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Chapitre XI
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 Article publié le 6 mars 2006.

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La dispute eut lieu dans le cagibi de Frank Chercos. Janver avait tout de suite cherché une porte à fermer et, n’en trouvant pas, il avait lui aussi explosé. Les témoins privilégiés furent le baron de Hautetour et le juge Kol Panglas. On soupçonnait la présence virtuelle d’Anaïs K. mais les nouvelles qui couraient la donnait pour morte suite à un abus de substance post-mortem qu’on commençait, personne ne savait pourquoi, à appeler la colocaïne. Le service fut vidé de ses curieux qu’on envoya au foyer communautaire où ils s’étaient mis à consommer du café et des sucreries en se lamentant sur leur sort de marginaux d’un Réel qu’on leur avait pourtant promis de visiter de temps en temps sous la protection condescendante de la Hiérarchie. Kol Panglas avait rejoint le baron dans le bureau de ce dernier, cigare au bec, empuantissant le couloir que Janver essayait vainement d’isoler des circuits de la conversation houleuse que Frank l’empêchait de maîtriser quand c’était son tour de s’exprimer. Janver se décevait toujours quand il s’agissait de convaincre, mais la perspective d’un combat le vainquait d’avance. Il ne se soumettait pourtant pas. Frank avait toujours été le plus fort. Et Janver ne savait pas pourquoi il avait suivi Agnès Bégnard et Amanda S. au lieu de perquisitionner dans l’appartement de Bégnard comme on le lui avait commandé.

- Vous étiez en service commandé, mon vieux, avait d’abord insinué l’Enquêteur qui avait convoqué le Vérificateur pour une broutille concernant la vie privée.

Janver n’avait pas aimé tomber dans ce piège. Sally devait être au courant que ça allait chauffer, parce qu’elle avait fait une allusion sournoise aux possibilités de victoire en face d’un Frank Chercos hors de lui-même quand la situation se prêtait à son spectacle. Janver avait abandonné le travail en cours (un surcroît de vérifications) et s’était lentement acheminé vers le placard qui servait de bureau à l’Enquêteur de première classe. Il avait traversé l’odeur d’un Partagas sans penser à Kol Panglas et les parfums de tabac écossais qui arrivaient du bureau du baron ne lui inspirèrent pas, une fois n’était pas coutume, une sombre envie de tout recommencer depuis la fin des temps. Il s’était pointé sur le seuil de Frank Chercos avec un stylo collé derrière l’oreille, histoire de signaler qu’on le dérangeait et qu’il n’avait qu’une minute à consacrer à une affaire étrangère au service.

- Pas si privée que ça, grogna Frank.

Pourquoi ne l’appelle-t-on pas Fracher ? Ça lui irait comme un gant. Je n’y ai jamais songé. On a pourtant eu le temps de s’en envoyer, des principes. Mais le Janver, c’est moi, toujours moi, Jean de Vermort, peut-être vicomte à la place de ce frère qui usurpe le trône ancestral et les revenus des métairies. Il se gargarisa méticuleusement pendant que Frank en rajoutait :

- Vous étiez en service commandé, mon vieux, avait d’abord insinué l’Enquêteur.

- Je sais ce que c’est que de l’être, ragea Janver. Je commence à avoir l’habitude.

Logiquement, il avait l’avantage de l’échelon, mais pas plus. Frank connaissait la musique.

- Si vous aviez perquisitionné comme on vous l’a commandé, continua-t-il sur le fil d’une colère qui commençait à prendre forme, on saurait peut-être quelque chose qu’on ignore toujours à cause de votre... inconséquence.

C’en était trop ! Janver se dressa sur ses ergots de titulaire provisoire. Son visage venait de s’empourprer, éclaboussant le regard d’animal traqué.

- Si j’avais réussi...

- Vous avez échoué.

Frank riait presque. Sa mâchoire tremblait. Le baron avait dû lui remonter les bretelles. Il se vengeait par... ricochet. Janver déclara ne pas accepter d’être cette victime.

- Victime, vous ? s’esclaffa Frank. On vous a ramassé dans le dernier métro, complètement flippé dans vos dégueulis. Les filles avaient filé pour se doucher et faire disparaître les traces de vos beuveries. C’est la première fois...

