I

II

III

Envoi


 

I

Je chante et si je sais chanter,

en toute bonne foi dictés

les amours du pays de France

dont je connais la fine errance.

Et tout commence dans la nuit,

sans principe ni sauf-conduit,

par un poème ridicule

que la chouette peut-être ulule

plutôt que le merle amoureux

n’en trille les vers deux à deux :

« S’il faut soulever le couvercle

et de vos mains fendre le cercle,

passer derrière vos écrins

un peu au-dessous de vos reins,

trouver le temps de vous écrire

alors que la nuit vous étire

entre coussins et pied de lit,

soumettre encore à vos délits

l’idée d’une aubade assassine,

ah ! que vos noces me butinent

et que l’attente sur le seuil,

les mains en croix sur le cercueil

de ce qui fut votre aventure,

ne compte plus pour l’écriture

et que seule la voix enfin

toque sur le bois du matin. »

Ainsi s’exprimait à la porte

avant que le vent ne l’emporte

un amoureux impatient,

mais sans excès de vrai tourment.

Venu de loin, à pied sans doute,

ayant secoué de la route

les traces d’un trop vif combat

contre ce vent qu’il n’aimait pas

comme il aimait l’or des feuillages,

il allait vif et sans bagages,

le nez en l’air et l’œil discret,

l’esprit pas très frais il est vrai

car ce qu’il savait de la femme

il l’avait trouvé au sésame

de la bouteille et de son cul,

reconnaissant, s’il avait su,

que l’endroit n’est pas si fortiche

qu’à sa mesure on devient riche.

« Je vous sais seule et sans passion.

Si vous connaissiez la chanson

comme je pratique l’extase,

amie nous ferions table rase

des témoins de la nuit qui vient

de mettre fin au lendemain.

Ce trou est une belle aubaine.

Je n’en veux d’autres pour ma peine.

Je crois qu’il n’en sortira pas

car les morts sont tombés trop bas

pour retrouver le goût de vivre.

Seuls les vivants peuvent poursuivre

ce que la nuit inspire au jour.

Ouvrez la porte, mon amour,

avant l’apparition de l’aube,

brisez le fer qui se dérobe

car le vent pense m’emporter

et je n’ai pas le cœur léger. »

Mais le fruit toujours sans paraître

n’ouvrait ni porte ni fenêtre.

Le vent interrogeait le corps

et traversait les arbres morts :

« Si vous avez peur de l’automne,

dans la maison que j’abandonne

vous trouverez de quoi passer

plus d’une nuit à rêvasser

sur la peau tendre d’une veuve,

qui quoique pas tout à fait neuve

a le sens remis à l’endroit

par la prière et par la foi,

car rien n’est plus sain et propice

que le vent qui se fait complice

du lendemain et de ses feux.

Perdez du temps entre les deux.

Ce qu’elle pense sous ses voiles

ami c’est votre bonne étoile.

Grattez toujours votre violon.

Le vent n’a pas de ces façons.

Je ne suis pas le proxénète

du temps qui passe et qu’on arrête.

Vous venez peut-être trop tôt,

ou c’est déjà tard pour le pot

que vous pensiez prendre avec elle.

Je suis le vent des ritournelles,

de celles que vous connaissez.

Qui sait ce qui peut se passer

derrière les murs de l’attente

quand ce n’est pas le temps qui tente… »

Le vent froissait comme papier

l’ombre qui semblait lui parler

et poussé par ce vent d’automne

qui n’avait rien de monotone,

poussé au cul, tiré par l’œuf,

pelé à vif comme un sou neuf,

l’homme était pressé sur la porte,

la clé en l’air, surtout pas morte,

vivant dans cet écrasement

ce que ne peut savoir le vent,

sucrée comme goutte d’abeille

à l’appel de la fleur qui veille

à ce qu’aucune goutte d’or

ne revienne d’entre les morts

sans la saveur de l’existence

qui promet tout à ce qui pense

et ne tient plus si ce n’est rien.

« Je te veux ô douce catin !

Putain des morts, vaine promesse,

je réussirai dans la fesse

ce que le vent donne aux puceaux

quand la mer revient à l’assaut

de la plage et de ses noyades,

pauvres chômeurs des escapades

sous les fenêtres des hôtels

et dans la mire des missels.

Ouvre la porte à la main leste

qui t’apporte le palimpseste

ouvré dans le noir contrejour

des exercices de l’amour

avant que le plaisir devienne

l’incipit de toutes les chiennes

qui ont peuplé ma niche d’arts

et de ce que l’art fait à l’art

quand il n’est plus questionde vivre

mais de savoir ce que c’est vivre ! »

Les portes font du bruit souvent

quand on y exerce sa dent

et qu’il n’est permis de le faire

qu’en cas de vent et de tonnerre.

Dans les poésies de l’horreur

on ne peut pas avoir plus peur.

Or la nuit était si tranquille

qu’aucun ne pouvait tombait pile

entre la morale et la foi

sans donner des raisons au droit.

La porte demeurait muette.

Ce n’était plus une bluette.

On n’était plus dans l’inconnu :

mais que faisait cet homme nu,

enfin nu du nombril aux cuisses,

avec la chose qui s’immisce,

comme on connaît bien le détail

si on a les pieds sur les rails,

dans l’œil noirci de la serrure

qui ne sait pas ce qu’elle endure ?

Et des enfants quittent le lit,

ce qui augmente le délit.

Un œil froissé sort en chemise.

Il appartient au juge en crise

qui sait bien que juste est la loi

si ce n’est pas le bon endroit

pour se livrer au gaspillage,

à l’inutile ou au tapage.

Le texte est fleuri là-dessus.

Il y en a même qui vont nus,

le pot en main à la va-vite.

On ne sait plus où on habite

quand le dehors et le dedans

ont des airs de vrai ressemblant

que même un tragédien classique

y perd la rime et la musique.

« Cet homme est nu, approchons-nous…

et pas que du bas au genou...

On voit qu’il a un bon mobile.

Si on ne fait pas dans l’habile

notre procès sera un four.

Il aura vite fait le tour

de notre sens de la justice

en prétextant que pour la cuisse

c’est le poulet qui en sait trop

et pas assez le populo. »

Notre homme s’appelait Virgile.

Il n’était pas né en Sicile.

Qu’on se rassure sur ce point.

Les personnages ne sont point

des monts ni des cités lointaines.

On ne se donne assez de peine

que s’ils naissent sans précisions,

du moins pas trop car en mission

le poète n’est pas critique

au point de passer pour un flique.

La poésie n’a rien à voir

avec l’état et le pouvoir

et le civil en poésie

c’est un peu comme dans la vie

de la mort en paquet-cadeau

et beaucoup de froid dans le dos.

Virgile était né à la veille

de voir le jour avec sa vieille.

C’est tout ce qu’on peut dire ici

car depuis qu’il n’est plus assis

pour en parler avec ses potes

le silence a un goût de crotte.

Et dans ces tristes conditions

mieux vaut ne pas faire mention,

entre nous soit dit sans manières

car nous sommes de bons pépères,

de ce qui est ou qui n’est pas

selon les uns ici ou là

et pour ce que savent les autres

autant suer des patenôtres.

Le monde est bien trop compliqué

et il sait se faire discret.

Ne sachant rien de sa naissance,

ni de son nom ni de l’audience,

pas plus que ce qu’il faisait là

et pourquoi il paraissait las,

chacun voulut donner la preuve,

en dehors du fait de la veuve,

de sa connaissance du droit,

de celui qui revient à soi

quand l’autre a pris l’initiative

de donner sa propre salive

au son de la langue de bois s

ous l’influence du surmoi.

On alluma les lampadaires

fin de faire la lumière

en cas de fuite par devant.

On fit rentrer tous les enfants

car le spectacle était immonde.

On est à peu près tout le monde

dans la ruelle où l’homme est seul.

On a préparé le linceul,

le noir linceul de l’habitude

aux blancs plis de la certitude,

le linceul qui couvre le mort

de sa défense et de ses torts.

On attend que la veuve sorte,

malgré le gardien de la porte

qui n’a pas remué d’un poil

le gland cloué dans le métal.

Elle a le droit d’être victime.

La justice a le droit au crime

et nous celui d’être témoins.

On ne le serait pas à moins

si l’homme s’appelait Virgile

et qu’il vît le jour en Sicile.

Sur ce le juge s’avança,

tenant sa robe par le bas

car il avait plu dans ses rêves

et dans ses draps un peu de sève

agitait l’esprit d’un curieux

qui savait faire beaucoup

mieux en matière de vie commune.

Dehors on pouvait voir la lune

se refléter dans le miroir

à double face du couloir

où Virgile tentait le diable,

enfer à l’anus véritable.

« Mais enfin monsieur le cochon,

dit le magistrat en chausson,

que veut dire cette attitude ?

En quoi consiste l’habitude ?

A-t-on saisi sur les emprunts ?

Est-on bien sûr que c’en est un ?

Nos portes ne sont pas conçues

pour recevoir votre sangsue.

Vous signez là un délit pur.

Ah ! Vous pouvez en être sûr

la dette à payer sera forte

et je suis là pour faire en sorte

que vous en assumiez les frais

jusqu’au bout de la vérité.

On n’est pas juge pour des prunes

et j’en suis un sans en être une.

Veuillez, monsieur, vous retirer

afin de pouvoir déclarer

ce que l’oreille veut entendre

sans regarder et à tout prendre. »

Le juge avait-il bien parlé ?

Virgile n’avait pas bougé.

A peine vit-on sur sa fesse

l’effet produit par la caresse

de ce vent qui l’avait porté

devant la maison du damné.

Il faut ici, c’est la nature

de ces récits de forfaiture

qu’on vend à bon marché au vent

et que le vent revend par temps

de pluie ou de neige qu’importe,

révéler que voici la porte

d’un mort qui n’est pas mort vivant.

Le lecteur se trouve devant

le beau derrière de Virgile,

bien éclairé et fort agile,

entre chemise et pantalon

dans l’esprit comme dans l’action,

qui par devant commet un crime

dont une veuve est la victime.

Dans ces sortes de long récit

où vie et mort font l’incipit

il est de tradition encore,

car l’héritage vient du More,

de rompre comme le bon pain

le temps qui vient du lendemain

et au passé simple conjugue

le vrai début qui nous subjugue

alors de ses explications

toutes aptes à la raison

qui nous inspira ce théâtre

dans un commencement folâtre.

Du jovial il faut passer

au tragique des trépassés,

voici en un mot une affaire

qui n’eût pas la chance de plaire

aux plus hautes autorités

qui commandent à la cité.

Si la maison de cette veuve

avait été en sa cour neuve

et par-dessus le toit aussi

prolixe en airs et en récits,

lecteur nous n’aurions pas nous-mêmes

manqué d’ajouter à ce thème

les péripéties du bonheur

qui s’attache aux entrepreneurs

du plaisir donné à l’office

et retrouvé comme un complice

soit dans un verre aux doux reflets

ou dans quelque genou replet,

secret qui ne peut en être une

si le revers a sa fortune.

Mais trêve de joyeusetés,

car ce qui vaut d’être cité

dans les plus fidèles annales

doit maintenant comme on empale

revenir au point de départ

et dans le sang verser sa part.

Verju, c’était son patronyme

bien que le besoin de la rime,

qui connaît des impératifs

autant sur le mort que le vif,

à Nîmes ne le fit pas naître

mais dans un lieu qui, sans paraître

mieux adapté à son récit,

n’en est pas moins, de sens rassis,

un point nommé de ce bas monde

ailleurs qu’en mer où il abonde,

plus par confort de la raison

que par expérience exerçons.

Il eut comme à peu près

les autres une vie qui vaut bien la nôtre,

avec une enfance aux tisons

et des envies sans les leçons.

D’un métier il nourrit sa hâte

et d’une femme il carapate

sans toutefois donner le jour

à un fruit digne de l’amour.

Ce détail eut son importance

car l’homme avait des exigences,

notamment quant à ses outils

qu’il avait reçus tous gratuits

et qu’il comptait donner en gage

de son respect pour l’héritage.

Mais il avait beau s’échiner,

donner la preuve à ses aînés

qu’il possédait l’art et l’office,

sa substance sans sacrifice

ne trouvait pas l’accroissement

et pressait les ressorts du temps.

A bout de souffle il abandonne,

ou plutôt voilà qu’il s’adonne

à ce qu’il convient d’appeler,

par souci de réalité,

la violence domestique.

Il connut vite la musique

et d’une fesse à l’autre allant

il battit la mesure autant

que ses nerfs avaient d’importance.

« Puisque je n’ai pas eu de chance,

dit-il parlant au trou ouvert

qui crottait sa valeur en vers,

c’est par cette male ouverture

qu’il faudra bien que l’aventure

continue avec ou sans toi.

Non vraiment il n’y a pas de quoi

fouetter un chat mais quand j’y pense

je n’ai vraiment pas eu de chance ! »

Et disant cela il battait

criant plus fort que le fessier.

De son côté la pauvre Armande

(oui, elle a les yeux en amande,

car pour la rime on est faisan)

allait son train chemin faisant,

soulageant ses douleurs de fesse

avec ses propres mains d’ânesse,

n’oubliant pas que pour l’anus,

dont Verju aimait le corpus,

un doigt suffit pour l’exercice

si c’est celui d’un gros complice.

« En effet pourquoi maniérer ?

disait la belle à cet effet.

Verju n’a point dedans ses couilles

ce qui convient à sa dépouille,

alors que moi j’ai du dehors

une idée qui vaut bien tout l’or

que le bon dieu met à l’ouvrage

pour qu’on en fasse un bon usage. »

Elle eut pour amants le gratin

de la société du crottin,

mais les odeurs de la campagne,

qu’on aille lent ou qu’on se magne,

perdent leur charme avec le temps.

Elle visita d’autres camps,

en épuisa les expériences,

exerçant même une influence

sur les idées et sur les mots

qui revenaient au grand galop.

Enfin elle trouva chaussure

où son pied sans nulle blessure

put agiter ses petits doigts

sans que l’odeur, qui en fait foi,

changeât le cours de l’existence,

ni du côté de sa patience

qu’elle exerçait sans se trahir,

n’avouant rien de ses désirs,

ni de celui de sa trouvaille

qui consistait, dans la ripaille,

en un beau mec fait pour bander

sans avoir besoin de chercher

ailleurs que là les mille astuces

qui font du bien à ce qu’on suce

et point de mal à ce qu’on mord.

Il ne manquait plus que le mort.

« Je suis encore appétissante.

Je suis même reconnaissante.

J’ai de l’avenir devant moi

et pour y rêver j’ai de quoi.

Pourquoi ne pas penser au crime,

comme au bout d’un vers une rime,

et comme une fée assumer

la magie et ses beaux effets ? »

Disant cela d’une voix douce

comme un téton qu’elle trémousse

pour mieux convaincre en attendant.

Le beau qui s’appelait Vatan

et qui jamais, si d’aventure,

ne répondait à la nature

de ce prénom original

sans perspective de régal,

se retira de l’orifice

et s’appuya sur une cuisse

pour y penser à tête aussi

reposée qu’il pouvait ici

espérer que le sortilège

ne fût ce prévisible piège

qui menaçait son bon confort

depuis qu’il vouait tous les torts

au sort de ses nobles conquêtes,

disait-il, « autant que vous êtes

roturières dans l’âme si

l’occasion en fait le récit.

Aussi je ne vais point si vite

que vos esprits de sybarites

et prends toujours du temps conseil

avant de mettre un appareil

à vos passions exorbitantes.

Je ne dis pas que ça me tente

ni que j’ai raison de penser

qu’en principe il vaut mieux laisser

les créateurs à leurs ouvrages

et notamment l’aréopage

à qui l’on doit tant le meilleur

que le pire et même l’ailleurs.

Si tu permets, ma belle Armande,

je comprends ce que tu demandes,

car un de trop c’est un de mort.

Mais après ce genre d’effort

il n’est pas rare que la vie,

qui est un bien plus que l’envie,

par un décret et sans recours

compte deux morts, prix de l’amour

qu’à payer cash tu seras seule,

nos deux moitiés, nos grandes gueules

n’ayant à la fin du procès

plus rien à dire de sensé. »

Sur ce Vatan prit de la poudre

l’escampette et ce qu’il veut moudre

dans le moulin encore chaud

de sa vision de l’échafaud.

Deux têtes mortes c’est facile

mais mieux vaut se tenir tranquille.

« Je ne pars pas sans revenir, »

dit-il en fuyant les soupirs

de la belle qui sans scrupule

peut y changer une virgule.

Et il referme le volet,

en un mot il a bien filé.

Armande en conçoit de la haine,

mais comme sa culotte est pleine

elle s’emploie à effacer

de ce qui vient de se passer

et l’esprit et surtout la lettre

car il s’agit de reparaître

pour recevoir ce que Verju

veut renouveler sur son cul.

Comme il n’est pas plus de dix heures

elle se nettoie et en pleure,

ne jetant l’eau que par dépit.

Et en effet sur le midi,

l’artisan qui a fait son beurre

revient en avance d’une heure,

déclarant que pour travailler

il n’a besoin que d’un fessier,

d’un trou parlant digne de Plaute

et d’une poignée de ces crottes

qui font le bonheur de l’esprit

et de la vie à deux le prix.

« Si tu as remis ta culotte,

dit-il en caressant sa glotte

avec le bout de son engin,

je te ferai savoir, catin,

si l’homme que je suis à table,

et j’en suis un plus que capable,

vaut la femme que tu n’es pas

contre promesse de repas.

Chie-moi donc une de ces merdes

avant que le secret se perde,

dans la nuit de mon descendant

né déjà mort et sans parents. »

Il s’ensuivit de ces pratiques

que les habitudes classiques

laissent sans voix dans les beaux vers

des tragédies où de l’envers

c’est l’endroit qui remet la nappe.

Il faut savoir où on se sape

si c’est au spectacle qu’on va.

Et l’après-midi se passa

en ces compositions obscènes

que Verju croyait mettre en scène

mais dont la belle maîtrisait

autant le détail que l’effet.

De l’autre côté de la rue,

Vatan interrogeait la grue

dont il était le protecteur.

Dire qu’elle était sa consœur

n’eût pas déplu à sa conscience,

mais ce n’est pas sans indécence

qu’il en parlait comme son bien.

« Mieux vaut avoir un peu que rien,

avait-il expliqué au juge

qui n’appréciait pas le grabuge

dont se plaignaient aussi les gens

qui en voulaient à son argent.

— Ce n’est pas que ce que tu gagnes

revient de droit à ta compagne,

décréta le juge aux abois.

Il n’y a pas que ce que tu crois

qui dicte à ces gens leur conduite.

Ceci ne peut rester sans suite.

Nous avons tous nos professions.

Nous avons même des passions,

mais l’épaisseur des murs est telle

qu’il n’est question de bagatelles

au pire dans les escaliers,

au mieux au niveau des paliers.

Ferme la porte à tes ouvrages

et ne dis rien sur le péage.

Tout le monde en sera d’accord.

A chacun son idée du corps

car le plaisir sans la justice

est un véritable supplice. »

Et depuis cette activité

mise sous le sceau du secret

connut, comme les bruits vont vite,

une croissante réussite.

D’ailleurs le juge est un témoin

capital de première main :

Vatan ne vend que la promesse

et c’est toujours à sa maîtresse

que tout le mérite revient.

Sinon il ne se passe rien

qui d’un procès vaille la peine.

Je suis putain mais je suis saine.

Mais Vatan n’avait pas tout dit.

Le commerce est un bon crédit.

Qui se plaindrait de sa balance ?

On en voit qui n’ont pas de chance.

Vatan n’en avait pas de trop,

sachant partager son éco.

Mais la femme avait des principes

pour ce qui concernait les pipes,

elle fumait sans rouspéter.

Ses ronds étaient même avalés.

Et quand aux relations anales

elle se limitait au sale

mais pourvu que ce soit le sien.

Et quant à trouver le moyen

d’aller plus loin dans le morbide,

autant se préparer au bide

et rembourser sans expliquer

ce qui pourtant était payé.

Si donc il fallait reconnaître

qu’elle avait le talent d’un maître,

toutefois il manquait un sou

pour aller salement au bout

de ce travail de la promesse

qui au fond vaut bien une messe.

Du coup Vatan devint chagrin.

« Pour l’argent, dit-il, tout va bien.

Mais pour la monnaie et j’en passe

des vertes et des moins salasses,

il faudra bien que le métier

me rende ce que j’ai donné.

Sans le plaisir on est en panne.

Les pipes c’est bon pour les ânes.

J’aime bien les traces de pets

et même au vol les attraper,

mais tout ceci n’est pas l’extase.

Il faut que je change de phase

sinon je vais devenir fou

et faire du mal à mon cou. »

La fille qui l’écoutait braire

pensa qu’il manquait de quoi faire

et proposa que son caca

servît de base à ses repas.

Elle avait de l’intelligence,

mais il lui manquait cette science

qui dans la tête de Vatan

le rendait esclave du temps

au point que même dans ses rêves

sa libido faisait la grève.

« Ah ! Si je dois me suicider

je veux que ce soit éveillé ! »

Ce fut donc sur ces entrefaites,

comme quoi la vie est bien faite,

qu’il se trouva sur le chemin

de sa voisine un beau matin.

Comme elle s’appelait Armande

et qu’elle sentait bon l’amande,

il lui parla de sa maman

qui avait connu du bon temps

en offrant ce que sa culotte

supposait avant qu’on la saute.

Armande y vit une occasion

de se venger sans permission

de Verju et de sa violence.

Vatan crut avoir de la chance.

« Dans cette chaude profondeur

je trouverais pour mon bonheur

le nid dont a besoin mon rêve.

— Mais avant il faut qu’il se lève

car sans lui je ne suis plus rien

que fleur au vent sans les moyens

de papillonner la chenille.

— Ah ! Donnez-moi cette guenille.

Je veux en respirer les fonds

et m’en barbouiller tout le front ! »

Disant cela il la malmène.

Elle en éprouve de la peine

mais sans la douleur le plaisir

a la faiblesse du zéphyr.

Les papillons seraient sans ailes

pauvres puceaux des ribambelles.

Comment imaginer l’éros

sans la torture du héros ?

Et la voici, la belle Armande,

folle d’amour pendant qu’il bande

et qu’il arrache le tissu

pour le porter à son front nu.

Dans la vigueur de son vertige,

fleur crispée au bout de sa tige,

elle a failli fermer les yeux,

s’abandonner à l’amoureux,

laisser au temps les circonstances

et au désir la connaissance.

Mais son instinct est en éveil.

Elle en sait trop sur le sommeil.

Alors elle ouvre une paupière,

aux aguets comme une guerrière,

« On ne sait jamais avec eux.

J’en ai connu des bienheureux,

mais je n’ai pas toujours la chance

qui sourit aux bonnes consciences. »

Et tandis que Vatan frottait

la culotte dessus son nez,

dans le plaisir elle découvre

qu’entre les lèvres qui s’entrouvrent

les mots expriment le dégoût.

Elle ouvre grand les yeux du coup.

« Quoi ! Faut-il déjà que je pense

à vous quitter ! Quelle malchance

et avant d’être tout pour vous !

Si j’avais su pour ce dégoût… »

Alors Vatan mord la dentelle,

en croque même les parcelles.

Sa langue passe sur les dents

pour montrer comme il est content.

Il roule des yeux pleins d’ivresse

et gonfle des joues en détresse.

« Ce que vous prenez pour des hauts-

le-cœur sont en fait les plus beaux

témoins de ma passion naissante,

ô belle enfant dont je me vante

d’avoir fait naître le talent

pour les choses que l’esprit lent

relègue avec les plus mauvaises.

Cette culotte que je baise

contient enfin ce que je tiens

pour le plus brillant des moyens

d’atteindre les plus hautes sphères

du plaisir que tout homme espère

de l’existence et du destin.

Ah ! Que j’adore ce festin !

Ce produit frais que je tenaille,

sorti tout droit de vos entrailles,

change ma vie et pour toujours.

Voilà ce qui s’appelle amour,

amour au beau nom de substance,

amour enfin sans complaisance,

et non complicité de droit

comme trop souvent on le voit. »

Armande écouta ces instances

d’une oreille moitié méfiance

moitié preneuse du repas.

Ce discours ne lui déplut pas.

Et elle remet à sa place

l’objet qui a laissé sa trace

sur le visage tourmenté

de Vatan qui sait où il est,

car si selon les apparences

il faut voir qu’il a de la chance,

en vérité il n’est est rien.

Tout bon début connaît sa fin.

Puis les amants se font la bise,

l’une retourne à sa remise

où Verju dort du bon sommeil,

l’autre plus gai prend le soleil

à témoin de cette aventure

mais sans jacter outre mesure.

Aussitôt dit, aussitôt fait.

A peine enfin est-il rentré

que dans un bain il précipite

son apparence décrépite

sous les effets de l’excrément.

Il n’a pas même pris le temps

de chauffer l’eau de la cuvette.

Pourtant le réchaud de Lisette

anime l’ombre de ses feux

dont elle connaît tous les jeux.

La belle enfant qui se repose

d’un coup tiré entre deux poses,

commente en se pinçant le nez

cette drôle de nouveauté

qui n’ajoute rien aux affaires,

complique le publicitaire,

rend l’hygiène pas très coton

et fait douter de la raison.

« Je veux bien que tu te barbouilles

avec ce qui plus rien ne mouille.

La merde c’est comme l’argent :

pour la fenêtre on a le temps,

mais bonjour pour la vie notoire

et le sens qu’on donne aux histoires

si on n’a pas tout bien compris,

surtout que le mauvais esprit

va plus vite dans la besogne

que ce qu’on fait avec ses pognes.

Je t’adjure d’être discret

et pour éviter d’ébruiter

de t’en tenir à ma culotte

et aux principes de mes crottes.

Je crois que c’est trop demander

à mes vertus d’en ajouter

d’autres qui n’ont plus rien d’intime.

Peu m’importe ce qui t’anime.

On a chacun de gros défauts.

Je ne sais pas ce qui est beau

et ce qui peut manquer d’allure,

j’ai trop à faire en aventure

pour me payer ce luxe en sus.

Toi et moi pour le consensus

on ne sait plus où on habite.

Si donc on est à la limite

de nuire aux bonnes conditions

sans quoi c’est notre profession

qui se passe de bénéfices,

Vatan je ne suis plus complice

et que je ne te revois plus.

Ah ! J’aurai fait ce que j’ai pu

pour que jamais on me remplace ! »

Sur ce elle quitte la place

laissant allumé le réchaud

et dans le bidet bouillir l’eau.

Vatan récure son oreille,

frotte son nez avec l’oseille

qui est resté sur le chevet.

Il frotte longuement son nez

pensant qu’à force d’équivoque

« C’est sûr on deviendra des vioques

et même avec de beaux enfants

la vieillesse est un vrai tourment,

car il n’est pas d’enfant précoce

dans cette espèce de négoce

qui bientôt quitte le foyer

pour servir ailleurs d’employé

et oublier de sa naissance

le détail qui met dans l’aisance.

Ah ! Je ne sais ce qui me prend !

Je vais tout perdre en m’adonnant

au plaisir des fonds de culotte,

d’autant que ce n’est pas la crotte

ni la petite commission

qui font que j’ai de la passion

pour la dentelle et les coutures.

Je suis fait pour l’autre aventure. »

Il allait dire en quoi tout haut

consistait ce triste défaut

quand Lisette ouvrit grand la porte

et laissa passer un cloporte

qui se frottait déjà l’endroit

sur l’envers de son côté droit.

Vatan s’éclipsa à l’anglaise

car le client doit être à l’aise

du début jusques à la fin.

Dans le métier on se maintient

à force d’une discipline

qui fait la douceur des mimines

et la vigueur du paturon.

Celui qui veut gagner des ronds

met la tête après la pratique.

Si on veut devenir cacique

c’est après qu’on réfléchit bien

et toujours avant qu’on devient.

Tandis qu’il descendait la cage

où l’escalier se tenait sage,

il se mit à penser tout haut

que si la vie vous rend marteau

ce n’est pas faute de programme,

mais on finit par rendre l’âme

à cause d’un petit détail

qui vous distingue du sérail,

de la crème de la bourriche.

On ne veut plus devenir riche.

On a beau faire on ne fait rien.

On ne reconnaît plus les siens.

On ne fait plus cas des usages.

On était digne, on n’est plus sage.

Dans le fond du slip et des frocs,

tout ce qui brille vaut du toc.

Et tu n’expliques rien aux femmes,

rien au curé, blâme sur blâme

avec inscription au dossier.

Il faut avoir un cœur d’acier

quand on est plus seul que l’unique.

Alors va savoir qui rapplique.

D’un coup de pied dans l’à-peu-près

il ouvrit d’un estaminet

la porte avec son garde-chiourme.

« Ah ! Mais qui t’as causé ces gourmes ?

fit la Lulu en les grattant

de ses ongles étincelants.

Ça m’a l’air d’être plutôt grave !

En plein visage qui se lave

après un usage excessif.

Pissat ou bran, c’est du kif-kif !

Avec trois trous dans la dentelle

on fait le slip mais pas la belle.

Moi je sais bien ce qu’il te faut.

Viens par ici, c’est sans défaut. »

Et Vatan se laisse conduire

dans l’escalier qu’on fait reluire

en montant et en descendant

dans le même et facile élan.

Le pourliche il a l’habitude.

Pour l’éloge il a des études.

Sauf que cette fois c’en est trop.

Jamais il n’est venu au trot

pour satisfaire sa cervelle

entre les cuisses d’Isabelle.

A douze ans elle a du ressort

et il n’a pas tout à fait tort.

Ah ! Le duvet qui se hérisse !

A cet âge on est sans malice.

« Ça tombe bien, pile et au poil,

fait la Lulu sans penser mal.

Je garantis, à la bonne heure,

ce que j’appelle la meilleure.

Aujourd’hui ça saigne à bouillon

et ça vaut cher en caleçons.

Deux, trois et quatre à la minute !

Avant que le rideau ne chute,

tu en auras pour ton argent.

Qui dit mieux, mon brave Vatan,

que la Lulu qui sait tout faire

et qui fait tout pour les affaires ?

L’armoire en est pleine à foison.

Se priver mais c’est sans raison !

Voilà la clé, une par une,

et surtout n’en rate pas une ! »

Et dans la chambre aux volets clos,

Vatan pose un doigt aussitôt

sur ce sang qui se coagule

sous l’ongle en forme de lunule.

Il ne voit pas le nez mutin,

ni l’œil qui n’est pas plus malin,

pas plus que la bouche entrouverte

qui agite sa langue verte,

mais ne dit rien car ce moment

n’appartient pas à cet enfant.

« Enfant, il faut que tu apprennes

à reconnaître entre les scènes

de ton enfance de catin,

ce qui au lanternier revient,

quel est le bonheur du fidèle,

ce que dieu prend dans la gamelle

et en quoi consiste ta part.

Chacun y gagne, comme en art.

C’est une question de manière.

Retiens ta langue de vipère.

Tu parleras à l’occasion,

plus tard, et même sans raison.

Tu seras l’enfant de mon âge,

le lien qui manque à mon veuvage.

Mais que sert-il de te parler

si tu entends te révolter,

expliquer ton adolescence,

dénaturer ma connaissance

avant que ce slip indiscret

ne m’ait livré tous ses secrets ? »

Alors Vatan plonge sa face

dans la complexité des traces,

des signes bornant son cerveau,

empreintes sur sa propre peau,

qu’il observe et juge et appelle

tandis que la pauvre Isabelle,

qui n’en peut plus de rien pouvoir,

crache dans les plis du mouchoir

que Lulu presse sur ses lèvres

sans se soucier, grise de fièvre,

de ce qu’elle enferme dedans.

« N’y pense pas, ma belle enfant.

Moi je sais tout de cette enfance.

Tu sauras tout si tu y penses

et le moment est mal choisi

pour en reconnaître le prix.

Pourquoi choisir si l’existence

promet la vie quand tu y penses ?

La vie n’est rien sans le sentier

et celui-ci est tout tracé.

Ne pas penser et ne rien dire,

ne rien savoir et tout maudire,

il n’y a pas d’autre sort ici,

en tout cas pas sans moi au lit.

Tra la la, enfance qui rêve,

la la lère, imagine ou crève. »

Mais Vatan n’a pas entendu

la chanson que chante Lulu.

« Pas de plaisir sans la culotte, »

chante-t-elle encore à voix haute

alors que son esprit n’est plus

là pour encaisser le surplus.

Vatan se lève et il emporte

la culotte et ouvre la porte

sans se retourner une fois

pour enfin du joli minois

apprécier la verte innocence.

Il n’a pas eu d’adolescence.

Et il s’arrête sur le seuil.

Le soleil lui fait bon accueil.

Le vent prodigue ses caresses

et dans les feuillages détresse

les têtes ravies des oiseaux.

Les murs ont des chaleurs de peaux.

Des femmes lisent des grimoires.

La fontaine se laisse boire.

