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 Article publié le 15 octobre 2017.

oOo

 « Comment te portes-tu ?

- Comme ci, comme ça.

- A la douce, quoi ! C’est l’âge.

- J’ai de la rouille dans les joints, dans les joints, dans les jointures, mais de là à…

- Que veux-tu, mon pauvre ? On est solide comme l’Obélisque, on mange, on boit comme quatre, on pisse à six mètres, on bourgeonne à tous vents… L’âge est là. L’âge des artères. On s’arque, on se noue, on goutte sur nos lattes…

- Là, là, là, l‘âge est bien là, tralala !

- Les mirettes, les esgourdes, le palpitant, la langouse dans la fouille, un mouchoir et la paluche pote dessus. Plus bons à nibe, nous autres.

- Des phares, des phares, des fardeaux pour les nôtres.

- Des fardeaux pour la machine ronde.

- Sens, sens, c’en, c’en, c’en est ?

- C’en est ! Ça sent à plein nez.

- Les champs, les chants, les chantiers de mars…

- La marseillaise, elle astique ses musiques, ses batteries de cuisine, ses artilleries… Les bans et les arrière-bans traînent ses cuivres, ses casseroles, ses canons, ses fourniments, roulent ses fûts, ses futailles, ses bardas, ses barils de poudre… Sale coup pour les fanfares et les cantines municipales, pour les fabricateurs et les marchands de plombs, d’explosifs, de mèches, de buissons englués, de pièges, de pétards… Et ce sang impur dans nos microsillons, trou la la, trou la la…

- Les trou, les trou, les trou la la me trouent l’âme.

- Entrez, entrez dans la carrière, vos aînés bourdonnent dans les blés d’or. 

- Rude, rude, rude, la Mar, la Mar, la Marseillaise de Rude, peaucée en guerrière sur l’Arche de Triomphe.

- Qu’est-ce que tu ramages ?

- Je prends des cou, des coucou, des couleurs. Envoyez ! Un petit bleu, un blanc sec comme un coup de trique, un gros rouge qui tache.

- La marseillaise roule son as de pique dans le drapeau de Lamartine. Elle nous en flaque des bataillons, la mère Gigogne !

- Fan, fans, fans, fanfans de petan ! Tu crois qu’elle reconnaît tous ses produits ? Tous ses chiards ?

- Elle en pond, elle en couve, elle en casse, la cocotte.

- Nous autres, tantôt accoucou, accoucou, accoudés, tantôt adodo, adodo, adossés, tantôt accroccro, accroccro, accrochés au bastingage, nous politiquons à la Civette populaire.

- Une enfance écorchée vive, gorgée de douceurs. Une enfance avec ses égratignures, avec ses bignes comme des guignes, avec ses trous et ses croûtes aux genoux… Une enfance dans la rue. Une enfance…

- Le Poupou, le Poupou, le Pouvoir, c’en est ?

- Et comment ! Ploie à ses vœux, sois à son œil et à sa pogne, sers d’engrais dans sa culture, demande tes chemins et la morale des histoires de clocher, poireaute aux guichets où l’on tamponne les coquillards, présente arme et bagage…

- Tu par, tu par, tu parles…

- Je décampe à Paris, un lit de camp à Paris…

- Un campari !

- Un lit de camp dans un grenier, une male à malices… La vue sur la Seine… Les encres indélébiles de ses romans-fleuves, ses faiseurs de ponts-neufs, ses péniches peinardes, ses cercueils à bouquins… Ses bateleurs, ses bateliers, ses jouteurs… Les passantes de mes songes et de mon poème…

- La po, la popo, la poésie dans la peau…

- Ramassez vos jambes gourdes et vos bras vengeurs, une page d’histoire est tournée.

- On, on, on, on rentre au pays ?

- C’est la Paix !

- Pu, pu, putain de merde, la paix ? 

- Des bosses, des plaies… Des plaisanteries, des boutades à bout portant. On frappe, on moule des médailles.