Oui, c’était la première fois. Frank était bien renseigné. Janver n’avait jamais dépassé les bornes. Un peu d’ambition, et voilà le résultat : une humiliation infligée de seconde main par un stagiaire de première classe. C’était bien mérité, d’accord, mais Frank en faisait trop, physiquement. Il aurait dû se contenter de parler, et Janver l’aurait à peine écouté. Frank avait des ordres. Et les deux hétaïres du service étaient à l’écoute. Le comte l’avait prévenu : Tu veux travailler, travaille. Mais le travail, c’est la prostitution. On ne bannissait plus les Vermort travailleurs depuis la Révolution qui avait morcelé le domaine et réduit la famille à quelques membres qui se comptaient rarement sur plus d’une main. Frank pouvait bien rire de l’aventure qui avait tourné court, Janver ne s’en sentait pas moins fier d’avoir pris une décision qui compterait désormais : il était capable de désobéir quand son imagination lui inspirait d’autres recours que ceux bassement extraits des ordinateurs du Service de la Prospective.

- Imagination ! s’était écrié Frank en levant les bras en l’air. Vous n’avez aucune imagination, sinon vous seriez enquêteur.

- Ah ! rugit Janver. Nous y voilà !

Il fallait bien qu’on en parle un jour ou l’autre. Toi, l’imagination, et moi, la copie conforme. Cela allait changer !

- Tout doux, collègue ! fit Frank en posant son P32 sur son mince bureau.

Se battre à mains nues. Janver avait essayé une fois. Il n’avait pas recommencé. On ne joue pas comme ça avec le fils du comte, lui avait enseigné la maîtresse d’école, même si c’est un...

- Vous n’avez tout de même pas l’intention de vous en servir contre moi ? fit Janver sur le ton de la plaisanterie fine.

- Ne soyez pas ridicule. Je n’ai jamais tué personne.

Jamais tué personne ! Ce qu’il ne faut pas entendre ! Frank n’a jamais tué personne. Il avait envie de le crier sur les toits.

- Vous oubliez le p’tit Pierre, dit-il en s’efforçant d’adoucir une voix qui devenait rauque malgré son intention d’y mêler une certaine dose d’ironie.

Frank haussa les épaules.

- Fermez-la, Janver. Vous êtes un...

- Dites-le puisque personne ne nous écoute.

- Vous allez les faire rire, gloussa Frank, ceux qui ne nous écoutent pas. Imagination ! Vous oseriez pondre ça dans un rapport si on vous demandait d’en rédiger un ?

- Oui ! Mon imagination enfin révélée !

- Par l’abus de colocaïne ! Vous plaisantez, mon vieux.

C’était de la colocaïne. Je l’ignorais. Si j’avais su...

- La colocaïne est une substance expérimentale inventée par le docteur Omar Lobster qui est un peu de votre famille parce que, si je ne me trompe pas, il est votre beau-frère, non ? Demandez-lui de vous expliquer comment agit la colocaïne sur un corps vivant.

Janver était devenu blanc. Il se frotta les yeux comme l’enfant qu’il avait été avant de sombrer dans l’âge adulte. La mémoire de Frank avait enregistré tous ces détails et il pouvait s’en servir maintenant que lui enquêtait alors que moi, je vérifie. Ça n’avait aucun sens, de vérifier. Tandis que l’action exigée par l’énigme...

- Je comprends, dit Frank qui compatissait au fond, mais ça ne vous excuse pas.

- Je ne souhaite pas être excusé. Je prendrai mes responsabilités.

- Mais vous n’en avez pas !

Un Vérificateur n’a aucune responsabilité. Poste réservé aux irresponsables, il devrait le savoir. L’immaturité lui conférait une irresponsabilité totale. On ne lui demandait pas son avis. Il vérifiait et la fermait.

- C’est bien ce qui a fini par me décider, plaida Janver qui regrettait de ne pas trouver le ton du combat gagné d’avance.

- Vous ne serez jamais capable d’imaginer la moindre seconde d’avance, déclara Frank qui s’inspirait peut-être du rapport confidentiel concernant la personnalité et les perspectives du Vérificateur À Vie Jean de Vermort.