Il se sert des mains d’une enfant.

Elle rit et montre des dents

qui ne sont pas faites pour mordre.

Le trottoir n’est pas sans désordre

et les paillettes des rideaux

bruissent dans l’air, légers fardeaux

qui finissent leurs existences

dans l’ombre des efflorescences

et des pauciflores massifs.

Pas le moins du monde rétif

à la petite poésie

de tous les jours, qui fait la vie,

il prend le chemin le plus court

pour retrouver un peu d’amour.

Verju est endormi encore.

Tel est le lieu où il s’adore.

Il faut dire pour expliquer

cette sieste qui veut durer

que la belle et patiente Armande

connaît beaucoup mieux que l’amande

pour changer le cours du destin.

Encore un peu, elle a la main,

et le Verju part en voyage

pour laisser tout son héritage.

« Mais tuer ce n’est pas mon fort,

gémit-elle pendant qu’il dort.

Profites-en, c’est plus facile,

tords-lui le cou, rends-toi utile,

transperce-le, sors-lui le sang !

Es-tu à moi ? Combien de temps ? »

Mais Vatan sur le sein repose.

Le téton a l’air d’une rose.

Ce n’est point par plaisir qu’il mord.

En la matière il se sent fort.

Prendre la vie comme on pagine,

c’est plus dur qu’on ne l’imagine.

Un jour il la fera saigner.

Elle qui dit ne pas rêver,

ne saigne plus dans sa culotte

et ne reconnaît pas sa faute.

Sur sa peau il fera un trou,

un petit trou de rien du tout,

à fleur de peau une piqûre,

sans douleur ni fioriture.

Il goûtera peut-être à tort

ces gouttes qui valent de l’or,

même si elle n’a plus l’âge

d’apprécier ces enfantillages.

Mais sans le slip le sang est-il,

est-il encore, ainsi soit-il ?

« Je n’ai jamais blessé personne.

Qui donne la douleur maldonne.

Ne rien tenter contre le temps.

L’enfant qui saigne d’un enfant

est aussi pur que je suis père.

La souffrance me désespère.

Personne ne saura jamais

en dehors des murs où je nais

chaque fois qu’Isabelle saigne,

que de sa haine je m’imprègne

et qu’elle se tait pour toujours,

car la vie m’a ôté l’amour.

Je n’ai jamais troué dans l’être,

jamais traversé pour paraître,

jamais sucé la goutte d’or

u’un tel effort exerce à mort.

Ah ! Regretter de ne pas croire

que dieu paraît comme à la foire

et que le manège aux enfants

est éternel comme le temps.

Je n’ai pas fait philosophie,

perdu ainsi moitié de vie.

Être vivant c’est être mort

et être mort n’est pas la mort.

Ces idées-là m’auraient fait sage.

Au lieu de ça j’ai passé l’âge

et de demain en lendemain

tout est devenu incertain,

au point que quand l’enfant demande

je ne donne rien et je bande

pourvu qu’elle saigne avec moi.

Des turlupins je suis le roi.

J’ai l’art de compliquer les choses

et pas en bien même si j’ose.

Mais pour la question d’un grand trou

à pratiquer dans le dégoût

dans l’existence d’un faux père

qui ne doit rien à sa misère,

je ne suis pas l’homme qu’il faut

à la femme qui par défaut,

’a pas trouvé mieux que moi-même,

revenu d’aussi loin qu’on m’aime,

pauvre rêveur de sang, après

avoir épuisé le sujet,

mis le feu à mon industrie,

et inventé la boucherie.

Lisette m’a foutu dehors

alors que j’étais déjà mort.

Signe qu’il vaut mieux que je file :

Verju d’un air qui m’assimile

demande en bâillant si je suis

aussi amoureux que je fuis ! »

Et pendant que Vatan s’évade,

considérant que l’incartade

a passé le seuil du courtois,

Verju reprend son bout de bois

et sur le derrière d’Armande,

soucieux de jouir de sa prébende,

il trace en croix sans discussion

le graphe de sa conception

de la chose matrimoniale

avec privilège du mâle

et recommandation du droit.

Vatan est loin quand il sursoit

à l’exercice de la fesse.

Humant une dernière vesse,

il ne lui faut pas si longtemps

pour en finir sans tremblement

avec l’apogée de sa transe

qui n’a pas même extrait l’essence

d’un commencement de plaisir.

Il plonge mais sans rejaillir.

Il peut chercher mais sans trouvaille

il n’y a pas d’ivresse qui vaille

qu’on revienne en piètre voleur

des aventures de l’ardeur,

mais Verju croît dans le laxisme.

Il ne connaît du paroxysme

que la colère et la raison,

fragments poussifs de la passion

aux extrêmes de la licence.

Il n’est pas homme à délivrance.

Il attend ce qu’il ne croit plus

nécessaire à ce qui est dû.

Regardez-le frotter la puce

qui boutonne sur son prépuce :

dirait-on un homme ce gus

qui recherche le consensus

avec les moyens d’une enfance

qui n’a connu de résistances

que dans l’attente sans émoi ?

« Non, cet homme ce n’est pas moi,

je ne reconnais pas l’image.

Ce miroir reflète un mirage.

Je ne suis pas dans le désert.

Je ne sais pas ce que je sers.

Rien n’est compliqué que moi-même.

Avant l’aurore il faut que j’aime.

Tant pis si la nuit n’appartient

qu’à celui qui sans elle tient

à ce fil qui joint la jouissance

aux compromis de l’existence.

Cet homme c’est peut-être lui,

celui qui me ment et me nuit

chaque fois qu’avec toi j’approche

les tares que tu me reproches ! »

Seul devant ce miroir sans tain,

objet vieilli des lendemains

que l’ascendance en pure perte

de sa mémoire a recouverte,

il voit que ce n’est pas fini,

que l’amour se donne à l’envi,

que l’approximation commence

à l’instant même où la malchance

s’est promis de promettre tout.

« Qui suis-je moi-même debout

face à ce que voudrait la femme ?

Elle seule connaît la flamme

et je suis cendres en amour. »

Ainsi de suite tous les jours.

Noir onirisme en solitaire,

naïvetés et vains mystères,

dernière chance du destin

ou commencement de la fin.

Insensible aux plaintes d’Armande,

il croque la petite amande

noire et lisse de son caca,

tirant la langue à son papa

qui est apparu par miracle

dans le vieux miroir au spectacle

de son histoire et de sa loi.

Dehors Vatan est aux abois,

Vatan est loin, Armande morte

ou peu s’en faut qu’il ne lui sorte

de la chair les signes de mort

que la vie refuse à son sort.

Couchée en travers d’une chaise,

elle mesure le malaise

comme on dit dans les jugements

prononcés sans atermoiements

en faveur des suites heureuses

et contre celles des pleureuses.

Pleure-t-elle les yeux fermés

pour ne pas voir ce qu’elle sait

de l’une et l’autre preuve d’homme

chacune posée comme axiome

du social vécu dans la foi,

la raison du plus fort en droit

et les mœurs revues à la baisse ?

« Si ce vin vaut bien une messe,

murmure-t-elle entre les dents

que Verju a noircies au bran,

voyons si l’homme est un spectacle

et si l’autre fait des miracles. »

Mais comme elle allait se lever

pour prendre le temps de rêver

malgré les douleurs en fragrance

et les promesses de la chance

qui tient quand on ne la tient plus,

voici que reparaît Verju,

avec son odeur de lavande,

suçant encore son amande,

mais sans lui mettre sous le nez

les lanières du martinet

dont elle frotte un peu la trace

en espérant qu’il en espace

les douloureux atermoiements.

Mais le Verju n’a pas le temps,

car il sort. Elle a l’habitude.

Il ne change rien au prélude.

Il frotte la soie de ses gants

sur la joue noire qu’elle tend,

ne dit mot ni donne des signes,

« Si tu témoignes je t’aligne ! »

Et voilà qu’il franchit le seuil,

le bonnet penché sur un œil

et le bâton en bandoulière.

Il est fringué comme à la guerre

et n’a pas oublié le vin

qui mousse dans ses intestins.

Comme il fait chaud il déboutonne

sa chemise et même s’étonne

qu’elle ait cousu tous les boutons

sans oublier à reculons

celui d’en haut qu’elle suçote

quand il barbouille de confiote,

un mélange à base de fruits

et de raclures de kiki,

les poils peignés de sa moustache

qu’il met aussi sec à la tâche.

Il y pense en voyant tout nu

un rejeton pas même ému

qui fuit devant une matrone

hystérique qui lui chiffonne

à la fois l’herbe des cheveux

et le gazon qu’il a aux nœuds.

Une fillette en ras de cuisses,

qui s’y connaît en sacrifice,

rit aux éclats pour la photo,

car pour le reste il est trop tôt.

Une gonzesse entre deux âges

fait des rougeurs à son visage.

En regardant dessous les bras

on voit bien que question caca

elle en a gros sur la patate

et c’est pour ça qu’elle s’éclate.

« Et puis les vieilles me font chier, »

chante Verju sans promener

ses yeux sur ces genoux de crasse

où il ne mettrait pas en grâce

le bout de sa queue et l’étron

qui va avec à la maison.

« Ah ! J’y perdrais mes habitudes,

j’en aurais des vicissitudes

que pour retrouver le chemin

me faudrait payer à la main

au moins trois fois ce qu’elles valent.

Des trous j’en ai mais pas aux balles.

L’économie c’est le premier

des protocoles du fessier.

Rien en dessous de la rayure

et au-dessus pas d’aventure.

Alors les vioques c’est réglé,

rentrez vos genoux en papier

et les journaux qui les racontent.

Pour les amis on a des comptes

et pour les morts des échafauds.

Les illusions ce n’est pas faux,

mais s’il faut la vérité dire

le mieux c’est d’éviter le pire. »

Et le cerveau tout guilleret,

car le vin faisait son effet,

Verju pénétra chez les putes

avec dans l’idée la culbute.

Mais Lulu qui veillait au grain

le cueille aussitôt par la main :

« Alors mon Verju de première,

on oublie les bonnes manières.

Quand on entre il faut en sortir

et sans les moyens du plaisir.

On veut d’abord de l’accessoire

et encore sans des histoires !

Je vais t’en faire à la vertu,

et sans raconter le début,

parce que pour ce qui commence,

tu n’es pas le premier qui pense.

Viens dans mon bureau pour parler.

Et pas que du fric à donner.

Quand on fait des enfants aux putes

c’est pas la faute à la turlute. »

Du coup Verju se trouve là,

pas mort de froid mais vraiment las.

Le vin fait encore une bulle.

L’ensemble des effets s’annule.

Lulu ouvre une porte en or,

qui fait un bruit de gros effort,

et d’une voix de cantatrice

appelle encore au sacrifice.

Et qui qui descend l’escalier,

avec aux pieds de beaux souliers,

si c’est pas la belle Isabelle

qui a des airs de vraie femelle,

pas des gravois comme Lulu

sous la truelle de Verju.

Malgré ses douze ans d’expérience

et pas plus de deux dans la science,

un amour de curriculum,

de la femme elle est le summum,

de l’avenir elle tient l’homme,

sans héritage et sans diplômes.

« En parlant d’hériter du bien,

dit Lulu en poussant le sien

dans les bras de Verju en transe,

ce qui serait bien quand on pense,

et pour penser je ne suis pas

la dernière à penser tout bas,

ce serait que tu reconnaisses,

sans te faire mal à confesse,

que si son nez ressemble au mien,

pour les pieds ce sont bien les tiens.

Qu’en penses-tu, ma vieille histoire ?

Ça pourrait devenir notoire,

mais pour la chienne que je suis

les vers sont toujours dans le fruit… »

Verju embrasse une joue rouge.

« A l’atelier c’est à la gouge

que je travaille dans le bois,

dit-il en flattant le minois.

A la maison je suis bravache

et je me sers d’une cravache.

Partout j’ai l’outil qu’il me faut.

Jamais il ne me fait défaut.

Mais avec toi, belle Isabelle,

la dure question matérielle

n’est toujours pas de mon ressort.

Je ne crois pas t’avoir fait tort

en te donnant à cette femme

qui est la honte de mon âme,

mais ce qui est fait est bien fait,

dit-on au pauvre infortuné

qui ne peut pas le reconnaître

car chez lui il n’est pas le maître.

Je t’aime comme un bon papa.

Cela ne te suffit-il pas ?

On dit que l’amour n’a pas d’ailes,

car quand il vole c’est sans elles.

Quand bien même cette putain

me donnerait un fils demain,

je demeurerais sans notaire,

pas sans amour, tu me vois faire,

j’ai le cœur gros comme la main…

— Et la veille c’est pas demain !

dit la Lulu montrant la sienne.

Sors le pognon et puis dégaine.

Ah ! L’amour tu n’es pas fait pour !

Tu vaux pas même le détour.

Tu vois, ma fille, on est des choses.

J’en ai connu des mecs qui osent,

de ceux qui changent l’avenir

à la demande et sans frémir.

Tant pis pour toi, mais pour l’oseille

je crois encore à ses merveilles. »

Voilà Verju qui met la main

dans la poche qu’il a au train.

Il en sort quelques billes neuves

sans qu’Isabelle ne l’émeuve.

Quand il est parti la Lulu

dit qu’il a la tête en alu

« Moitié métal moitié guimauve.

Regarde un peu comme il se sauve ! »

Dehors le temps est de retour.

Le vin revient comme toujours

et l’esprit saute à la marelle

au rythme d’une ritournelle,

petite culotte en papier

que la main froisse et puis c’est fait.

« Ah ! C’est le monde qui complique !

Pourtant c’est simple la musique.

Petit caillou deviendra grand,

à la marelle et à l’encan.

Le noir galet de mes marelles

sort du cul de mon Isabelle.

La criée aux poissons d’argent

sort de ma poche maintenant.

Ça se complique et je perdure

et ce n’est plus mon aventure. »

Dehors il fait si beau si clair

que le soleil n’en a pas l’air.

Ni beau ni clair il est fenêtre

où une fée peut apparaître

et du bout de sa bouche en fleur

changer l’amour en vrai bonheur.

Cette putain en est la preuve.

Payer n’est pas faire peau neuve.

Verju le sait depuis toujours :

« C’est le hasard qui fait l’amour.

Il le fait dehors comme bête

et comme enfant rien ne l’arrête.

Montons là-haut si je descends.

Remonte avec moi si tu sens

que le trottoir propriétaire

ne fera plus vraiment l’affaire.

Faut-il pourtant passer la nuit

avec les causes de l’ennui

et les effets de mon angoisse.

Je ne suis pas fait pour la poisse !

La ligne droite est le chemin.

Creuser ce que j’ai sous la main.

On verra bien ce dont le rêve

est capable avant que j’en crève ! »

D’un drame pop voici le cœur.

On en a vu tous les acteurs.

La trame étend ses fils pérennes.

On observe des phénomènes

à la lumière de ces mots

et l’idée vaut ce qu’elle vaut,

mettant en jeu plus d’impatience

que n’en veut notre connaissance

des relations de la fiction

avec les nœuds de la passion.

Ainsi souvent la vie se joue,

comme la douleur sur la roue,

sachant que l’homme est dans le dé

et que dans le fond du cornet,

plus facétieux que pile ou face

et dans de terribles angoisses,

il change sans savoir pourquoi

le cours de la rivière en soi.

Mais une fois que le théâtre

soulève son rideau folâtre,

tout est déjà dit clairement

et dans son triste logement

le poète ment à ses muses,

qu’il s’en suicide ou qu’il s’amuse,

et le chant poursuit les raisons

de forcer les combinaisons,

de parfaire le mieux possible

dans la farce et dans le terrible.

Pourquoi laisser Verju reclus

dans la nuit où il ne peut plus

ne pas se voir tel qu’il ressemble

à l’ascendance qui s’assemble

dans un mur ou dans un miroir,

plans excessifs de l’étouffoir,

dans les yeux d’une tourterelle

dont même la faute est vénielle,

et à la fin dans cet anus,

ombilic nu des habitus,

qui saigne et merde comme morte

dans les rituels qui l’emportent.

Les objets reflètent toujours

les aspects sombres de l’amour.

Organisés comme sorites,

et non point comme de beaux mythes,

vient le moment où le premier

est conséquence du dernier.

La vie n’est pas dans l’existence

mais ailleurs dans cette présence

qui vient de loin pour ajouter

à ce qui ne peut augmenter.

L’esprit de Verju sans maîtresse

ne connaît pas d’autres ivresses

et dans cette nuit qui l’étreint,

ce noir qui lui brise les reins

et cette blancheur qui le fouette,

Verju a des airs de Tourette,

rat d’égout dans les escaliers

d’une maison où tapiner

est la moindre des politesses.

« Monsieur le rat vient pour les fesses.

Le fouet non plus n’est pas gratuit.

Vous pensez avec ou sans lui,

mais sans lui c’est aussi sans traces.

C’est par ici que ça se passe.

C’est jeune et ça sent le pipi.

On en voudrait toutes les nuits,

on en trouve chez la voisine,

je vous l’accorde sans saisine,

mais voyez-vous si l’excrément

qui sort par ici vertement

se lave à l’eau sans savonnette,

par contre le sang que vous faites

couler de l’anus par-devant

nécessite un médicament

dont le prix est une gageure,

monsieur le rat, je vous le jure,

jamais je ne mens au client

qui vient passer un bon moment

parce que les moments sont rares

quand le temps est un accessoire. »

Mais Verju n’entre pas dedans

cet aimable établissement.

Il allait en ouvrir la porte,

bousculant la noire cohorte

des amateurs de plaisirs vrais,

quand soudain il est arrêté

par l’apparition très soudaine

de Vatan qui fait de la peine

à une utile femme en noir

dont il veut prendre le pouvoir.

Ce menteur né pour les affaires,

qui de ses mains ne sait rien faire,

possède il est vrai le métier,

cette fausse veuve le sait.

Il n’y a pas de vraie tromperie

dans ce monde de la série.

Verju plie un de ses genoux,

car l’autre même s’il est mou

ne connaît pas les joies sommaires

de l’exercice de l’équerre.

Il s’assoit presque sur le gras

de son mollet gros comme un bras

et guette avec grande impatience

en comptant avoir de la chance.

Dans sa poche il y a un couteau,

dont il se sert au bonneteau.

Quand il joue il tente sa chance.

Gare à celui qui mal y pense.

Il n’est pas venu pour gagner.

Jouer c’est jouer pour jouer.

Il ne sait pas ce qu’il recherche.

C’est le destin qui tend sa perche.

La veuve pose un pied prudent

sur le seuil que le fier Vatan

a balayé de son écharpe.

« Ma mie savez-vous que la carpe

est un bien précieux au Japon

où elle a l’écaille façon

petits coups de pinceaux habiles.

A croire que c’est plus facile

quand on a le regard bridé

par deux mille ans d’antiquité. »

La belle venue pour en rire

ne se prive pas de le dire

et d’un saut la voilà dedans

exhibant le blanc de ses dents

pour vérifier si sa morsure

n’a rien perdu de sa mesure.

« Je suis venue pour la douleur,

celle qu’on inflige à mes sœurs

quand le cœur n’est plus à l’ouvrage

et qu’il faut bien que l’on partage

mais sans cracher au bassinet.

De faire bien j’ai le secret

surtout si le mal est une œuvre.

Venez me voir à la manœuvre

de la surface et du dedans.

Pour les appareils j’ai mes dents

et la croissance de mes griffes.

Peu importe comme on s’attife.

Je travaille nue si l’on veut

et si l’on ne veut pas c’est mieux.

Voyons avant que tu médises

la marque de la marchandise. »

Et Vatan d’un saut l’affranchit,

tirant par les cheveux le prix

de son inspiration contraire

aux principes du ministère.

Isabelle a poussé un cri,

mais elle ne fait pas un pli,

Vatan la tient pour proie facile.

« Pour ça tu peux être tranquille !

Elle a le sang couleur de l’eau.

Je te ferai goûter sa peau

dans la fraîcheur de ses fontaines.

Approche, donne-toi la peine

d’apprécier les innovations

qu’elle découvre à la passion. »

Et la veuve noire est cliente

à peine touchée l’apparente

facilité de séduction.

« Montons et sans hâte passons

à de plus sérieuses méthodes.

Les façons dont je m’accommode

ne souffrent pas l’observation.

— Mais que dis-tu, douce Marion ?

Avec quelle rime tu jongles ?

Ai-je payé rubis sur l’ongle ?

N’avons-nous pas bien convenu

que je verrai tout et tout nu ?

N’ai-je point payé par avance

ce que ton art de la dépense,

bien connu des amateurs d’art

qui subissent ton bon vouloir,

a promis à mon expertise ?

— En ai-je entendu des bêtises,

chaque fois que l’homme s’est pris

les pieds dans son propre tapis !

Quand je parle c’est pour moi seule,

mais si tu viens, c’est pour ta gueule !

— Obscure Marion tu fais peur !

Mais tu sais tout de mon bonheur.

Celui qui te suit sans entraves

est aussi aveugle qu’esclave.

— N’oublie pas que l’enfant est roi

au pays des meilleurs émois.

Celle-ci a des avantages

qu’elle a reçus en héritage.

Cela se lit dans ses beaux yeux.

Comme regard il n’y a pas mieux

pour inspirer mieux que fringale

à qui attend avec la dalle

pour seule promesse de dieu.

Si ce n’est pas pour rendre heureux

qu’il nous fait toutes ces histoires,

prenons le temps d’une avaloire.

A trois dont la première est don

on est bien sûr d’avoir raison ! »

Sur ce elle pousse Isabelle

et insulte la ribambelle

des curieux qui n’ont pas le fric

pour se payer mieux que le chic.

Vatan pousse un cri de victoire

pour amuser son auditoire,

mais ce qu’il atteint c’est le cœur

de Verju qui sous les gouailleurs

ronge son frein comme monture

qui ne croit plus à l’aventure.

Autant tout à l’heure il tapait

son vieux cul sur le parapet

en se tenant les côtelettes,

autant à cette heure il regrette

de n’être pas un assassin.

« Le trottoir est dur aux catins,

et pas qu’à cause des poussières,

mais que dire du prolétaire

qui croyait prendre le plaisir

avec la nuit qui fait bleuir

même les ciels les moins à même

de rasséréner le morphème.

La moindre chose en plaisir pur

c’est de se prendre pour un dur.

Ah ! J’en ai gros sur la patate.

J’en ai le cerveau qui me gratte.

Ça me démange où je n’ai rien.

Je lutte avec des acariens

qui n’ont jamais eu d’existence

que dans notre fosse d’aisance.

Je ne tue pas ce que je hais.

C’est un tort, ce n’est pas bien fait.

Pour vivre il faut qu’on assassine

les héros de nos héroïnes.

Mais j’ai tort aussi du côté

de ce que j’aime sans compter.

Ou bien je compte trop les heures

et pas assez l’or de mon beurre.

Mon Isabelle est mon malheur.

Mon malheur est un cavaleur.

Et je cavale et je m’échine

sur des chemins semés d’épines.

Mais cavaler sans le cheval

ça sert à rien et ça fait mal. »

Pensant cela il se faufile

entre les jambes qui s’enfilent

devant la porte du bordel.

Le monde devient irréel

chaque fois qu’il s’y abandonne.

« Mais pourtant, voilà, ça fonctionne,

ces fictions à dormir debout.

Je suis là et je serai tout,

ou je ne suis pas une histoire,

minus habens de la mâchoire.

Ah ! Si pourtant j’avais le choix !

Je sais bien que sans une croix

l’enfant n’est pas celui du père.

Le bienfait revient à la mère.

Quel est le sens de la douleur

entre les cuisses de ma sœur ?

N’ai-je vécu dans la souffrance

que pour en prendre connaissance ?

Vos catéchismes me font chier.

Donne un enfant à mes essais !

Celui que portera ta fille

ne sera pas de la famille.

Ce que tu joues n’est pas perdu

mais pour gagner, c’est bien foutu.

L’existence est une poubelle,

ou la chemise d’Isabelle.

Que la nuit tombe sur mes yeux

et qu’on ne parle plus de dieu ! »

Disant cela il monte encore,

se fait gronder par la pécore

qui lui réclame quatre sous

pour se poser sur ses genoux

et lui chatouiller l’entrejambe.

« Ici tu balaies ou tu flambes.

Pour le balai j’ai de bons poils

et pour le feu, si ça fait mal,

j’ai un secret qu’il faut pas dire

sinon Lulu peut déconstruire

et alors on ne comprend plus

pour quel motif on est venu.

Je t’indique le truc qui masse.

Pour rien du tout ça a la classe

de ce qui vaut cher à l’encan.

Ah ! Maman tu m’en diras tant !

Qui c’est ce mec qui pue la merde

et qui au tric trac veut rien perdre ?

Arrêtez-le ! Il faut payer !

Ah ! Papa quel foutu métier

que tu m’as conseillé de faire

pour améliorer tes affaires ! »

Oyant la verte exclamation

qui dénonce la progression

de Verju dans le haut des marches,

Lulu sans soigner la démarche,

ce qu’elle sait faire en tout temps

mais elle est dans l’étonnement,

sort furax de son officine

et sans souci de médecine

à appliquer en cas de mort,

ou de malchance avant les torts,

causée dans une ambiance telle

qu’on la dirait professionnelle,

jette dans l’air un cendrier

qui fait deux fois le tour entier

de cet empirique bastringue

qui plus d’un a rendu très dingue,

avant de venir s’appliquer

avec le temps d’un horloger

sur le crâne fort mal en plumes

de Verju qui plus ne s’assume.

Il redescend la patte en l’air,

revoit celle qui a du flair,

à son soutien fait des manières,

tant et si bien qu’il est derrière,

gueule un bon coup pour dire non,

« Tu sens vraiment toujours pas bon

et comme j’ai l’esprit très large

en présence des meilleurs barjes,

tiens prends ce marron sans odeur

et sans critique de trop meurs ! »

Deux cendriers en une passe,

c’est correct pour perdre la face.

Et il la perd en se plaignant,

preuve qu’il est toujours vivant,

et que si ça n’est pas trop grave,

vu que le mec à des airs caves,

il rentrera chez lui sur pied

avec ou sans canne au soulier.

« Ah ! Salopard, j’en ai vu d’autres !

gueule la Lulu qui se vautre

dans les odeurs du cafardeux

qui veut parler de vie à deux

alors que c’est chez le notaire

qu’on s’est juré de tout bien taire

à propos des anciens rapports

et des fruits qui ont fait du tort,

ou ont failli en faire dire

pour le meilleur et pour le pire.

Je ne veux plus te voir ici

si c’est pour donner du souci

à mes vieux jours de maquerelle.

On a convenu qu’Isabelle,

et c’est écrit avec du noir

sur le blanc que je te fais voir,

méritait mieux que le scandale

et tes produits de trou de balle.

Ou tu la reconnais en bien

et je t’en donne les moyens,

ou tu te tais et tu supportes

mais sans jamais passer la porte.

Et pour les gens on se tient coi,

pas besoin de dire pourquoi

ni même d’inventer des ruses.

Pour le cendrier tu m’excuses,

mais j’étais en train de fumer

et à mal je n’ai pas pensé. »

Pendant ce temps dans la chambrette,

Vatan se déguise en soubrette,

avec un joli tablier

bordé de dentelle en papier,

ayant soin de nouer derrière

le ruban noir que la guerrière

enfonce dans l’anus en fleur

d’un doigt qui connaît le bonheur

du battement hémorroïde

et de la pulsation des fluides.

Elle est nue de la tête aux seins,

portant l’épée du spadassin

et la lorgnette du pilote.

On ne voit rien de sa culotte,

et comme elle a chié dedans

elle mord le nez de Vatan :

« Monsieur, vous ne serez point homme.

Fille serez ou du tout comme.

Pour la faute de trou pallier

on se servira du fessier.

Ce sera notre fantaisie

et je vous priverai de vie,

foi de guerrière par le sang

que je tiens de mes ascendants,

chaque fois que vous ferez celle

qui ne sait rien des jouvencelles.

Celle-ci connaît la chanson

mais je n’aime pas ses façons

de sourire en me voyant belle

comme un preneur de citadelles.

Pour la punir de son aplomb

par la poitrine commençons ! »

Et touchant le sein d’Isabelle,

elle mord le téton rebelle

et fait couler un sang mêlé

à la salive qu’elle y met

en prononçant une prière

qui sort tout droit de son derrière.

Isabelle retient son cri.

Elle est payée pour ça aussi.

« Si je suis fille et si tu m’aimes

comme au combat on se blasphème,

propose Vatan que le sang

soumet à un plaisir croissant,

fais-la pisser dans ton urine

et forces-y ma sainte pine.

Si pour un soir je suis le dieu

et si dieu est un dieu joyeux,

mélange-toi à cette artiste

dont je suis le dur essayiste.

Frottez vos vains lithopédions

l’un contre l’autre à l’unisson !

— Ce n’est point là désir de fille !

Ton escargot dans sa coquille

doit demeurer droit et muet !

Sinon nous serons deux bouchers

pour te fourrer dans le derrière

le pénis qui te sert de frère.

Et toi pucelle des cercueils

si je te vois lui dorer l’œil

je te le crève à la lorgnette

et je te jure, mignonnette,

que tu ne verras plus ton con

avec ses vers de mirliton

dinguer comme un oiseau en cage

pendant que monsieur de passage

renifle ton slip en suspens

sur la corde à linge du temps. »

C’est ici que le bon Virgile,

qui n’a pas que le pied agile,

nota qu’en matière d’amour

on fait mieux que les troubadours,

du moins quand le bordel enseigne

que pour aimer il faut qu’on saigne.

« Ainsi, lui dit le magistrat,

tu étais quand ça arriva

là sur le bord d’une fenêtre

à reluquer ce que des êtres

conçus dans l’immoralité

pratiquaient dans l’obscurité

propice à ce que la justice

interdit à nos orifices.

Si tu veux vivre encore un peu,

et même autant que tu le veux,

tu dois me dire sans salades,

dans une prose plutôt froide,

ce que tu as vu de tes yeux

et entendu d’industrieux

si tant est que le prix des femmes

vaut ce qu’on en dit dans la flamme

et ce qu’on ne sait plus pourtant

quand s’est éteint le ver luisant. »

Ainsi parla sur son pupitre

ce juge sans faire le pitre

car bon français sans une croix

au tribunal ne se conçoit.

Virgile examina la chose

en spécialiste de la cause

et demanda à réfléchir

non sans donner à son soupir

le distinguo qui met en fuite

les preuves de la réussite.

De l’expérience il en avait

mais sans tout donner à rêver.

Aussi recula-t-il sa chaise

pour tenter de se mettre à l’aise

comme il l’était avant les faits.

Depuis qu’on l’avait arrêté

et traité comme on fait aux choses

qui n’ont du sens que si on cause,

il était devenu prudent,

montrant l’ivoire de ses dents

si le moment était propice

aux ustensiles du supplice.

Rire un bon coup quand ça va mal

ne nuit en rien au principal.

Mais le magistrat n’avait cure

de ce que l’impétrant endure

avant de se rendre innocent

en toute logique ou en sang

selon les hasards du tragique

et les prévisions du comique.

« Si vous êtes un bon Français,

ce qui reste encore à prouver,

vous me direz tout sans mesure,

n’oubliant rien de l’aventure,

pas le plus petit ornement,

car je suis juge seulement

et non point un homme de science.

Comprenez-vous la différence ? »

Et Virgile plia son cou

pour signifier qu’il savait tout

et que par conséquent justice

trouvait en lui le bon complice.

« Ainsi soit-il, dit le prévôt.

On sait bien que tout ça ne vaut

que comme endroit des hypothèses,

l’envers de toute bonne thèse

étant comptable de nos droits.

Toute main comporte cinq doigts.

Je dis cela sans laisser place

aux avis de la populace

qui met la rime au bout du vers.

On se demande à quoi ça sert

de faire de la poésie

un exemple de fantaisie

alors que tant d’attendus sont

mieux appropriés en leçons

à donner à la république

qui est la religion laïque

de tous les hommes de bon sens.

Mais ne gâchons pas le suspens

et commençons par le finale

qui est la chose la plus sale

qui peut arriver à Machin

aujourd’hui et même demain,

tant la mort donnée sans nature

est l’expérience la moins sûre.

Nous constatons d’après l’état

que ledit Verju n’est plus là.

Sans corps il n’est guère possible

d’affirmer ah ! Que c’est terrible !

qu’il est ailleurs dans le soupçon

ou bien de quelque autre façon.

Ne soyons pas chiens à deux faces

et donnons à pile sa place.

Verju était, dit le témoin,

encore en vie de bon matin.

Je vous explique ma méthode :

en droit criminel l’épisode

est l’unité qui reconstruit

comme l’arbre porte des fruits.

Mais ce n’est pas à un poète,

témoin avant que je m’y mette,

que j’apprendrai l’art de rimer

dans l’ordre conforme des faits.