- La fête est sur les ponts ! La fête est sur les places ! Je tire les rois au 22 long rifle. Je me paie les caboches des jeux de massacre. J’enfourche des Pégase de bois. Je tranche les sept têtes de l’Hydre de Lerne, je trempe mes plumes acérées de pamphlétaire, de pamphlétier, de pamphlétiste, de pamphléteur dans son sang.

- Tu couds, tu découds, tu en découds, tu couplettes, quoi ! 

- De beaux et de belles hymnes.

- Et ceux de la Mar, de la Mar, de la Martiale ?

- La Martiale de la Martiale ?

- Aux urnes, aux urnes, aux burnes citoyens, baissez vos pantalons… c’en est ? Marchons, marchons, merde ! C’en est ?

- Ton froc…

- Quoi, quoi, quoi, mon froc ? Un futal rapiécé aux rotules, à l’entre-cannes et au derche… C’est mon bleu de chauffe, mon costard de fatigue. Je suis au charbon !

- Et ta sœur ?

- Elle joue du tri, du tri, du triangle et fla, et fla, et flageole à merveille.

- Et tous ces kiosquiers retranchés sous des feuilles de chou… Les passants y prennent leur credo. Lisez, après quoi vous réagirez, vous ameuterez le quartier.

- La Réré… la Répupu, la République, avec ses claques en cloque, avec sa ferblanterie et son chrysocale…

- La république, une bananeraie dans la raie…

- Des braies nettes ?

- Le bide plein de grenouilles…

- Le pot, le pot, le popotin bordé de nouille.

- Le troufignard bordé d’anchois…

- L’emba, l’emba, l’embarras du choix !

- Le croupion bordé d’amandons !

- Des coups, des coucous, des couilles au cul, quoi !

- Une République constipée, un mirliton dans le trou de balle…

- Une flû, une flû, une flûte à l‘oignon, quoi !

- Vous prendrez bien un petit clystère pour la route, miss Mistenflûte ?

- Une Ré, une Ré, une République blèche qui se la joue avec ses prétendants bistournés…

- La graillonneuse n’est plus dans sa primeur, on dirait qu’elle sort d’une boîte à ordures. Elle a le dos large. J’y gruge du sucre et du sel. Une République qui se paît, se repaît, s’amuse de balivernes … Une République qui marche avec des potences, qui se donne à écorche-postérieur, qui brosse et fait reluire les coryphées, les potentats, les clefs de meute, les églisiers… Une République qui mise sur tous les tableaux, qui imbibe la plèbe de mauvais vin et de phrases ampoulées, qui laisse ses plantons en plant…

- Planplan, rataplan… Vas, vas, vas-y que je t’engrène ! Que je t’embrène ! Il est temps qu’elle danse le branle de la sortie. 

- Ton bonnet ?

- Quoi, quoi, quoi, mon bonnet ?

- Il a des oreilles de chien !

- C’est la caca, la caca, la canaille, j’en suis !

- La Démocratie, tu parles d’un système ! Je finis la patrouille et je vous prends dans mes jupes.

- La Nana, la Nana, la Nation, je la nippe et la fignole dans le tintouin de St Ouen, au décrochez-moi-çà des Puces. Elle chiale pour avoir des falbalas et des talons hauts.

 - Cette bagasse cothurnée sur la Chaussée à la Mac Adam, me court sur la tringle.

- Les mar, les mar, les marchands du Temple de Cypris, avec leur caca, leur caca, leur came, leur camelote, se font des journées de député.

- La misère torche son rhume de cerveau et glaviote ses éponges dans la bannière du Royaume des lis, dans des écharpes tricolores. Vous tondez et muselez les basochiens herpés, les basochiens de guette et de garde de la métromanie.

- Qu’ils aillent se faire teindre chez les gogos, chez les gogos, chez les Gobelins.

- Tes grolles…

- Quoi, quoi, quoi, mes grolles ?

- On dirait des écrase-crottes !

- Les sandales de bronze d’Empédocle ? Les ribouis de Vincent ? Les godasses des ateliers Godillot ?

