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Au fond du gouffre
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 Article publié le 22 septembre 2013.

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Les fées ne se sont pas penchées sur mon berceau , peut-être quelques êtres maléfiques . Je suis née malade , malade déjà d’exister .

Ce petit cerveau torturé sans le savoir grandit tant bien que mal : la douleur , déjà là , dessina un futur malheureux et même affligeant . Chaque pas que je faisais était un pas de trop . Peut-être étais-je en trop ?

Mon enfance fut sans mouvement , plate comme mes pensées . Qu’importe …Tant que l’on meurt , c’est tout ce qui compte . Je suis morte ainsi , petit à petit , sans m’en rendre compte . La souffrance fut au début un fantôme , puis elle devint visible . C’est de cette façon qu’elle ne me quitta plus . Cette souffrance passa d’une ombre fugace à une présence « trop présente » et même étouffante .

Mon cerveau fut disons , endormi par des substances psychotropes après tant d’années d’agonie . C’est ainsi que je me sentis ne plus ressentir . Chose étrange ! Mon existence resta plate . J’étais devenu une sorte de légume vivant (ou peut-être mort ?) . Mes pensées s’espacèrent de plus en plus jusqu’à devenir inexistantes .

Le vide est-il une solution ? Vide ou trop plein , c’est pareil . Trouver un équilibre alors , il le fallut bien ! Cet équilibre était plutôt fragile . Entre l’angoisse et le rien , je ne me décidais pas à choisir : pouvais-je choisir de vivre ou de mourir ? Oui , je le crois . La mort ne voulut pas de moi , ce n’était pas mon heure dira-t-on . Tant pis ! Une prochaine fois !

L’angoisse pathologique , celle qui vous ronge jusqu’à la moelle , devint donc quotidienne . S’habituer à l’angoisse est chose étrange presque métaphysique . Vivre avec , plutôt mourir avec , finit par remplir mon existence maussade .

La souffrance psychique cache des désirs qui ne se révèlent pas . On souffre parce que l’on désire . Pas que le désir soit un manque , loin de là , même plus , la réalisation de nos désirs est une liberté . Agir selon ses désirs , c’est vivre pleinement même s’il existe des barrières plus ou moins respectées . Bref , ces désirs inavoués devinrent maladifs et à jamais refoulés : je vis donc ainsi , platement , sans grand intérêt pour ce qui ressemble à la vie . Comment trouver une issue à cette souffrance qui m’assaille ? Prendre deux Tercian et aller se coucher n’est pas une solution , rester en souffrance n’en est pas une non plus . Que faire alors ? Rien… rien de rien …

La tristesse emplit mon cerveau , la respiration devient difficile le cœur s’accélère , c’est l’angoisse . J’ai mal en mon intériorité , j’ai mal en mon extériorité , je suffoque … J’aimerais retrouver le calme , la sérénité la chaleur de l’affectivité . Pourtant , rien de tout cela . La souffrance seulement la souffrance .

Les mots me manquent pour exprimer ce que je ressens . Peut-être que ces mots n’existent pas ? Oui je le crois . Arrivé à un certain stade , il n’existe pas de mots pour dire notre souffrance . Alors on tâtonne , on cherche une approximation , en vain ; on reste frustré de ne pouvoir exprimer ce que l’on vit . Bref , ma pensée est la suivante : le langage est incomplet pour décrire des faits pathologiques . On souffre , on parle , mais il manque beaucoup de choses au langage pour exprimer notre souffrance . J’aimerais pouvoir vous le dire pleinement , dire à quel point je suis rongée de l’intérieur , dire que mon âme est bien amère .C’est ainsi que ce que j’écris à cet instant , est incomplet . Je souhaiterais aller encore plus loin dans le langage mais il n’y en a pas d’autre .

Alors je vous l’écris avec mes mots , avec mes tripes : la souffrance m’entraîne vers des horizons lointains de la vie ; je le cris à chaque instant , je le vomis même : j’ai mal en moi . La douleur m’accable de sa douleur dévastatrice , j’aimerais sortir du gouffre mais je reste tapie au fond , comme anesthésiée . Un petit être sans défense , blessé à jamais par la douleur d’exister . Je regarde le jour qui pointe au fond de mon gouffre , mais ici , il n’est que noirceur . J’aimerais être aveuglée par cette lumière si lointaine aujourd’hui ; et demain ? Peut-être de la tristesse . J’ai essayé de grimper pour sortir de mon gouffre , je me suis agrippée , j’ai escaladé , mais je suis toujours retombée à l’intérieur .