Sachant que le cadavre existe

et que nous sommes sur la piste,

nous avons la curiosité,

c’est la moindre des qualités,

d’en savoir plus sur la personne,

je le dis comme on le raisonne,

que nous avons saisie au vol,

reconnaissons que c’est du bol,

d’un vasistas en perspective,

malgré l’heure disons tardive

ouvert et sans aucun rideau,

offrant, c’est bon pour le tableau,

tous les éléments de ce drame,

les messieurs ainsi que les dames

sans oublier certains objets

utiles quand on veut garder

à la cérémonie son style

et au sexe ses ustensiles.

Virgile ou qui que vous soyez,

(je ne dis rien pour étayer

l’hypothèse selon laquelle

ce nom cache une curatelle)

ai-je bien levé le rideau

sur le théâtre d’un Godot

tombé à pic comme Byzance

pour mettre fin aux apparences ? »

Virgile approuvait du hochet

mais pour l’instant restait muet.

Le juge offrit des cigarettes

que ses doigts fins dans la cassette

avaient trouvées pas par hasard.

Virgile en prit une pour l’art.

Le juge craqua l’allumette.

On se regarda les mirettes.

On attendit encore un peu.

Le fond de l’air était fumeux.

Enfin Virgile ouvrit la bouche,

ne cachant plus qu’il était louche

en regardant yeux dans les yeux,

ce que le juge trouva mieux

que ces regards en demi-teinte

qui ne valent pas qu’on s’éreinte

à démontrer qu’on n’a pas tort

alors qu’on l’a et dans l’effort.

Virgile n’étant plus risible,

et même plus compréhensible,

(des fois quand on est fatigué

on est plus clair qu’on l’a été)

le juge recula son siège

pour ne pas se prendre à son piège,

ce qui arrive quelquefois,

tous les magistrats savent ça.

« Maintenant qu’on s’est, faut le dire,

rassuré l’un sur l’autre et pire,

dit Virgile en écrasant le

mégot noir comme scrofuleux,

je me sens comme un jour de sacre,

pas roi mais dans le simulacre,

si vous voyez ce que je dis

et sinon moi je dis tant pis.

— Ah ! Là, Virgile, je m’insurge !

Le temps est pressé quand ça urge.

On avait dit pas compliqué,

des mots en dur avec étais

pour que tout le monde comprenne.

Sinon ah ! Ce n’est la peine

de se crever le bourrichon

à préparer une instruction

qui posera à l’hermétique

alors qu’on est en république.

Témoigner n’est pas abuser

du bon vouloir des mecs usés

par la lenteur des procédures

qui finissent dans les ordures

de l’humanité et consort.

S’il est vrai qu’on a toujours tort

d’en savoir plus que la moyenne.

Pour avoir raison et sans peine

il faut se placer au niveau,

regrettons-le, du populo.

Revoyez le vocabulaire

sans oublier que la grammaire

a aussi son rôle à jouer

dans le facile et l’à-peu-près.

Prenez plutôt un bon cigare.

Je n’ai pas assez crié gare.

Tirez un bon coup là-dessus

et reprenons dès le début. »

Virgile savait d’expérience

qu’avec les mecs de cette engeance

il vaut mieux regarder dessous

avant de leur donner des sous,

voire tout autre sémantisme

sans signature dans les « ismes ».

Comme le juge avait sorti

le prépuce de son kiki

entre les boutons de braguette,

il en conclut que pour les « ettes »

il paierait la même chanson

avec ou sans bonnes façons.

Quand on est pauvre on n’est pas riche.

Un pois chiche c’est un pois chiche.

Le magistrat branlait du chef

sans se douter que ses reliefs

se voyaient dans le patrimoine

où le tabac de La Havane

un peu sec à ses doigts experts

prenait le frais comme en enfer.

L’image est peut-être un peu forte,

mais il est bon qu’elle ressorte.

Pour ce qui est du paradis,

inaccessible sans radis,

surtout de loin et sans lunettes,

chaussé pas cher dans la tripette,

Virgile y avait fait long feu

et même sans avoir vu dieu.

« Par où il faut que je commence ?

demanda-t-il avant semence.

— Au début elle était à poil,

avec un casque colonial

pas sur la tête mais en face.

Que voulez-vous que ça me fasse

moi dont le père était au pieu q

uand soudain l’empire a pris feu !

dit le juge en allant plus vite.

Dépêchez-vous, la France est cuite !

Et quand on n’a pas eu d’enfant

on se sent pressé en allant

où d’autres n’iront jamais puisqu’

on voit bien que grand est le risque ! »

Le moment était bien choisi.

La porte sentait le moisi.

« Si ça se fait, pensa Virgile,

c’est un placard pour les utiles.

Or comme je ne sers à rien

à tous les coups c’est le moyen

d’aggraver mon cas déjà sale.

Mais qui n’a pas le choix détale ! »

Dans les moments de désespoir

il faut se montrer débrouillard.

D’un bond il saute sur la porte,

pas s’élançant, non, mais en sorte

que son épaule sous le choc

ne souffre pas comme le coq

qui pour les besoins d’une rime

avait avoué tous les crimes

qu’un autre juge avec la main

avait convoqués au turbin.

« Je n’ai jamais fait le contraire

de ce que l’homme sait se faire ! »

pensa Virgile en traversant

le contreplaqué pourrissant.

« Tu peux crier, fou onaniste,

pour le plaisir unijambiste

ou pour mes guibolles de bois,

je ne saurais jamais pourquoi ! »

Dehors le soleil astronaute

fait des reflets sur les menottes.

Et voilà Virgile dehors,

pas libre mais fier de l’effort.

Il va si vite dans la rue

que même l’appel des morues

ne parvient pas à ses tympans

qu’il a sans crasse en ce moment.

Comme il file vers l’aventure

sans compagnie et sans biture,

et que le juge est interdit

(pas vraiment mais c’est ce qu’on dit)

les doigts refermant la braguette

(geste ordinaire après la fête)

laissons-le courir tout son saoul,

la tête en feu, jambes au cou,

laissons-le porter la nouvelle

à nos lointaines citadelles

et revenons à nos moutons,

sur les faits patents insistons

car il y a peut-être mort d’homme.

« Je ne comprends pas votre idiome, »

dit le juge au greffier venu

pour signifier par le menu

qu’il a la braguette entachée

comme une clause mal léchée.

« C’est ce voyou qui a craché

sur mon habit pour me tâcher.

Il n’ira pas loin ce poète

car nous avons toutes les bêtes

dans notre camp depuis toujours.

La délation c’est de l’amour

pour la patrie et la justice.

La poésie comme jocrisse

préfère toujours le foyer

et le poète est mal payé

s’il chante hors de la demeure

où sa langue à battre le beurre

est condamnée sans rémission

à de ménagères missions.

Veuillez frotter cette surface,

afin d’éliminer les traces

et retourner à vos travaux

qui valent bien ce que je vaux. »

Ici l’amateur de poèmes

mesure à quel point le problème

a consisté à éviter

un récit pour le moins salé

qui eût, pourquoi ne pas le dire,

changé la nature en empire.

Aussi par le moyen osé

d’une évasion style ciné

on a évité les séquences

d’une intrigue sans conséquence.

N’exagérons pas toutefois

la sublimité des poussahs

qui font le succès des cinoches.

Pour le juge c’est dans la poche.

L’instruction va suivre son cours.

On trouvera bien au détour

et même avec un peu d’astuce,

un autre poète qui suce

comme d’autres écrivent mal.

Le juge aime écouter l’anal

sans le pratiquer sur les femmes.

Ce qui ravit surtout son âme,

c’est le récit sans la photo.

Il est transporté par les mots

qui traduisent bien les pratiques

sans en changer l’herméneutique.

Il en a tellement soupé

des petits morts, des coups loupés,

du sang piétiné des parterres,

des gendarmes qui font la paire,

du témoin qui a retrouvé

sa langue dans un escalier,

du revenant qui fait l’affaire,

et du voisin qui sait se taire,

de tous ces personnages creux,

de ces notables soupçonneux

qu’on vide parce qu’ils sont vides

et que le rien c’est du solide.

Alors mesdames et messieurs,

pour une fois qu’un homme heureux,

heureux en justice et en sexe,

redonne du sens aux annexes

de la morale et du bon goût,

jouissons avec lui un bon coup.

Rien n’est court comme l’existence

et rien n’est moins sûr que la chance.

Selon notre maître Chrétien

le protagoniste peut bien

se passer de son patronyme

si coucher dehors ne l’anime

au point de prendre le dessus

comme en sa charrette on l’a vu.

Aussi qu’on juge ou se déjuge,

l’affaire en sac fit un grabuge

dans les médias et au bistrot,

et même à la pêche au gogo,

car un flic faisait la vedette,

avec un nom gros comme on pète.

Et pourtant ce n’était pas lui

qui en savait trop, c’était lui,

ce petit magistrat en forme

de mandarin qui se déforme

dans la mode qui fait le vent.

On le prend derrière et devant

et la photo sort en première

avec un très beau commentaire

qui vante un passé en béton

et un présent bien dans le ton.

Je suis fier d’être journaliste

et j’aime les protagonistes.

« Monsieur le juge on veut savoir,

si jamais c’est qu’on veut vous voir,

et vous savez que dans la presse

on a un penchant pour la fesse,

à quelle enseigne il faut frapper

sans trop risquer de se tromper,

car selon ce qu’on sait de source

sûre et vérifiée deux fois l’ourse

qui crèche la porte à côté

de celle où vous la poursuivez

de vos intentions cutanées

n’est pas faite pour être aimée.

Son patronyme peut rester

un insoupçonnable décret.

Le vôtre serait bien utile

surtout depuis que le Virgile,

par la magie du franc-parler,

à votre sort s’est associé.

Allez hop ! On fait bonne mine

et sans rougir on le décline.

— Je dois dire sans intention,

dit le juge pour l’émission,

qu’on n’est pas trop de trois en somme

pour mettre à genou le bonhomme.

Au nom de Roussot le flicard

et de Mulat chef du placard,

vous pouvez ajouter Bébère,

car c’est le nom de mon grand-père.

— Juge Bébère, on l’applaudit

bien fort ! Ce qui est dit est dit ! »

Et voilà comme on dénature

l’épopée de nos créatures.

On allait dans le sens du vrai

et dans le faux on est sevré.

Laissez entrer pisse-copies

dans l’âme de la poésie,

le verbe bas sur les écrans,

trousse-élections, gratte-pan-pans,

et on est plein qu’on se tripote

la patte en l’air et bien manchote.

Il va finir par nous manquer

de la scansion la belle clé

et dans le journal numérique s

e la faire mettre et bernique !

Pourtant on avait prévenu :

les ronds-de-cuir c’est des vendus.

Servir l’État et notre terre,

c’est du barbouze au forfaitaire.

S’il faut choisir entre bordel,

histoire de monter au ciel

et alcazar de la justice

où le poème est un supplice,

amis le choix est vite fait :

on suit Virgile pour l’effet

à produire sur la jeunesse

et Bébère on lui met aux fesses

les clous de la planche à presser.

Mais à l’époque du PC,

chacun est libre de sa chance.

L’aléatoire et la séquence

sont au service du patient.

Virgile ou Bébère à l’encan !

Voir le menu qui se déroule

comme un tapis fait pour la foule,

avec de la simplicité

et surtout rien à calculer.

Le désir est philosophie.

Ça fait mal à la poésie,

et pour finir ça rend amer,

tellement qu’on veut voir la mer

des fois qu’après un beau voyage,

le monde ait changé de visage

et que pour rien on ait beaucoup,

ce qu’on mérite et même tout.

C’est l’armada des fonctionnaires

qui fait passer tous les clystères

et pas question de dire non

alors que selon l’élection

on a dit oui dans un ensemble

qui fait que tous on se ressemble.

Ami lecteur, voici venu

le moment crucial du menu :

Virgile a franchi la limite.

Bébère caresse sa bite.

Depuis Chrétien pas de roman

sans antagonisme navrant.

Mais avec un pc à l’œuvre

on est fin prêt pour la manœuvre !

Alors qui choisit, toi ou moi ?

Je sais que le client est roi

mais s’il est souverain qui suis-je ?

Finissons avant que je pige

les corollaires du discours.

On ne voit pas ça tous les jours,

sur la scène la parabase

et sur la chaise un bout de phrase

qui veut tout dire avec un mot.

Les temps changent mais pas en beau,

en bien dirait le moraliste.

C’est le copain du vers-libriste.

Le rapsode l’a dans le dos

et pour le théâtre rideau !

Ça fait des chansons à la mode

qu’avec du fil on raccommode

pour que ça ait l’air d’un tricot

fait à la main avec des os.

Mais si tu vas au cimetière,

le dimanche après la galère,

il faut la coller au plus près

sur les ex-voto des crevés

ton irascible portugaise

pour ne pas ouïr leurs foutaises

et la gamme qui va avec.

Heureusement on a bon bec

et pour Paris on assassine

à la fourchette qui bouquine

des choses rimées dans le sud.

Pour les dents on a le scorbut.

Alors on ménage sa langue,

des fois c’est mou, des fois exsangue,

ça dépend comme on est levé.

Ah ! Mais vous avez deviné !

Celui qui parle, c’est Virgile !

Un mec sympa mais pas tranquille

qui écrit dessus du papier

comme à l’école l’écolier.

C’est la loi du menu nature

qui construit la littérature :

vous avez cliqué Virgilio

à droite et en haut du folio

qui sert d’écran aux épisodes.

Résultat de cette méthode :

on s’est remis à voyager,

et dans le pasquin ouvrager.

On dit qu’il a cassé la porte

et qu’il est parti sans escorte.

Tout le monde peut se tromper,

mais cette fois c’est pour de vrai.

Il n’a pas attendu qu’on pèse

le pour qui n’est qu’une hypothèse

et le contre qui fait la loi.

Car aujourd’hui comme autrefois

le credo de la contredanse

peut toujours fausser la balance.

Pour le juge on ne sait jamais

s’il veut sentir bon ou mauvais.

Les processus de la carrière

sentent quelquefois le derrière,

même souvent si l’on en croit,

et mieux vaut croire qu’avoir foi,

celui que le nez de Virgile,

qui est son meilleur ustensile

en matière de jugement,

a senti reculer le temps

de mieux sauter dans l’arbitraire.

Quand le sujet est un derrière

et que le verbe est magistrat

la poésie et cetera

mieux vaut la porter en visière,

les yeux au ras en visionnaire,

(la poésie depuis Rimbaud

ne fait rien si ce n’est pas beau)

et ne pas lâcher la casquette.

Comme il l’a toujours sur la tête,

et qu’il a pris en marche un train,

on ne sait pas ce que demain

réserve au manuscrit en route.

Point de quartier ! En avant toute !

S’il y a un fou dans cette nef,

les lois de la SNCF

seront violées comme gamines

en âge de goûter la pine !

Le poète porte sur lui,

comme s’il cherche des ennuis,

alors qu’il erre sans viatique,

un caoutchouc très élastique

qui sent la lessive à maman

moins le mousseux épanchement.

« Ça fait longtemps que la romance

ne m’inspire là où je pense.

Dans les WC on est au mieux

quand il s’agit de faire un vœu.

Mais dans les endroits qu’on occupe

on n’est jamais seul pour la dupe.

Je vais plutôt me rincer l’œil

puisque je suis dans un fauteuil

et même près de la fenêtre.

La discrétion et le bien-être

font bon ménage quand on veut. »

Féal il avise sur ce

un bonnet qui coiffe une tête.

Sous le bonnet, fière et coquette,

elle fait pour tromper l’ennui

la même chose qu’il fait lui.

Tournant adroitement les pages,

elle est plongée dans un ouvrage.

Lui ne tourne pas très longtemps.

Il est vrai qu’il a l’air savant.

« Je n’ai jamais tué personne,

mais quand j’y pense je raisonne.

Ce n’est peut-être pas l’endroit

le mieux choisi pour faire ça.

Il faudrait que je m’imagine

que je parle à une voisine

de la pluie, même du beau temps.

On se connaît de très longtemps.

D’ailleurs vous lisez mes poèmes.

Je les écris à la troisième.

Mes héros sont mes héroïnes. J

e suis le moteur de l’usine

mais la poésie personnelle

n’affecte pas mes ritournelles.

De moi je ne parle jamais.

Sur l’inconscient je tire un trait.

Bien sûr les sentiments diffusent

tous les parfums dont je m’amuse.

S’il faut pleurer, je sais pleurer.

Mais pour l’aveu, je suis discret,

à moins que la sainte nitouche

qui me dit oui jamais n’y touche.

Je sais, tout ça, c’est compliqué.

C’est même trop soliloqué.

Mais qu’y puis-je si je vous aime ?

Après tout vous êtes la même,

ni plus ni moins, au détail près,

et vous êtes dans le secret. »

Coup de sifflet, voilà Virgile

qui ne se sent plus très tranquille

en entrant dans le noir tunnel

qui fait disparaître le ciel.

« En voilà de dures secondes.

Je n’ai pas l’humeur vagabonde.

Je n’entends même pas les doigts

frotter le dos de mon patois.

Moi quand dans le noir on me plonge

je m’accroche à ces vieux mensonges.

Je les fais miens en attendant

que le tunnel prenne le temps

d’épuiser la mélancolie,

source de toutes les folies,

et en folie je m’y connais,

on dit même que j’y suis né. »

Cette fois le regard oblique

du poète qui se complique

en puissance d’un assassin

trouve réponse à ses refrains.

La belle liseuse referme

le volume qu’elle tient ferme

et que ses doigts aux ongles durs

n’ont cessé par frottement sûr

de caresser dans quelle quête ?

« Ma belle adepte si vous êtes

aussi saignante que je crois,

il faut que je reste sans voix.

Ce n’est pas que je surestime

vos capacités de victime,

mais l’hétéronyme est mon nom.

Je signe dans la vocation.

En poésie il est d’usage

de remettre à plus tard l’ouvrage,

et ce qu’il suppose de vrai,

d’exigence et de probité,

quand l’occasion qui se présente

est aussi rare qu’elle enchante.

Vous voudrez bien mourir de mort

facile sans un mot d’accord.

Je viole mais dans la minute

qui suit le terme de la lutte.

Vous serez l’ange de la nuit

et je réveillerai l’ennui.

Pauvre de moi, pauvre Virgile,

ma fausse apparence virile

dans la complication des plis

s’est perdue dans l’inaccompli.

L’esclave chargé du prétexte

n’a rien compris à l’hypertexte.

Et l’adolescent que je fus

a donné cet homme confus,

pauvre métier, triste retraite,

mais l’existence est ainsi faite

qu’en cas de poème mort-né

on ne retrouve la clarté

que dans la scansion exemplaire.

Je sais, tout ça, ça reste à faire. »

Il y pensait quand sur le quai

elle est apparue en beauté,

distante comme un rêve étrange,

étrange car rien ne change.

Il la suivit, mais du regard,

regrettant que pour le rencart

il n’eût pas éprouvé sa science.

Coup de sifflet, quand on y pense

la poésie ça ne vaut rien.

S’il faut jouer à l’assassin,

le silence est la loi du genre.

Et voilà que parmi les gens,

ces gens qui ne servent à rien,

oiseux capital des scrutins,

celle qui eut de l’importance

perd les couleurs de sa présence.

Le train parfait ce beau tableau,

corrige le moindre défaut

des fuites de la perspective

et des frontières intuitives

en éloignant le meurtrier

des lieux où il a versifié.

« Si je ne suis pas le Virgile

de l’inconnue qui tombe pile,

qui suis-je quand je ne suis plus ? »

Mais à peine s’est-il complu

dans les limbes de sa réponse,

qu’une voix beaucoup moins absconse

exige un titre validé

qui porte le nom de billet,

chose à son cœur si peu fidèle

qu’il n’a pas songé aux séquelles,

vieux mot français qu’il a choisi,

tandis que de lui se saisit

un enragé de l’expertise,

pour sa valeur de mot-valise.

« Fuir, là-bas fuir, que me sert-il

d’avoir étudié le babil

que le rossignol me jalouse

si c’est pour finir la partouze

entre les bras d’un gros poulet

qui ne craint pas que le minet

d’un coup de griffe poétique

remette en question politique

et décret que la tradition

soutient à l’aide du piston

et de l’honneur des préférences ?

Tout ça était couru d’avance.

Fuir sur ses pieds ça rend feignant

et donc on devient imprudent.

Si j’avais écouté ma profe

je serais toujours philosophe,

armé jusqu’aux dents pour l’exploit

et en tous points conforme aux lois.

Au lieu de ça je me débine,

je fais l’impasse sur l’usine,

et en croyant aller là-bas

je me retrouve encore là

où mon papa coulait du bronze

pour donner à manger aux bonzes

qui jouent avec le capital

pendant qu’on essaie au plus mal

d’épargner trois sous en partage.

La poésie des héritages

n’a pas fini de nous donner

à penser qu’on l’a dans le nez. »

Virgile disait ça menottes

vissées au radiateur des chiottes

car il s’était laissé avoir

par la psychose des trous noirs.

La porte ouverte et sans musique,

il laissait faire la colique,

tortillant le rouleau sali

par d’autres amours qui ont fui

et qui sont revenus là même

où se soupçonner si on s’aime,

si on a retrouvé le la

perdu dans la paranoïa, o

u si on est comme les autres

pas faits pour se dorer l’apôtre.

La prophétie est un enfant

et la nation se voit dedans.

« Quand t’auras fini ta harangue,

dit le flic dans sa belle langue

qu’il tire sans de vrais efforts, o

n pourra changer de décor e

t passer aux choses sérieuses.

Ta merde n’est pas si précieuse

qu’on prenne le temps d’apprécier

ton art plus ou moins bien torché.

— Ah ! Maintenant on fait critique !

On sait tout même la musique !

Si j’avais su j’aurais perdu

mon temps avec des parvenus

qui pigent dans le fonctionnaire

pendant que d’autres font la guerre.

Pour diviser la société

collaborons dans la fierté.

On est conçu dans la médaille.

Papa voulait que je travaille

(lui qui crevait dans un fourneau

et pour pas cher vendait sa peau)

dans un bureau pas à l’usine,

à la surface de la mine

où le soleil est un loisir

et le football un vrai plaisir.

Mais je n’étais pas fait en plâtre.

J’avais du goût pour le théâtre

pas pour le moule entre les mains

des industriels du larbin.

Et je suis devenu poète.

C’est le destin quand on s’arrête

net à la croisée des chemins.

— Non mais qui c’est ce malandrin

qui ne sait pas qu’un fonctionnaire

a du talent quand il faut faire

aussi bien que dans les bouquins !

C’est bon pour le français moyen.

C’est donc conforme aux bons principes

de la société qui nous nippe

comme jamais on s’est fringué.

Si j’avais su j’aurais flingué

ta mère avant que tu paraisses.

Pauvre de moi si je m’abaisse,

mais quand je vois que les WC

par des fuyards sont occupés

alors qu’on a aussi ses rêves,

de la mesure dans la grève,

pour la science de l’intérêt

et pour les vacances l’été

des idées dedans la cervelle

et pas au cul des ritournelles,

alors je prends mon révolver,

je sors tout nu même en hiver

et en visant bien dans l’oreille

je dis merde au hasard merveille

et je reviens pour le café

ah ! Comme si de rien n’était !

La république est monarchiste.

On tuera les surréalistes.

Sors de ce trou où je t’y mets !

Fais gaffe je l’ai déjà fait ! »

Et Virgile sous la menace

d’un doigt qui musclé lui fait face

abandonne le torche-cul

où les mots étaient parvenus

à lui redonner du courage.

Ici on voit que l’avantage

de la poésie qui s’écrit

sans les ressources du crédit

que le gouvernement accorde

aux domestiques qui le bordent

avant que d’aller se coucher,

est une poésie à chier.

Il était sur le point d’en prendre

une sans pouvoir de la rendre

quand le juge Bébère entrant

lui fit d’emblée un compliment :

« Permettez que j’appelle frère

un si adorable derrière !

Gégène veuillez profiter

que le pantalon est baissé

pour appliquer vos électrodes

à ce songe-creux à la mode

depuis qu’en parlent les journaux.

On connaît le coup du stylo,

surtout dans la magistrature,

qui n’est pas une sinécure

quand le dialogue est mis à mal

par un événement total.

Il m’est arrivé dans l’histoire

qu’on se foute un peu de ma poire,

mais à ce point c’est un excès.

Revenons calmes sur les faits.

Le serein fait ployer les cannes

mieux que la froide tramontane.

Notre procédure interdit

la cruauté pas les lazzis.

Remontez-moi ce falzar crade

et mettez fin aux jérémiades

car le langage des procès

est sans douleur comme on le sait. »

Rassuré par cette préface

Virgile fait une grimace :

« Je n’ai fui que devant la peur

sans intention de batailleur.

Souvent quand je me casse en trombe

sur l’amour il faut que je tombe.

Mais cette fois je suis tombé

avant même de me casser.

La chance est un bien difficile

surtout quand on a nom Virgile.

Avouez monsieur qui jugez,

qui de l’indépendance avez,

que le hasard fait mal les choses

quand la poésie est en cause.

— Sans doute il faut croire au hasard,

répond le juge en cambrousard,

mais quand c’est l’homme qu’on recherche

la justice nous tend la perche.

On peut reprendre l’entretien

où on l’a laissé sans moyen.

Pour la facture elle est en route.

Ne comptez pas qu’on me déboute.

Le contribuable a bon dos

quand celui qui fait les cadeaux

fait aussi des vers pour la gloire.

Un bon juge connaît l’histoire.

Je ne vais pas chercher des poux

et mettre sens dessus dessous

votre tignasse qui s’embrouille.

Une cathode dans les couilles

et l’anode sur un téton,

il n’en faut pas plus à tonton

pour en savoir plus que madame.

Si je passe pour un infâme

ça restera entre nous deux.

La vérité fait des heureux

chaque fois que l’enfant en pleure.

Après l’heure ce n’est pas l’heure.

Cinquante volts alternatifs

ça se calcule et pas au pif ! »

Ayant apprécié le martyre

pour le meilleur et pour le pire,

Virgile aux muses renonça

et à la prose s’adonna.

Il en fit toute une tartine

un peu comme on se baratine

au paroxysme du baiser.

C’était de la vraie prose mais

il y manquait un peu d’angoisse,

car sans le secours du Parnasse

le poète ferme les yeux

et on fait de lui ce qu’on veut.

« Verju était vivant encore,

concluait-il dans l’inodore,

quand vous m’êtes tombés dessus.

— Ah ! On ne serait pas venu

si une de ces lourdes tuiles

n’avait fracassé de l’édile

le crâne en sortant du boxon.

Trouvez-vous que c’est des façons

pour un hacker de la métrique

de jouer le scoptophilique

à un âge où l’agent d’état

ne fait plus grève sur le tas ?

— Ah ! C’est la faute à pas de chance !

J’en veux à ma triste ascendance !

Il a fallu que cet élu

sorte au moment que j’ai perdu

à retrouver mon équilibre

à cause d’un court-jus au chibre !

Du coup je n’ai rien vu tout.

Comme témoin je vaux des clous.

— Mais je ne dis pas le contraire !

Des témoins qui me désespèrent

j’en ai connu et des meilleurs !

Et même beaucoup de voyeurs.

Finalement, mon bon Virgile,

pour la prose dédiée aux tuiles

vous ne valez pas un penny.

Ah ! Mais rien du tout ! Que nenni !

On va vous remettre en cabane,

avec un seau rempli d’avoine

et une corde au cou en cas.

Pour le plaisir on n’en a pas.

Si vous voulez de quoi écrire

vous vous adressez à mes sbires.

Selon comment ils sont lunés

ils vous font des faveurs sans nez

ou alors ils ont des excuses

parce que pour la science infuse

il faut chercher dans le privé.

Mais on est fier et bien payé.

Allez ouste ! Suivez gégène !

Débarrassez ! Quittez la scène !

Parler en vers ça sert à rien.

En justice on n’est pas devin.

La conviction est une aubaine.

Pourquoi se donner de la peine

si d’avance est fait le travail ?

Regardez-moi cet attirail !

C’est fait pour gagner pas pour perdre !

Et tant pis si c’est dans la merdre

qu’on met les marques du respect.

L’art est une question d’aspect.

Vite mon chapeau et ma toge !

La presse affûte mon éloge ! »

Et revoilà Virgile au trou.

De profil il a l’air d’un fou,

mais de face il est empirique.

Spécialiste de la métrique,

au fait du moindre avancement,

plagiaire le cas échéant,

il écrit sur du papier chiotte,

trempe le doigt dans la parlotte,

trace une rime et trouve l’air

qui contient prose comme vers.

Au bout d’une heure il se confesse,

il trahit même sa maîtresse.

Et relisant l’ode en entier,

strophe après strophe se fait chier,

redonne à la blanche cuvette

tout ce qu’on voudrait qu’il y mette.

« C’est pratique au fond les WC,

bien plus concrets que le PC.

Que ferait-on sans numérique,

mais sans la chasse d’eau publique ? »

se dit le juge en observant

ce que reproduit son écran.

Content il allume un cigare.

Content de quoi ? De la bagarre.

De quoi voulez-vous qu’il soit fier ?

Qui gagne un œuf jamais ne perd.

« La vérité c’est un coupable.

On la doit au contribuable.

La poésie n’a pas de prix.

Ça, tout le monde l’a compris.

Aussi en cas de voyeurisme

ce qui prime c’est le civisme.

Je raisonne en bon citoyen.

Pas de culot sans les moyens

d’une justice en bonne prose.

La prose est une bonne chose.

Je veux bien me laisser aller

de temps en temps à versifier,

mais rien ne se fait sans coupable

et sans nos bons contribuables.

De ce trio je suis le haut,

le sommet disent les fayots.

Il est vrai qu’en géométrie,

je n’ai pas vraiment du génie.

La figure qui tombe à pic

n’a pas pour moi cet air laïc

qui a valeur de république

où je suis né pour qu’on m’applique

en toute rigueur pas en vers.

Vive la prose sans revers !

Pas de fiasco dans la défaite.

On a du goût pour la retraite.

La fortune a de bons côtés

mais sans les côtés du carré. »

Content du discours il se lève,

il sent monter en lui la sève,

de lui on parle déjà bien

dans les journaux de ce matin.

Mais au fond le soleil se couche.

Il va dormir comme une souche

avec l’ami qui fait greffier

et qui ne s’est pas fait couper.

Mais comme il va par les ruelles

de cette rude citadelle,

l’envie lui prend de boire un coup

avec ceux qui n’ont pas le sou.

En descendant ses yeux se vissent,

rue du palais de la justice,

dans les niches de ces vieux murs

où crève à petit feu l’obscur

côté de l’humaine existence.

« Voyons si j’ai un peu de chance.

Les mecs taillés comme des durs

ne courent pas les rues, c’est sûr.

Mais si j’en crois mon expérience,

ce qu’il faut appeler la science

des choses conçues dans le vrai,

j’en connais un qui pour sevrer

les pires désirs de l’humaine

destinée et même la peine

qu’on se donne pour le plaisir,

possède l’homme sans l’aigrir

et lui laisse dans la mémoire

quelques détails dont je veux croire

qu’ils alimentent pour longtemps

ce qu’on peut espérer du vent.

Je le trouverai dans la niche

où il habite avec un riche

exemple de la pauvreté

qui fait la leçon aux gauchers.

Bonjour, monsieur, je cherche Antraxe,

car il faut que je me relaxe

avant de rentrer chez Gaston

qui m’attend pour d’autres raisons,

car je suis aussi la bourgeoise

et dans l’ego je me pavoise.

Votre chien n’a pas l’air content.

On dit qu’il aboie tout le temps.

Ah ! Ne dites pas le contraire !

Des plaintes j’en ai au parterre,

ah ! Mais des raisons d’avoir mal

et d’alimenter le pénal,

avec morsure et de quoi faire,

sans se fouler dans la matière,

un procès à vos conditions

d’existence et de relations.

Non, ce n’est pas une menace,

mais la mauvaise foi me lasse

et j’en perds la sérénité.

Ce butor veuillez écarter

afin que dans l’ombre je glisse

pour m’adonner à des délices

qui dans le domaine privé

par la loi sont autorisés.

— Dans ce cas monsieur l’arbitraire

je ne suis pas homme à en faire

des monticules et des tas.

Pour en reluquer c’est par là,

car si ma mémoire est en panne

pour les choses de la banane,

nonobstant je me souviens bien

d’avoir ablati ce pelvien

par un bien placé coup de pompe,

mais dites-moi si je me trompe,

qui en enleva l’intérêt

sans toutefois le supprimer

puisqu’à vos yeux l’art se regarde

pourvu qu’inflexible on le darde.

— Dédé ! Veux-tu lâcher le bout

de ce client et ton toutou

lui conseiller la muselière

avant de moi avoir affaire ! »

Celui qui ainsi présentait,

Antraxe on dit qu’il s’appelait.

Dédé fit un trou dans la patte

de Cristobal qui avait hâte

d’en finir avec ces laïus

et expliqua que mordicus

ce chien ne comprenait rien d’autre.