- Nous n’irons plus dans les vignes de Montmartre, on y fauche les vendangeurs …

- Le sang… Le sang des aminches !

- Nous n’irons plus dans les blés des Champs Elysées cueillir les coquelicots…

- Des p’tits coqu’licots, mesdames…

- Nous n’irons plus effeuiller les pensées du Boul’Mich’…

- Rien dans la boule, tout dans les miches…

- Nous n’irons plus au bois de Boulogne, les lauriers sont coupés.

- La Lili, la Lili, la Liberté. Je l’attife chez Delacroix, chez Berlioz, chez Eluard… Je ferraille sur les remparts. A vos caliquots citoyens, aux pavés, à vos piques ! Je crie son nom dans mon porte-voix, dans mon masque à gaz, dans mes paluches en entonnoir, dans les écoutoirs des sourdingues cathédrales, dans les esgourdes de mes quatre murs, dans mes ténébreux corridors capitonnés, le long des frontières barbelées, bottées, casquées, le long des pointillés bordés de jeeps, de frelons, d’armes automatiques… 

- Liberté, Egalité, Fraternité, ou la mort. La Bastille est toujours à prendre, la fabrique de tuiles à incendier, la République à requinquer. La Liberté, l’Egalité, la Fraternité… Ces trois-là sont toujours faufilées ensemble.

- Gai, gai, Gaîté de cœur et de cul ! A la tienne ! A la nôtre !

- Le monde idéal, faites-le sans mézigue, les zigues ! Attendez que le Temps me fauche, que la terre me ronge, que mes écrits se fanent, que mes cris se perdent dans les déserts… Moi qui n’ai jamais baissé la lance, ni l’écu, ni la plume, que ferais-je de mes barricades ? Et tous ces vieux braquemarts, et toutes ces vieilles dagues ? La digue, la digue…

- La Mama, la Mama, la Madelon ! Des encas, des encas, du boire… Des amuse-gueule pour nos caboches cabossées, des rasades de rouquin pour nos gosiers en pente. On postillonne du sang et du coton. La Madelon avec ses seins en poire pour la pépie, avec ses miches pour la faim-valle… Je branle du menton, je joue des mandibules, je grignote, je gringotte, je bave dans ses affaires. Bas les pattes, pioupiou, on touche de la prunelle ! Je couche au béguin. Dans la tranchée, marraine de tous les bataillons, je marquais les pages des livres, je mouchais les bougies… J’en ai fait juter des os à moelle ! Un gloria et la douloureuse ! La guerre en a hâché menu comme chair à pâté.

- Les petits pâtissent de la folie des grandeurs des gros.

- C’est pas d’la soup’, planplan, planplan, rataplan… C’est pas d’la soup’, c’est du rata, planplan, rataplan… C’est du rata, planplan, rataplan, ratapoil… Encore un peu, je me pissais dessus.

- C’est avec ce joujou-là, ce jeudi de l’absoute, que tu as engrossé ta théâtreuse ? C’était relâche. Elle n’avait que des rôles à tablier, des rôlets de traîtresse, de patronnesse, de prêtresse… J’en ai fait une reine. Une reine-mère… Et le vendredi, nous avons chanté le Stabat de Pergolèse, le Stabat de Rossini.

- Le Stabat mater dolorosa…

- La Papa, la Papa, la Patrie ! La Patrie reconnaissante trie à la fourche ses pâtres et ses enfants de putain. Des wagons, des camions, des charrettes… Pour y croire, il te faut l’arbre de la croix…

- L’arbre de la croix qui cache la forêt… 

- L’arbre de la croix et l’eau bénite.

- Des christs en ébonite !

-Terra patria, tu mâches et remâches tes cadavres ! Pauvre matricule, pas patriote

pour deux sous, les poings faits, les dents serrées, dans les bouillons de l’impatience, j’emporte ta fange et ta mouscaille à la semelle de mes tatanes. Allons, fanfants de la Patrie, damnés de Nanterre, forçats de Pantin, chiourmes des Pâques, des pentecôtes, des Noëls… Allons, gagas, gagas, galériens aux cadènes des chaînes de montage, aux chaînes de la télévise… Allons, que chantez-vous là ?

