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 Article publié le 2 mars 2014.

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Poésie

Toujours vivante !

Alors une fois que vous avez composé, vous considérez l’objet : parce que c’est un objet : et vous évaluez son équilibre : vous laissez votre esprit danser avec les mots : s’il ne danse pas : c’est mauvais signe : et s’il danse : c’est encore plus mauvais signe !

Pierre Vlélo

***

L’épilogue n’a pas lieu d’être. Aussitôt achevé, le poème s’endort, son auteur courant déjà vers d’autres aventures.

Mais il est vrai qu’à la faveur du poème en train de naître succède sa saveur.

L’entière saveur de ce qui ne fut goûté d’abord que dans la lenteur de la composition, les mots-ingrédients savamment choisis pour leur sapidité et leur arôme, dans l’espoir - pas de recette toute faite ! - d’obtenir un met succulent.

La tête toute entière, cerveau, nez et langue, joue le jeu du langage ouvert sur son autre qu’est le concret qui a viré en mots depuis que nous sommes un dialogue.

Tout à son affaire, le poète se laisse aller, goûte et regoûte, retouche çà et là son œuvre de bouche. Une pincée par ci de mais, un zeste de mais encorepar là, une touche de qui moins est, et le tour est joué.

A ce qu’il lui semble. Mais c’est au lecteur gourmand de juger.

Il faut que l’ensemble, dans sa fluidité, touche à quelque solide principe acquis à la faveur de ses nombreuses lectures qui ont formé son goût, informé sa sensibilité native et composé cet avant-poème qu’est sa poétique muette.

La langue alors se met à danser. Acidulé ou pimenté, doux-amer ou suave, le met toujours délicat emporte la bouche ou lui donne envie de chanter.

La mollesse des chairs est écœurante. Trop cuit, brûlé, le met ne chante plus sous la langue. Il faut que tous les ingrédients composent avec l’ensemble, ce dernier n’étant que le langage délié, assuré.

On ne donne pas impunément la parole au langage.

Met délicat qui s’avale en une bouchée ou plat qui engage le corps-esprit sur les chemins d’une digestion lente, une rumination qui altère la saveur initiale du met dont la substance importe plus que le goût, si raffiné soit-il, alors oui le poème est un objet qui se déguste par le truchement du livre, de la revue papier ou en ligne.

La danse peut commencer.

Entrer dans la danse a d’abord demandé des efforts : il a fallu, après avoir traversé l’épineuse question des lectures d’enfance et de jeunesse, traquer sans pitié les réminiscences, les effets de miroir, les petits narcissismes par personne interposée, et se poser la question des fins.

A toutes fins utiles.

Car le poème, s’il donne du bonheur à qui l’écrit, se veut contagieux.

On aimerait voir en lui un départ de feu, promesse du plus bel incendie, promesse de destruction, comme s’il s’agissait en fait de mettre le feu aux bibliothèques replètes qui l’ignorent voire même d’incendier le monde de l’édition tout entier.

Ambition démesurée qui se heurte à l’indifférence générale.

Dans un geste musical, effacer le monde, comme le suggérait Jimi Hendrix.

Issue fatale, combat inégal, combat qui demande des alliés substantiels, combat ni d’avant ni d’arrière-garde, combat perdu de toute manière.

Entre l’art et la manière, choisir l’art, et sans faire de manières, proposer ses textes, ces poèmes juteux, gorgés du suc de votre vie.

Ainsi devenir arbre à poèmes, arbre aux fruits nombreux qui tombent un à un le plus loin possible du fier tronc qui s’épaissit d’année en en année, tandis que les nobles branches font de plus en plus d’ombre aux passants irrités, provoquant même la mort prématurée de jeunes pousses trop fragiles pour rivaliser avec une telle vitalité.

Le passant irrité qui refuse de faire halte sous l’orbe majestueuse du Dire en prend ombrage, lance ses attaques, sort ses haches et ses pioches.

L’arbre à la rude écorce ne se laisse pas entamer. Ses racines plongent trop profond dans le sol commun pour que les fâcheux de toutes obédiences puissent aisément le mettre à bas. Las de tant d’efforts qui ne portent pas de fruits, littéralement éreinté, l’ombrageux passant ravale sa salive, s’en va mordre une autre proie ou poursuit son chemin d’amertume, nul ne sait.

Il y a que le bel objet passe de main en main, court de bouche en bouche, occupe les yeux et les sens d’une quantité indéfinie de lecteurs-gourmets. Les fruits sont à ceux qui les cueillent ou les ramassent.

Au bout du compte, le seul vertige qui importe est celui des lecteurs impénitents qui en font ce qu’ils veulent, les croquent à belles dents ou les recueillent pieusement pour les jours de grand froid de l’âme, en font des alcools forts, des sirops ou des cordiaux capables de réveiller un mort.

Entre vertige et griserie, le poème hésite. Ivre de soi le poème, en parfait substitut de son créateur en chef ?

Le vertige est pour le ciel étoilé qui tourne au-dessus de l’arbre en majesté. Ombre et lumière, le poème ne grise personne. C’est un philtre d’amour qui demande entente et respect, beaucoup de pratique, une peu beaucoup de foi dans le langage, mesure de tout.

Bouteille à la mer pour les uns, hymne rugissant pour d’autres, gorgé de pindaride.

Ni l’un ni l’autre, mais un objet paradoxal qui n’existe que dans l’esprit du lecteur par le truchement des signes.

Lektonportéà incandescence.

Afin que ce qui n’existe que dans la charge des mots qui ont du poids se déleste de toute réalité encombrante.

A charge pour le poète de ne pas ployer sous les faits.

Surréalité médisante dénuée de méchanceté.

Ne pas salir, ne pas exalter.

Etre de bout en bout exubérant, dans une sobriété de façade, un élan du cœur, une course-poursuite après des ombres singulières, comme vous l’entendez.

Afin que ce qui court dans les mots se charge de néant, recharge le langage-tangage, dans un roulis promis à la haute mer, toutes voiles dehors.

Dévoilement, impudeur, sans exhibitionnisme.

Les non-dits, les redites, les avancées : trois temps qui s’emmêlent, s’intriquent, s’exaspèrent, se poussent, se refoulent, s’embrassent, se lovent contre l’existence toute entière.

Le biais, le torve et le fourbe. A n’en plus finir.

Une question de regard qui recherche l’entente contre le malin, l’immonde et le courtisan.

Commune présence de l’astre désaxé ou bien axis mundi ?

Yggdrasillne fournit aucune planche de salut.

Aucun bréviaire non plus gravé dans le hêtre.

Aucune haute prière, aucun cri, rien de tout cela. Et plus encore.

A toi d’en juger, lecteur affidé.

J’ai faim de tes faims.Je ne me lasse pas de goûter en toi le fruit de mes actes.

Parole de poète ! Et tout le reste n’est que littérature.

 

Jean-Michel Guyot

25 février 2014

 

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