dans nos contrées, alors où se niche la différence ?

Dans un certain silence, peut-être, qui ne doit rien à la pudibonderie, mais tout à une certaine pudeur.

La pudeur du dévoilement, propre aux femmes, peut-être, l’homme étant pris, quant à lui, dans le dévoilement impur et simple de la pudeur, l’acte et la parole commententatrice.

Perspective radicalement inverse, à ce qu’il semble.

Qu’une pudeur se dévoile tout en restant pudeur, et c’est tout l’être qui vacille, hésite entre dissimulation et dévoilement : aletheia, soit la vérité complexe mais vibrante d’un maintien de soi, d’une mine et d’un acabit au moment même où, se dévoilant, ils virent à l’affolement, au débordement dans tous les sens des sens en ébullition : orgao !

Le sexe fermé/ouvert de la femme, ce baubô - le poulpe en grec ancien, et par image la vulve - quelle meilleure illustration de ce phénomène que je viens d’appeler la pudeur du dévoilement, à ceci près qu’en fait il ne s’agit pas d’une illustration, mais bel et bien d’une réalité qui certes appelle la métaphore, animale en l’occurrence, mais surtout révèle la pudeur comme dévoilement, et non l’inverse comme dans la parole masculine où tout ce qui est caché doit apparaître au grand jour d’Eros.

Ce qui passe par un renoncement momentané à la parole au profit d’un souffle que la femme ne communique qu’aux hommes eux-mêmes enclins à se taire sans faire silence, quand la séparation la plus grande les incline tous deux à verser l’un dans l’autre sans jamais fusionner.

Ne me parlez plus d’amour. Epargnez-moi cette facilité !

Vivez-vos élans et vos désirs, sans bruit, mais dans la fureur mortelle qui vous habite, loin des vieilles lunes, si vous le pouvez.

Jean-Michel Guyot

11 février 2013

 

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