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 Article publié le 16 février 2014.

oOo

les snobs tuent la vie : on les croise dans la rue :

« J’écris parce que j’aime les autres » voyant

le reflet dans la vitrine en même temps qu’il

ou elle : écrit : mais que peut écrire un snob :

je ne t’ai pas posé la question parce que tu es :

snob : écrivant ce que les autres peuvent écrire

quand ils ne sont plus là pour écouter : ton :

poème : « jamais tu n’effaceras les traces :

il te sera reproché d’avoir tenté de changer :

le cours des choses : y pensant : lui : pendant :

que le fleuve coulait : transportant l’image exacte

du ciel : jamais tu ne lèves la tête pour le voir

de plus près : et pourtant tu aimes les arbres :

sans ces arbres la ville n’est plus une ville.

 

« Bon. Donc : vous aviez le mouchoir dans votre poche. Avec une tâche de sang dessus. Vous avez perdu le mouchoir. Pourquoi aller voir l’océan alors que Paterson a besoin de vous ? Il ne veut jamais aller voir les péniches. Il a peur de s’en aller à jamais. De ne plus revenir. Vous savez ce que ça fait, de ne plus revenir ? Vous ne savez rien d’utile aux autres. Moi, quand j’étais bleu, je savais ce que je pouvais quitter et ce qu’il n’était pas nécessaire de flanquer à la flotte. »

 

J’aurais pu fuir. Je ne l’ai pas fait. Le train avait du retard. Juste le temps pour moi d’y penser. Le quai était désert. Ou bien je n’ai pas vu. Je ne voulais peut-être pas voir. Vous ne savez rien de mon passé. Vous ne savez rien d’elle. Non, monsieur ! Je n’invente rien ! Le train n’est pas arrivé.

 

Debout au bord du fleuve : il revoyait : le voyage

écourté : l’hôtel qui rechigne à rembourser : là,

dans l’eau du fleuve et dans le ciel qui s’y baigne :

je : il : comment ne pas en parler ? : échappement

noir d’une coque noire qui file : une fille le salue :

il ne la regardait pas : mais elle le voyait : là,

dans l’onde répétée jusqu’à l’écho : étreignant

la crosse d’un revolver : acier plus doux que la peau

caressée ici : maintenant ils vont savoir : mais ça :

ils ne le sauront jamais : ou bien je ne serais plus là

pour en témoigner à mon tour : la fille cesse

de saluer : elle a des bras d’homme : l’œil

clair de la jeunesse qui ne désire rien d’autre :

que cette eau : ces kilomètres de lenteur verte :

dans le sas des écluses, on ne s’entend plus parler.

 

Oui, j’aurais pu expliquer. D’abord à Elsie. Pour lui dire que. Mais quel détail doit manquer pour parfaire l’ensemble ? Je ne pensais plus. Je me laissais vider. Mes pas. Depuis combien de temps ce pavé ? Dans le journal, on disait : oui, oui, un flic… Il n’a rien entendu. Sa femme non plus n’a rien entendu. Bizarre, vous ne trouvez pas ?

 

La lumière faiblit.

Le sol se rapproche du ciel.

Tu as la tête dans le ciel.

Les pieds dans le fleuve.

Passant sans autorité.

Ivre d’écouter au lieu de penser.

Peuplant les vitrines de ton ombre.

Tu serais mieux sur la plage.

Marchant à reculons vers l’océan.

Mais ici tu ne t’absentes pas.

Pas un moment pour deviner.

Tu ne demandes pas à rêver.

Tu donnerais tes mots aux snobs

Pour qu’ils en fassent quelque chose.

Une pluie fine sur le pont

Te poursuit comme si elle riait

De te condamner à ralentir

Pour en apprécier les saveurs.

Tu ne croises plus personne

D’autre que toi.

La rue t’appelle de loin.

Que tu la prennes par un bout

Ou par l’autre,

Elle n’aura jamais le sens

Que tu cherches à retrouver.

Pluie-rue à l’approche de la nuit,

L’angoisse n’a pas meilleur goût

Qu’une seule de tes gouttes.

Tout ceci n’est qu’impression.

Au fond, tu t’en fous.

 

« Elsie était rentrée plus tôt à cause des journaux. Paterson l’avait précédée. Maintenant il buvait dans mon verre. Il ne se lève pas. Il salue avec le verre. Elle l’a même autorisé à fumer. Elle le sert comme s’il avait su par quel bout la prendre. Il rit de cette plaisanterie. Je signale que je n’en suis pas l’auteur. La poésie fuit ce monde. Ce n’est pas une plaisanterie qui la retiendra. Voilà ce que je pensais en entrant. Elsie me tourna le dos. Pas un mot sur ce qui s’était passé à côté. Quelque chose comme : Tu la connaissais, toi ? »

 

J’en ai connu d’autres, figure-toi :

On passe sa vie à tourner en rond :

alors autant élargir le cercle

de ses connaissances : des noms :

voilà ce que vous voulez savoir :

des noms de personnes et de lieux :

des histoires à vivre ensemble

pour les revivre ensemble : paterson :

« où étais-tu passé, mon vieux ?

J’ai pensé à revenir. Elsie… »

 

« Quand vous en saurez autant que moi sur la poésie, vous n’en serez pas poète pour autant. Les mots ne sont rien s’ils ne contiennent rien qui vous parle. Prenez n’importe lequel de ces mots (ouvrant le dictionnaire) et voyez s’il vous dit quelque chose qui n’a rien à voir avec son sens. S’il parle, mon vieux, vous êtes poète. Sinon, considérez que vous prenez le risque de passer pour un snob si vous écrivez quelque chose qui ressemble à de la poésie alors que ce n’en est manifestement pas. »

 

« il y a longtemps que je n’écris plus » :

dit paterson : tiens : lui aussi : « à part

ces maudits rapports mais ce n’est pas :

écrire : » Non, ce n’était pas écrire

qui importait alors : nous étions morts.

 

LE PRIX DU PAIN NE BAISSERA PAS POUR AUTANT, EXPLIQUE NOTRE SYMPATHIQUE BOULANGER, VOULANT DIRE SÛREMENT QU’IL REGRETTAIT QU’ON NE L’AUGMENTÂT PAS PLUTÔT. ON MET MOINS DE SEL, MAIS ÇA PLAÎT PAS AUX GENS. LES GENS AIMENT LE SEL, MONSIEUR. ON A PAS IDÉE DE MOINS SALER CE QUI A TOUJOURS ÉTÉ SALÉ À POINT. JE VOUS LE DIS !

 

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