« Tais-toi ! Monsieur est un apôtre

du plaisir sans le génital.

De l’autre il nourrit son anal.

Et si jamais la voix lui manque

il a aussi un compte en banque.

Et d’abord c’est pas avec toi

que ces artisans font la loi.

Avec moi non plus mais je vote

même si c’est pour des gnognotes.

Je vote avec les ronds-de-cuir.

Ah ! Imagine le plaisir !

Les chiens ça mord pour pas grand-chose,

alors que nous on a des causes,

des traditions du bulletin,

de journalistiques potins,

des réseaux en fil électrique,

des relations atmosphériques.

Jamais dans le règne animal

on a vécu si bien, si mal !

Cristobal mon toutou d’Écosse,

avec tes poils tu te défausses.

Mais quand on joue il faut jouer

et pas se mettre à aboyer

parce qu’on est conçu pour faire

ce qu’on peut avec ses manières.

Monsieur le juge est un expert

de la chose jugée qui sert

les intérêts de l’âge adulte.

De la justice il a le culte

et des idées plein de bouquins

qui dans le fond vieillissent bien.

Les enfants sont des chiens de race.

On a beau faire il faut qu’on fasse.

La femme est faite pour baiser,

pour en souffrir et enfanter.

Mais il faudra m’expliquer comme

un chien qu’on met dessus un homme

peut participer au plaisir

sans dénaturer l’avenir !

A soumettre à mon avocate

avant qu’elle se carapate !

— Le problème avec le Dédé,

dit Antraxe qui veut bander

mais qui subit les influences

de ce discours sur l’existence,

c’est qu’en art il veut savoir tout

et qu’il est doué du bagout

et même de la rime chère

aux partisans du savoir-faire.

Le mieux est de quitter les lieux

et de s’aimer vraiment à deux.

Sinon la partie est remise

comme Aliocha avec la Lise.

Je connais l’endroit idéal.

Pour la discrétion c’est au poil.

Les voyeurs sont à la fenêtre.

C’est chouette pour se faire mettre

et stimulant pour l’enculeur

qui ne crache pas sur les mœurs

si c’est ce qu’il faut pour le faire.

En plus ça coûte une misère.

Pourquoi se priver d’un bon coup,

et laisser ce fou gâcher tout ?

— J’étais dur avant qu’on me coupe.

Il était rare que je loupe.

Je ne sais plus comment ça vient.

Je sais qu’il en faut les moyens.

Mais je n’aime pas la souffrance

des clébards qui se font violence

pour exister devant la loi.

Remettons à une autre fois. »

Là-dessus le juge Bébère,

qui de l’amour plus rien n’espère,

lâche l’oiseau qui reste mou

et se remet à pas de loup

sur le chemin de ses pénates.

« Pas moyen de mettre la patte

et la main d’un commun accord.

Ah ! J’en ai assez d’avoir tort

parce que j’ai perdu la trace.

Chaque fois que je suis en chasse

un chien rencontre un autre chien

et me fait perdre mon latin.

Je suis par malheur cénobite

et Gaston l’a toute petite.

Mais anachorète pourtant

je ne saurais être content.

Après tout pourquoi pas, en piste !

Je suis fin exhibitionniste.

Dans ma jeunesse j’ai donné

le spectacle de mon passé,

(si cette hyperbole est permise

au poète que je défrise)

à des garçons en pantalons

et des fillettes sans jupons

qui avaient à peu près mon âge

et des problèmes d’entourage.

De ce pas allons nous livrer

aux voyeurs qui te font bander

et qui comme moi en principe

sont majeurs pour le casse-pipes. »

Et voici notre magistrat

et Antraxe pressant le pas

en route pour de doux partages

en un lieu que notre village

n’a pas pris soin de baptiser

car les enfants pour écouter

ont des oreilles entraînées

aux secrets des contes de fées.

Au bordel Lulu valdinguait,

chantant la valse des billets.

La poésie, ô chères muses,

est une prose qui s’amuse.

Mais le roman, dit en passant,

se nourrit de ses accidents.

La bonne Lulu en chemise

comme toujours rafle la mise.

Elle accueille un hôte masqué,

sachant sans doute qui il est.

Et pour jaser elle en profite,

raille la loi contre le rite

du voile qui est interdit

dans les lieux où sans contredit

les gens vont en habits de ville

et en tout se tiennent tranquilles.

« Mais ici, mon cher commensal,

le loup moque le droit pénal.

On est chez nous entre acolytes.

La sainte table se délite.

On voit à travers les vitraux.

Que des amis, point de rivaux.

Voici le meilleur de nous-mêmes.

Prenez un doigt de ce doux chrême.

Pas de pénétration sans lui.

Le coup suivant n’est pas gratuit. »

Est-il bien sage de ces rites

donner la teneur et la suite ?

Est-il utile d’exercer

sur ces pratiques les effets

de notre impatiente musique ?

En plein excès de sa supplique

le juge Bébère empoigna

l’espagnolette qui grinça

et fit reculer les esthètes

qui sur la toiture un peu bêtes

en compagnie de chats errants

pensaient déjà au coup suivant.

Que seulement il soit utile

de regretter que le Virgile,

que nous avons laissé au trou

et qui pense en devenir fou,

ne soit pas là pour reconnaître

sur la fesse droite du maître,

détail qui amuse parfois

si l’on se trouve au bon endroit,

le stigmate de la famille

qui renaît de fil en aiguille

et souvent a servi de preuve

au paroxysme de l’épreuve.

Ce n’est pas là un accident

que poésie naïvement

jette dans le feu de l’oubli

d’où la mémoire rejaillit.

Ce n’est pas non plus l’occurrence

qui altère les circonstances

au point de rendre à l’opéra

le naturel que la prima

perd sans solution sous le masque

d’une conversation fantasque.

Ceci est une trahison.

Ni poésie, ni feuilleton.

Attendu extrait de la page

arrachée à l’aréopage.

Il faut en trouver la raison

à la fenêtre où des grisons

font le spectacle du spectacle,

ânonnant malgré les obstacles

de la tuile et des chiens-assis.

L’un a pour nom Coquepassy.

Ah ! On peut dire qu’il arrive

à point nommé et qu’il salive

plus que les autres sans mentir.

Il sait calculer le plaisir.

Chacun a répandu sa laite

sauf trois ou quatre qui halètent

et l’un d’eux est Coquepassy

qui veut remporter le pari.

Et c’est à qui, foi d’onaniste,

arrivera dernier en liste.

Coquepassy connaît des trucs,

de l’infaillible et pas caduc.

En plus il est le plus rapide.

Ça fait des ombres sur son bide.

Deux s’extasient pendant ce temps.

Il en reste un, mais il est blanc.

Coquepassy cache sa joie.

Il n’est pas chien, mais il aboie.

« Ça me montait depuis les pieds,

confesse-t-il à son curé

deux ou trois jours avant dimanche.

— D’ici la messe et vu le manche,

dit le curé dans le missel,

fais attention au carrousel.

Les petits chevaux ça galope.

Dans le cerveau ça fait des tropes.

Revient samedi en marchant

sur tes œufs et sans prendre élan !

— Promis ! Juré ! Je serai sage.

J’en prends à témoin le village.

Bébère m’a trop questionné

et depuis, disons-le, je sais.

Quand j’ai vu qu’il avait sur l’aile

le signe de ma curatelle,

chose que l’ayant droit au cul

pas pu ne pas voir de visu,

ah ! J’en ai perdu la rythmique !

Je me suis vu dans l’anthropique.

J’allais accuser ce coup tors

des maux qu’il causait à ses torts

quand ma houssine a fait des siennes.

Je me dis que c’est pas la mienne,

mais elle refroidit soudain

et qu’est-ce que j’ai dans la main ?

Bien sûr on rit dans l’entourage

et le gagnant me donne un gage :

« Puisque c’est ça un empereur

je veux qu’il joue comme ma sœur

et sans crier que je la viole. »

J’allais gagner quand ce mariole

m’a révélé sans doute aucun

qui il était si j’en suis un !

Et j’ai filé comme une Anglaise

avant que ce fraudeur me baise.

J’ai tout dit, monsieur le curé.

Veuillez en tout me pardonner

et surtout pardonner la farce

que je vais faire à cette garce

de juge dès demain matin.

— Ah ! Mais je ne pardonne rien !

répond le curé qui y pense.

L’affaire a bien trop d’importance !

Dieu veut bien absoudre les cons

mais il y met des conditions.

— Quand j’agis mal, je me confesse !

Ce que j’ai vu sur cette fesse

c’est signé et je sais de qui.

— Je sais de qui c’est moi aussi !

Je suis né un jour de tempête,

mais quand je fais parler la bête

je le fais seul et aux WC.

Ni vu ni connu, on le sait,

la vie privée est un mystère. »

Ayant prévu que la poussière

fait plus mal que la poudre aux yeux,

le curé ni une ni deux

renvoie son ouaille à domicile.

« Si tu parles je te refile,

sans mettre en péril mes loisirs

et même en y prenant plaisir,

une maladie sans la fille

avec des grosseurs plein les quilles. »

Et il se met à réfléchir :

« L’existence est un vrai loisir.

Quand on sait la moitié des choses,

l’autre moitié en est la cause.

Coquepassy connaît le sceau

qui orne le cul du prévôt.

Voilà une moitié facile.

Et l’autre moitié tombe pile.

Mais le tout n’est pas un roman.

Un juge pris la main dedans

le pot aux roses d’une passe

ne fera pas que le Parnasse

ni la Presse plus de deux jours

n’attirent grand monde alentour.

En art comme en philosophie,

c’est la loi même de la vie,

un tout n’est rien sans coup de pot.

Savoir c’est bien et même beau,

mais la morale et l’esthétique,

ça décore le dramatique

et quand le rideau est tombé

tout le monde va se coucher.

Je n’appelle pas ça théâtre.

Dans un combat il faut se battre.

Or entre les coups au plancher

et le moment de se coucher,

entre la première réplique

et la pénultième mimique,

la bataille n’a pas eu lieu.

Comme théorie on fait mieux.

Et justement cela arrive.

Pressons ! Il faut que je l’écrive

avant que tout nous soit permis !

Vite un clavier, un azerty,

l’inspiration a des limites

et on connaît trop bien la suite. »

Et notre curé d’expliquer

que le signe sur le fessier

n’est pas la marque de Bébère,

pas l’exclusif de son derrière.

« Ce détail de propriété

le jugement peut altérer.

Ce signe est signe de famille.

Et ma mère qui était fille

(le dira-t-on jamais assez

pour Satan de moi expulser ?)

non point de ce sang mais d’un autre

eut l’avantage, et c’est le nôtre,

d’avoir donné le sein à qui ?

A qui ce lait qui m’a nourri ?

Mais à Virgile le poète,

troubadour que Bébère embête

pour lui tirer les vers du nez

à propos d’un mort pas prouvé

alors que leurs semblables fesses

en tous critères apparaissent

comme le cul d’un même nom.

Je possédais un demi-ton

et par la magie du bécarre

je retrouve le tintamarre

d’un roman autrement salé

que par les us asexués

d’un magistrat qui fait la belle

sans foi ni verge ni mamelles. »

On reconnaît l’art du roman

au signe qui change le temps

en savante chronologie,

altruiste cosmogonie.

La question de l’emplacement

sur l’épaule ou le fondement,

au hasard de l’imaginaire

ou par souci de commentaire,

n’était point ce que le curé,

courant quasiment sans arrêt

pour arriver avant l’office,

se répétait avec délices,

à voix haute et sans se soucier

de ce qu’on pouvait l’écouter.

Sous les orangers de l’allée,

qui fruits ne portent ni couvée,

son discours eût paru disert

au paroissien, mais pas très clair,

voire enfanté sans queue ni tête.

Que dire de l’analphabète

auquel il s’adressa enfin

pour lui demander de sa main

le coup qui était l’apogée

de la suite de ses idées.

« J’ai besoin de ton beau vélo, »

lui dit-il en répétant « Beau »

car l’animal qui lui fait face

en a un avec double place,

peint à la main et au minium

avec un penchant pour l’omnium,

pas beau du tout mais efficace.

En plus Popo a de la grâce,

un mollet à double ressort

et ne recule dans l’effort

que pour mieux franchir les limites.

Il promet d’aller aussi vite

que c’est permis par les panneaux.

« Je savais faire du vélo,

dit le curé levant la jambe.

Mais en ce temps j’étais ingambe.

Avec deux jambes ce n’est plus

la même chose, c’est connu. »

A cette énigme le cycliste

pousse le vélo sur la piste,

tenant le curé par le cou,

et maudissant ses deux genoux

à son tour il se met en selle.

« Pour revenir aux tourterelles

qui refusent avec mépris

de construire au moins deux trois nids

dans les orangers sans oranges,

un jour il faudra que ça change.

On attend depuis trop longtemps.

C’est bien beau les neiges d’antan

mais quand on est jeune on est jeune.

Je ne suis pas fait pour le jeûne,

continue Popo pédalant

pessimiste mais plein d’allant.

Le tour de France la faim donne.

Monsieur le curé me pardonne,

mais quand on a un beau vélo

pour se lever il est trop tôt. »

Le curé aime qu’on raisonne

et les bénédictions qu’il donne

ne servent pas à mesurer

mais à ménager les effets.

« Pour les causes sans conséquence

il faudra un jour qu’on y pense. »

Au vent claquaient comme drapeaux

de ses feuilles les oripeaux.

Les imperfections de la roue

communiquaient à ses bajoues

un tremblement qui provoqua

dans le rétroviseur un cas

pas commun de problématique

en rapport avec le physique.

Mais Popo sur le pédalier

de la ressource retrouvait

et remontant de la justice

la rue exempte de supplices,

détail qui modifia le cours

de sa pensée sur le retour,

il sauta de la bicyclette

et se retira les pincettes,

coquetterie peut-être en trop

mais on arrivait au bistrot.

Le curé crut à une chute

et à l’angoisse fut en butte.

Cependant le bras en béton

de Popo tenait le guidon

et le curé d’un coup de latte

put se remettre sur ses pattes.

Il remet sa jambe de bois

dans le bon sens et à l’endroit.

« Tu attendras à cette table,

dit-il se sentant très instable,

et te feras servir un pot.

Surtout, mon fils, ne boit pas trop.

La messe est à dix heures trente.

Si jamais l’ivresse te tente,

discute un bon coup sans faiblir.

Boire ou conduire, il faut choisir. »

Ayant envoyé le message

à l’idiot qui dit qu’être sage

et faire tout pour être beau

en même temps que le vélo,

c’est possible mais difficile,

il s’en va pas aussi tranquille

qu’il aurait voulu en partant,

mais le temps pressait au cadran.

« Quand on choisit on est à l’aise,

sinon on soigne le malaise, »

se dit-il en prenant tout droit

vers le palais qui fait la loi

ou la défait selon l’histoire.

Il toque sur le dos sans gloire

d’un flic qui tient debout tout seul.

« Moi aussi je suis venu seul,

dit-il sans penser qu’il offense.

Comme on est deux et que je pense

et que pour la pensée aussi

vous avez peut-être un souci,

puis-je vous demander sans rire

(mais arrêtez-moi si j’empire)

si le poète qu’on retient,

pour examen de ses moyens,

est le Virgile de l’histoire

ou si c’est moi qui de trop boire

me fait des idées sur le droit,

peut-être même sur la foi,

et m’amène ici sans malice

pour influencer la justice. »

Le poulet entre deux hoquets

dit qu’en soi il n’est pas choqué.

Quand il était petit la poire

avait de la soif la mémoire.

Il n’a pas lu tout ce qu’on veut.

La poésie et lui c’est deux.

« Mais si vous voulez voir le juge,

ajoute-t-il dans un déluge

de bouquets choisis sur le tas,

c’est le greffier qui veut ou pas.

Vous connaissez la procédure.

Regarde-moi faire et assure. »

Et là-dessus il pose un pied

sur la marche de l’escalier

qui dans le bureau du copiste

pousse les vains opportunistes.

Dans le fond du bureau Gaston,

relit sa prose dans le ton,

le crâne dur à la lumière

et dans la bouche une cuillère.

Le flic retire son panard

et disparaît avec un art

qui n’appartient qu’à cette race

de serviteur qui fait la crasse.

« Ah ! Bonjour monsieur le curé ! »

s’écrie Gaston qui s’est levé

et dans le café sans manières

replonge ladite cuillère.

Il essuie l’air avec passion

en se servant d’un vieux chiffon.

« Asseyez-vous ! J’ai à vous dire

des choses qui de mal empirent. »

Les jeux de mots c’est son dada.

Aussitôt le curé s’assoit.

Il faut dire que l’épisode

qui a précédé la période

du beau vélo utilisé

pour se retrouver au palais

n’a pas fait l’objet ici même

d’un exposé par pure flemme.

Ce trou narratif est béant,

mais il figure le néant.

C’est la suprématie moderne

debout sur le classique en berne.

La belle excuse, on ne sait rien

mais ce curé, on le voit bien,

a plus d’un coup joyeux dans l’aile.

Son allégresse est matérielle.

Gaston aime les jeux de mots,

et plus encore les ragots,

mais si l’aumônier il accueille

à bras ouverts comme l’on cueille

dans un chapeau de beaux brugnons,

on veut en savoir la raison.

Et bien si le curé y rogne

Gaston est aussi un ivrogne.

Ce sont là joyeux compagnons,

l’un à l’office en pâmoison

comme il convient au catholique

et l’autre pas moins alcoolique

dans la copie prote claustral.

Tout ça dans un calme royal.

S’il s’agit de lever le verre

le parquet n’est point un parterre

et l’autel ne fait pas hôtel.

Le fait n’est pas accidentel.

Pour se rencontrer il faut croire

à un similaire exutoire.

Entre Camette le curé

et Gaston qui fait le greffier,

entre ce larbin du calice

et ce tire-bouchon d’office

la joie est un anneau nuptial.

Le concept est matrimonial.

Ainsi quand Bébère est aux anges

malgré la blancheur de ses langes,

Gaston ému fait son devoir

et dans l’action il faut le voir !

Nous avons là l’exemple même

de la société du vingtième :

trois amis et deux amitiés.

Le concept fond l’humanité.

Le point commun du trilatère

est un greffier qui fait la paire.

N’est-il pas bon de profiter

de ce que notre liberté

laisse à l’estime du poème

pour raisonner en apodème

des grandes questions de l’esprit ?

« En parlant d’esprit à tout prix,

dit Camette en sifflant un verre,

peux-tu me donner sans te taire

des nouvelles du troubadour

que, je ne sais si par amour

ou par devoir patriotique,

Bébère a placé dans l’optique

d’une condamnation à mort ? »

Quand Gaston se sent le plus fort

on ne retient plus ses rondades :

« Camette mon cher camarade,

toi qui bois cul sec au goulot

(je sais que c’est un vrai boulot)

tu devrais savoir qu’en justice

le secret n’est pas un supplice

mais un outil de l’instruction.

Nous sommes toi et moi des cons,

(prends ça comme œuvre de culture

et point zéro de la censure)

toi parce que tu ne sais pas,

comme on a fait à ton papa,

moi parce que je sais me taire.

Voilà ce qui plaît à Bébère.

Les relations à trois c’est sain

à condition que le quatrain

dans la tonalité explique

les prétentions de la métrique.

Quand on est quatre on s’est trompé. »

Là-dessus Gaston fait le pet

comme si ce qu’il vient de dire

à voix haute pour s’interdire

n’avait pas valeur d’amitié.

Camette fait celui qui sait

et reprenant son air ganache

sur le tapis fait une tache

pas plus grosse qu’un margouillis

d’idées reçues et de vieilli.

« Pendant que d’un œil tu surveilles

pour voir si c’est demain la veille,

je fais semblant de m’activer

sur ce pâté fort bien tombé.

Que sais-tu que tu peux me dire

sans la réalité réduire

(tes méchants défauts je connais

comme si ferment j’en étais)

aux proportions du journalisme ?

— J’en sais assez pour qu’un tropisme

de la taille d’un gros lombric

te donne des airs de laïc.

— Voilà qui me fait de la peine !

Reprends un peu de cette saine

potion reçue des mains de dieu.

— Partageons puisque c’est le mieux.

A t’en dire plus je m’applique.

Tu vas tomber de haut épique.

— Encore un coup, je deviens sourd !

— Figure-toi, là c’est du lourd,

que le Virgile de poète

qui se morfond aux oubliettes

est aussi innocent que toi

et moi réunis une fois !

— A peine, Gaston, tu m’étonnes.

Le poète est une personne.

Ce que n’est pas un assassin.

J’ai appris ça tôt ce matin

dans le livre de l’intranquille.

— Tu lis des choses bien utiles.

J’envie ta liberté de choix.

Dans mon métier, quand on s’assoit,

on a un coussin sous les fesses.

— Pressons car l’heure de la messe

est vite là si rien ne vient

alimenter le citoyen !

Ne me dis pas que le Bébère,

dont je connais le beau derrière

(pas comme toi tu le connais)

dans un cachot a enfermé

ce pauvre diable sans mobile !

— Et là tu mets bien dans le mille !

— Je crains le pire, ô mon ami !

Quand Bébère fait à demi

c’est qu’il en a sur la conscience !

— Hourrah ! Voilà ce que j’en pense !

— Mais penser ne suffira pas !

Il faut examiner le cas.

Ouvrir la porte à ce poète.

Il faut qu’il sache qu’on l’arrête

pour des raisons sans foi ni loi.

Ah ! Mon ami, si j’étais toi

(mais je n’ai pas le goût des hommes

bien que toi et moi nous en sommes)

je violerais tous les secrets,

quitte à me faire enguirlander ! »

Gaston alors, comme il s’approche

et roule ses yeux d’un air gauche,

laisse filer franche gaîté

et mouille le bout de son nez.

« Qu’il soit innocent ou coupable,

dit-il en posant sur la table

des mains abonnées au délit,

n’est pas mon affaire, l’ami !

Je sais bien que le faux Bébère

n’a de projets que pour me plaire.

La jalousie nous entretient.

En confession nous verrons bien

ce que vaut cette pénitence.

— Pas de mots dans l’intempérance !

Tu me dessoûles bien avant

le moment prévu au cadran

de mes petits calculs diurnes.

Vos culpabilités nocturnes

guérissent le mal imposé

à mes vaines nécessités.

— Ne gémis pas avant que l’heure

soit la bonne heure et non un leurre !

Car pour alimenter tes jeux,

ai-je de quoi te rendre heureux ?

— Je suis venu pour voir la fesse

de ce Virgile avant la messe ! »

Sur ces mots Gaston boit un coup

et pensif se gratte le cou.

« Mais qui le premier d’une échine

souple comme la soie de Chine

s’est penché sur ce popotin ?

— Redis-le-moi si tu y tiens !

— Mais je n’ai rien redit encore !

Je sais mais comme la pécore.

Je sais ce qui se sait déjà.

Qui le sait si ce n’est pas toi ?

— Tu as deviné ma pensée.

A boire trop on est aux fées

ce que la baguette est en vrai.

— Mais ce n’est pas là le secret.

— Je suis venu pour voir la fesse

de ce Virgile avant la messe !

— Tu la verras, foi de Gaston !

Comme je l’ai vue sans raison.

Je n’ai rien fait pour qu’il l’expose

et que mes yeux y voient des choses.

Je n’ai pas regardé pour voir.

Et ce signe que tous les soirs,

moins par plaisir que par tendresse,

chasseur chassant la chasseresse,

je caresse du bout des doigts,

ce signe est maintenant la loi ! »

Camette alors jette son verre

comme un Russe casse par terre

le contenu de son plaisir,

en mille morceaux démolir

pour mettre fin à une attente

qui ne promet plus rien qui tente.

« Bébère en sait plus long que nous ! »

Sur ce propos dit à genoux,

le silence fond comme un aigle

dont le jouet selon la règle

attend calme d’être emporté.

On a changé le policier,

qui n’a rien vu dans ses lunettes

et qui salue d’un salut bête.

En descendant les escaliers

qui ramènent à la cité,

Camette voit une hirondelle

qui semble avoir du plomb dans l’aile.

Elle disparaît dans les tours,

ne revient plus comme toujours.

De loin Popo qui est à table

fait des signaux invraisemblables.

« Qui est le diable, qui est qui ?

Qui n’est personne et qui je suis ?

Il faudra bien qu’un jour ou l’autre,

on voie clairement qui est l’autre

et qui n’est pas ce qui n’est pas.

Revienne le temps des sabbats,

du riche et du pauvre en déroute,

vivement que sur notre route

un cadavre enfin dise vrai

et rempoche tous les secrets,

vivement que ce temps arrive,

et si pourtant plus rien n’arrive

qui n’est arrivé de tout temps,

que la chance sourie au vent

et qu’il emporte nos enfances,

les premiers mots de l’espérance,

comme si nous n’étions pas morts

et qu’avec encore un effort,

pas grand-chose une main tranquille,

on retrouve chacun son île.

— Je t’écoute, mon frère fou,

toi que le registre d’écrou

nomme Virgile, un vers-libriste

aux trochées un peu passéistes.

Que faire ensemble maintenant

que je te tiens comme tenant

le marteau agile et sans maître

d’une inspiration qui veut être

et n’avoir été que néant ?

Nous ne sommes plus des enfants.

Quel est le chemin de la source

où s’arrêtent toutes nos courses ?

Certes nous n’avons pas connu

la même enfance et revenus

il faut que l’un enferme l’autre.

Qui suis-je si je suis cet autre ? »

Là-haut dans la tour du palais,

le juge en pleur s’est enfermé,

prend des photos pour se distraire

et mesure le jet de pierre.

Il voit le vélo de Popo,

le curé prend le temps d’un pot.

« L’après-midi la guillotine

sèche au soleil, belle orpheline.

Et la tête du condamné

mutine fait un pied de nez

entre les cuisses qui frémissent.

Les morts c’est vivant en justice.

Il faut tuer pour le savoir,

mais hélas tout ce qu’on peut voir

n’est plus à la hauteur du risque.

Gaston, s’il te plaît, passe un disque !

— Qu’est-ce qui te plairait, mon chou ?

Pour la chanson, on a de tout.

Du Brassens en habit verdâtre

au Ferré façon bâton pâtre.

Très en dessous, on a Renaud

qui fait des vers avec trois mots

mais une fois que ça recolle

on est sur les bancs de l’école.

— Ah ! Gaston ne me fait pas chier !

Basta du rock en casse-pieds !

Du Richepin, j’en ai ma claque.

Dans la chanson il faut qu’on saque.

La poésie, c’est pas du toc.

Marre de ces groupes de rock,

des professeurs, des politiques,

et des stars du ciné comique.

La résistance a fait long feu.

Depuis on a fait beaucoup mieux.

Mets-moi quelque chose qui gratte

et qui nous fait lever la patte,

de l’arabe ou du japonais,

de l’apache avec Louis Jouvet

ou qui tu voudras d’exemplaire,

mais basta de l’apollinaire ! »

Et pendant que les deux amis

dans leur confortable logis

entretenaient leur connaissance

dans la musique de plaisance,

Verju montait les escaliers,

tenant en ses mains un béret

qui n’avait plus le caractère

d’une coiffure militaire

tant il l’avait soumis en vain

à l’expérience de ses mains.

Sur le paillasson il transpire.

Il réfléchit avant de dire.

Sèche sur un mot pas fréquent

comme quand il était enfant.

« Je vais me prendre une gamelle.

Ce sera surtout la plus belle.

Si j’étais mort je le saurais.

On m’a tué, mais pas en vrai.

Enfin c’est vrai pour tout le monde.

Ah ! Ça fait mal quand on vous sonde

avec le fer d’un parasol !

Je suis resté cloué au sol

au moins des heures sans personne

pour me dire que quand ça sonne

c’en est fini, pas d’hôpital !

Et en plus là j’avais très mal !

A qui j’ai pensé, à ma pomme !

Au fond je suis pas plus qu’un homme.

Je n’ai pas eu froid dans le dos.

Mais dedans, je me suis vu beau.

Je peux témoigner pour la science.

Sauver des vies de l’existence,

ma foi ça me plaît bien aussi.

Oui, je vais tout, pas de souci,

raconter à monsieur le juge

qui va faire un sacré grabuge

quand il saura que je suis plus,

plus vivant que mort et en plus

que j’ai vu avant que je rentre

des choses qui font peur au ventre.

On n’est rien quand on n’est pas mort,

mais quand on l’a dedans le corps,

à tournicoter les entrailles,

on s’accroche, vaille que vaille,

et tant pis pour l’éternité !

Si je suis mort, je l’ai été.

J’ai des penchants métaphysiques,

c’est de longtemps que je m’applique

à frôler sans vraiment toucher.

Même les mots à se loucher

finissent par aller au diable.

Et je reviens, méconnaissable.

Je ne suis pas rentré chez moi.

Il faut d’abord qu’avec la loi

de haut en bas on me révise. »

Verju en position assise,

car il avait dans les genoux

un objet pointu comme un clou,

peut-être deux sous les rotules,

(ah ! les ennuis quand ça pullule

on les sent bien passer aussi)

Verju, disais-je, était assis

à portée de main de la barre

et pour éviter qu’il se barre

un huissier l’avait menotté

sans oublier de reclouer

le vieux dossier couvert de cire.

Comme tableau on a vu pire

dans cette cour où croît l’humain

sur le fumier de ses deux mains.

Pour les chaussons il rendait grâce

à Mulat qui était en face,

assise mais plus haut que lui,

entre deux bras droits enlaidis

par la nature et par l’usage.

La cour du crime est un village

et ses habitants en badauds

entraient et sortaient dans le chaud

sans se soucier des conséquences.

Tout le monde était là, je pense.

Et comme il y en avait beaucoup,

Bébère avait dit : « Après tout,

pourquoi pas la salle d’assises ?

La foule adore être comprise.

On sera tous là, un seul bloc,

avec l’esprit gonflé à bloc

pour écouter la comédie

que Verju non pas sans génie

a mise au goût du grand public.

— Bien, d’accord, mais pas sans les flics,

avait sifflé la présidente.

Quand le public est en attente

on ne sait jamais ce qui peut

arriver enfin comme on veut. »

Et voilà Verju à l’affiche.

Du coup il se croit déjà riche.

« Pour la dimension du guichet,

voyons en fonction des billets, »

suggéra-t-il avant de mettre

de côté l’argent de ses maîtres.

Mais comme il n’était pas très clair

et qu’ainsi il polluait l’air,

l’instruction le tenait en laisse.

Il n’allait pas sans sa maîtresse,

une jolie poulette en chair

et en os experte des fers

et autres soins que la police

expérimente quand ça glisse.

Bref, tout le monde l’a compris,

faute de place on s’est assis

dans le tribunal où le crime

de la conviction est victime.

Il faut dire que le conseil

avec un maire dans l’orteil

et un petit doigt sans culture

n’avait pas voté l’aventure.

Les élus avaient fait un front

pour épargner l’argent des cons.

« Les one man show c’est égoïste,

avait dit le maire aux frontistes.

Les guignols qui font ça solo,

n’ont rien à dire au populo.

On ne va pas se laisser faire

par les idées du vieux Bébère

qui s’y connaît en instruction

mais rien du tout dans la chanson.

Donc la salle polyvalente

ne peut servir à cette attente. »

Et le conseil a voté pour

ou contre comme on fait toujours.

Du coup Bébère est sans ressources

et comme il ne joue pas en bourse,

le spectacle qu’il a écrit

sur la base de ce que dit

Verju de sa grande aventure

en enfer et dans la nature

ne pourra pas être donné

comme il l’avait imaginé.

« Je n’ai jamais tué personne,

dit-il sans que ça le chiffonne,

et je ne me vois pas tuer.

J’avais pourtant un bon dossier.

Mais que le public ne s’affole

et tienne bon sur ses guiboles.

Je n’ai pas dit mon dernier mot. »

Il retourna dans son bureau

et convoqua toute la troupe.

C’était une heure avant la soupe.

On avait le temps d’y penser.

Les lits on se mit à pousser

pour que chacun pût sans souffrance

profiter de toute l’audience.

Bébère mit de son côté

toutes les chances de gagner.

Son bureau devint un espace

propre à se donner de l’audace.

Des petits fours fumaient gaiement.

Sur les tréteaux on voyait grand.

Dans le couloir une banquette

servit à ranger les assiettes.

« Si vous manquez de petits fours,

dit un huissier fait pour l’amour,

j’en ai en stock dans ma cuisine.

— Ah ! Ils élisent la voisine

pour cultiver dans nos esprits

le ménager et les bas prix !

On voit comment l’ode s’encrasse

dans la vaisselle et les lavasses.

La strophe est mise au pilori

du coq en pâte et du curry.

Pour les enfants on a la farce.

Quoi encore dans la carcasse ?

La poésie a du croupion

ou elle ne vaut pas un rond.

Ah ! Mais attention ô justice

l’élue est une institutrice

qui fait de la planche à billets

en vacances à Saint-Tropez.