Janver se souvenait d’une enquête sans concession pour sa fierté. On l’avait démonté pour confier sa reconstruction à un ordinateur. Vous serez VAV, mon cher Jean, lui avait annoncé le baron en lui caressant le coude. VAV. Il n’avait jamais eu accès au portrait que l’ordinateur pouvait reproduire à la demande. Sally en avait peut-être aperçu le 4D quand elle enregistrait les lettres du baron et que celui-ci, inquiet pour l’avenir d’un membre de la Grande Famille, tentait d’y trouver une raison de le pousser à un avancement significatif. Peine perdue, Frank s’en gaussait secrètement. Il était mieux noté.

- On vous a nettoyé, Janver, dit l’Enquêteur. Je ne sais pas pourquoi on me demande de vous l’annoncer. Je suis un enquêteur, pas une navette. Je suppose que le lien qui nous unit encore...

Histoire de famille et des accessoires de la famille. Hautetour en connaissait l’historique comme s’il en avait été l’inventeur. Les barons de Hautetour avaient toujours mieux forniqué que les comtes de Vermort. La comparaison s’arrêtait là. Frank était presque désolé. Il avait été nettoyé comme suite à une intoxication cuisinée dans un micro-onde par un crétin qui avait trop d’imagination et pas assez de connaissances, et on l’avait nettoyé à fond, ce qui n’avait pas servi à l’empêcher de recommencer. Mais il avait rechuté avec des principes et il ne s’injectait rien de cuisiné chez les amateurs et les poètes.

- Ils vous ont nettoyé sans parvenir à réduire toutes les traces, dit Frank qui ne regardait plus le vérificateur. Ça veut dire que, question imagination, c’est foutu pour vous. Si vous aviez encore de l’espoir, vous pouvez vous le mettre où je pense.

- Ces putes ! Elles m’ont eu !

Voilà qu’il leur en voulait maintenant ! C’est toujours comme ça. On vous rend un service qui vous foire personnellement, et on cherche à se venger. Laisse tomber ces idées qui ne sont pas dignes de toi, Janver. Si tu avais eu l’occasion de les sauter, tu en serais follement amoureux maintenant.

- Sale truc, la coloc, fit Frank.

Il n’y avait plus une seule trace de colère sur son visage qui demeurait pourtant dur et impénétrable. Il avait tué des hommes, contrairement à ce qu’il venait d’affirmer, comme Amanda S. avait abattu le dealer à la bouche fuyante. À partir du niveau d’enquêteur, on commençait à se servir de son arme en service commandé. L’agent S. en avait abusé, à moins que... Je suis en train de me faire avoir. Mon innocence, et non pas ma prétendue immaturité...

- Je ne peux pas vous dire jusqu’où ils ont poussé le clean. Peut-être jusqu’à la mémoire. On a retrouvé un dealer sur le pavé. Il a prononcé votre nom. Ça nous a paru étrange.

Ces enquêteurs. Ils finissent par tout savoir. Et ils ont le pouvoir d’inventer. La Centrale de Contrôle des Récits est en leur pouvoir. Je me demande si Anaïs K. a trahi nos petits secrets de famille. Frank était guilleret quand il est sorti du laboratoire des Récits. Il avait l’air satisfait par ce qu’elle avait confié à la mémoire centrale, ou par ce qu’ils lui avaient arraché à force de ruses biochimiques. Elle contenait aussi les secrets de la famille de Vermort. Ne pas oublier ce détail qui inquiétait le comte depuis qu’il savait qu’Anaïs K. était morte et ressuscitée. L’inventeur de la colocaïne mange à notre table tous les jours. Il refusait de répondre clairement aux questions du comte. Heureusement, j’ai mon chez-moi. Une chatte et un perroquet qui me tiennent compagnie quand je ne suis plus seul.

- Pour résumer, dit Frank dont la colère était tombée à zéro comme le thermomètre qui mesurait la température extérieure et qui était accroché, colonne tournée vers l’intérieur, à l’extérieur du carreau, ce n’est pas la colocaïne qui a détruit une partie de votre cerveau, mais le traitement qu’il vous ont fait subir pour récupérer toutes les traces à cause de la concurrence qui a déjà l’oeil sur vous.