Il est vrai , des mains se sont tendues pour m’aider à sortir , mais cela n’a pas suffit : j’ai dû me résigner à rester au fond , avec ma souffrance . La vie est un combat de chaque instant , lutter toujours , pour quoi , pour qui ? Pas pour moi sûrement . J’essaie de m’accrocher à cette vie que je n’ai pas souhaitée , à cette vie qui m’a été imposée comme une réalité existante . Alors je vis même si je n’ai pas demandé à vivre . Mystère de l’existence ou fatalité ? Comme je le dis souvent , mon parcours a été disons plutôt plat , sans grand changement existentiel .

Aujourd’hui je regarde derrière moi et je constate que ma vie a été un échec , avec des variantes positives ou négatives , mais toujours et encore un échec . Je parle d’échec en tant que réalisation spirituelle , aller toujours plus loin dans la pensée jusqu’à établir une vérité sur le monde . La question est : pourquoi ?

Pourquoi je souffre , pourquoi je meurs , reste un mystère pour mon esprit malade . Je ne sais pas pourquoi ma souffrance existe et me maltraite ainsi . Tout ce que je sais , c’est que mon âme est tourmentée , comme affaiblie par la douleur d’exister . J’ai essayé de trouver une solution à mes problèmes mais j’ai toujours échoué . La maladie est plus forte que mes désirs . je suis comme enchainée à elle , prisonnière , incapable de penser et d’agir en conséquence . Deux Tercian peut-être ? Non , résistons !

Ma pensée s’affaiblit en même temps que je l’écris . Reprendre le dessus et continuer …je continue .

Il fallut déterminer les causes de ma maladie , restées jusqu’à ce jour inconnues . Je cherche sans vraiment espérer trouver des raisons à ma souffrance psychique . Peut-être la platitude de toute ma vie est une des causes de mes troubles , la solitude existentielle aussi. Il n’y a que des hypothèses aux causes de cette maladie . Cette maladie que je combats est une destructrice , destructrice de mon corps , de mon âme : le dire encore et toujours ne me soulage pas mais je le dis quand-même . Crier au monde entier sa souffrance est peut-être un moyen de l’évacuer , de la faire sortir de moi . La parole est-elle libératrice ? Comme je l’ai déjà dit , je l’ai cru au début , j’en suis moins sûre aujourd’hui . Parler , parler , parler … et rien n’est résolu à cet instant , ni à un autre instant d’ailleurs . Je parle pourtant quand même , un espoir peut-être … La parole n’est pas salvatrice , c’est certain . Elle peut aider à moins souffrir , mais ce n’est pas mon cas : rien n’y fait , ni la vie n’y la mort .

Je cherche la paix intérieure . Où trouver cette insouciance , cette désinvolture même qui fait que l’on est heureux d’exister ,de vivre pleinement son existence dans un monde où tout n’est pas sombre .

Cette quête me semble irréalisable actuellement . Alors j’avale des médicaments , matin , midi , soir , au coucher… toujours pareil , avaler et s’anesthésier le cerveau , s’anesthésier le corps : ne plus penser , ne plus ressentir pour une certaine tranquillité psychique et affective. Les psychotropes m’ont sauvé la vie , certes , mais ils n’ont fait que cacher les problèmes existentiels que j’ai rencontré et que je rencontre actuellement . Il limitent la souffrance mais ne l’effacent pas .

Toujours un malaise persiste en mon intériorité et j’attends , j’attends que ça passe . Les médicaments m’ont changé la vie mais les difficultés mentales dont je suis l’objet ne sont pas résolues pour autant .Alors on ingurgite en silence , on drogue notre corps et notre esprit pour vivre « normalement » .

« Normalement » , comme tout le monde , comme vous , mais pas comme moi .

Deux Tercian , dit la voix .

D’accord , répondis-je .

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