L’élu dans la locomotive

a seriné les leitmotive

de sa passion pour le ballon

gonflé à l’air ou au litron.

Du coup on est mis à la porte

et ils n’y vont pas de main morte

les larbins de l’exécutif

élus dans le législatif.

Mais on a trop donné au vote

et pas assez à nos menottes.

Aussi me voici en état

de mettre les pieds dans le plat

pour redonner à la justice

le goût du malheur et du vice. »

Là-dessus applaudissements.

Ça claque et en haut ça s’entend.

Tout le palais de pied en tête

réclame le sang du poète.

On ouvre grand le poéthon

et bientôt on en voit le fond.

Même Mulat qui d’habitude

fait plutôt dans la certitude

se joint aux nouveaux idéaux

dont l’hypothèse est le noyau.

« Si on peut porter la médaille

sans recevoir de la merdaille

en pleine poire comme avant,

je suis avec vous les enfants ! »

Elle soulève un pan de jupe

et fait des ronds avec la huppe.

« Quand vous aurez l’âge que j’ai

vous ferez bien dans le clergé,

mais j’en ai encore à la croupe,

bien trop pour laisser l’art aux troupes.

Un pas en avant pour le haut,

un coup de reins car il en faut,

un pipi dans les coins tranquilles

et pour le cul des imbéciles

mon petit doigt qui me dit tout ! »

Le Bébère de joie est fou.

« Quand on a un palais, madame,

on en a deux et on s’y crame ! »

Il met ses pied, du jamais fait,

sur le bureau et fume un vrai.

Gaston croit qu’il l’a plus insigne

et sur le cul se met des bignes.

« Grâce à Verju qui a tout vu,

à deux doigts qu’il était foutu,

on verra nous aussi Pantruche,

avec sa tour et ses nunuches,

ah ! qui n’en a jamais rêvé

me file l’hépatite C ! »

Voilà comme au palais la fête

battait son plein et dans la tête.

Verju tout seul y avait mal

tant ça battait l’occipital

qu’il a fin comme la moyenne.

Bien sûr la sujétion carpienne

mise à l’épreuve par Gaston

n’inspire pas l’exaltation.

La liberté en a vu d’autres.

Cette contention est la nôtre,

s’il est permis en plein barouf

de métaphoriser le gnouf

pour en tirer des incidences

qui ont valeur ou pas de sciences.

Pour dire choses comme sont,

et sans y mettre la façon,

Verju n’était pas à la fête.

En plus il avait l’air très bête.

Habillé manière apollon,

avec un trou au pantalon

à l’endroit où prenait racine

le lien qui lui tenait la pine,

il n’allait pas loin même à pied.

Mais sa gardienne le poussait

sans menacer de faire grève.

Elle avait elle aussi ses rêves.

Il lui disait deux ou trois mots

et selon le sens du dico

elle tournait à droite ou gauche

ou l’amenait dans les cinoches

où impatiente elle attendait

que ça cesse de canarder.

« Je n’ai pas le canon facile,

lui dit-elle mais sans la bile.

Le jour où je tuerai quelqu’un

ça fera bien plus ou moins un ? »

Elle questionnait les réponses.

Une vocation ça s’annonce.

Enfin elle était là pour ça.

Le vrai souvent ne se voit pas.

Verju pensait à autre chose,

pour ne pas se remettre en cause,

encore changer de métier

et dans un pétrin se fourrer.

L’existence est un tas de merde.

Et ce qu’on a bien qu’on le perde

en attendant c’est mieux que rien.

Pour penser on a les moyens,

qu’on pense bien ou mal, on pense.

Mais aller bien, c’est de la chance.

De rien il était devenu

ébéniste et moment venu,

suite à une belle descente

dont il avait aimé la pente,

l’enfer lui avait inspiré

une vision à prendre après

avoir avalé tout le reste.

« Ce n’est pas que je me déteste,

confia-t-il aux médias conviés

par Bébère qui prenait pied

lui aussi dans l’apothéose

comme la meilleure des choses.

Mais voilà j’ai bien vu l’enfer,

j’ai poussé la porte de fer

qui est rouge comme la honte

et là-bas j’en ai vu des pontes !

Tellement que je me suis vu

moi-même aussi par le menu.

Le détail a son importance

au moment de faire bombance

dans le feu de l’action en cours.

Mais je sais ça depuis toujours.

Il aura fallu qu’on attente

à mes jours pour qu’enfin je tente

de m’expliquer et de changer.

Essayez donc et vous verrez ! »

Enfin après une bonne heure,

lors que Verju malheureux pleure

et que son doux gardien le plaint,

Bébère enfin lève la main

et déclare que tout le monde

dans la même passion abonde,

veut que faute d’un lieu public,

avec ou sans ou trop de flics,

les assises feront l’affaire.

Et avec l’appui de ses paires

auront pouvoir de présenter,

même en dimanche et jours fériés,

de Verju le fameux voyage

qui de l’enfer et ses rouages

le ramena dans nos foyers

où nous le fêtons volontiers.

« Que l’enfance salue l’aubaine !

s’écrie Bébère hors d’haleine.

Que les âges d’un seul élan

portent les fruits de cet enfant !

Ma plume a retrouvé la vie !

Ô France je te la confie

comme le bien le plus précieux,

car je ne saurais faire mieux.

Ah ! J’ai lutté contre l’aisance.

Je n’ai pas manqué d’élégance.

Une tête tombe et voilà

que sur le fil du coutelas

s’inscrit en lettres majuscules

le jour où l’enfant s’émascule

non point sans le vouloir exprès

mais parce qu’il est demeuré.

Heureusement un bon ministre

fit abolir cette sinistre

manière de me rappeler

le geste fou qui m’a coupé.

Et comment ne pas se confondre

comme celui qui se fait tondre

quand je pense à notre Gaston

que de la copie nourrissons.

Je porte avec lui la cuculle

sans visière quand il m’encule.

Je sais bien que l’amour jumeau

sous le harnais vite prend l’eau

mais même à fleur de ma peau chauve

ce doux greffier est un vrai fauve.

A cette athlétique amitié

aujourd’hui je peux ajouter,

et de ceci je te rends grâce

ô peuple de France et d’Alsace,

la féconde fraternité

qui vient à ma porte frapper

pour donner au pays que j’aime

l’épopée de son grand système.

Quel pays peut, sans y rester,

de la légende se passer ?

Voici Verju, ex-ébéniste,

qui revenu se met en piste

pour partager avec les gens,

et sans réclamer de l’argent,

ce qui a refondu son âme

dans le plus noir des amalgames,

cet enfer qui demeure en bas

et que dans ma plume voilà.

Verju debout ! Hausse la chaîne !

Voici le peuple pour ta peine !

Jamais homme ne mourut tant

et il est revenu pourtant !

Verju ma plume à ton service

replonge avec toi dans l’abysse,

entraînant l’entière nation

dans le minerai des passions.

Merci ô fans des cours d’assises

d’avoir prêté, qu’on se le dise,

votre main-forte à mon projet.

Sans vous le théâtre serait

le désespoir de la rigole.

Voici l’esprit qui dégringole,

avec les eaux des utérus

et les produits de nos anus,

dans les égouts de notre ville.

Mais maintenant on est tranquille.

Vous êtes de notre côté.

Veuillez acheter des billets.

Pour le pipi, c’est là qu’on verse.

On a ouvert un bon commerce.

Autant par personne qu’on veut.

Quand on veut bien, c’est qu’on le peut.

Ne soufflez pas dans la baudruche

avant que Verju vous épluche.

La peau se vend si bon marché

qu’on perd à ne point l’acheter.

Un sou le kaléidoscope.

Dessous un peu de psychotrope.

Et par-dessus des rêves fous

dont le peuple se contrefout. »

Ainsi le tour, le tour pendable

était joué carte sur table.

On se pressa au tribunal

sans toutefois se faire mal.

Verju sur une grande affiche

donnait des leçons aux plus riches.

Aux pauvres qui étaient légion

il recommandait de l’action.

Ah ! Sur l’affiche il était jouasse.

Il avait même de la grâce.

On lui aurait donné le pied

pour le bec-de-cane forcer.

On le fit même avec un feutre

donner son avis dans le neutre.

Mais dans sa chaise il croupissait,

pissait, vomissait, paraissait

plus triste qu’un bout de réglisse

qu’on prend pour un bout de saucisse.

Le lecteur ici va penser

que cette vaine parenté

entre réglisse et puis saucisse

par les deux bouts de l’exercice

du style de l’auteur seraient.

Qu’il se rassure en vérité

le mot n’est pas non plus du style

de Verju qui souvent mieux file.

Il est dans sa chaise roulant

ne voyant pas même les gens.

Sa dragonne le voyant triste

lui fit ce cadeau symboliste.

Il en sourit, se promettant

de profiter d’un contretemps

pour refiler cette disgrâce

à Bébère comme préface

de leur commerce en devenir.

En attendant, c’est un plaisir

de constater que l’entreprise

cahin-caha familiarise

avec les charmes du profit

et le trac qui sort de l’ennui.

Car le commerce et le théâtre

c’est la jouvence du gériatre.

Verju en comédien se voit.

Il est parfait, c’est ce qu’il croit.

Il a du cran, mais sans la joie.

Il n’est pas triste, il a les foies.

Il jette un œil sur son mentor.

Il a du style, un matador.

Bébère est devenu poète.

La nouvelle n’est pas complète

selon ce que sûr nous savons,

mais cependant l’explication

n’est pas demandée par la foule,

donc le concept point ne s’écroule :

c’est bien Virgile qui les fait

ces poèmes au bel effet

que Bébère met dans la bouche

de Verju qui toujours en couches

quand se soulève le rideau

en sent tout le poids sur son dos.

Voilà le soir de la première,

en plein jour car les fonctionnaires

sont connus pour ne pas dormir

si le soleil donne au désir

des raisons de croire aux vacances.

« En sortant il faudra qu’on pense

à tous ceux qui n’ont rien compris.

Toutes les choses ont un prix.

Cela mérite qu’on y glose

car si tout effet a sa cause

on n’imagine pas d’effet

sans un revenu net de frais. »

Sur le parvis de la bastille

prise d’assaut par la coquille,

le public est venu nombreux

et même parfois deux par deux.

Le guichet manque de monnaie.

« Avec le grain on a l’ivraie,

glousse Verju au resquilleur.

Et pour le pire et le meilleur ! »

On reçoit bien la sous-préfète

qui a la cervelle bien faite

mais plein de défauts par-dessus.

On en rigole à son insu.

Le ministre de la justice

s’est excusé sans artifices.

« On l’aurait reçu comme on doit, »

dit la sous-préfète du doigt

menaçant le troupeau des gauches

unies encore dans l’ébauche.

A droite c’est sous le drapeau

qu’on se sent bien tous dans la peau.

Dans sa loge Bébère en crise

le synopsis par cœur révise.

Il a tout revu en détail.

« Avec Virgile au gouvernail

et Verju prêt à l’abordage,

ce procès fera un carnage.

Je vois la foule en feu, en sang !

Et pas que des mille et des cents !

Il faut bien qu’en toute justice

l’opportunité me nourrisse.

On finira avant la fin,

la langue dans le chicotin

de la critique et du bon beurre.

Ah ! De ma gloire enfin c’est l’heure !

Et sans besoin de versifier

ni de mascarade jouer.

Venez à moi, mes petits anges !

Mon Virgile qui fait aux langes,

mon Verju qui revient de loin.

Venez profiter du tintouin

avant de retourner incultes

d’où vous venez, tristes adultes ! »

Virgile en un coffre attendait

que ça se passe mais sans frais.

Verju tortillait sur sa chaise

son anus mais pas sans malaise.

Alice en un coussin chantait

mais sans y mettre tout l’effet :

« On m’appelle la douce Alice

et pour bouffer dans la police

je rends des services polis.

Je trouve ça plutôt joli !

Ah ! Dites-moi ô bon Virgile

comment qu’on fait le difficile

et facile enfin on paraît

sur les tréteaux de ce palais

pour approfondir les atomes

qui font qu’on est ce que nous sommes.

Moi aussi j’ai toujours rêvé

de mon casse-croûte gagner

sans me la fouler dans l’urgence

ou pire dans la permanence.

Mon papa était ouvrier.

Dans l’inflation il en a chié.

— Fifille, dit-il avant l’heure,

pour vivre il faut gagner son beurre.

On n’a pas trouvé le moyen

de faire facile sans bien.

La vie est faite pour les riches

comme les chiens sont à la niche.

A l’usine tu n’iras pas,

tu ne seras comme papa

ni tributaire de la crève,

ni de la peur des jours de grève.

Le dos est un bien trop précieux.

Les mains c’est fait pour être heureux.

Il faut soigner son apparence.

Et puis tu auras des vacances

entre les heures de travail,

les doigts de pied en éventail

sous un bureau tout doux, tout calme,

presque la plage avec ses palmes

et à la fenêtre la mer

avec ses beaux poissons ¡joder !

— Le mal au dos, mon pauvre père,

souvent le jugement altère,

surtout quand pour notre malheur

tu méditais sur le bonheur.

Maintenant tous les fonctionnaires

rêvent en solo de se faire

la malle dans le gai savoir,

et de voyager quelque part,

n’importe où mais ailleurs qu’en France.

Excusez-moi cette ingérence,

messieurs qui en art savez tout,

est-il trop tard pour qu’avec vous

je vive enfin mieux que les autres ?

Regardez-moi, je suis des vôtres.

Toute nue j’ai un charme fou

et quand je le dis on se fout

de ce que disent les critiques.

Ah ! Que cette mouche me pique !

Au peuple me donner je vais

et de son argent profiter

pour me refaire un peu la gueule

et me consoler d’être seule. »

Mais Alice parlait aux murs.

Les trois cabots au regard dur

soulevant un coin de tenture

de la salle prenaient mesure.

Verju très blanc avait le trac

mais il était dosé au crack.

Déjà Mulat entrait en scène

flanquée de ses deux bois d’ébène.

Sur le trône elle reposa

la symétrie de son baba.

La salle attendit indécise

que l’ouverture des assises

fût prononcée par le greffier.

Mais Gaston s’était absenté

pour réviser avec Bébère

qui voulait entier le refaire

le discours d’inauguration,

un chef-d’œuvre de prétention

qui ferait de la sous-préfète

la risée de tous les poètes.

Enfin on ferma le grand huis.

Sans lumière il aurait fait nuit.

Trois coups frappa la présidente

pour tout signe de prépotence.

Le rideau ne se leva point

car les tribunaux n’en ont point.

Bébère en habit de métèque

entra pour gagner son biftèque.

Dans l’orchestre on retenait tout.

Aux balcons on respirait mou.

Bébère admit une immondice.

Il était nu jusqu’à mi-cuisse

mais tout rentrait bien dans le slip.

Il était conscient que le trip

pouvait choquer la bourgeoisie.

« Mais ici pas d’hypocrisie,

commença-t-il pour rassurer

la ménagère et l’ouvrier.

Et je soutiens l’absentéisme

qui forme les académismes

car le temps des loisirs est court

et l’homme n’a pas tous les jours

le temps de penser au posthume.

Je suis venu dans le costume

de la plus vieille tradition

de cette versification

qui turlupine qui postule

aux promesses de la plumule.

Veuillez excusez pour l’odeur.

Elle est la gloire de l’acteur.

Peuple me voilà ton poète !

Dans ce sens-là rien ne m’arrête.

Je suis né pour vous dire tout

et je serai votre chouchou.

Ceux qui me connaissent le savent :

dans la raison les mains me lavent.

Que ceux qui craignent la douleur

de mon art mesurent l’ampleur.

Et que ceux qui plaisir y trouvent

dans la tranquillité l’éprouvent.

Il y en aura pour tous les goûts,

mais si d’aventure les coups

n’occasionnent nulle blessure,

il faudra s’en prendre aux augures

et les châtier sans compassion.

Mon épopée est ma mission.

Je suis le doux intermédiaire

qui sait vraiment ce qu’il faut faire.

Cet homme que vous voyez là

vécut en enfer son trépas

et il le méritait sans doute.

Dans cette nuit, il n’y vit goutte.

Il erra sans savoir où c’est,

ni pourquoi on le condamnait.

Le diable enfin paraît à force

de s’occasionner des entorses

sur ce pavé trop déchaussé.

— Ami, dit Satan, je ne sais

d’où tu viens ni ce qui t’amène.

On dit que l’erreur est humaine.

C’est peut-être ici la raison

de ta venue dans ma maison.

Je te souhaite la bienvenue.

Excuse la déconvenue.

Nous allons vite et sans retard

mettre fin à cet avatar.

En attendant ici repose

et ne pense plus à ces choses.

Tu n’es pas mort, c’est une erreur.

Il faut réparer ce malheur.

Et le diable part en fumée.

Verju tout seul dans l’empyrée

n’a ni soif ni faim, il est vrai.

Ah ! si l’enfer a un secret,

se dit-il reprenant la route

sans peur que quelqu’un le filoute,

(car dans la nuit il croyait voir

les animaux d’un abattoir)

si je suis digne de mon père

en un jour j’en sais le mystère.

— Peuple, ici commence le chant

que je destine à tes enfants ! »

Sur ces mots Bébère s’avance,

puis recule et fait révérence.

Il prend le temps d’un entrelacs.

Émet un son a capella.

Son bras souple au coude se plie.

Dedans sa bouche on voit la lie.

Comme le cou, sous le harnais,

porte les marques du passé,

il en enveloppe les traces

dans les mèches de sa tignasse.

L’effet sur le public est bon,

confirme en coulisse Gaston.

Dans la salle une mère accouche

sur un strapontin qu’on débouche.

Un professeur fait le curé.

Un curé s’est aventuré

dans les habits d’un trapéziste.

Il n’y a plus rien qui lui résiste.

Pour le ballon qui a volé

dans les tringles sans les toucher,

la présidente est pessimiste

mais elle se sent si laxiste

que l’espoir encore est permis.

En y pensant elle rougit.

Dans sa tête la noctiluque

entre les jambes de l’eunuque

fait des signaux, tropes confus.

« Allons, allons ! Pas de refus !

Veuillez accepter la médaille.

D’un héros vous avez la taille. »

Alors Bébère fait un saut,

laisse la place à son cabot

et vite referme la malle

où Virgile dans d’infernales

douleurs de crânes se morfond

tant il en a touché le fond.

Mais Gaston dans la prévoyance

(un art où il fait référence)

a fait installer pas très cher

en face d’un vieux rocking-chair

un écran où on voit la salle.

« Ah ! Mon Gaston ! Ah ! Quel beau mâle !

Tu es l’indispensable atout

de mon triomphe et sans surcoût.

Il faut que sans tarder j’embrasse

tes deux joues dont je ne me lasse.

Une idée ce n’est rien en soi,

mais qu’est-ce que je suis sans toi ?

Viens sur mon corps aimer la vie !

A ce plaisir je te convie. »

Bébère à ces mots quitte tout

et fou de joie se met dessous.

Mais Gaston d’un geste sans force,

la larme à l’œil le désamorce.

« Songes-tu que nous sommes là

pour triompher et pas pour pas !

Reprends tes esprits et la place

qui te revient dans le Parnasse ! »

Bébère alors se ressaisit.

Il coiffe en rebelle l’épi,

premier signe de la couronne,

et dans le voltaire ronronne,

acceptant un petit muscat

qui ne dira pas non en cas,

mais foin de cette perspective !

Suivons Verju, quoiqu’il arrive !

Sur l’écran attendent les gens.

En effet Verju prend le temps.

« Voyez, dit-il, comme les choses

arrivent aussi sans leurs causes.

Il faisait chaud et dans le noir

j’ai marché sans même me voir.

Ne m’attends pas, disait le diable

à ceux qui se mettaient à table.

J’entendais ce curieux placet

sans voir à qui il s’adressait.

Sous mes pieds était-ce la terre

qui me portait sans commentaire ?

Ce silence me terrifiait.

Seule la voix du grand mauvais

le troublait de sa seule énigme.

Ce n’était point le borborygme

dont on nous donne la leçon.

J’y devinais un unisson,

un peuple né pour la justice,

pour que le temps s’y accomplisse.

Et nu dans cette obscurité

il me fallait les écouter,

eux qu’on ne peut pas reconnaître

parce qu’ils sont l’envers de l’être.

Là-bas, il fait tellement chaud

qu’on veut y aller nu plutôt.

On ne se plaint que d’être encore

l’objet des prurits des pandores.

Et j’y allais, sûr de ma mort,

saignant caillots par tout le corps.

La nudité nous rend fragiles.

Pas même un signal érectile.

Ici pas d’eau, ni feu ni air.

On ne visite pas l’enfer

avec les moyens du touriste.

La géométrie symboliste

n’a pas de sens et tout est noir.

Je deviens fou de ne rien voir.

Et tout est voix, elle l’unique

dans mille bouches platoniques.

On ne peut y vivre longtemps,

me répétai-je en avançant,

ne sachant plus si de ma tête

j’avais fait des pieds de poète.

— Es-tu toujours là, mon Verju ?

dit la voix. Je ne te vois plus.

Approche donc dans la lumière.

La parole y est toujours claire.

— De quelle lumière veux-tu

que je m’éclaire ? On n’y voit plus !

Ce que je touche est invisible.

Tout est possible et impossible.

— Je te le dis : tu n’es pas mort.

L’erreur doit venir de dehors.

Détends-toi plutôt les guiboles.

Ce royaume a un côté drôle.

— Mais si je marche je vais où ?

Je ne sais plus ! Je suis partout !

Tomber plus bas est improbable.

Et les autres qui sont à table ?

On est qui quand on est plusieurs ?

— Ah ! Ces questions font ton malheur.

Patiente pendant que je cherche.

— Mais c’est que j’en ai plein le derche

du hasard qui tombe dessus

alors que je ne jouais plus !

Qui c’est le chef ? En république

on a un chef et c’est pratique.

Pour le pouvoir je suis français.

L’ordre il faut bien le mériter !

Donnez-moi donc de quoi écrire !

— Ah ! Verju ne me fais pas rire !

On écrit bien que dans le noir.

Mais la lumière c’est l’espoir.

Je ne connais pas de poète

qui voyage sans allumettes.

Sans les yeux on n’est rien du tout.

Et je ne parle pas du goût

qui à défaut d’être convive

change la saveur de l’archive

en je ne sais quel vieux ragoût

qui met en fuite à tous les coups.

La langue et l’œil sont les deux rôles

de l’infernale casserole.

Je ne parle pas du toucher

car ce serait comme noyer

le poisson dans l’eau du poème,

mais sur ce feu vient en deuxième

ce joyau qu’aussi vous avez

dedans les narines du nez.

On le tient ici sans nuages

car le souffre ça vous dégage

sans nécessité de mouchoir.

Aspirez un bon coup pour voir,

en fermant la bouche aux corneilles.

Enfin, merveilles des merveilles,

en haut du podium près des dieux,

l’esse nous fend la tête en deux

en rendant à la symétrie

l’art de la stéréophonie.

Sans ce double organe, mon vieux,

tu ne serais plus rien au mieux

dans cette maison où entendre

est bien le seul parti à prendre.

La musique c’est du grand art

et de cet art je sais ma part,

n’en déplaise à l’être suprême

qui t’a fermé, bien que tu l’aimes,

la porte au goût, à l’œil, au nez,

et à ta peau que pour sauver

tu viens ici jouer à gage.

Au fait, en parlant d’avantage,

voyons ce que contient ton sac.

A vue de nez, du tac au tac,

à part ta chanson préférée

avec sa voix de mijaurée,

je n’entends rien qui sonne creux !

Quand on vient ici, on fait mieux,

sous peine d’avoir calebasse

paralysée sous la menace

du chorus et du vite-fait.

— C’est que c’est sans vouloir exprès

que je suis mort et dans la terre.

Je suis tombé sur le derrière

quand on m’a dit que j’étais mort.

Mort et cependant dans mon corps !

ai-je rétorqué à l’incube

dont je craignais fort qu’il m’entube

car mon épouse était au lit,

facile jouet du délit.

« Ta mort vraiment, dit ma canaille,

pas besoin qu’on la retravaille.

C’est de la mort des deux côtés

beurrée à point pour se bâfrer.

Tu n’es pas gros ni gras ni même

fort et vicieux comme on les aime,

mais tu es mort, c’est du sérieux.

On ne peut guère faire mieux.

Dehors, dedans, plus rien ne bouge.

Le sang est resté longtemps rouge.

Par contre pour l’enterrement,

qui ne dépend pas de Satan

mais de la société des hommes,

pas responsables nous n’en sommes.

Pour l’instant d’après ce qu’on sait

ton corps sans âme fait l’objet

d’une analyse judiciaire.

L’inquisiteur a nom Bébère.

Le voilà qui pince son nez

et contracte fort le fessier

car tu sens déjà la charogne,

ce qui de la part d’un ivrogne

étonne un peu le grand public,

tant l’alcool est au basilic

ce que le saint est au miracle.

On peut regarder le spectacle

sans se pincer le bout du nez

grâce au journal télévisé.

Notons au profit de la science,

pour lequel l’enfer se dépense

sans compter depuis jésus christ,

et pour être en tout bien compris,

que chaque fois qu’on se mutile

d’un sens dans les choses du style,

on se rapproche de l’enfer

qui n’est point de l’endroit l’envers.

Ainsi la télé sans effluves

est une approche de l’étuve

et des mille autres ingrédients

que la mort réserve au patient.

Je dis cela sans appétence.

Le mort c’est vous, quoiqu’on en pense.

Veuillez me suivre sans râler.

Où je vais vous devez aller. »

Ainsi, monsieur le grand monarque,

vous voyez comme on me débarque.

Vous me prenez au dépourvu.

De jazz je ne suis point pourvu.

Je sais la chanson qui se danse,

bien du pays, sans discordances.

Tenez, je vais vous faire un pas

comme on fait après le repas.

— Cette musique n’est pas drôle.

Au lieu de faire le mariolle

prends un instrument de ton choix,

souffle dedans comme tu vois

et entretiens sans plus attendre

le feu qui couve sous ma cendre.

— De quel instrument parles-tu ?

Dans le noir on ne les voit plus !

Je serais bien aise de plaire

aux oreilles de ton derrière,

mais avec quel bruit les charmer

si du tien tu ne mets jamais ?

La mort est pire que l’attente !

Vite un trou, un nid, une fente !

Je veux naître encore une fois.

Et cette fois, je serais roi.

Même sans métier et sans femme,

toujours sans enfant de ma dame,

je serais roi de ce pays,

sans peuple pour être obéi,

dans le plaisir et dans la guerre,

je serais roi pour tout refaire.

Que peut signifier cette nuit

sinon que l’enfant qui vagit

c’est encore moi, fils de pute,

de la langue et de la turlute,

qui revient tout nu et braillant

pour ne pas perdre au coup gagnant

et ne cesser jamais de vivre.

Voilà comment je me délivre

des incohérences du temps.

— Homme, tu parles à Satan !

Ici le temps est une occase.

En la matière tu es naze.

Non mais c’est quoi ce gagne-pain ?

A-t-on idée, sans les deux mains,

de mélanger dans le physique

la fellation et la musique ?

Tu n’es enfant de rien du tout !

Si on te voit un peu partout,

vendant ta mèche au politique

au détriment du poétique,

de l’optique c’est un effet.

Depuis toujours voilà les faits !

Pour être enfant il faut qu’on s’aime.

J’y vois le summum du blasphème.

Avec la bouche on ne fait rien

qui ressemble à ce qui est bien.

Tu n’as rien fait avec l’idiome

sinon rechanter ce que l’homme

refile comme le virus.

Pour ça il suffit d’un anus.

Te voilà bien dans cette auberge.

Et c’est bien moi qui tiens la verge.

Regarde en bas voir si j’y suis.

Et ne me cherche pas d’ennuis.

Les culs à baiser sont flopée.

J’en connais toute l’épopée.

Le tien est sec comme mon puits.

Voyons si le gras de la nuit

ménage tes hémorroïdes.

Du balcon la vue est splendide.

Je ne regrette pas le prix

que j’ai payé pour être ici.

Un strapontin à ras d’orchestre

m’eût privé de ce bond équestre.

Levez le rideau sur Verju !

Ce qu’on voit est vu et bien vu !

Et dans l’horreur contre nature

je me soumis comme monture.

Mais le diable me rassura :

« Les enfants conçus comme ça

ne font pas long feu sur la terre.

La chose un peu me désespère,

mais tu connaîtras les douleurs

de la gésine et de ses mœurs.

Pour le repos je te conseille

les charmes du bouche-à-oreille.

Ici vont vite les rumeurs.

Une bonne jamais ne meurt.

Dans la cacophonie murmurent

les sourdines de la censure.

Quand un vacarme se produit

on ne sait plus trop qui est qui,

mais je suis celui qui dépense.

Avec le son, point de carence.

Ainsi le monde fut conçu

en musique stricto sensu.

— Mais pourtant tu l’as dit toi-même :

je ne suis point mort sans baptême.

Cet incube m’a bien bluffé.

Ce qu’il voulait, et il l’a fait,

c’est mettre son truc dans ma femme

à l’endroit que nous avisâmes

elle et moi de me réserver

pour un emploi mieux indiqué.

Quand on se sent mort c’est la poisse

qui vient d’entrer dans la paroisse.

Je suis là suite à une erreur

et voilà que pour mon malheur,

le plus grand que je me connaisse,

moi qui jamais ne rate messe,

un enfant va naître de moi

et fils du diable de surcroît.

— Je te dis que je suis stérile !

Je fais tout bien mais sans le style.

Autant que j’y mette mon doigt,

mais le doigt jouir ne me fait pas.

— Elle est où donc l’erreur fatale ?

On était dans la noce anale

alors que j’étais bien vivant.

— C’est ça l’erreur, et c’est navrant.

Ah ! Tu ne comprends pas rapide !

Pour un peu j’étais dans le bide.

Je me suis cru et pour toujours

la victime d’un de ses tours !

Avec lui jamais de relâche !

— S’il l’avait commis sans panache,

j’en aurais ri sans sourciller.

Mais avant de décaniller

elle se fond en gratitudes

et en reveut pour l’habitude.

J’ai vu comme si j’y étais.

Et pourtant je baissais le nez

pendant que dans mon ouverture

le diable éprouvait ma culture.

— Chante toujours, mon vieux Verju !

La chanson française n’est plus

ce qu’elle a été à l’époque

des jeunes devenus des vioques.

Avec le temps on se sent las.

Voilà pour qui sonne le glas. »

Ainsi finit le premier acte

de cette relation exacte

représentée au tribunal.

Comme poème national,

certes on fait mieux au théâtre,

mais quand il s’agit de combattre

de la poésie les effets

sur les esprits des plus mal faits,

mieux vaut justice que critique.

Dans son fauteuil, Mulat réplique

aux attentes du grand public.

« On est ici pour faire chic,

prononce-t-elle pour la forme.

Si le public n’est pas conforme,

je le fais changer illico.

J’ai du pouvoir sur la déco.

Le mieux c’est de me laisser seule

et de fermer vos grandes gueules.

La justice n’a rien à voir

avec ces discours de foutoir.

Quand j’étais jeune j’étais pute,

j’en sais un bout sur la turlute,

sur plein de détails très cochons,

et comment qu’on fait des façons

pour mieux taxer la performance,

et même j’ai connu des transes

que si j’avais été canon

aujourd’hui je serais trognon

au lieu de me casser la tête

à juger poème et poète.

L’expérience a toujours du bon

quand il faut juger les passions.

L’enfer et ses belles descentes

j’ai connu ça adolescente.

Je me faisais accompagner.

Dans le feu on ne sait jamais.

Quand on n’a pas l’âge on est seule.

Comme on aime on pose ses meules.

Pour les poser sur la moto

et sortir bien sur la photo,

il faut regarder sans connaître

et être vue sans le paraître.

De l’enfer j’avais le secret

et du paradis le forfait.

Alors pas question de me faire

passer pour une bonne affaire.

La rime n’a pas de raison

et ce n’est pas une raison

pour s’en passer sans rien se faire

surtout que pour faire on sait faire.

Quand le mort est encore là

on peut se demander pourquoi.

Et bien c’est ce que je demande.

Poser la question à Armande

pourrait peut-être, c’est sensé,

cette instruction faire avancer.

Monsieur Verju, veuillez reprendre

la place qui vous fait attendre.

Et que madame sans délai

nous alimente de son lait. »

On vit alors la belle Armande,

dont aussitôt on redemande,

s’avancer vers l’immeuble en bois

sur lequel trônaient de guingois

les trois vestales de justice

avec au milieu en pelisse

Mulat plus tarte que jamais.

Grattant sa légion elle met

l’autre main sur un vieux grimoire

qu’elle a sorti de son armoire

pour l’occasion qui est sans mais

quelque chose à ne pas manquer.

Repoussant du menton la presse

qui était saisie d’allégresse

à la seule idée de sortir

de l’ordinaire du plaisir,

elle met ses mains en prière

et montre à tous comme il faut faire

quand on est au sommet de l’art.