- La concurrence ? glapit Janver. Moi ?

- Il n’ont d’ailleurs pas renoncé à vous examiner de près, continua Frank. Je suis chargé de votre protection. On va vivre en communauté, vous et moi.

- Je ne savais pas que c’était aussi...

- Sérieux, et je vous comprends. On ne touche pas à la colocaïne. Les morts qu’on a ressuscités avec cette chimie de l’inconscient ne sortent pas du périmètre de la CCR. Du moins pas tant qu’on ne sera pas certain d’avoir trouvé le moyen d’effacer toutes les traces, ce qui consiste, m’a-t-on expliqué, à les gratter au fond d’une personnalité encore un peu sous le choc de la mort, comme on comprend, non ? L’agent S. prétend qu’on vous a associé à son enquête, mais elle ne peut pas le prouver. J’ignore si c’est la Hiérarchie qui ment ou si c’est elle qui a tenté de jouer dans son intérêt. Ce n’est pas mon affaire. Elle a descendu le seul témoin et vous a injecté une surdose de colocaïne, de quoi tuer un cheval de course. Elle est en fuite avec le reste de la colocaïne, une quantité suffisante pour ressusciter une armée entière. Cent mille hommes, pas moins. Elle travaille peut-être pour les Milices Antiterroristes qui ont fait parler d’elles ces temps-ci. Les voilà à l’abri d’une chute des effectifs. Une mauvaise nouvelle pour les terroristes.

Qu’est-ce que c’est que cette histoire à dormir debout ? Je ne rêve pas. Je me sens parfaitement en bonne forme physique et mentale. Je ne suis pas plus angoissé que d’habitude et mes rhumatismes articulaires me font souffrir à un niveau acceptable par le cri.

- Vous me croyez, Janver ?

Comme s’il était possible de mettre en doute tout ce qui sort d’ici ! Frank se caressait la nuque, lorgnant un dossier ouvert écrit en code.

- Et Agnès ?

- On l’interroge. On peut perquisitionner sans ruser avec elle. L’agent S. devait l’éloigner. Vous connaissez la suite.

- C’est tellement... inattendu. Je ne sais que penser. Me protéger parce que je contiendrais encore, possiblement, assez de colocaïne pour que ça devienne intéressant.

- On a le monde entier sur le dos. Si ça continue, on est en mesure de justifier historiquement un massacre général.

- Un génocide ?

- Un antinouscide.

Frank balaya l’air d’un revers de la main pour illustrer l’ampleur du projet. Janver s’appuyait sur le bord du bureau, mais ses yeux ne comprenaient pas les termes d’un rapport qui ne le concernait plus directement. Il retournait à son état primaire d’objet utile ou inutile.

- Vous allez vous faire vomir, dit Frank en refermant le dossier. Dorénavant, vous ferez un usage modéré de vos yeux. Il vous ont implanté un amplificateur de son. Ils croient que le plus important à leurs yeux, c’est ce qui se dit..

- Mes yeux... commença Janver qui se rendait compte qu’il ne voyait plus à distance.

- Je ne suis pas dans le secret des Dieux, dit Frank. Vous allez occuper tout mon temps, y compris celui de mes loisirs.

- Vous m’en voulez, c’est normal. Ils vous font confiance. C’est extraordinaire. Vous pourriez en profiter pour...

- J’en profiterai peut-être. Ils le savent. L’agent S. a bien succombé à la tentation. Elle a commis l’erreur de se servir de vous. On se demande pourquoi.

- Quel rapport avec Bégnard ?

- Ça ne vous regarde pas.

Frank fit un signe pour rappeler au Vérificateur qu’ils étaient écoutés. On mesurait même en ce moment leurs sécrétions, par scanner interposé.

- Si l’enfant que j’ai été avait pu se douter... dit Janver avec une trop forte dose de ravissement qui ne pouvait pas échapper aux mesures.

- L’enfant que vous n’avez pas été risque maintenant de remonter à la surface.

Frank disait cela en clair. Il commençait à devenir hermétique. Clair, mais hermétique. Il élaborait l’étanchéité de ses conceptions au détriment de la compréhension que Janver pouvait lui destiner sans augmenter la douleur.

