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 Article publié le 26 janvier 2006.

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« Pour me défaire de mon bégaiement, la bouche pleine de berlingots, je déclame des vers à la Seine. Je boibois aux bonbons zizigues/Un tantantet zinzinzins/Un brinbrin brindezinzingues/Je boibois aux bonbons zizigues/Accrocrochés au zinzinc/De monmon mannezinzingue. Ullysse, c’est mon homme de barre. Te fais pas de mousse, matave ! Quand il a du zeph dans la voile, même son sac à puces le reconnaît pas. Argos, c’est moi ! Il était marinier. J’étais marinier et ma sirène a pris le large. Ma galère... Dis, Démosthène, tu la vois ma galère ? Accoste Ulysse ! Lève-moi ce coton des oreilles et ois ton second. C’est pas du coton, c’est de l’étoupe. Lève-moi cette étoupe... C’est pas de l’étoupe, c’est de l’émeri. J’y rame dans ta galère. On pense comme on vit. Si tous ceux qui ont des déboires éclusaient comme técolle, on patouillerait dans la vinasse et dans le vomi. Sous les ponponts de Paparis, lorlorsque dessanscend lala nuit... Les ponts perpétuellement en travaux. J’ai les maçons à la maison. Des plombes à gober les bateaux-mouches, le nostalgique Ulysse. C’est vrai qu’il a pas choisi d’être là. Moi, dans les joyeuses de mon daron et dans la cloque de ma daronne, j’en ai rêvé de cette putain d’existence. J’ai eu des dabes jusqu’à quatorze carats. Quoi que je fasse, je peinais plus personne. Mes tristesses, je les confiais au Cheval de bronze du Pont-Neuf, aux candélabres et aux anges du pont Alexandre III ou au Zouave du pont de l’Alma. Demandez Démosthène ! Je suis une bouille de proue. Ici, j’ai mon godet... Là-bas, j’ai mes lèches de brignolet, mon babillard de la veille.... Le Pont-Neuf... En 1813, on a détruit le puits de Jacob où la Samaritaine et le Christ se désaltéraient. En 1985, un certain Christo, je t’embrouille, nous emballe les arches. C’est ça, les pompes de Paris. Soussous le ponpont Mimi...Mirabeau coucoule lala Seine.... Nous sommes toute une troupe gueusante de gueusards. Esope, le souffleur bossu. J’ai donné la réplique aux seigneurs de la Comédie française ! Vous profitez impudemment de ma détresse, monsieur ! Je suis à plaindre mais pas à vendre ! Madame Bovary, c’est moi ! T’as bien fait de le dire. On marque le coup quand, cachottier ? Hamlet, c’est moi ! Alceste, Britannicus, les séquestrés d’Altona, c’est moi ! L’oncle Vania, la folle de Chaillot, Esope, c’est moi ! Ali Baba, c’est toi ! Les quarante voleurs, c’est toi ! Quasimodo, c’est quasiment toi ! Une bosse de rigolade... La langue, ô vous les lécheuses de vitrines, ô vous les lécheurs de bottes, ô vous les lécheurs de mottes, la langue, dis-je, est la meilleure et la pire des choses. Archimède, le penseur, qui roupillonne dans une baignoire. Euréka, rapporte la baballe ! Remarque, il est facile à contenter. Tu lui donnes un point d’appui et un levier... Tu es tranquille pour quelques quinzaines. Euclide, le géomètre, avec sa chaîne d’arpenteur. Pressé... Je suis pressé. C’est pas le tout, il faut que je me trace ! Prends la tangente, mais ramène-là illico ! Pénélope, la tricoteuse et la faiseuse d’anges, avec ses cache-nez bariolés. Qu’est-ce que tu attends, décide-toi Ulysse... Dernièrement, elle a harnaché de pied en cap le Père Ubu. Une spirale sur la bedaine. Tordant ! Qu’est-ce que vous avez à vous gondoler, merdre. Vous la salissez, bande de loqueteux loquaces. Chacun y va de la sienne. Viollet-le-Duc... Viollet-le-Duc... Qu’on le viole une fois pour toutes ! La Mère Gigogne... On a la Mère Gigogne avec son landau. Quatorze chiards... Tous morts-nés. Elle pousse sa berline en fredonnant des berceuses à des poupées et à des poupons en celluloïd désarticulés. Son chiffortin a posé son crochet et sa chique à l’Hôtel-Dieu. Parfois je me tape les pancartes. Kod’, Kod’, Kod’, Kodak ! Mar’, Mar’, Mar, Martini ! Mal, Mal, Mal, Malboro ! Jaz, Jaz, Jaz, le sursaut, le saut en fanfare ! Homme-sandwich, ça truffe pas le tiroir à bouffe. Léautaud... On a Léautaud. J’ai la garde de tous ses chats. J’ai récupéré son pot de chambre en porcelaine