« Veuillez jurer et sans retard

ce que vous savez nous le dire. »

Armande est une dure à cuire.

Cela se lit sur son faciès.

Et elle sait le pataquès.

Elle essuie une chaude larme,

montre un profil qui a du charme,

tousse pour essayer sa voix

et enfin se cloue sur la croix :

« Verju a reçu à la fête

un coup navrant dessus la tête.

Il m’est revenu tout confus,

tenant des propos décousus

tout en me caressant l’échine.

— J’ai abusé de la bibine,

reconnut-il entre les coups,

mais ce que j’ai vu entre vous

n’est pas berlue de mon cadavre.

Faut-il qu’ainsi la mort me navre ?

Où est passé ce chenapan

qui est plus vif mort que vivant ?

— Arrête plutôt de me battre

comme gendarme en son théâtre !

Je n’ai rien fait, je te le jure,

qui mérite tant de blessures.

Dans mon sommeil, je fais des rêves.

Voilà comment tu les achèves.

— Mais c’est que j’ai rêvé aussi !

Et c’était dans le même lit.

J’y revenais pour te le dire,

qu’on venait de me bien occire

et que de vie je n’avais plus

que l’idée et le superflu.

Ce que tu vois dessus ma tête

n’est point coiffure de poète,

mais bien fente avec le cerveau

qui dégouline dans mon dos.

J’ai beau crier qu’on m’assassine

et que déjà me turlupine

l’idée que c’est pour t’enculer

et de ta merde me priver,

personne un petit doigt ne lève.

Voilà comment c’est dans ton rêve !

— Ah ! Pas du tout ! Je t’ai vu mort

plus d’une fois dedans mon corps

si c’est là que je m’ensommeille,

même que quand je me réveille

je me demande si c’est vrai

et si je vais devoir payer,

mais cette nuit, pas un reproche !

La preuve est que tu me chevauches,

ce qui me surprend bien un peu

vu que même quand je le veux

par-derrière tu as tes aises

et tu voudrais que ça me plaise.

Surprise comme je l’étais

j’ai fait de mon mieux pour t’aider.

Jamais je ne l’ai vue si grosse.

Encore un peu, c’était atroce.

Mais une fois que c’était mis,

j’ai cru me voir en paradis.

— Pendant que moi, dans la fournaise,

je cherchais en vain qui te baise !

Mon tueur était dans mon lit.

« Tu es mort, pour toi c’est fini, »

me dit-il quand j’étais par terre

en train de renifler ses erres.

Je voulais savoir qui c’était

et cependant j’étais tué.

Je vis mes morceaux de cervelle

sur le pavé faire la belle

alors que moi j’étais cloué

et de surcroît pas très doué

pour me sortir de ce contexte

dont je connaissais le prétexte,

tellement que j’en enrageais

et que j’en avais mal assez

pour te haïr sans que personne,

ni même dieu, ne me raisonne.

« La vue du sang te rendra fou ! »

criai-je à mon bourreau voyou.

— Ah ! Si j’avais su qu’au derrière

c’est un autre qui fait l’affaire,

crois-moi, il aurait entendu

ce que j’ai à dire aux tordus

qui se permettent de me faire

des compliments sur mes manières.

Si ce n’était pas toi, qui c’est ?

— Lequel ? Mieux que moi tu le sais !

A qui on demande ces choses

quand on ne connaît que la cause ?

J’étais mort, je le suis toujours.

Je ne reviens pas pour l’amour.

C’est l’honneur seul qui me motive.

— Tu parles d’une initiative !

J’ai eu du plaisir par erreur.

Faut-il qualifier d’agresseur

un mec qui s’est trompé d’adresse ?

En plus tu reviens et me presse

de questions que tu sais poser

car c’est que moi qu’on veut baiser.

Si j’ai payé qu’on me rembourse

pas la monnaie, toute la bourse.

Je te dis que j’avais sommeil.

J’avais remonté le réveil

et mis à l’heure la sonnette

des fois que rentré de la fête

tu aies des envies sans merci.

Ah ! Je pense à toi moi aussi.

— Mais il est passé où ce type ?

En voilà un qui te constipe

alors qu’il vient de me tuer !

On est logique ou on se tait !

Non mais je veux qu’on me l’explique !

Qu’il me bute pour que j’abdique,

on peut comprendre, pourquoi pas.

Le monde est compliqué pour ça.

Mais une fois que je suis naze,

que pour ma peau plus rien ne gaze,

pourquoi s’en prendre à ton caca

alors que je ne suis plus là ?

— Tu ne comprends rien à la faute !

On sait comment ça se tripote.

Ou ça sort ou ça ne sort pas.

Rien à voir avec ton trépas.

Ça m’a constipée, je l’avoue.

Tu peux me frapper si j’échoue,

mais réfléchis avant d’oser :

un laxatif, du bien dosé,

te fera oublier l’offense

tout bien pesé dans la balance.

— Les morts n’oublient pas qu’ils sont morts.

Si tu sens les coups sur ton corps

c’est que toi aussi tu es morte.

Alors que le diable t’emporte !

… et là-dessus voilà qu’il sort

nu comme un ver qui n’est pas mort.

Il court ainsi dans les ruelles

de notre digne citadelle.

Les gens me demandent pourquoi.

Je réponds que je ne sais pas.

Devant ma maison on s’assemble.

On est tellement que j’en tremble.

« Il est fou, on l’a toujours su, »

dit un de ceux qui sont venus

pour faire écho à ce tapage.

« Je suis d’avis qu’on le ménage,

dit quelqu’un d’autre en me toisant.

Un homme qui perd tout son sang,

et je parle de bien connaître

ce qu’on apprend à la fenêtre,

peut encore expliquer pourquoi. »

J’explique que ce n’est pas moi.

Ensemble le dos on me tourne.

Interrogée je me retourne

et qu’est-ce que je vois dedans,

si ce n’est pas ce vieux Vatan

qui me dit qu’en sortant des chiottes

il a trouvé une culotte

non point à la taille que j’ai

mais en dessous de ce qu’il sait.

On est entre chiens de faïence

et pas du tout dans la confiance.

Je leur ferme la porte au nez.

« Si Verju nu s’est débiné

et perd son sang à grosses gouttes,

on a droit d’avoir de gros doutes

et d’exiger explications.

Que l’un de vous reste en faction

pour prévenir du gars la fuite

car ce n’est pas là qu’il habite. »

Voilà ce que j’entends dehors.

Et Vatan s’en prend à mon corps

pour reprendre du cours les choses.

« Là, mon Vatan, il faut qu’on pause.

Quand les gens posent des questions,

il faut ménager les passions. »

Et voilà comme, ô bonne dame,

je me suis retrouvée infâme

aux yeux de la population

qui n’a pas tout à fait raison

mais pas tort non plus dans l’ensemble. »

De tout son corps Armande tremble.

Mulat en haut se gratte fort

au bout du nez ce qui en sort.

L’assistance retient son souffle.

On sait bien qu’Armande camoufle

sous son aile des petits riens

qui finalement pourraient bien

changer le cours de cette affaire.

Dans le public, on désespère :

« Ah ! La vache de tremblement !

Ça lui donne des airs d’enfant.

J’en ai la dragée dans la faute

et pourtant je me la tiens haute.

Quand elle dresse le téton

je deviens dur comme béton.

Arrêtez-moi si je me trompe

et avant que le sang me rompe,

mais si enfin tout est permis

que je sois le premier admis ! »

Ce sont les plus vieux qui se branlent

quand la justice enfin s’ébranle.

Mais revenons à nos moutons.

Dans les rues court sans caleçon

notre Verju qui sans soin saigne.

L’air lourd et délétère règne

comme dans un mauvais roman.

Pour les drames c’est le moment.

Des ombres sûres se rassemblent

autour des bouches qui ressemblent

à autant de portes d’enfer.

Des parieurs croisent le fer.

Des femmes montent et descendent.

Verju entre dans la légende.

« Il fait froid quand on est à poil.

On est bien mieux dans un futal.

Monte avec moi, j’ai la chemise.

Je peux te faire une remise

vu que sans rien dessus dessous

tu n’as rien prévu pour les sous.

J’en ai connu des mecs bizarres,

que des flambeurs et des avares.

Mais pas un pour te la montrer

avant de l’affaire traiter.

J’achète comme tout le monde,

de tout et rien, pas la Joconde. »

C’est Lisette qui sur le tard

propose à Verju un costard.

Ce soir elle est tombée en panne

et pour pallier elle cancane

et jette un œil qui vaut le trip

sur ce mec qui enfile un slip

en expliquant qu’il a fragile

la peau de la chose virile.

Du coup elle a de l’affection

pour cette leçon de passion.

« Si j’en mets pas un je boutonne.

— J’aime les mecs qui se raisonnent.

— Et puis c’est propre pour sortir.

— Sans ça on redevient tapir.

— On se retourne et c’est l’école.

— On prend plaisir et on s’y colle.

— Ça fait combien que je vous dois ?

— Mais rien du tout ! Mets-y le doigt.

— Des fois je fais avec le pouce.

— Oh ! Moi, du moment qu’on me pousse… »

Et il la pousse comme il peut.

Pousser c’est ce qu’il fait de mieux.

Dans le ciel la lune est très claire.

De noirs oiseaux bâillant s’aèrent.

Pour un beau soir c’est un beau soir.

On n’a envie que de s’asseoir.

On se raconte aussi des choses,

comme elles sont blanches les roses

et qu’il serait peut-être temps

de se donner deux trois enfants,

et que des fois on a la chance,

que d’autres fois c’est ce qu’on pense.

« Ce que tu es con, mon biniou !

Tu en as pris un sacré coup !

Tu as perdu l’art et l’aisance.

Je n’envie pas ton existence.

Encore un peu et tu crevais.

On voit de l’os où c’est coupé.

Si tu veux que je te recouse

ce sera sans une piquouse.

Dis-moi si tu veux, je ferai.

J’en ai cousu des balafrés !

Du haut en bas et des châtaignes

qu’à côté ce n’est rien les beignes !

Le mec qui t’a fait ça, mon chou,

s’est servi d’un vieux coupe-chou,

un affûté avec sa rouille,

mais massif pour que ça dérouille.

Laisse-moi faire avec les doigts.

Tu serais presque mort sans moi.

— Je te dis ou plutôt je gronde

que je ne suis plus de ce monde !

J’ai perdu la vie sans vouloir.

Je suis descendu dans le noir

et j’ai causé avec le diable.

Sans lui je me mettais à table.

Cette putain donne son cul.

J’ai une chance de cocu.

— Si ramasser c’est de la chance

c’est pire que ce que je pense !

N’explique rien et penche-toi.

— Me pencher encore une fois !

Plus jamais ça ! J’en ai ma claque !

Ça fait mal et ça sent l’arnaque !

En personne je ne crois plus.

Je suis mort, ni vu ni connu.

— J’en ai appris ce soir des choses !

Et sans en connaître la cause.

Comme quoi si le fou est mort

mieux vaut ne pas rester dehors.

Je prends mes cliques sans médire

et dans mes claques je me tire. »

Lisette disparaît d’un coup.

Verju n’en revient pas du tout.

Dans le grand parc seul il demeure.

« Si je suis vivant, que je meure.

Et si je suis mort, je suis fou. »

Le disant il tombe à genoux.

Il n’a pas peur, mais ça l’angoisse.

La voix d’un vieil hibou l’agace.

« Mais pourquoi vieux si dans le noir

jeunesse sait se décevoir ?

Les bras de la nuit dans les arbres

découpent ta dalle de marbre.

Tu n’es pas fou ? Tu le deviens.

Tu n’es plus mort ? Tu le sais bien.

Verju... ? Mon ami… je te parle.

Coucou ! Verju ! Je suis le marle.

Je viens chercher ce que tu dois.

A la fin une part m’échoit.

Voilà qui est bonne justice.

Chacun reçoit selon l’abscisse. »

Verju entendant cette voix

sur la pointe de ses dix doigts

se dresse et tend sa sourde oreille

dans la nuit qui tout ensommeille.

Mais le silence est revenu

comme il était parti, pas plus.

Un silence d’oiseaux de proie,

un rien de poisson qui se noie,

vacuité du noir en couleur,

blanc aveugle de ses noirceurs.

« Comme l’angoisse est imprécise

chaque fois que je l’exorcise. »

Cette fois il ne peut tenir

sans vite se mettre à courir.

« Ici l’enfer, il est de glace.

De glaces ces puissants espaces.

Le vent est un symbole fort.

Le contraire de ton effort.

— Voix ! De qui es-tu ? Qui m’appelle

dans l’ombre de la citadelle ?

Je veux mourir, devenir fou !

— Tu es déjà bouffon, mon chou.

Et moi je suis bien le poète

qui ce soir te casse la tête,

par jeu, pour rien, pour tout savoir,

pour exister au moins un soir

et me parler comme on se charme

quand on a déposé les armes,

vivant au milieu de ces morts

qui sont le rideau du décor.

Je suis Virgile au cœur de glaise.

Sur la scène je suis à l’aise.

Je ne sais pas comment je fais

pour finalement retrouver

le sens que l’autre en pure perte

avait donné à sa disserte.

Je dois avoir un beau talent.

Je fais, je défais dans l’élan.

Je ne sais plus qui est ma mère.

Pas de jeunesse et pas de père.

Si je suis né c’est nulle part.

Il faut reconnaître ma part.

Les vierges sont mes haruspices.

Au fond il faut que j’accomplisse

une sorte de grand écart,

avec ce que je sais de l’art,

qui n’est classique ni moderne.

Je suis peut-être la lanterne

qui se balance au bout du train.

Je suis la gare un lendemain

de voyage au bout de la terre.

Je ne suis rien, je peux me taire

ou dire tout ce que je sais.

Pour toi je n’ai pas de secret,

mais d’abord il faut que tu meures.

C’est dans ta mort que je demeure.

Comprenne qui verra, Verju.

On ne te reconnaîtra plus

quand j’aurai d’un beau bleu de Prusse

coupé le frein de ton prépuce. »

Verju s’arrête là-dessus :

« Sur terre je suis revenu,

dit-il sans vraiment trop y croire.

En voilà une sale histoire !

Et maintenant j’entends des voix.

La nuit, comme purée de poix,

m’enferme dans sa folie douce.

Qui peut venir à ma rescousse

ou plutôt qui veut m’égarer ?

(Mulat demandait à l’huissier

de faire usage de la force

et même d’employer l’entorse

si le témoin, qu’on rappelait,

à témoigner se refusait.

Derrière elle dans les coulisses

on encourageait la milice,

mais Bébère veillait au grain

et d’un beau geste de la main

au souffleur fit passer la suite

du texte à propos de la fuite

qui s’était conclue dans la nuit

par le face à face fortuit

de Verju qui s’arrêta pile

sur la tranche du bon Virgile :)

« Ne pensez pas que le hasard,

qui a son importance en art,

y est, Verju, pour quelque chose,

dit la voix qui du coup s’impose.

Tout ceci est bien calculé.

Nous n’en sommes qu’à la moitié,

mais jusques ici tout se passe

comme prévu par contumace.

Quand je le prends c’est pied à pied

ce long et pénible sentier

qui va depuis la solitude

à de meilleures habitudes.

— Moi, je vous trouve un peu abstrait,

s’écrie Verju sans voir de près

ce déjà terrible adversaire

qui semble sorti de la terre

tant il brûle de dire tout.

Veuillez, monsieur, de là dessous

sortir et montrer vos usages.

A la clarté je vous engage.

Il semble en effet que la nuit

ait oublié ah ! Quel ennui !

Les bonnes façons et le reste.

Encore un peu, c’est indigeste ! »

Verju porta sa main au front,

levant la hanche comme font

au cinéma les courtisanes

en présence d’un bel organe.

Virgile engagea son museau

dans la lueur venue d’en haut.

On eût dit une douce chatte

selon ce que Verju en hâte

prit la liberté de penser.

Une patte ôta en effet

l’attente d’une feuille grise

qui sur les lèvres s’était mise.

« Les cheveux aussi sont feuillus,

plaisanta Virgile apparu

dans la lumière inexplicable.

Tout nu vous êtes adorable.

La nuit efface les moyens,

dit-il sans exposer les siens.

L’idée d’aller nu comme l’Ève

ressemble beaucoup à un rêve

que je fis pas plus tard qu’hier

entre paradis et enfer.

Voulez-vous que je vous le dise ?

Vous entrerez dans ma chemise

pour de ma chaleur profiter.

Je ne me refroidis jamais.

Je sais aussi faire des rimes

car il faut bien que l’on s’escrime

avec la fantaisie des mots

quand c’est l’enfer qui sonne faux.

Passez le seuil de cette porte

avant que le feu ne s’emporte.

A force de souffler dessus

on provoque d’étranges flux.

Ainsi jamais vous n’eûtes maille

à partir avec la trouvaille ?

— La maille est un vilain défaut

et je sais faire ce qu’il faut

pour que le bois d’œuvre conserve

les qualités que je réserve

au riche comme au pauvre aussi.

C’est le premier de mes soucis.

Là-dessus il n’y a pas de doute !

Ce n’est pas ce que je redoute.

Qui ne connaît pas son métier

il prend le risque de douter.

Ma main comme ma tête est sûre.

Les tourments qu’aujourd’hui j’endure

n’ont rien à voir avec le bois.

Il peut flamber, je suis adroit !

— Ce n’est pas ce que je veux dire.

Moi aussi j’aime, sans maudire,

les beaux métiers de l’homme fort.

Je reconnais que dans l’effort

l’esprit la belle part se taille.

Vivre comme la valetaille,

mais le poète connaît ça.

La matière est un bon en-cas.

Taillons, forgeons, et sans réserve

plions le fer qui nous préserve

d’aller chercher plus loin l’essor.

La vie se peuple de consorts

qui font plus ou moins bon ménage.

Aux métiers qui font les villages,

rien ne va mieux que l’appétit

même pour le gagne-petit.

Et puis la femme est un ouvrage

qui a aussi ses avantages.

Ébéniste, je connais ça !

Mais la maille que tu vois là

n’est pas celle qui pour ta peine

fend le cœur de ton bois d’ébène.

Approche encore et entre donc.

D’une seule voix travaillons.

La mort dont je suis l’interprète,

(car une fois mort le poète

devient l’organe de ce mal)

des métiers se fiche pas mal.

Travaille-t-on dedans la tombe ?

N’est-ce point à la vie qu’incombe

le lourd devoir d’alimenter

les vivants pour la repeupler ?

Concevons-nous une justice

qui n’engendre ni ne nourrisse ?

Certes la vie est dure mais

la mort est faite pour chômer.

Ne dit-on pas que ne rien faire,

(j’entends quand on est sur la terre)

c’est s’associer avec les morts ?

On fait ce qu’on veut de son corps.

Il n’est pas question d’esclavage.

Mais s’il faut se mettre à l’ouvrage

du coup nous sommes les premiers.

La preuve est faite, pour gagner

le bon choix c’est un bon salaire.

Mais ce pauvre mort qu’on enterre

que lui reste-t-il maintenant ?

— Je ne sais pas ! Je suis vivant !

dit Verju tâtant la chemise.

Espérez-vous que j’agonise

pour alimenter le moulin ?

Si vous voulez moudre du grain

adressez-vous au vent qui souffle.

— Votre inspiration m’époustoufle !

Vous n’êtes pas encore mort,

comme le prouve votre corps,

et vous faites des vers fort dignes.

Cet art mérite qu’on le signe.

Voici ma plume et mon bureau.

Je vous promets un fier tombeau,

monsieur qui nu entrez en scène

sortant des coulisses sans peine.

Ce vent qui souffle sur vos grains

est un chef-d’œuvre pour les reins.

Poussez à fond entre les meules.

La grande poésie se gueule !

— Voici la preuve que je suis

vivant et même mieux bâti !

On fait de bien belles rencontres

comme ce diable le démontre

malgré le manque de clarté.

Je veux qu’on vive en société

et que le travail facilite

les avantages du mérite.

Comment vous sentez-vous, monsieur,

depuis que je fais de mon mieux

pour servir d’écho à vos odes ?

— Mais fort bien je m’en accommode.

Il y avait longtemps d’ailleurs

que je n’avais, comme employeur,

aussi bien payé ma personne.

— Si en poète je raisonne,

ceci serait un avant-goût

de ce que la mort sans bagout

me réserve après l’existence.

Ne rien faire c’est, en silence,

écrire après avoir scié.

— Ce sera du plus bel effet.

Tous les morts sont de bons poètes,

qu’ils aient été anachorètes,

sybarites ou rien du tout.

Chez les morts il n’y a pas de fous.

Cette engageante perspective

ne vous inspire ni motive ?

Quand vous serez mort et bien mort,

après séparation de corps,

la poésie sera la vôtre.

Et ensuite à la bonne nôtre !

Vous et moi mais c’est du gâteau !

Laissez-vous tenter par le saut !

— Je saute mais voilà j’y pense ! »

dit Verju en rendant semence.

Il avait un peu le tournis

et dans les jambes des fourmis.

« Si je suis tombé dans un piège… »

Sur cette glose il prend un siège

et accepte une pipe en bois

que Virgile tient dans ses doigts.

Quelqu’un lui craque l’allumette

et pour le coup il fait la bête.

« Je suis un mauvais ouvrier.

Aussi je ne sais pas aimer.

Ce qu’il me faut c’est la matière,

mais la volupté me fait taire.

J’ouvre la bouche et rien ne sort.

Pour le plaisir j’ai du ressort,

mais pour le dire je m’ensuque.

— Tu n’es pas comme cet eunuque

(nous le savons maintenant que

ce procès dévoile son jeu)

qui porte sur la fesse gauche

le signe que nous sommes proches.

— J’ai vu ça sur ton beau cucul.

Mais de quel cul me parles-tu ? »

Ici Virgile fait des gestes

en agitant un pan de veste.

Il serre ses lèvres d’enfant

après avoir montré ses dents.

Il tourne dedans les orbites

les deux grands yeux qui les habitent.

« Pour un mystère c’est sérieux, »

pense Verju qui voit le feu

répandre ses langues voraces

sur ce qui bouge et qui se passe.

« Qui suis-je si je ne suis rien ?

De parler j’ai bien les moyens

mais le dire c’est autre chose.

Il n’est pas poète qui l’ose.

Vivant je dois devenir fou

et mort serais-je rien et tout

comme les chansons de Virgile ?

Le bois ce n’est pas de l’argile.

Un coup de ciseau de travers

et la rime n’a plus de vers.

Tandis que les mots sont faciles.

Même le poète est docile. »

Ici Mulat frotte son œil.

Des larmes elle a fait son deuil.

Elle a renoncé aux sous-genres,

le mélo ce n’est plus son genre

depuis si longtemps maintenant

qu’elle n’en fait plus un enfant

chaque fois que sudoripare

le témoin venu à la barre.

« Il va falloir montrer son cul,

regrette-t-elle à son insu.

On voit de tout, même des fesses,

dans le courant de nos espèces.

Voyons ensemble ces signaux.

Et distinguons le vrai du faux. »

C’est du drame l’instant suprême.

La joie du public est extrême.

On se prépare à applaudir.

Les mains se caressent le cuir.

Les fusils lorgnent les casquettes.

Un coup de trop et c’est perpète.

Verju pour la démonstration

avait quitté tous ses haillons

et montrait sur sa fesse gauche,

au public et à la basoche

(qui le voyaient, notons le fait,

pour la première fois en vrai)

le signe que nous, anagnostes,

le livre ouvert aux avant-postes,

connaissons depuis le début.

Mulat observant ces trois culs

poussa un cri dans l’atmosphère

et citant les noms des trois frères

les convoqua dans son bureau.

Le public se grattait la peau,

la poule, la pêche et le manque.

La vice-présidente manque

de peu le bas de l’escalier

et plus bas se prend le soulier

dans le fion de la sous-préfète.

La justice n’est pas parfaite,

dit la presse qui veut savoir

mais qui ne voit rien dans le noir.

Et le soleil qui se recouche

du public laisse bées les bouches.

La bobinette choit sans bruit.

Bientôt tombe sur nous la nuit.

Le ciel redonne ses étoiles.

Sur la scène tombe la toile.

Le flic jette un dernier regard

sur le parvis où en retard

Gaston les mains pleines se presse.

Le bon curé le tient en laisse.

« Il s’agirait, cher compagnon,

je dis cela sans intention,

de ne pas se laisser abattre.

Tout ceci se joue au théâtre

et non point dans un tribunal.

L’inquisition n’est pas un mal

quand c’est le poète qui chante.

Il va être minuit pétante !

Il faudra rentrer sans vélo.

L’ami Popo se couche tôt. »

Et jusqu’à l’enseigne ils titubent.

Ils pensent s’en jeter un cube

mais l’établissement est clos.

« Ah ! J’ai vu mieux question prolo

quand j’étais jeune et à l’étude.

— Ami, puisqu’on a l’aptitude

allons de ce pas nous saouler ! »

Sur la muraille du palais

une fenêtre est éclairée,

rideaux tirés sous la feuillée.

L’ombre qui bouge c’est Mulat.

« Ah ! Les mecs on me la fait pas !

Je veux bien faire du théâtre

et sans compter me mettre en quatre

alors que je suis déjà deux.

Et même tirer les cheveux

pour que ça ait un air classique.

J’en sais plus sur le priapique

que les malades du pénis.

Je veux bien desserrer la vis

pour que ça sorte sans supplice.

Vous avez vu comme en coulisse

j’ai le conseil au poil à l’œil.

Ne vous plaignez pas de l’accueil.

Et pas un sou que je demande !

Du gratos et sans contrebande.

Et je fais ça depuis toujours,

avec ou sans ou trop d’amour.

Jamais payée quand je me donne.

Ah ! Que la nation me pardonne

mais j’ai le droit d’être au courant !

J’ai encore une âme d’enfant

mais pour les pieds c’est du solide.

Ici je joue la cariatide,

les dents serrées sous le plafond

sans mise à nu de mes nichons.

Qui c’est qui dit que la manière

et moi ça fait deux chicanières ?

Non mais posez votre croupion

et réfléchissez dans le fond.

Trois culs signés ça me complique.

On a foutu la loi salique

depuis longtemps dans les égouts.

Et mes frères, ce n’est pas tout.

Moi aussi je suis cachottière.

Il faut dire que mon derrière

je suis la seule à l’avoir vu

depuis qu’au lit je ne fais plus.

Monsieur Mulat est un classique.

Il écarte et ne se complique.

Un cri étouffé, il s’endort.

Je dis ça mais pas sans remords.

Vous pouvez oublier la chose.

En confession même je n’ose.

Mais j’aurais mieux fait de me taire.

Bref , comme les trois mousquetaires

on est un de plus au menu.

C’est con mais c’est du déjà vu.

Si vous n’y voyez pas malice,

je propose qu’on s’accroupisse

et que d’un seul regard ensemble

on entérine ce qui semble. »

Voilà qui les laisse babas.

Ils pensaient subir un tabac,

et on se retrouve en famille.

Des fois de trop jouer aux quilles

on se fait mal dans les genoux.

Et puis en plus ce n’est pas tout.

On avait prévu du tragique.

A trois on est toujours logique.

A quatre on n’a pas de Dumas

le talent qu’il faut pour ne pas

sombrer dans le jus de chaussette

d’un chœur joué sous escampette.

On a des fourmis aux orteils.

L’instinct de fuite est en éveil.

On ne se sent pas très agile.

« On fait comment ? pose Virgile

qui conserve par-devers lui

le sens galopant des ennuis,

un avantage en cas de suite

à donner aux idées de fuite.

— On regarde dans le miroir,

dit Mulat qui ouvre un tiroir.

— Ah ! Celle-là, gémit Bébère,

pour terminer c’est la dernière.

— Tu deviens clair comme l’abscons.

J’ai eu beau donner des leçons

aux meilleurs esprits de ce monde,

quand l’à-peu-près en moi abonde

je deviens trouble et même obscur.

— Moi je suis bon quand je suis sûr.

— La fraternité est un leurre,

mais de la nation c’est le beurre.

La liberté c’est le dessus

de la tartine des déçus.

Je préviens pour ne pas défaire

ce que vous ne saurez refaire.

Pour l’égalité on verra

car c’est une question de droit.

— Si c’est ça causer entre frères,

avec une sœur au derrière

et un passé qui se complique,

la fin ne sera pas tragique

ni sans danger pour les esprits.

Il faudra rembourser le prix !

— Frères, cessons ces sécessions !

Veux-tu, ma sœur, que nous fessions

avant de se mettre à l’ouvrage ?

— Nous sommes des oiseaux en cage ! »

Mulat referme le tiroir.

Ça fait un bruit sec de couloir.

Dans la main droite une cravache

et dans la senestre elle crache.

« Ça va les mecs ! Je suis Marion,

une spécialiste du fion

et des plaisirs qui s’y attachent.

Avec ça je vous les arrache

les cris que vous avez dedans.

Au claquement et sans les dents.

Veuillez retirer vos culottes

et protéger vos échalotes.

J’y vais sans joie les yeux fermés.

Je ne sais plus ce que je fais

et quand je sais, dieu me pardonne !

le signe c’est moi qui le donne

comme Zorro au cinéma

avant Anouck qui préféra,

après analyse esthétique

et considérations éthiques,

l’acier trempé de son fleuret

au cuir cinglant du martinet. »

Les trois histrions sans culotte

sur une file côte à côte

placèrent leur anus devant

un affreux miroir assez grand

pour contenir leurs trois andouilles.

« Veuillez vous protéger les couilles,

gloussa Mulat suçant le bout

du fouet qui ressemblait au knout.

Je ne dis pas ça pour Bébère

qui a tout le devant derrière.

On aime ça et on se tait

tant que je n’ai rien fustigé.

On se comporte en vaillant homme.

On mérite son chromosome

en mousquetaire ou en cochon.

C’est bien mieux qu’un coup de torchon.

Si les mouchent volent encore

après un pareil oxymore

je ne suis plus ce que j’étais

et je vous livre mes secrets. »

Le fouet claque dans le silence.

Une fraction d’attente intense

et un seul cri tandis que trois

signes se forment toutefois

l’un après l’autre sur les fesses

des trois frangins qui le confessent

avant de se frotter le cul.

« Ah ! Je vous avais prévenus !

Je suis précise comme veuve.

Ça fait mal et je m’en abreuve.

Ça me donne tellement soif

que ça me fait lever le piaf !

Ne bougez pas ! Je recommence !

Vous allez voir ce que j’en pense ! »

Et comme elle lève le fouet,

ce qu’on voit net dans le reflet,

le bras, la main, les doigts d’Alice,

qui s’est inquiétée du supplice,

se referment sur le poignet

de Mulat qui un genou met

dans l’entrejambe de la flique.

« Tu veux tout savoir du clinique !

grogne Mulat en refaisant

la même chose mais devant.

Je vais augmenter ta sapience

sans rien perdre des connaissances

que j’ai acquises sur le tas

dans la joie et dans la cata.

Quand la Marion se met en quatre

le caquet il vaut mieux rabattre ! »

La pauvre Alice ne voit plus.

Mulat lui a craché dessus.

« Pour du venin c’est de l’acide !

explique la veuve arachnide.

Quand je crache je le fais bien.

Voilà pourquoi tu es un rien

et que moi j’ai trouvé ma place.

Les petits c’est de la surface.

Nous on a le trou bien profond.

Quand on le veut ça fait siphon.

C’est comme ça qu’on y arrive.

La monarchie est élective.

C’est un défaut qu’il faut pallier.

On collabore et c’est gagné ! »

Mais la Mulat n’est pas vorace.

« Ah ! Il faut bien que ça se passe,

dit-elle en tendant tous ses doigts.

Allez ! On parle et on s’assoit.

— Qu’est-ce que j’ai pris dans la gueule !

dit Alice frottant ses meules.

Je remercie pour la leçon.

— Mais pas de quoi ! C’est sans façon.

Je fais gratuit si ça va vite

mais si on insiste je bite.

Le mot paraît peut-être faux,

mais il convient à ce défaut.

Car pour biter j’ai de quoi faire.

Pendant longtemps au baptistère

on a cru que j’étais garçon

tellement que je l’avais long.

Mais puisque tu es là, ma fille,

je te présente ma famille.

Bébère en avait mais avant.

L’abolition a pris le temps.

Virgile en a mais pour les dames

il a du mal entre homme et femme.

Verju tu le connais déjà.

C’est un amateur de caca.

Pas de famille sans prodigue,

je te présente en clair mézigue. »

Alice sautait sur ses pieds

pour son bonheur manifester.

« Avec les mains c’est plus facile,

dit Mulat qui devient civile.

Tu peux aussi baiser mon cul.

On profitera de l’insu

pour constater que j’ai le signe.

Ne pas confondre avec la grigne

qui fend le tout par le milieu.

Mettez-vous là pour acter mieux. »

Et elle pousse tout le monde

sur le miroir dans la seconde.