- Vous vous êtes fourré dans la merde, Janver, dit Frank qui reniflait l’odeur du Partagas. Je ne vous envie pas. Je touche aux alcaloïdes. Je ne dépasse jamais cette limite.

- Je ne fume même pas du tabac !

- Mais vous offrez les cigarettes que vous achetez à une traditrice qui a réussi son coup.

Qu’allaient-ils s’imaginer ? Il avait acheté ces cigarettes comme il eût acheté un paquet de bonbons acidulés. Mais qui pouvait témoigner de cette tranquille intention de ne nuire à personne et surtout pas au système ? Kol Panglas avait enregistré la conversation téléphonique où Janver affirmait fumer comme tout le monde alors qu’il ne fumait pas comme certains seulement. Frank souriait dans les lueurs vacillantes d’une lampe descendue du plafond. Il savait ce qu’un enquêteur sait avant même de commencer son enquête parce qu’on lui préparait le terrain de ses découvertes. Il était capable de flairer les pièges, autant ceux tendus par la Hiéararchie dont il méconnaissait les intentions, que ceux que les premiers témoins tentaient de lui opposer pour lui interdire de communiquer avec les tréfonds de leur âme. Janver se sentit traversé par cette curiosité inadmissible. Mais l’idée de posséder une substance et de pouvoir l’extraire s’il en trouvait les moyens le ravissait à ce point que Frank ne pouvait cacher les tenants de la véritable mission qui lui était confiée et qui lui serait arrachée le moment venu, peut-être au détriment de sa tranquillité. L’agent S. s’était enfuie avec une superdose de colocaïne et elle avait pris la précaution d’en laisser des traces dans le corps d’un homme qui n’avait aucun rapport avec les organisations qu’elle espérait presser comme des citrons. Janver devenait une chèvre attachée à un piquet planté dans le sol instable d’une humanité en devenir constant sans espoir de répit.

- J’ai compris, dit-il en agitant ses doigts comme s’il allait pianoter. Ça devait arriver tôt ou tard. Je ne me savais pas destiné au loup. J’avais simplement prévu de mourir. C’était plus simple. Personne n’a peint mon portrait. On n’en parle jamais chez nous. On me demande des nouvelles de Pitsy et de Médoc.

- La chatte et le perroquet ?

- On ne me demandera pas de vos nouvelles. Ils sauront trop à quoi s’en tenir. Deux hommes qui vivent ensemble, vous comprenez ?

- Mais qui ne font qu’un ! siffla Frank qui agissait sur la lampe.

Elle arrivait au ras du bureau. Ce n’était pas une lampe.

- On essaiera, dit Janver dont la voix chevrotait. Pitsy et Médoc n’y verront pas d’inconvénient si je leur explique. Vous attendrez dehors, sur le palier. Il leur faut du temps quelquefois. Je n’ai jamais eu de relations.

La lampe balaya la surface du bureau, révélant les incrustations d’un usage mélancolique de l’ennui. Janver s’inclina pour recevoir un rayon. Il éprouvait maintenant le besoin de se confier.

- Ce n’est peur-être pas le moment, dit Frank qui reniflait en pointant son menton vers les murs.

Ils écoutent. Ils écoutent ce que j’écoute et ce que je n’entends pas. Leur technologie est rudimentaire, malgré les raffinements des circuits. Ils en sont encore au binaire. Ils n’évolueront pas. Ils sont condamnés à cette polarité. Ils composent des relations polaires alors que nous sommes complexes. Une folie !

- Va peut-être falloir que vous vous réveilliez, mon vieux, disait Frank. Avec le masque qu’elle vous a piqué, elle va pouvoir se faire passer pour un vérificateur ordinaire.

Ordinaire. Il y a une idée d’accoutumance dans cette simple constatation d’un état habituel.

- Il faut m’excuser, mon ami, dit Janver qui tentait d’identifier la nature des incrustations qui pavaient le sous-main et ses alentours tailladés au couteau. Je ne pense qu’à ma pomme en ce moment. Je vivais, ne souhaitant pas vivre. Maintenant je survis et je ne désire que la vie.

- Vous expliquerez ça très bien à vos animaux domestiques.

 

 

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