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 Article publié le 18 mars 2013.

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La page blanche tourne à ton avantage.

Elle te défie : corps de femme encore invisible qui prend tournure dès que tu fixes ton regard vers l’intérieur.

Aussitôt, la page se couvre de signes.

Des signes, rien que des signes, diront les impatients, mais une image vivante se construit, sa naissance prend le temps qu’il lui faut.

Elle ne préexiste pas, aucun modèle ne la précède : elle n’en fait qu’à sa tête, et j’en suis le médium ravi, sans m’effacer pour autant, car d’elle à moi, c’est toute la temporalité mise en jeu qui s’espace : la figure vivante se construit avec mon sang et mes désirs, et peu à peu, la figure se précisant, c’est elle qui m’inspire des désirs encore inconnus de moi. Vivante, elle devient une femme qui en impose, s’affirme et s’affiche, agrippe mon regard, et c’est alors comme si elle allait se jeter sur moi en bondissant hors de la page plus blanche du tout.

Le comme si de l’écriture appelle un désir si grand que bientôt la figure qui a émergé d’un rêve éveillé rejoint la femme de chair que j’aime.

Toutes deux se rejoignent dans la lecture douce qu’elle font l’une de l’autre.

Les mots et la figure, les mots de la figure et la figure de mots, c’est tout un, et ce tout vacillant mais rayonnant n’existe qu’en avant de lui-même : dans le regard de lectrice amoureuse de la femme que j’aime.

Je cherche l’accord sans fausse note : seul compte le moment où la femme que j’aime me livre ses impressions, se rapproche de moi, et me rend augmenté de ses désirs la figure vivante à elle offerte.

Il n’y a pas de calque. Rien d’étranger n’est projeté sur elle, aucune injonction à être la figure d’un ultime désir ne pèse sur elle, mais l’étrange est là, sans obscure étrangeté : l’accord se joue entre elle et moi ; je vais au-devant de ses désirs, tout en devant reconnaître que ses désirs dépassent infiniment ce que j’en puis imaginer.

La figure de mots, ainsi, n’est ni un leurre ni une pure étape. C’est une épure, une esquisse qui s’enrichit de ses mots, de ses mouvements, et même de ses silences.

Nous sommes trois, elle et moi, avec pour partenaire visible la figure de mots qui passe d’elle à moi, après avoir été posée sur le plateau d’argent de sa sensibilité rayonnante.

Un vin couleur de rubis exhale ce parfum de sous-bois que nous aimons tant.

Vient le moment où s’effaçant, la figure de mots ayant passé dans les yeux de la femme que j’aime, elle lève les yeux comme pour regarder passer au loin les images qui viennent d’entrer en elle.

Proche et lointain s’abolissent. Elle découvre la joie que c’est de toucher du regard un désir qui en passe par les mots pour le dire et qui, bientôt, dans un autre silence, deviendra caresses et baisers, étreintes et fournaise.

C’est elle qui a le dernier mot, provisoire, toujours provisoire, car son existence toute entière vient et revient hanter les figures de rêves qui se nourrissent d’elle, comme s’il fallait toujours en passer par ce tiers inclus - le partage d’images qui nous comblent tous les deux - qui dit l’imprévisible de nos désirs qu’aucun poème jamais n’épuisera.

Au cœur du visible-sonore, dans l’espace dévolu à la pure sonorité du poème envolé, le Dire rend hommage au Dit.

Parole d’homme à une femme, parole d’homme qui ne désire rien tant que ta parole, mon amie.

 

Jean-Michel Guyot

10 février 2013

 

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