- Marie ! Anne ! Marianne, comme je te disais, c’est la fillasse du rapetasseur de croquenots sans-culotte le plus mal chaussé de Puylaurens.

- Le cor, le cor, le cordonnier-poète Guillaume Lavabre ?

- Marianne, avec sa tête à claques, avec ses cliques fourbies au combat, au pouvoir, au plumard. T’en veux des Marianne du peuple, flasques sous la loque à force de bâtir sur le devant ? T’en veux des Marianne de la haute, fourrées, parfumées de fond en comble ? Des Marianne des barricades à la Marianne des drugstores, des snacks, des salons de thé, des living room… Des Marianne assises au soleil, la bouche en cœur, le cul cousu, une toile d’aragne entre les cuisses, propre sur et sous elle dans l’antique palla. Des Marianne dans les blés, aux cornes d’un araire… Des Marianne vêtues de feuilles de chêne, de pampres et de grappes… Des Marianne à califourchon sur des fagots de verges, sur la hanche, une hache. Des Marianne tétonnières dépoitraillées, égueulées, le bras fougueux. Chacun la sienne. La mienne jette ses fouffes par-dessus le moulin de Daudet, montre son derrière aux dieux, allaite ses marmailles, panse ses ouvriers…

- Du coup, tu en découds, tu oublies ton âge, tes fatigues, tes soucis…

- L’académie, avec ses chaises à porteurs, avec ses chaises percées, avec ses chaises roulantes, avec sa chaise électrique. Elus dans un fauteuil, les vieux jetons en us !

- L’Acaca… L’Acaca, l’Académie, c’en est ?

- Je le crains. La colique de miserere, la foire verte, la caquesangue, les pets de travers… Les verduriers perdent les légumes. Les Quarante têtes à perruque en quarantaine !

- On joue… Jouons, jouons à qui perd gagne.

- Le jeu me donne la cagagne.

- La so, la so, la Société, c’en est ?

- C’en est.

- C’en est ? C’en est ?

- Ça sent à plein nez, néophyte. C’en est. C’en est. Ca sent à plein nez…L’andouille de Guéméné.

- Les fiers étrons carrés et fumants des demoiselles…

- Les cent, les cent, les cent sentinelles sur le chemin de ronde, c’en est  ?

- C’en est ! C’en est ! C’en est ! 

- Le roux, le roux, le roux, le roussi… Tu sens ?

- C’est pas mes oignons… Avec tout ce que j’ai à faire, à défaire et à refaire, je n’ai pas le temps de m’apitoyer sur mes sorts, sur mes ressorts, sur mes essors…

- La moumou, la moumou, la moutarde… tu me bourres le mou.

- Tu disjonctes ?

- C’est moins pire que d’être mort.

- Le tram, le tram, le tramway, le tramevère…

- Et Dieu, Dieu, Dieu, dans ce merdier ?

- Partout. Au four et au moulin, dans les vignes et au pressoir, à l’enclume et au métier à tisser… Quand on est partout, on est nulle part.

- Aux cieux et sur la Terre…

- Les cieux soucieux, la terre…

- Et là, là, là, c’en est ?

- C’en est, c’est sûr !

- Alors, pourquoi as-tu mis les pieds dedans ? 

- Ça porte bonheur !

- La merde…

- Tu es à côté de la plaque…

- La plaque… La plaque de la légion d’honneur ?

- Non, la plaque d’égout !

- C’est du pareil au même !

- Ton rôle ?

- Quoi, quoi, quoi, mon rôle ?

- Ce n’est pas lassant ?

- C’est la cent, la cent, la centième, ce soir…

- Un rôle éprouvant, je le reconnais.

- Se tourner et se retourner dans les histoires d’un bègue n’est pas de tout repos.

- Ta chemise…

- Quoi, quoi, quoi, ma chemise ?

- Tu l’as mise sens devant derrière.

- C’est une chemise qui se lace dans le dos. »

 

Robert VITTON, 2013

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