de Limoges et deux manuscrits inédits. Si ça vous amuse, prenez-moi pour lui. La statuette de la Liberté montre son fessier à l’Elysée. L’allée des Cygnes ! Les tilleuls, les peupliers, les marronniers, les acacias... Des blocs, du béton... On a armé le béton. Et voivoilà les gueugueux de Paparis, les venventre-creux, les sanssans zazabri... Le carré de l’hypoténuse d’un triangle rectangle est la somme des carrés des deux autres côtés. Pythagore, on a notre Pythagore. Je suis une des figures les plus triangulaires et musicales de la Grèce antique. Figure blême et emblématique ! Toutes ses théories passent notre gamme. Le monde... Des boutiquiers et leur propagande, des chalands qui paient de leur vie, des spectateurs expectatifs... Une pensée est une idée de passage. Celle-là, Pytha, je la ressortirai à Pascal. Douter de Dieu, c’est y croire. Et allez donc ! Il ne finit jamais ses phrases. Je m’en charge. Il note tout sur ses tablettes. Des centaines. Penser fait la grandeur de l’homme... Et dépenser celle de la femme. Le plaisir des grands est de faire des heureux. Des imbéciles heureux. Si les hommes savaient ce qu’ils disent... Ils ne diraient pas ce qu’ils savent. Trop de jouvence et trop de vieillesse empêchent l’esprit. Tu l’as dit, Blaise. C’est pour ça que tu a calanché entre deux âges ? Alors l’âme ? Mortelle ou immortelle ? On parie quoi ? N’oublie pas, Marie-Madeleine, que j’ai inventé la brouette. Tais-toi et baise, Pascal. Marie-Madeleine, c’est un peu notre frangine à tous. Elle dit : La plus belle invention de Newton, c’est l’invention de l’histoire de la pomme. C’est pas une raison pour nous prendre pour des poires, Mado. Caruso... Vacciné avec une pointe de phono, le ténor. Addio a Napoli. Toujours la gamelle, la gargamelle ouverte. Santa Lucia. Des œufs dans l’entonnoir. Je soigne ma glotte. O sole mio... L’Institut-Le Louvre. La passerelle des Arts a été le premier pont en fer. Les Arts sous les bombardements de 18 et de 44. Galilée ! J’étudie la chute des corps. Tous les corps ? Tous ! J’étudie les mouvements. Tous les mouvements ? Tous ! Le vin est de l’eau emplit de soleil. Tous les vins ? Tous ! Dis, Galileo, elle tourne ? Quoi ? La Terre, parbleu ! C’est le cadet de mes soucis. Le pont de la Concorde nous conserve des pierres de la Bastille. La Seine avait mis ses atours/De grande dame/Et froufroutait aux alentours/De Notre-Dame/C’était un quatorze juillet/J’avais vingt berges/Les amoureux s’émerveillaient/Le long des berges... Et Pindare ! Tous les cieux sont ouverts au vol de l’aigle. Pindare de Tarbes ! N’aspire pas, ô mon âme, à la vie éternelle, mais épuise le champ du possible. Pindare et sa guitare au dos. Pindare et son ami Théoxène. Son ami, son frère ou son fils. Mes berlingots. Alorlors, Pinpindare, tutu prenprends l’air ? Poil au blair ! Plus de berlingots. Monsieur Scribe, venez prendre la température de la Seine. Vous avez un teint d’endive. Sans cesse à renifler des produits, à paperasser... Un jour que j’étais à m’énaser contre un carreau de son gourbi... Entrez, cher monsieur ! Vous êtes intéressé par un ouvrage ? Je n’ai pas... Je n’ai pas... Prenez le livre, je vous l’offre. Ça sera votre Noël. Je reluquais depuis une longe un épais bouquin. Je suis reparti avec un paveton paginé dans ma musette. La Seine, ses Poèmes et ses Chansons. On ne partage pas la Seine/Otez-vous gens de ma Douleur/Adieu adieu le quai aux Fleurs/Je passe passe avec ma Peine... N’hésitez pas monsieur Scribe, à me mettre à contribution. Sa recrue, l’adorable Virginie, se promène fréquemment au bras de son Gauguin, de son Cézanne, de son Klee, de son Signac... Que des Paul. Que de Paul ! Cher monsieur Démos, vous êtes solennellement convié au vernissage de Paul. Les toits de Paris. Vous aurez un chauffeur. Virginie ! Parfois je l’appelle Violette. Violette, c’était mon adorée, ma fiancée de la dèche. Elle s’en est sortie. Elle est revenue me chercher. Viens, Démos, nous aurons un enfantelet. J’ai eu peur de changer de vie. Peur de la vie. Dire que je le regrette pas, je mentirais. »

 

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