Ici l’auteur ne voudrait point

préjuger du lecteur le groin,

mais si vous avez sous la pogne

de quoi assumer la besogne,

que ce soit conçu pour pincer

parce que là, même en reflet,

l’odeur devient insupportable.

D’ailleurs Virgile est sous la table

pour se boucher les trous de nez

avec la crasse du parquet.

Bébère le met dans un vase

ce qui l’empêche dans l’emphase

de respirer comme il devrait.

Mais pour le Verju il est vrai

que l’occasion est une aubaine.

On voit bien qu’il se rassérène

sans rien cacher de sa gaîté.

Alice n’est dans le secret

et ouvre grand par conséquence

tant les yeux que les trous qu’on pense.

Mulat soulève son habit,

fait apparaître sans hauts cris

les mollets dessus les chevilles,

car si le spectacle des quilles

n’est pas le meilleur de ces vers

ce n’est pas son pire travers.

Aux genoux Bébère est en transe

et sans tarder perd connaissance.

Et comme Alice avec raison

lève les yeux vers le plafond,

Verju qui tant n’en redemande

est le seul témoin de l’offrande.

Le fond de la cuisse est écru

et ce qui se peint là-dessus

doit au rehaut et à la pâte

plus qu’au glacis qui fait la patte.

L’habit poursuit son ascension

comme rideau d’un odéon.

Et soudain le cri qu’il expulse

sur la scène Verju propulse.

On croit qu’il n’a pu contenir

les exigences du désir.

Il n’en est rien comme le prouve

l’endroit dans lequel on le trouve.

Il n’a pas du tout enfoncé

son visage dans ce qu’on sait.

On le voit plutôt d’ordinaire

mettre son nez et ses alaires

jusqu’aux oreilles sans biaiser.

La joue à ces détails se plaît.

La tempe avoue une finesse.

Et la narine en est l’hôtesse.

Mais au lieu de ça il émet

une opinion à deux doigts près.

« Ma sœur ne porte point culotte ?

Je reconnais là une faute

tant de goût que de respect dû

à l’exigence du mordu.

Et quand je mords, je ne mordille.

Fi de la peau ! De la coquille !

Sans dentelle pas d’escargot.

Pour rien je suis mauvais cagot,

un défroqué, un faux tartufe !

Je n’aime pas que l’on me bluffe !

— Je regrette de décevoir,

fait la Mulat sans s’émouvoir.

On fait ce qu’on peut dans la vie.

Et moi je fais quand j’ai envie.

Mais la culotte il faut laver,

et pour laver faut se lever !

Ne pas en mettre il faut le faire

si on y fait dans les affaires.

Les gens qui ne font rien dedans

et qui le font quand c’est leur chant,

voilà des gens heureux de l’être

qui cul couvert peuvent paraître

et satisfaire l’amateur.

Mais moi je n’ai point ce bonheur.

Je ne jouis pas de l’avantage

ni du piston je fais usage.

C’est que je fais à tout moment.

Et ça ne rentre pas dedans !

— Mais enfin, ma sœur, la culotte

n’est pas du trop-plein l’antidote !

Ce qu’on y fait a valeur d’art.

C’est la collection des flambarts,

le marché aux puces des aises,

le soin apporté aux malaises

quand on se sent trop bien ailleurs,

et là j’en passe et des meilleurs

parce que l’art a des usages

que le commun mais n’envisage !

— Pour le commun j’y vais souvent,

précise Mulat remontant

le froc qui perd de sa souplesse.

J’y repose même mes fesses.

Des fois je lis et ça me plaît.

On a des livres au palais

même si beaucoup ça ne pèse.

J’en emporte pour l’antithèse

et je commente à travers bois.

Plus loin que ça porte ma voix,

mon cher frère au goût exotique.

— Je ne dis pas non aux expliques,

surtout quand ça vient de si haut.

Je sais me tenir s’il le faut.

Mais ce n’est pas dedans mes poches

que je transporte mes ébauches.

Sans culotte je me sens vieux.

Chez les autres je vois les yeux

et je ne sais plus où me mettre.

— Les autres mal tu interprètes.

Ce qui te manque c’est la loi.

Pour le conseil regarde-moi.

J’applique et je reviens à l’aise

à la maison où j’ai du pèze

pour faire tout ce que je veux

plus ou moins ce que je ne peux.

Au total je suis dans la mouise

mais c’est la mienne et j’analyse.

— Je n’ai pas assez réfléchi,

reconnaît Verju sans ennui.

Mais maintenant que j’y repense

de ce doute je me dispense.

Tant qu’on y est, profitons-en.

Comme ça on fait les enfants.

— Ouais mais alors deux trois minutes,

propose Mulat qu’il culbute.

Je n’étais pas venue pour ça.

Tu le vois bien le signe là ?

— Il faudrait passer à la douche.

Des signes j’en ai plein la bouche.

— Avec la langue ça devrait

se voir mieux une fois après. »

Et le frère et la sœur profitent

d’être seuls pour se donner suite.

Virgile a tout bien nettoyé

à force de bien renifler.

Bébère est presque mort en vie

et renaît sans vraiment l’envie.

Pour ces deux-là pas de souci,

ils reviennent dans le récit.

Il faut dire qu’ils sont utiles.

Pour ça on peut être tranquille.

Par contre Alice est au plus mal.

Elle a chuté sans son futal.

Allez savoir pourquoi elle ôte

le pantalon et la culotte

avant de perdre ses esprits

comme dans les romans on dit.

C’est comme ça depuis petite.

Un choc et avant qu’on se quitte

elle enlève plutôt le bas.

Mais ce chant national n’est pas

endroit propice aux analyses

qui font florès dans l’entreprise.

Virgile est en train de crever

sous la table et sur le parquet

quand Alice avant l’inconscience

descend sur sa proéminence

la ceinture et le pantalon.

Il se ramasse à croupetons,

sans rien soigner de l’apparence,

et pour se renseigner avance

non point le nez qu’il a bouché

mais ses yeux dont il veut user.

« Nous sommes cinq et non point quatre !

crie-t-il sans se laisser abattre.

Dumas n’est point au rendez-vous.

Enid Blyton est avec nous ! »

A ce cri de folle énergie,

Verju qui croit à son génie

sort ce qu’il avait mis dedans.

La Mulat qui plus rien ne sent

tourne une fois sur elle-même

et confirme dans le blasphème

que le chiffre est le numéro

qu’elle tient même de Zorro.

Bébère trouve un second souffle

et son visage se boursoufle.

Le poisson rouge du bocal

connaît bien son métier buccal.

« Nous sommes cinq et non point quatre ! »

répètent-ils comme au théâtre

tandis que mort ou sans esprits

le coryphée par terre gît.

Le joli et nu cul d’Alice

dans la lumière est un délice.

Bébère qui vient de quitter

le vase où il n’a pas noyé

ce qu’il voulait pourtant y boire,

élève comme le ciboire

ce vase qui contient de l’eau

et le penchant de bas en haut

la verse sur le beau visage

d’Alice qui de son nuage

redescend pour leur demander

ce qui a bien pu arriver

à la partie de l’uniforme

qui ne préserve plus ses formes.

On la retient de remonter

et contre rien elle ne fait.

« Tout ceci sort de l’ordinaire,

s’écrient les quatre mousquetaires.

Dumas n’est pas un compliment,

mais le club qui charmait maman

nous fera passer pour des mômes,

des poètes sans un diplôme,

des exclus de la subvention

qui alimente les passions,

des aventuriers en chambrette,

des policiers en bicyclette

à la poursuite du méchant

qui tient d’une auto le volant,

toutes ces choses populaires,

mais pas seulement rastaquouères.

A quatre on fait de la télé.

On vide les rues des cités,

mais cinq ce n’est plus du commerce,

c’est du landau et on le berce,

le mystère en plus est gratuit,

il faut rentrer avant la nuit.

Nous autres on veut être quatre !

Un loup et trois cochons folâtres.

Trois bons mousquets et un en plus.

On en avait pris l’habitus.

On avait un plan de carrière

basé sur nos quatre derrières.

Et voilà qu’elle arrive en rab !

Et nous on est les bons toubabs.

Car on ne l’a pas dit encore,

mais celle qui veut qu’on l’adore,

et qui fait baisser le niveau

rien que parce qu’elle est de trop,

cette prolo de l’accessoire,

cette émigrée en bleu est noire ! »

Ça sent la merde et la sueur.

Alice connaît du tueur,

suite à un stage de huit plombes

sur les vertus de l’outre-tombe,

les signes qui ne trompent pas.

« Tu vas l’avoir dans le baba

avant de dire ouf pour la forme, »

pense-t-elle selon la norme

qu’elle s’efforce d’observer,

regrettant d’avoir oublié

le dernier gloria à la mode

pour les cas d’ultime épisode.

Mourir n’est rien si on y croit.

Ça fait dit-on ni chaud ni froid

mais pour ça il faut la manière

et si on oublie la prière

bonjour l’angoisse et la douleur !

« Mais puisque je suis votre sœur !

s’écrie-t-elle craignant le bide.

Le geste serait fratricide.

J’en connais un bout là-dessus.

Vous allez être très déçus

par la vulgarité du crime.

Vous risquez même la déprime,

les fausses joies du placement

et des tas de médicaments

qui coupent l’envie de le faire.

Sans ça on n’est plus rien sur terre.

Je peux enseigner le bon choix

des fois qu’allez savoir pourquoi

vous auriez plus envie de faire

ce que tous les gens font sur terre

pas seulement pour en avoir.

Pour faire bien il faut vouloir. »

Et disant tout ça elle tente

de mettre un doigt sur la détente,

mais le pantalon est en bas.

« Et la ceinture dans tout ça ?

Ah ! Ce truc venu de l’enfance !

C’est plus embêtant qu’on le pense.

Je baisse avec complication.

Je n’ai pas le bras assez long.

Jamais je l’ai eu aussi mince. »

Elle tend même les deux pinces

en agitant plus de dix doigts

comme il arrive dans l’effroi,

tellement que les mousquetaires

d’un commun mouvement s’atterrent

et saisissent le pistolet

que Bébère met de côté

car il est seul de la famille

à avoir fait dans l’escadrille

des classes dignes de ce nom.

Virgile n’avait pas dit non

mais il a le pied en galoche

et de profil l’effet est moche.

Un pied dans le feu de l’action

vaut mieux que magique potion.

Verju n’avait jamais eu l’âge

suite à un bête enfantillage

dont la nature connaissons

si l’on a appris la leçon

que cette chanson nationale

dit de ses pratiques anales.

« Messieurs, je veux bien apprécier,

dit Mulat rentrant le fessier,

vos habitudes militaires,

mais vu l’ampleur de cette affaire

on pourrait se remettre au four

et sans délai travailler pour.

Nous voulons être mousquetaires

et à quatre faire l’affaire.

Comme il est dit plus haut Dumas

Dostoïevski ça ne vaut pas,

mais nous ne sommes pas si russes

qu’on en apprécie les astuces

et d’un frérot adultérin,

qui joue d’ailleurs à l’assassin,

compléter le trio typique

qui sombre dans l’allégorique.

Si cette intruse est notre sœur,

comme le prouve par malheur

cette initiale hollywoodienne,

à notre tour et non sans peine

nous sombrerons vite et à pic

dans des aventures de flics

indignes de notre âge adulte.

On est larbin mais pas inculte. »

Alice écoutant ce discours

demanda police secours

mais on n’est rien sans téléphone

même si recta on raisonne.

Elle fit un petit caca

que Verju aussitôt croqua.

Le fouet de Mulat sur ses fesses

lui rappela la bonne adresse

et dans ce sens réfléchissant

il proposa que dans le sang

enfin s’achève cette histoire.

Bébère tenant la pétoire

et sachant s’en servir déjà

fut invité à faire ça

sans mettre en retard la fratrie

qui de Dumas avait envie

et pas du tout d’Enid Blyton.

« Tire un bon coup et finissons ! »

dirent les trois qui en arrière,

dans la chaleur procédurière,

firent un pas fort décisif

en attendant que l’inventif

mette un point final à ce conte.

Bébère pourtant se confronte

à sa conscience car enfin

s’il sait se servir de ses mains

jamais il en a usé comme

d’un remède contre les hommes.

« J’ai tiré et même gagné

mais l’homme était en faux papier.

En plus cet homme est une femme,

et l’honneur veut que l’on rétame

son équivalent en civil.

Si je le fais je serais vil !

Et vil je serai mauvais juge.

Je ne veux pas qu’on me l’adjuge.

Virgile a un défaut de pied,

il sonne faux quand il s’assied,

mais rien ne dit que sa nature

n’est pas faite pour l’aventure. »

Mais Virgile refuse aussi.

« N’allez pas croire, les amis,

que l’assassinat ne m’inspire.

Des épopées j’en ai vu pire.

Je pourrais tuer des enfants

si seulement j’avais le temps.

— Ah ! Non, dit Verju sans attendre.

Jusque-là je ne veux descendre.

J’ai connu l’enfer avant vous.

Voyez si Marion après tout

n’est pas qualifiée pour la chose.

Moi le caca j’en ai ma dose ! »

Et reculent les trois frangins

en se donnant toutes les mains.

« Mais qu’est-ce que c’est que ces types ?

dit Mulat qui se fend la pipe.

Ça veut du Dumas et gratos

et ça se fait piquer son os !

A coups de fouet je vous l’achève !

Tellement qu’on croit à un rêve.

Et puis ne fermez pas les yeux.

Vous allez voir comment je veux ! »

Alice pousse un cri terrible :

« Ah ! J’ai la peau hypersensible !

Trouvez autre chose et basta !

Renseignez-vous aux usa. »

Le fouet claque mais rien ne touche.

On entend voler une mouche.

Alice attend les bras en croix.

Elle a perdu même la voix.

« Mais voyons je suis déjà morte.

Au cimetière qu’on me porte ! »

Mais c’est en vain qu’elle leur ment.

Ils attendent le bon moment.

« Au pistolet, à la cravache,

tu vas crever comme une vache !

Mais pourquoi cinq ? Pourquoi pas six ?

On avait un bon synopsis,

avec du sexe et des chapitres,

et du vrai sang à tous les litres !

On comprenait tout à la fin.

Onze pieds à l’alexandrin,

le douzième pour la salive.

Il a fallu que tu arrives,

avec ton joli cul tout noir

et ton bel accent du terroir.

On était bien en mousquetaires.

On tuait le temps en affaires.

Verju revenait de l’enfer s

ans même avoir revu la mer.

Marion avait deux existences

et Mulat d’autres résidences.

Virgile faisait de l’amour

ce qu’ovidé n’a pas fait pour.

Et Bébère sans ses deux couilles

et sans le petit bout d’andouille

qui fait qu’un homme c’est un mec,

Bébère m’aimait aussi sec. »

Le mouchoir sur une main coule.

On croirait entendre une poule

qui pleure la mort de son coq

dans une tragédie ad hoc.

Dix yeux se tournent vers la porte.

« Si vous demandez que l’on sorte

parce qu’ici on est en trop

et qu’en famille les défauts

se corrigent sans la voisine,

pas de problème de doctrine,

on se recasse et on revient

et cette fois on vous prévient.

— On a un peu fêté l’occase.

La cervelle vite s’embrase

dans ces bistrots qui ouvrent tard.

Mais on n’a pas fait de pétard.

De suite on s’est mis à l’amende.

— Et maintenant on se demande

si un peu de bruit mais pas trop

n’eût pas évité quiproquo.

Des fois on tue à la bouteille,

mais moi je vous le déconseille.

— D’ailleurs on ne veut rien savoir,

au risque de vous décevoir,

de ce qui en ce lieu se passe.

Sur ce les amis on se casse. »

Les deux intrus qui conversaient

entre la porte et le palier

on l’a deviné n’étaient autres,

que le donneur de patenôtres

et le copieur d’assignations,

lesquels suspendaient leur action.

Autrement dit en d’autres termes,

le croyant donateur de sperme

et le pourvoyeur d’attendus

qui pour ça ne sont pas venus.

Voyant qu’un prêtre vient à elle

Alice tend une main frêle

et bientôt se met à baver.

Les bulles ça fait de l’effet

comme à l’écran mais en plus sale.

« Notre visite est amicale,

dit Camette en se gardant bien

de donner suite et les moyens

aux desiderata d’Alice.

Moi aussi j’ai pour la police

une grande curiosité,

ajoute-t-il sans se citer

en reluquant les fesses noires

qui ont de beaux effets de moire.

— Remarquez bien, dit le Gaston

qui s’avance mais à tâtons,

que tout ceci ne nous regarde.

— Et même qu’on n’y prend pas garde.

Continuez, jouez sans nous.

On nous attend aux douze coups. »

Mais derrière eux Marion referme

la porte dans les mêmes termes.

« Nous voilà sept, grogne Verju.

Le chiffre est faux, c’est bien connu.

Trois morts en plus sur la conscience

on va croire que pour la science

j’ai plus d’un atome crochu. »

Gaston qui se sent prévenu

jette un regard plein d’amertume

à Bébère qui se parfume

dans les volutes d’un encens

qui cherche en vain à prendre un sens

en attendant que ça se passe.

« Relativisons la menace,

dit Camette sur un genou.

Mais enfin que nous voulez-vous ?

Quand on s’en prend à la police

c’est souvent en toute justice.

Nous n’avons rien vu de si mal

qu’on n’en oublie pas l’anormal.

Pour ce qui est de la famille,

voilà que de fil en aiguille

on en sait plus et même mieux.

Mais à mon âge on se fait vieux

et ces choses perdent leur charme.

Quant à l’usage de ces armes,

nous n’en savons pas plus que vous,

car il semble que pour le coup

le drame connaît une attente

et que dans la mauvaise pente

il est en train de s’égarer.

Sans vouloir des conseils donner,

je puis au moins de mes lumières,

en dehors du plan judiciaire,

vous éclairer et vous guider

et le pire vous éviter. »

Ainsi parla le bon Camette

et content de sa pirouette

il prit place en un grand fauteuil

qui lui fit le meilleur accueil.

Gaston alluma le cigare.

Encore un coup, il est hilare.

« Nous sommes sept, nous sommes trop,

chante Verju qui cherche un pot.

Ils étaient sept et pour l’histoire

trois devaient trépasser sans gloire.

Mais qui connaît cette saga ?

Qui sait comment se termina

ce drame qui n’en est pas une

et qui cependant fit la une ?

— Moi je connais, pour l’avoir lu,

le dernier acte et même plus.

Quatre fois sur la grande place

le couperet fit la grimace.

Car le pourvoi est rejeté

avant même d’avoir été. »

Disant cela, le bon Camette,

satisfait de sa pirouette,

redemanda qu’on lui servît,

sans faire part de son avis,

un de ces fameux petits verres

qui favorisent les affaires

et participent au bonheur.

« Tuer son prochain sans tueur

est une erreur de générique.

Aucun de vous, même la flique,

n’est en mesure de tirer

sans son inconscient affecter.

Aussi voilà je vous propose

de confier cette sale chose

aux mains d’un véritable expert.

J’en connais un, tueur d’enfer,

qui par plaisir et sans monnaie

saura pratiquer cette plaie

pour le plaisir et au comptant.

Ne me demandez pas comment

à ces relations je m’abaisse,

mais il se trouve qu’à confesse

dieu n’a pas de secrets pour moi.

Pour garantir ma bonne foi

je laisse Gaston en otage.

Ne ménagez pas les breuvages

qui favorisent le bon sens.

Gaston sera reconnaissant.

De la plus belle de ses plumes

il forgera sur son enclume

le chant qui manque à votre cœur.

Pour moi ce sera un bonheur

de vous servir et de conclure

votre inoubliable aventure

par autre chose que le sang

que la guillotine consent

aux malheureux qui par bêtise

terminent mal leur entreprise

et perdent tout leur contenu

dans un panier pour ça prévu. »

Satisfait de la pirouette

se relève le bon Camette

prêt à sauter sur son vélo

pour parfaire le scénario.

« Mais Popo dort avec sa mère

et la bicyclette est derrière

la porte close du donjon

que toquer il ne fait pas bon

s’il est prisonnier de son rêve,

dit Gaston qui manque de sève.

— A confesse on veut tout savoir,

dit Camette sur l’accoudoir

remettant dans son équilibre

un vieux flacon qui se sent libre.

Quand Mulat reprend le chemin

que Marion la nuit connaît bien,

qu’elle refait par habitude

et sans excès d’exactitude,

n’use-t-elle pas d’un vélo

qui sans moteur et sans grelot

la conduit dans les lieux infâmes

où la douleur enfin l’affame ? »

Mulat rougit comme une enfant

et prisonnière du moment

cherche la clé dedans sa poche,

la trouve et gamine s’approche

du curé qui secoue le doigt

pour reprocher comme il se doit

à Marion de manquer de science

quand il s’agit de la prudence.

« Nous attendrons, ô mon bon père,

dit-elle en embrassant la pierre

qu’il porte sur son doigt majeur.

Vous comprenez bien que ma sœur,

ne peut pas vivre en mousquetaire

et que moi-même je dois faire

des concessions à l’âge adulte.

— Je comprends tout grâce à mon culte

qui est la religion du roi.

Ne bougez pas, attendez-moi,

je promets tout, je m’exécute.

Profitez de cette minute

pour mesurer la profondeur

de ce drame venu d’ailleurs,

de ce dehors qui rend les choses

si distantes de leurs vraies causes.

— Faites vite et ne trahissez

nos intentions dont le succès

dépend de son lointain mystère, »

dit Mulat que ce ministère

a transporté dans cet ailleurs.

Mais Verju se pose en censeur.

Il retient encore la manche

de l’habit et cale sa hanche

contre le dossier du fauteuil

car avant de franchir le seuil

selon lui il faut que Camette

s’il veut monter à bicyclette

doit d’abord bien se dessoûler.

« L’accident est vite arrivé, »

grogne Verju qui est en crise

et refuse de lâcher prise

tant que le curé n’est pas clair.

« Mais enfin, Verju, tu te perds ! »

dit Mulat tirant la soutane.

Et d’un puissant coup de tatane

envoie Verju dans le décor.

« De revenir je me fais fort !

s’indigne le père qui dingue

en tirant lui aussi la fringue

du côté où il va tomber.

Je l’ai dit et je le ferai !

Camette n’a qu’une parole

et il connaît très bien son rôle ! »

Mulat menace avec son fouet

Verju qui veut se relever

mais qui sur une crotte glisse

et de nouveau en l’air dévisse.

Gaston qui n’a pas tout compris

veut expliquer tout ce mépris

et pointant un doigt pédagogue

demande le chemin des gogues.

« Tu ne sortiras pas non plus, »

dit Bébère grattant l’affût

d’un ongle qui sent sa détente.

« Alors on se met dans l’attente ? »

demande Virgile voyant

que pour avancer maintenant

un vélo même au molybdène

ne suffira pas à la peine.

Un silence de mort se met

péremptoirement à régner.

On entend des oiseaux lugubres

et l’esprit devient insalubre.

Pour l’attente encore augmenter

d’une expectation de ciné

des anus croissent les dictames

et plus d’un pense rendre l’âme

sans autre forme de procès.

A genoux les trois condamnés,

soumis aux lois de la tremblote

qui fait que pas un ne fayote,

marmonnent des confiteor

attendant que les matadors,

au fouet, mains nues ou à la balle,

rendent verdict de la kabbale

qui de trois plus quatre fait un.

Le fait est que tout un chacun

sent enfin que son heure approche.

Le point de non-retour est proche.

« Sommes-nous seuls quand tout est nu

et qu’on voit qu’on est bien foutu ?

questionne Camette mains jointes

en forçant le ton de sa plainte.

Avons-nous seulement voulu

nous trouver là comme poilus

dans la tranchée qui sent la poisse ?

Et on attend que ça se passe.

Mais qui a prévu ce départ ?

Je le demande à tout hasard,

sachant que rien ici n’annonce

les prémices d’une réponse.

Je ne veux même pas prier

pour dans le ciel me retrouver

en bien meilleure compagnie

qu’ici bas sans cérémonie

la tête prise dans l’étau

de celui qui retient la faux

pour être maître de ma vie.

Moi qui rêvais d’une agonie

avec un peu de la douleur

que tout homme pour son malheur

mérite moins que son semblable

même après s’être mis à table.

Moi qui rêvais d’un croquemort

qui pour conclure bien mon sort

vidât mon corps de ses entrailles

pour de deux urnes sans mitraille

borner les marches de l’oubli.

Moi qui rêvais d’un blanc sans pli

comme la vague sur la plage

rempoche les blancs coquillages

et recommence à l’horizon

ce que déjà sait la raison.

Moi qui rêvais d’une parole

qui me donnât le dernier rôle

et emportât loin du désir

la mémoire de nos martyrs,

laissant aux poètes la place

perdue en allant à la chasse.

Moi qui rêvais et qui buvais

ne ménageant pas le chevet

ni de livres mangés d’histoire,

ni de procès inquisitoires.

Table munie d’interrupteurs

que j’actionnais dans la douleur

pour faire plaisir à la femme

qui me donna le calligramme

et l’or du temps que j’ai perdu

et que je ne retrouvais plus

juché sur une bicyclette

en m’adonnant à la branlette.

Moi qui rêvais je vais mourir.

En attendant je peux souffrir

sans que ces lanières s’appliquent

à mon échine qui rapplique

au moindre sifflet entendu.

Et je ne parle pas du cul

qui dans les plis de cette robe

à la merde ne se dérobe

tant la puanteur est sa loi.

Dispense-moi de cet exploit,

ô femme de loi que le double

habite et mon pauvre nez trouble !

Avez-vous jamais reniflé

pareil empyreume cagué ?

Vous n’êtes pas quatre mais mille !

Ici pas une drosophile

à l’expérience ne se veut

prêter sans exiger un peu.

C’est un million de lucilies

qui dans la merde communient !

Bouchez le trou qu’on vous a fait,

madame à qui on n’a rien fait !

Ou bien tirez-nous une balle

voire dans nos trois trous de balle

et mettez fin à cet enfer

qui de l’asphyxie est le vers

le plus bancal que jamais rime

eût à conclure par le crime.

Mais enfin songez-vous messieurs

au posthume de vos adieux ?

Quand on travaille pour la gloire

on n’en fait pas toute une histoire.

Et surtout pas en contraignant

la victime ou bien l’aspirant,

(je laisse le choix du baptême

à votre senti du lexème)

à crever de ne plus savoir

si c’est du vrai ou du polard.

De cette mort privée d’angoisse

acceptez qu’on nous débarrasse. »

Ce long discours fit son effet

sur les cavaliers sans mousquet.

Eux aussi pinçaient la narine

sans prononcer le mot latrine

mais très conscients de sa valeur.

« A dire vrai, ma chère sœur,

entonna Virgile sans armes,

j’avoue vous trouver bien du charme

mais pour poursuivre ce débat

qui mort mordicus en est là,

bien monsieur le curé raisonne

qui sait saigner la polissonne

comme il l’a démontré très bien.

Pour tuer avoir les moyens

il faut faucher chez les escarpes.

Il en connaît nés de la carpe

qui au Japon pond l’œuf tout cru.

Écoutons-le et même nu

laissons-le aller où il pense.

— Ah ! Il en a bien de la chance,

celui qui a compris un mot

de ce que ton poème vaut !

s’écrie Mulat battant des fesses

pour mettre fin à cette messe.

Les poètes c’est con à chier !

Rimer c’est bon pour tout rater.

Et ne vaut pas mieux l’ébéniste

qui se prend pour un exorciste.

Puisqu’il n’est pas question ici,

du moins tant que debout je suis,

d’envoyer une des victimes

chercher l’auteur de notre crime,

et qu’il n’est pas question non plus

que l’un de vous trois sache plus

sur le milieu de la justice

que ce qu’on sait dans ses coulisses,

il faudra donc que ce soit moi

qui sans le soutien de la loi

aille chercher cet homicide.

A y aller je me décide !

Et sur mon superbe vélo

que jamais sauf sur le billot

je ne prêterai fût-il prêtre

celui qui voudrait disparaître

en laissant nos traces sous lui.

Allez ! Je m’en vais dans la nuit,

je bois cet intense breuvage

et je me mets dans le veuvage.

Huit pattes c’est ce qu’il me faut.

L’insecte sait ce que je vaux ! »

Les victimes le front par terre

forment des ronds dans la poussière.

Les trois frères d’un ferme pied

promettent de bien surveiller.

Mais Marion qui dans la méfiance

ressource son intempérance

ferme la porte à double tour

et d’un troisième sans discours

condamne les lieux au silence.

Et quatre à quatre elle s’avance

dans la descente d’escalier

qui se gondole sous ses pieds.

La bicyclette est en attente

entre latrine et rossinante.

Ici s’impose explication.

Hormis les questions de factions

qui des palais sont les limites

et participent à leur mythe,

(à négliger le surhumain

on finit au mieux comme adjoint)

jamais personne ne conteste,

(pour ça on est bien trop modeste)

l’utilité des lieux communs.

C’est l’endroit où tout un chacun

peut et doit vider ses entrailles

sans se mettre dans la pagaille.

La porte porte à la hauteur des yeux

qui servent leur auteur

de la fonction les initiales.

Pas de fièvre paradoxale

sur ce sujet qui vaut de l’or

quand au ciné c’est le décor.

Dans la vie c’est le nécessaire

qui fait office d’arbitraire.

Bien sûr un WC ne vaut pas

question mythe le bel extra

d’un flic qui a bien fait son stage.

Associé à cet autre usage

on comprend mieux à quoi il sert

et qu’en privé il est offert.

Mais qu’en est-il de rossinante,

ce fier compagnon de l’errante

chevalerie qui disons-le

en France est encore le mieux

à défaut de bien sous tous angles ?

Qui veut monter bête la sangle.

A part la carpe du Japon,

le kinbaku est à l’action

ce que l’action est à l’aisance.

Certes se soulager la panse

est d’un bien fou l’acquisition.

On voit aux portes des factions

qui profitent de l’avantage

pour en revendiquer l’usage

alors que le lieu est sous clé

avec dedans un occupé.

Mais jamais de mémoire d’homme

on a vu dans notre royaume

un garde formé au serment

être victime de tourments

occasionnés par le moins grêle

et exiger sans bagatelle

qu’on lui cède avec le papier

la place que le chevalier

occupe dans les ministères.

Se réservant bien au contraire

de son opinion exprimer

dans l’urne et le plus grand secret,

le moindre de ces fonctionnaires,

en dehors de la pissotière

ou pire d’un plus gros dépôt,

ne fait usage par défaut

ni de l’acquis ni de l’égide.

Il s’en tient à ses euménides

et se garde bien de frapper

si ce n’est pas là des WC

la porte prévue par l’usage.

Or, porte dans le paysage

de ce palais il n’y avait point.

On le faisait, mais dans les coins.

Le nouveau venu pouvait croire

qu’on se fichait bien de sa poire

et las enfin de poireauter

dans un coin il se dépêchait.

Passant pour ne pas donner prise

aux critiques de l’entreprise,

il voyait pourtant un panneau

sur une porte sans marteau,

signe qu’elle n’était conçue

pour s’interposer à la vue.

Il passait ainsi son chemin

et allait faire un peu plus loin.

Mais repassant devant la lourde

il revoyait sous la lambourde

le panneau qui ne disait rien

à son esprit moins que moyen.

Mais à tout hasard et sans gêne

de le comprendre il prend la peine.

Et l’ayant lu à haute voix,

il se souvient du palefroi

qui sans hanter son existence

lui a laissé des résonances

sans toutefois le révéler

à lui-même et à ses aimés.

Il revient ensuite à son poste

de nouveau prêt à la riposte.

Un fait finit par le troubler.

Tout le monde pour y aller

prend le même chemin derrière

le grand mur qui est fait de pierre.

Chacun y va comme il le veut,

les uns s’approchent peu à peu.

D’autres franchement le franchissent.

Enfin pourvu que s’accomplisse

ce qu’on est venu faire seul,

les seuls témoins sont les tilleuls

qui font de l’ombre sur ces rites.

Pensant qu’il a ce qu’il mérite,

car il n’a pas les résultats

de ses gros efforts sur le tas,

le garde observe ce théâtre.

Ceux qui ont le teint olivâtre

reviennent avec le teint frais.

Ceux qui ont prévu le papier

n’ont pas vu grand et dans leur poche

ils en ramènent des ébauches.

Pour dire choses comme sont,

s’il faut en tirer la leçon,

ces allées et venues critiques

ne manquent jamais de logique.

Mais en regardant de plus près,

on voit que l’un des usagers

défie les lois de la méthode.

Lui aussi pressé par l’exode

que le besoin excite en soi

selon nos naturelles lois,

il y va seul et les mains vides

et revient sans cet air stupide

de celui qui s’est soulagé

et se remet à travailler

comme le fait la sentinelle

dont nous avons fait notre échelle

pour que le tour soit bien compris

même des plus mauvais esprits.

Et les mains que nous avons vues

de visu parfaitement nues

serrent les poignées d’un guidon

qui défie plus que la raison.

Cet être pousse et puis le monte

un vieux vélo qui lui fait honte.

