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La liberté d'aimer
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 Article publié le 15 avril 2013.

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Aimer …

La transitivité de ce verbe nous transit quand nous ne savons pas qui aimer, quand aimer reste une exigence et un besoin insatisfaits, faute de compagnie digne de ce nom. 

C’est à partir de ce vide initial - celui qu’a laissé en nous nos parents qui ne nous aiment plus que de loin ou bien qui, morts, ne s’adressent plus à nous que sous la forme de souvenirs qu’ils nous ont laissés, traces mnésiques fragiles, molécules aléatoires sujettes à des millions d’interconnexions neuronales, qui plus est surchargées de langage par nos propos tenus au fil des ans, imbroglio où il devient impossible de faire la part de la reconstruction et de la pure reproduction, distinction à vrai dire vaine : tout souvenir, d’emblée, est la fixation d’un vécu personnel qui n’a rien de neutre – c’est à partir de ce vide initial qu’il faut penser l’acte d’aimer comme la recherche permanente d’un objet à aimer, d’une personne digne de confiance, c’est-à-dire d’une personne à qui l’on peut se confier, ouvrir jour après jour ses bras et son cœur, sur laquelle compter en cas de difficultés, avec laquelle partager le meilleur et le pire, avec au cœur la volonté commune de tirer le meilleur partir d’une existence à deux…

La question : « Qui aimer ? », une fois qu’elle a trouvé sa réponse, se heurte à cette question sommative très froide : « Qu’est-ce que j’aime au juste en lui, en elle ? »

Cette question, en forme d’inventaire - absolument antiromantique, pragmatique en diable - elle est bien sûr accompagnée par son éminence grise : qu’est-ce que je n’aime pas en lui, en elle ?

C’est cette dernière question qui est déterminante : les réponses à la question B accompagneront les réponses à la question A, comme l’ombre accompagne la lumière.

Il arrive que l’ombre soit plus grande que la lumière, que la grisaille du concept déteigne sur les couleurs pâlies d’un amour parvenu à son automne : lumière rasante qui annonce l’hiver, lumière comme aplatie, où les ombres envahissent tout l’espace mental d’une relation vouée au crépuscule.

L’ombre portée que projette la lumière solaire de l’être aimée à son zénith, paradoxalement, engagera, elle aussi, sur la voie d’une critique impitoyable : la lumière de midi n’est pas moins cruelle que les fadeurs du crépuscule…

C’est que l’être aimé, voulu comme parfait, reconnu comme ne l’étant pas, est perfectible : n’aime vraiment que celui ou celle qui accepte une critique constructive qui le fait tendre vers la perfection, celle-ci ne pouvant être approchée que de manière asymptotique : il suffit que la pression intérieure devienne trop grande pour que la perfection presque atteinte s’éloigne à nouveau.

A ce schéma glaçant où deux êtres qui s’aiment s’épient, il faut substituer une nouvelle manière d’être ensemble : il faut dire ouvertement ce qui ne va pas, ne nous convient pas, voire ce qui nous heurte, tout en faisant crédit à l’être aimé qui supporte notre critique qu’il peut s’amender et s’améliorer, tout en gardant à l’esprit que nos demandes doivent être fondées en raison en s’appuyant sur des faits.

Bien sûr, cette manière d’être doit être réciproquée : qui peut se targuer d’être parfait ?

Introduisons une nuance de taille : il faut en finir avec la perfection qui n’est pas de ce monde et de personne, pour autant cette attitude ne met pas sur la voie du compromis bancal : il est des choses inacceptables : on ne transige pas sur certaines valeurs.

Qui y déroge n’a plus droit à notre estime, et comment aimer quelqu’un que l’on n’estime pas ? 

Cela pose le problème déjà évoqué, de manière aigue : « Qu’est-ce que j’aime en lui, en elle ? »

Ce que l’on aime incline souvent à l’indulgence : on pardonnera quelques faiblesses, eu égard aux bénéfices et aux bienfaits que nous retirons d’une relation globalement satisfaisante.

Mais qu’arrive-t-il, si, appréciant nombre de qualités chez une personne, je m’aperçois que la relation que j’entretiens avec elle, est insatisfaisante ?

Il faut se demander pourquoi l’on est insatisfait, pourquoi l’on reste sur sa faim.

Ma réponse est nette et sans ambages : au début d’une relation, quand une personne ne répond pas à certains critères prédéfinis, mieux vaut ne pas entamer une relation qu’on sait vouée à terme à l’échec.

Hegel nous l’a dit à sa manière saisissante : « La chouette de Minerve se lève au crépuscule. » : ce n’est que tard dans la vie que l’on sait ce qu’il aurait fallu faire dans notre jeunesse…

Il ne faut pas hésiter à être au clair sur ce que l’on désire et s’assurer que la personne qui nous attire - parfois violemment : à la suite de rapports sexuels particulièrement satisfaisants, par exemple, ou sous le coup de conversations brillantes où tant de possibles se dégagent que l’on se sent renaître - n’est pas qu’un beau parleur ou un « bon coup », comme l’on dit trivialement, car on ne bâtit pas une vie sur une entente basée sur la nouveauté, mais bien sur une approche lente et patiente d’une personne, approche qui peut être foudroyante, certes, et c’est heureux ainsi, approche qui n’en demande pas moins de mûrir, de passer l’épreuve du temps : c’est au quotidien qu’un amour s’éprouve.

