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L'éphémère
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 Article publié le 19 décembre 2013.

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Dans les temps reculés, j’eusse aimé, d’une simple bille de bois, faire une statue vivante exposée aux vents, à la pluie et à l’ire du temps, afin de sentir entre moi et mes mains, entre mes mains et la bille de bois, entre la bille de bois et la forêt ce frisson de vie qui ne s’accroche pas ni ne suspend le temps, mais l’accepte tout entier, par-delà destruction et construction, au point d’en accueillir la sève errante et le souffle de vie présents en toute créature.
Du bois, j’aurais fait des signes écarlates. J’y aurais semé des runes d’été et d’hiver, des signes avant-coureurs, une once de prudence, un rien d’élégance, un soupçon de fierté, le tout dans un geste ample mais réfléchi, répété à l’envi comme on redessine le ciel inlassablement, dès lors qu’on a épousé la vie même à force de marches heureuses dans les bois.
Sentir craquer le bois morts sous mes pas m’a toujours donné le frisson, et quelle joie c’était, enfant, de courir dans les feuilles mortes. Et rien de mort dans ce tapis de feuilles et de branches pourries, dans ces mousses et ses lichens, ces fûts rayonnants et ces taillis épais !
Quoi qu’on fasse, les signes assaillent de leur présence la moindre apparition. Et c’est un bonheur que de se laisser aller alors, dans ce qui n’est pas un dédale, à recueillir l’éphémère et l’amer pour en faire ce suc vibrant qui monte comme sève dans nos yeux étonnés.
Les mains, alors, jaillissent, agrippent et ne fouillent pas, mais palpent et sculptent l’éphémère beauté qui consent à durer le temps d’une éclipse de langage.
Des signes à profusion montrent une direction : c’est la clairière dans le bois et le bois qui borde la clairière, dans une indécision heureuse, un désir ardent de séjourner auprès du possible par amour de ce qui est.
Oh langage, suspends ton vol !
Plus de nettes frontières alors, tout participe de tout, tout passe dans tout, tout en restant soi.
Comme dans l’éphémère de l’acte d’amour qui tourne en amour de l’éphémère, lequel, dans le temps de ce virement, laisse des traces comme autant de signes de notre passage dans l’être.
Nous ne sommes plus amers, réconciliés que nous sommes avec le temps qui nous dure le temps d’une saison, le temps d’un hiver, le temps d’une vie.
L’œuvre, ainsi, poursuit son temps, et le temps poursuit son œuvre.

Jean-Michel Guyot
23 novembre 2013

 

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