Bien sûr, le quotidien, en l’occurrence, c’est « le mariage à l’essai », sorte de période d’incubation où un amour embryonnaire se développe ou meurt prématurément.

On l’aura compris : je ne suis pas encore dans le vif de la réponse.

La voici : j’envisage une relation insatisfaisante qui dure depuis des années, qui s’est installée dans une routine pesante.

En amour, c’est le cœur qui déshabille le corps.

Quand le corps est rétif, c’est que le cœur n’y est pas. Il faut alors fuir à toutes jambes.

On a mieux à faire que de perdre son temps avec un être qui ne sait pas se donner à lui-même dans l’acte d’aimer autrui, ne sait pas être aimé, et aimer être aimé d’une personne, c’est essentiellement aimer la façon qu’a cette personne que nous aimons de nous aimer…

Aimer quelqu’un, c’est aimer un être de chair et de sang, génétiquement, socialement et historiquement déterminée.

Ce sont ces déterminations que l’on apprécie plus ou moins : la couleur des yeux, une silhouette, un corps gracieux, un sourire enjôleur, un statut social enviable, une origine familiale prestigieuse, etcetera…

Au-delà, il y a les effets de l’éducation : les valeurs acquises mises en œuvre.

Nombre de coquins, bien sous tous rapports, êtres exquis souriants, raffinés, mais sournois, s’emploient par leur action quotidienne à nier cette part de nous-mêmes que nous voudrions voir reconnue par eux, qui est en fait niée, au profit exclusif de leur bon plaisir.

On ne peut aimer qu’une personne dont les actes sont en rapport avec les valeurs qu’elle affiche.

Ceci étant dit, les circonstances peuvent incliner à une indulgence certaine, quand une personne est amenée à déroger, pour sa sauvegarde momentanée, à ce à quoi elle croit.

C’est précisément la nécessité dans laquelle elle a été mise par un être retors de dissimuler la vérité qui doit l’incliner à se libérer, pour faire en sorte que la vérité éclate au profit de la liberté qui est l’axe central de tout amour véritable.

On se souvient de cette phrase : « Que celui qui n’a jamais pêché me jette la première pierre ! ». Il ne faut pas pour autant tomber dans une casuistique qui incline à accepter tout et n’importe quoi.

Un débat a lieu qui pèse le pour et le contre : d’un côté les avantages : situation professionnelle, ascendance et ascendant - qui peut dégénérer en emprise perverse - charme physique, manière d’être, de l’autres les valeurs mises en œuvre au jour le jour : la valeur accordée à la tendresse, aux petits gestes gentils, aux prévenances, à l’honnêteté, à la franchise, au plaisir d’aimer, à la place cardinale accordée à l’acte sexuel qui met en jeu deux êtres au plus profond d’eux-mêmes, à la communication la plus intense qui soit…

C’est au cœur de ce débat que le sujet est libre, libre pour l’autre, libre d’aimer ou de se retirer dans son chétif quant à soi.

La liberté d’être aimé est la clef de voute d’une construction duale : être aimé pour qui l’on est, c’est avoir la possibilité extrême, sans aucune restriction, d’aimer à sa guise qui nous aime à sa guise.

Deux façons se rencontrent et sont compatibles ou non. La façon n’est pas l’acabit : celui-ci peut être charmant, si la façon ne convient pas, alors l’acabit n’est qu’un leurre.

On ne peut aimer durablement, à travers les aléas de la vie, que qui nous donne l’occasion, jour après jour, d’être nous-mêmes, de nous aimer nous-mêmes, nous donnant ainsi cette liberté cardinale : aimer autre que nous en toute impudeur, en se laissant aller jusqu’à l’extrême du possible, en sachant que cette extrême est désiré en commun pour la mise à nu qu’il implique.

Mon cœur mis à nu par toi, je me donne à toi sans restriction, mon amour, parce que je sais de toutes mes fibres que tes désirs rencontrent les miens. Pour rien au monde, je ne voudrais être le seul qui a la parole, cette parole que je prends avec tant de plaisir avec toi pour te la redonner augmenté de tout ce que tu m’as donné.

Tes désirs n’appartiennent qu’à toi, et tu me fais la grâce de me les offrir pour qu’il devienne les miens : je désire tes désirs comme tu désires les miens.

Je ne veux qu’une chose en cette vie : que tu puisses exister pleinement à mes côtés, sachant qu’il n’y a que grâce à toi que je puis être pleinement qui je suis. Ma plus grande ambition : que tu te sentes libre de m’aimer à ta guise. 

Cette réciprocité de deux existences qui se vouent l’une à l’autre dans la liberté et l’égalité a nom passion.

Ses fruits sont innombrables à qui sait les cueillir pour les tendre à l’être aimé.

 

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