Lors le gardien fait un salut

car il reconnaît in actu

la tronche de la présidente.

Aussitôt avec rossinante

il fait le bon rapprochement.

« Bonjour, madame, quel beau temps !

Surtout si c’est en bicyclette.

Tournez ! Tournez l’espagnolette !

A Séville quand il fait beau

on se rencontre au grand galop !

— Je vois qu’on est un peu poète,

dit Mulat pas tout à fait prête

à converser avec un con.

Pédaler la nuit c’est très bon

pour ce que j’ai dans les guiboles.

Et je trouve ça même drôle.

Essayez, vous verrez après

comment que ça fait de l’effet.

— Ah ! Mais c’est que je les ai molles

à force de faire en bagnole

ce que je pourrais faire en vrai.

— De la forme j’ai le secret

et même plus quand je me pète.

Je vous laisse à vos amourettes

et je vais me forcer le mou

sans me faire couper le chou.

— Le chou c’est quelquefois le pire ! »

Elle rit sans le contredire.

Les cons c’est con et puis c’est tout.

On ne peut pas être partout.

Cette nuit elle est à l’ouvrage.

Pas le temps de ces badinages

avec de l’échelle le bas.

Elle saute en selle et s’en va.

En haut du palais on rigole.

Contre le mur avec la fiole

on dit des choses pour sortir

mais personne ne semble ouïr

ces appels qui pourtant fébriles

devrait inquiéter le vigile.

Il vient de perdre ses esprits

à l’extérieur de son abri

car Marion en levant la patte

a démontré que la savate

a bien perdu son charme fou.

Le garde a plutôt pris un coup

de fil de fer de la culotte

et ses réflexions sur les chiottes

ont pris le chemin à l’envers.

Il dort la langue de travers,

pas content du tout de son rêve

qui la réalité achève.

Le nez en fleur sur le carreau

les six prisonniers pour leurs peaux

craignent le pire et la souffrance.

On voit que pour la vigilance

il est vain de faire du bruit

et de croire que dans la nuit

le moindre cri la foule ameute.

La nuit tout le monde se pieute,

pour dormir ou ne pas rêver.

Les autres peuvent bien crever.

Ça fera des journaux le titre

si la mort a droit au chapitre.

Et se complique le récit

que nous entreprenons ici,

car le cours là se multiplie

au fil de la chronologie.

A part le rêve du gardien

dont on sait bien qu’il ne vaut rien,

mais ce pourrait être le vôtre,

comme vous dites « quelqu’un d’autre »,

l’imagination sur trois plans

poursuit sa recherche du temps.

Là-haut derrière la fenêtre

on écoute encore le prêtre

qui ne sait rien ni de la clé

ni de ce qui va se passer

si cette nuit, nuit entre toutes,

n’a pas de fin comme il redoute.

Pas un bruit ne vient de dehors.

Silence d’or, le monde dort.

Voyez Marion à bicyclette

qui se faufile à la sauvette

dans les rues qu’elle connaît bien.

Pour l’instant rien ne la retient.

Elle ne reviendra pas seule.

A son passage un chien dégueule.

Un habitué des trottoirs

s’écarte presque sans la voir

mais il la voit et il l’appelle.

« Vieille pute ! Ma toute belle !

Je ne suis pas encore mort.

A cause de toi c’est dehors q

ue je reprends goût à la vie.

A mes honneurs je te convie.

Le vin ne me manquera pas.

On le dit meilleur qu’ici bas.

Mais regardez comme elle file !

Avec un vélo c’est facile.

Et moi qui ai le gosier sec.

Dans ce cas on ferme son bec

et sur le trottoir on se couche.

Mais qu’a-t-elle ? Je l’effarouche

ou c’est moi qui parle de moi

et de la nuit ne le dis pas.

Oui, c’est la nuit plutôt, bien noire

et non point ce que j’ai pu croire

quand j’ai vu passer ce vélo.

Pour rêvasser il est trop tôt.

Le malheur s’abat sur ma tête

et d’un chapeau je me sens bête !

Ah ! Boire je n’aurais pas dû !

Femme m’en voudra, c’est foutu !

Jamais ne couche avec l’ivrogne

qui ne lui fait pas belle trogne

pour réclamer satisfaction

de ce qu’il appelle passion

et qui en vérité n’est autre

que la raison où il se vautre

car il ne connaît du métier

que l’astuce et les bons côtés.

Au fait, j’ai bien vu cette femme

qui n’est mienne mais que je dame

quand à l’occasion on se voit.

Je n’ai pas la berlue, ma foi !

Je la reconnais entre toutes.

Et c’est souvent que sur ma route

je croise avec elle le fer.

Elle est ma porte de l’enfer.

Et quand je dis fer je dis rare

car j’ai des dons pour la bagarre.

Elle allait vite et à vélo.

Je suis à pied, c’est un défaut.

En allant vite j’ai des chances.

Pressons le pas dans l’espérance.

Bien sûr il faudrait aller droit.

Pour aller vite c’est la loi.

Mais j’ai trop bu et j’ai encore

une de ces soifs de pléthore !

Ah ! J’ai bien dit vélo, monsieur !

Oui, je fais dans le besogneux

et gagne plutôt bien ma croûte.

Je suis prêt pour toutes les joutes.

J’en ai vaincu de plus heureux.

Quand je veux c’est ce que je peux

et quand je peux je m’émerveille.

Ah ! Ce n’est pas demain la veille

qu’on me prendra la main dedans.

Quand je m’y mets c’est pour longtemps.

Celui qui va loin se ménage.

Connaissez-vous bien les parages ?

Il me semble que j’ai déjà

marché sur ce trottoir, oui là

où vous mettez vos pieds d’argile.

Vous affectez un air tranquille

mais sous cette terre je sens

que votre cœur manque de sang.

Les uns vous tuent, d’autres vous créent.

La vie est un conte de fées.

Quand j’en aurais fini avec

cette femme qui cloue mon bec

(voyez où j’en suis en ménage :

un oiseau fait mieux dans sa cage !)

chaque fois que je reconnais

dans l’homme l’ami qui me fait

ce que je suis quand j’abandonne.

Une partie qui se maldonne

est signe que dieu est sorti

laissant porte ouverte à la nuit.

Que voulez-vous que d’elle on fasse ?

J’en ai assez de ses grimaces

et du prix qu’il me faut payer

pour qu’elle cesse d’ennuyer

(vous connaissez l’ennui des femmes :

en voici tout le mélodrame !)

jusqu’à mes amis et mes fils !

Ici je range mon pénis

et j’ouvre une bonne bouteille

qui comme je dis émerveille

et fait de la nuit un doux lit.

Qu’on me pardonne ce délit

qui ne mérite pas instance.

Quand on est malheureux on danse

avec qui connaît le trottoir.

Vous me trouvez un peu rasoir,

mais vous ai-je par pièce jointe

demandé d’écouter ma plainte ?

Monsieur, lâchez ce bras qui est

le seul bien que je me connais !

L’autre est moins leste à la détente.

Prenez-en soin si ça vous chante ! »

L’homme qui ainsi s’exprimait,

et qui avait l’air déprimé

de celui qui dans l’aventure

a perdu quelques procédures,

c’était Vatan et le golem,

sorti tout droit de son harem,

le menait usant de sa force

dans une ambiance de divorce

qui ameuta deux ou trois ploucs

mais sans les abonner au souk.

« Encore un mot et je me planque,

dit Vatan qui était en manque.

Des fois je dis n’importe quoi.

Mais, croyez-moi, pas cette fois.

La loi est claire en la matière :

quand on se retrouve par terre

et que la femme est la raison,

on tolère que la boisson,

s’explique mieux en une phrase

que ses effets dans l’épectase.

Comprenez que par conséquent

je m’insurgeai sur le moment.

Mais maintenant qu’un ange passe

et qu’à l’abri de mes menaces

votre ordre et tout le saint-frusquin

mes châtaignes ne risquent point,

je propose qu’on me relâche

pour ne pas compliquer la tâche. »

Disant cela Vatan a l’air

de reconnaître que l’impair

n’est dû qu’à de compréhensibles

défauts du voir et du visible.

Il monte un petit escalier

et en suivant signe un papier.

Une clé cherche son passage

dans l’acier qui d’un bon graissage

manque et par deux fois fait le tour.

La lumière d’un nouveau jour

disparaît et la nuit s’installe

tandis que quelqu’un d’autre râle.

Et pour ne pas le réveiller

notre homme se met à gratter

ce qui à un tuyau ressemble.

Aussitôt le radiateur tremble.

Il ne lui faut pas très longtemps

pour comprendre que le moment

est mal choisi pour l’heuristique.

L’autre soumis au morphéique

sur sa couchette est un ressort.

En plus de sa voix de ténor

il soumet l’art et les oreilles

aux reproches de la bouteille.

Le poème a la vocation

et même connaît la passion.

Vatan qui est influençable

à ce concert gratuit s’attable

et ne trouve pas le sommeil.

Dans le noir de cet appareil

il voit des visions apparaître.

De lui-même il n’est plus le maître,

d’autant qu’il redevient conscient

dans les pires de ces moments.

« Quand c’est trop on devient lucide,

explique-t-il de l’air candide

qui est le sien quand il est paf

et ne cesse pas d’avoir soif.

Je ne sais pas à qui je cause

car les linéaments des choses

ont besoin au moins d’un filet

de lumière pour exister.

Et je n’ai pas cette allumette.

Du feu je ne suis point l’athlète.

On dit que je suis né en sang

et que le cri dont je descends

ne fut point poussé par ma langue

mais par un père tout exsangue

tant l’accouchée avait saigné.

Voilà dans quoi j’ai dû baigner

pendant ce qu’on dit de l’enfance.

On peut dire que pour la chance

j’ai un don tout particulier.

Ça, tu ne peux pas le nier.

Pour le tison ça peut attendre.

Je n’ai pas de clope à défendre.

Mais si tu veux faire couler

un contenu pour partager

et de là rompre ce silence,

je suis avec toi jusqu’à l’anse !

Et je te laisse le goulot

si tu me cèdes le culot.

Fait-il jamais jour dans ce bouge ?

Et arrive-t-il que tu bouges

à part ce pied qui fait ressort

et ce discours d’où rien ne sort ?

Dans ce noir le couteau Bowie

donne du sens à ton envie

de régler toute la question

par une entière suppression.

Mais connais-tu cette légende

ami dont frémissent les glandes

quand vient le temps de dire non

à ce monde qui dit son nom ?

Tu n’auras pas même à l’amiable

ton combat sur le banc de sable.

Ami ne me laisse pas seul !

Je n’ai pas le goût du people.

Je ne sais pas qui t’ensommeille

mais je connais qui me réveille. »

Pendant que Vatan seul tremblait

dans le mitard des assoiffés,

Marion sur son vélo véloce

sur la route croisait les gosses

qu’on amenait aux abattoirs.

Elle questionna le trottoir

et tomba enfin sur Lisette.

« J’ai foutu dehors ce poète,

dit celle-ci pour rencarder.

La culotte quand c’est bien fait

je ne dis pas non et je flippe.

Je respecte tous les principes

de l’industrie et même plus.

J’aime l’habens pas le minus.

Le goût a besoin d’un arbitre,

pas d’un ingrat qui fait le pitre

avec le slip d’un bout de chou

qui de la vie sait déjà tout

alors que quand on n’a pas l’âge

on est faite pour l’affichage

sans acte et sans rien d’autre à voir.

Il en faut peu pour m’émouvoir,

aussi je l’ai mis à la porte

des fois qu’en mal je ne m’emporte.

Vous le trouverez chez Lulu

à moins qu’il n’y soit déjà plus.

Que peut faire un mec sans fortune

d’une souillon qu’il importune ?

Des slips j’en connais mais des vieux,

chercher ailleurs vous ferez mieux. »

Marion sur son vélo ressaute.

Elle en a mal à la marmotte.

Les vélos d’homme et d’occasion

ont deux défauts sans crevaison.

Elle craint les clous des chaussées

mais jette un œil aux gynécées

des fois que Vatan dans un trip

ait trouvé la reine du slip.

Chez Lulu on lui fait la gueule.

« A t’informer tu n’es pas seule,

dit une grosse comme un tas.

— Non mais des fois ! Ne me dis pas

que je suis aussi la dernière !

— Et quoi ! Je ne suis pas ta mère !

Quand je dis tout on me refait.

Et quand je ne dis rien on sait.

— Moi aussi, Vénus, j’ai mes règles.

Et quand je saigne j’en dérègle

et des pas nés sans privation.

Le talent n’est pas la passion

mais sans passion on est des caves,

les pieds dans l’eau comme le zouave.

Si tu ne sais rien je te mords

et si tu sais fais un effort !

Sur le dos j’ai la grosse affaire,

pas vraiment du diamantifère,

mais si tu viens je te vernis.

— Mais je n’ai encore rien dit !

Tu vas vite et on perd la boule.

Les mecs c’est fait pour qu’on les soûle.

Je l’ai fait mais je ne sais plus

qui était ce bel inconnu.

— Ah ! Mais tu te fous de ma gueule !

Je vais t’en mettre plein les meules.

Et pas deux trois comme tu veux !

Aller au bout du licencieux

c’est plus que du pain sur la planche.

Je suis l’as des effets de manche.

Montons là-haut pour discuter.

— Tu es un chou quand tu t’y mets !

Tu me diras pour la prière.

Pour le par cœur j’ai l’ouvrière.

— Je fais confiance à tes secrets.

— Tu m’en mettras sur les nénés

et des pas trop forts sur la tronche.

— Je vais te souffler dans les bronches,

avec des airs que les chanter

c’est tout ce qu’on peut se souhaiter,

comme un chef de service en rogne

qui s’est fait marteler les pognes

parce que tu n’y connais rien.

— Moi ce que j’aime c’est le bien

qu’on se fait quand on n’a plus l’âge.

Surtout, Marion, rien ne ménage.

Vas-y franco et sans le port.

— Tu sais que j’aime les efforts,

mais quand tu auras bien ton compte,

il faudra qu’enfin tu me contes

ce que tu as fait de Vatan.

— Tu peux compter ! Et du comptant ! »

Là-dessus les deux garces montent,

l’une devant baissant ses fontes,

l’autre lui coupant le jarret

de l’appendice de son fouet.

« C’est pas tous les jours que je paye,

mais il faut bien que je débraye.

Ah ! La Lulu elle a bon cœur.

J’ai même eu droit à l’accoucheur,

un qui le fait mais sans baptême,

même que quand j’ai eu l’énième,

avec perlouze ou bien Totor,

il a ligaturé les cors,

et je suis repartie en chasse

pour finir de rompre la glace.

— Mets-toi à poil et ferme-la !

J’ai laissé mon vélo en bas.

Je ne voudrais pas qu’on le fauche

et que j’y soye de ma poche.

— J’envoie Totor faire le pet.

Ah ! Faudrait avoir du toupet

pour chouraver la présidente !

— Mets-la en veilleuse, ma tante,

et reçois ce premier cadeau !

— Ah ! C’est bon en plein sur la peau ! »

Laissons Marion à son office

et revenons dans la police.

Vatan est toujours dans le noir.

C’est la couleur d’un bon polar,

mais sans lumière on fait des rêves

et dieu sait que les nuits sont brèves,

ou bien on garde l’œil ouvert

sans de l’endroit ni de l’envers

pouvoir dire enfin quelque chose.

La gorge à sec veut qu’on l’arrose

mais la salive mise à part

on est mesquin pour le taulard.

L’autre qui est de la famille

n’a plus soif et calme roupille.

Il a l’odeur qu’on sent l’hiver

quand on prétend faire des vers

pour se soigner à la va-vite

de l’intérieur où on habite.

Des fois on sort et dans le vent

qui mouille le nez mort vivant

dans une feuille morte on mouche

et aussi sec on se recouche.

On rit parce qu’on n’est pas seul.

Dans le jardin les épagneuls

se ressemblent comme des gouttes.

Ça boit et ça casse la croûte

dessus des chaises sans coussin.

Dehors c’est déjà le matin

et quand on rentre sous la lune

on n’a pas ni de la rancune

pour ceux qui se portent sans nous.

En avoir ou pas des genoux

c’est la question que le théâtre

pose aux chiens qui veulent se battre

mais après que retombé soit

le rideau qui sacre les rois.

« De la poésie tu veux faire ?

dit l’autre qui se désespère

venant de perdre le sommeil.

Dans le malheur je fais pareil.

Il faut que ma gorge soit sèche

et la peau de la langue rêche

pour retrouver l’inspiration.

Sinon le vin fait la fonction.

C’est l’un ou l’autre, c’est tout comme

la nuit et le jour chez les hommes,

à ceci près que chez les chiens

ce sont les mots qui font du bien,

le mal pesant de son silence.

Ah ! Si je connais ça, tu penses !

J’ai essayé par tous les bouts.

Du Rimbaud, du Brassens et tout

ce que j’ai trouvé dans la rue

chaque fois en tombant des nues

comme qui croyait tout savoir

à force de broyer du noir.

Des années je pourrais te dire

si je n’avais pas connu pire !

Le cœur de la terre est en fer,

comme quoi ce n’est pas l’enfer,

mais le cœur de l’homme est en vie,

c’est le paradis de l’envie. »

Le vieux avait l’air d’être assis.

Vatan était assis aussi.

« Pour le coup je n’ai rien à boire,

dit-il comme si pour y croire

il fallait que quelqu’un soit là.

— On reboira et puis voilà !

Pourquoi se biler avant l’âge ?

e suis l’idiot de mon village.

Comme de juste c’est Léon

qui te cause d’accordéon,

sans l’accordéon je t’accorde,

mais tu as fait vibrer ma corde.

Toi tu as bu, moi j’ai tué.

Nos instruments faut accorder

sinon on joue la différence

et on se voit des préférences.

Pour trucider je bois beaucoup.

Deux ou trois fois j’ai fait le coup.

Plutôt trois mais peut-être quatre.

On verra avec le psychiatre.

J’ai la série dedans la peau.

La nature fait les cadeaux.

On ne choisit pas de les rendre.

Pour en finir il faut attendre

que le hasard y mette un point.

Tu en es où du popotin ?

— Pour en avoir comme le monde

il faut jouer dedans l’immonde.

J’ai trouvé un truc par hasard

et je m’y tiens comme césar.

— Tu es cultivé dans l’histoire !

Je m’en tiens à l’exécutoire.

Tout est devant et même après.

On voit ça dans tous les procès.

C’est vite fait et pour la place

ça n’en prend pas et ça décrasse.

Tu verras un jour le couteau

en photo dans tous les journaux.

Du pur Bowie mais sans le manche,

avec une lame qui tranche

des deux côtés du trou qu’on fait.

Le rouge est du plus bel effet.

La douleur n’est pas mon affaire.

Avec la main je la fais taire.

S’il y a des mots je me fais fort

d’être le premier à l’effort.

Toi tu te donnes en spectacle.

Tu dois croire un peu aux miracles.

Je suis d’un réalisme obtus.

La scène est réduite au fœtus.

Toi tu es comme le vers libre,

ne tuant rien de l’équilibre

et surtout pas la voix du mort

qui veut paraître dans l’effort.

Moi j’ai la rime léonine,

à la perfection je m’échine.

La plaie est nette comme un fil.

Je soigne même le sourcil

si la victime est une femme

et je connais toute la gamme,

en huit, en douze et même plus.

Je la tisse dans le byssus.

Du viol je ne peux rien en dire

car si je joins sans m’interdire

au geste l’acte du climax,

je m’en tiens toujours à l’hapax.

— Je dois dire que la culotte

à côté c’est de la gnognotte.

Car la nature de ce sang

ne doit rien à ce que je sens

à force d’y penser et même

d’en retrouver le théorème.

Ce sang n’a pas la même odeur.

Aucune plaie pour mon bonheur

ne le produit ni ne l’étale.

D’Isabelle j’ai la fringale.

Pas un cheveu ne toucherai

sur cette tête qu’il est vrai

j’adore aussi pour son enfance.

C’est là toute la différence.

— Ah ! Mais là tu parles d’amour !

Et des façons qu’on met autour

pour que ça ressemble à la femme.

J’en connais l’usage et m’affame

plutôt que d’y céder de go.

Et j’en épargne mon ego

dans d’incroyables perspectives !

Je ne veux point d’alternative,

car mon chemin est tout tracé.

Certes je suis bien arrêté

et si donc rien on ne me coupe

je serai exact à la soupe

et même au lit pour en rêver.

Je ne mourrai pas sans passé.

La consolation est poussive

mais dans ces cas on se motive.

— Alors merci pour la leçon !

Il faut connaître la chanson

avant de faire le mariole.

Maintenant je connais mon rôle.

Je fais des vers comme on en rit.

Au matin je serai sorti

avec le papier d’une amende

et les mots d’une réprimande.

Et puis je recommencerai.

Ainsi je ne me suis pas fait.

On m’a fait et je me supporte.

Voyez comme je me comporte.

Une culotte, un peu de sang,

et dans la rue je me descends

à la bouteille et à la blanche.

C’est peu de chose dans ma branche.

— Chacun son poème et son vers.

En une fois le fait divers

détermine toute une vie.

Tu recommences, je convie.

Ton casier bouffe du papier.

Le mien en un mot tient entier.

Ta fête dure et on m’enferme

à peu près dans les mêmes termes.

Mais n’en pleurons, car au final

dans le cagot municipal

ni toi ni moi tombés ne sommes.

Ce qui s’appelle être des hommes

et non Vercey ou bien Fournier

qui ont le cul bien mal léché.

Nous les ferons, dedans l’histoire,

entrer comme suppositoires

afin que dans le grand colon

ils trouvent le temps un peu long. »

Et pendant que nos deux poètes,

Léon l’idiot qui à perpète

peaufinera sa perfection,

et Vatan qui de la passion

connaît un détail fort utile,

en haut du palais pas tranquilles,

nos six prisonniers attendaient,

trois qu’on vienne les libérer

et trois autres qui incapables

de perpétrer sur leurs semblables

l’irréversible et sa leçon,

leur faisaient la conversation.

Bébère recomptait les balles

dans la paume de sa main sale.

Verju essayait de donner

à son reflet des coups de fouet.

Virgile qui était sans arme

sur lui même versait ses larmes.

« Attention avec ce joujou,

dit Alice pressant le mou.

Les pétards n’ont pas de cervelle.

Leurs décisions sont casuelles.

Ça part même si on veut pas.

En stage j’ai étudié ça.

Ils en font même intelligentes

mais ça ne vaut pas qu’on commente.

J’ai vu un pouce mis en vrac

dans les coulisses de la bac,

un genou privé de rotule

suite à un manque d’opuscule,

et il s’en est fallu de peu

que moi-même je fasse mieux.

— Les trucs qui tuent ça émascule,

dit Bébère qui le simule

en faisant avec ses grands bras

des gestes qu’on ne comprend pas.

Ah ! Je ne conseille à personne

d’être obligé qu’on les lui clone.

Heureusement, Gaston en a.

Sinon je ne serais pas là

à attendre que ça arrive.

On fera bien dans les archives

et c’est peut-être mieux ainsi.

Que quelqu’un voie si j’ai durci.

Des fois la mort fait des miracles

si rien de vrai n’y fait obstacle.

— Les fous ça m’a fait toujours peur ! »

dit Gaston qui manque d’ardeur.

Mais plus il ne peut pas en dire

tellement il ne veut s’instruire.

« Mes enfants nous ne sommes plus,

prie Camette qui sent le flux

entre ses jambes faire flaque.

De poireauter j’en ai ma claque.

Si quelqu’un veut se confesser

qu’il aille, moi je vais danser ! »

Et il se lève dans sa pisse

en se secouant la saucisse

qui sur Alice fait le jet.

« Ah ! Je ne suis pas un objet !

crie-t-elle en se prenant les pattes

dans le pantalon qui épate

(il faut voir comme il les a bleus

les orifices de ses yeux)

le curé toujours à l’office.

J’ai toujours rêvé qu’on me pisse

dessus avec amour et tout,

mais là mon père on est sans goût !

— Ne me dis pas que ma biroute

à ce point ton esprit déroute !

J’ai du centimètre en rabiot

et pour le reste ce qu’il faut. Tiens je te montre

pour l’occase !

— Il est devenu fou, ce naze !

Je veux être abusée en faux !

Et avant consulter l’info.

— L’Afrique c’est le cœur du monde.

Cette terre en vierges abonde.

A côté on est riquiqui.

Ils ont les diplômes requis.

J’en ai vu quand j’étais plus jeune.

Tu sais avec quoi on déjeune ?

Un enfant à tous les repas.

Et l’église ne s’en plaint pas.

Baigne-moi ça dans la salive.

Les noirs c’est con mais ça cultive ! »

Heureusement un coup de fouet

met le ratichon à l’arrêt.

Il a même le bout qui saigne

et un gros bleu sur les châtaignes.

Il saute partout comme un chat

qui se prend pour un beau dada

depuis que coule sa cervelle

suite à un grand coup de truelle.

« Tu t’en souviens ? Maudit curé,

dit le diable ressuscité.

— Je m’en souviens et je regrette !

Je n’avais pas toute ma tête.

Je bossais sur ce sacré toit

et qui voilà ? Monsieur le chat,

qui veut que son dos on caresse

sinon il dit tout pour l’abbesse.

Tuer ça ne prend pas de temps.

On passe même un bon moment.

Non mais quelle était ton idée ?

J’avais la truelle citée

dans une main et dans le seau

le ciment tout frais d’un tombeau

à la dimension de ce diable.

Entre deux tuiles adaptables

son cadavre pouvait tenir.

Alors je le laisse venir.

Il me propose son échine.

Sur le câlin je ne lésine.

J’en viens même à éjaculer

et là-dessus je vais glisser

quand Jésus de son bras solide

m’épargne une chute perfide

qui eût mérité des questions

car j’avais la queue en faction.

Du coup me prend une colère

qui encore me désespère.

Je lève la truelle en l’air

comme si j’entrais en enfer

et elle s’abat très mortelle

sur le crâne de ce rebelle

qui répand le gris du cortex

sur la tuile de mon duplex.

Ah ! Tu te venges sale bête

en venant devant le poète

rejouer le dernier tableau.

Le fouet m’a écorché la peau.

Ça me fait un mal dysphorique

qui augmente le priapique.

Je vais bander toute la nuit

encore sans me mettre au lit.

La souffrance n’est pas un rêve

et de sa majesté j’en crève.

Même Marion qui s’y connaît

jamais ce coup n’aurait osé.

Va de retro maudite bête !

Des années que ce con m’embête.

Si je pouvais mais je ne peux !

Je suis un curé malheureux.

Et l’abbesse est morte d’angoisse

sans même faire la grimace.

Jésus pourquoi m’as-tu sauvé ?

Cette mort je la méritais.

Le diable ce n’est pas sur terre

qu’il faut lui mettre dans sa paire

ce qu’il mérite de l’humain.

Là-haut, crois-moi, je saurais bien

lui défoncer la brèche anale

et mettre en pièces sa caudale.

Dans le mystère de ta voix

je cherche les raisons du choix

qui me condamne à ces félines

commémorations de ma pine.

— Moi je veux bien ! Je suis hors jeu !

murmure Alice dans le vieux.

Chez nous aussi on a un diable,

un séducteur qui met la table,

un grand Satan aux cheveux blancs

qui s’amuse avec les enfants.

Donne-moi ça et puis respire.

Tout ça il fallait me le dire

avant de proposer en dur.

Si ça fait mal, mets-le moi sur,

et si c’est bien dedans la fourre.

Il a fallu que tu te goures !

Mets la charrue avant les bœufs

mais pas la poule après les œufs.

Mais c’est fini, on recommence.

Voyons ce que vaut la semence

des repentis du colonial.

Si je crie c’est que c’est pas mal,

mais si je me tais on se quitte,

pas bons amis mais en ermite.

La religion a des couleurs

que l’arc-en-ciel, pour son bonheur,

ne connaît pas comme on sait vivre.

Voilà comment on se délivre. »

Maintenant dans le noir cachot,

c’est Léon qui manque de mots

pour exprimer la solitude.

Le noir il en a l’habitude.

Parler à des ombres aussi.

Et souvent même c’est concis,

si bien que ça ne veut rien dire,

ou ça demande, ça inspire,

et ça retombe dans l’oubli.

Ainsi on ne fait pas un pli.

Glisser sur la peau de personne,

les yeux fermés comme Antigone,

il fait ça tous les jours Léon

et le refera en prison.

Vatan qui veut dormir l’écoute

mais se voit déjà sur la route

avec un vieux sac sur le dos

et une Amérique en cadeau.

« Seul et dehors, c’est mieux pour l’homme

qui a reconnu les prodromes

de ce qui finira enfin

par donner tort aux carabins.

Seul et dedans et à perpète

et bien à l’abri des tempêtes

qui agitent le genre humain,

si c’est écrire des bouquins

qu’on veut se donner pour fringale,

elle est pourrie ta martingale.

Tu peux changer de casino,

en parler à tous les journaux

et faire ficher ta trombine.

On ne vit pas, on s’achemine.

Comme on l’écrit en machadien

si le chemin est un chemin

c’est que tu te trompes de route.

Sinon il faut gagner sa croûte

et secréter dans l’isoloir.

— Tu parles obscur dans le noir.

Ça arrive aux plus perspicaces

dès qu’on les jette dans l’espace

où il faut attendre et rêver

en empilant sur le chevet

les souvenirs et les études.

Et attention à l’inquiétude

qui fauche mieux que le repos

et d’un homme fait un cagot.

Demain nos routes se séparent.

Tu retournes à la bagarre

et moi j’assiste à mon procès.

L’un et l’autre on est dans l’excès.

Moi dans le temps irréversible

et toi dans le monde visible

qui peut changer, mais c’est pour quand ?

Ne m’oublie pas, mon cher Vatan.

Si jamais tu commets un crime,

explique-le sans la victime.

Devant la nuit demeure seul,

pas un enfant, pas un aïeul,

et surtout pas ce que la femme

verse en douce dans nos dictames.

La souffrance jette les dés

avant notre destin fixer.

Mais si tu veux, je t’assassine

sans même savoir ta trombine.

Je fais ça comme on ne fait rien.

Je rends service et je fais bien.

Et pour que ça ne soit pas drôle,

je te supprime la parole.

Dans le noir on fait ce qu’on veut.

Et on le fait si on est deux.

Je n’aime pas qu’on me suicide.

Le vrai crime est un homicide.

Se tuer soi-même avec rien

à la solitude revient

et à l’horizon pas un homme !

Tu connais un meilleur royaume

que l’homme lui-même et à deux ?

A ce monde fait tes adieux,

et ne cherche pas à me dire

ce que personne ne t’inspire !

Et laisse-moi faire le mal,

ce qu’ils appellent l’immoral.

— Moi aussi quand je suis en manque,

je me prends pour un saltimbanque !

Je montre l’ours à l’ouvrier

et au bourgeois je vends l’herbier.

Les rendez-vous sont sur la place.

Je n’en connais que la préface.

Et merde pour ce que je suis !

Si je ne sais rien je traduis.

— C’est dingue ce que tu t’accroches !

Sans arme et même sans valoche !

C’est que tu ne veux pas crever.

Tu te fous pas mal de rêver.

Chaque fois que tu t’ensommeilles

tu maudis l’âge de ta vieille.

Le sommeil c’est du temps perdu.

On est vraiment bien mal foutu.

Pour le travail et la licence

on est construit sans connaissance.

Avec ces mains je te refais

comme moi-même je ne sais.

Tu souffriras une minute.

C’est peu payer pour une pute

que tu ne reverras jamais.

Tu veux savoir comment je sais ? »

Chez Lulu aussi le dialogue

prenait des dehors d’épilogue.

Le corps de Vénus est en sang

mais le fouet continue cinglant

de chercher l’os et la nature

sous la peau qui se dénature.

Vénus se sent comme à l’hôtel.

Pour profiter du gestuel

et du savoir des domestiques

rien ne vaut de bons coups de trique

et dans les endroits qu’on ne voit

pour ainsi dire pas chez soi.

Quand pour le plaisir on invite

l’art ne connaît pas de limites.

Marion donne un coup de chiffon

avec le style des garçons

qui pour servir sont des lumières

et sans secouer la poussière.

Pour le balai c’est dans les coins

et elle y met aussi le poing.

Bref du plaisir qui fait limite

et garantit la réussite

à la torture on est passé

et Vénus a bien dégusté.

D’ailleurs elle respire à peine

et se sent maintenant chrétienne.

Pour Vatan elle voudrait bien

savoir si tous les poils pubiens

que Marion lui prend à l’arrache

serviront la cause et la tâche.

« J’en avais et je n’en ai plus,

gémit-elle crachant du pus.

Je n’aurai plus besoin du peigne

pour me débarrasser des teignes.

Mais je le garde à tout hasard

des fois que prévu a ton art

de me laisser dessus la tête

les cheveux que depuis lurette

je porte comme un vieux signal.

Par contre ça me ferait mal

si je perdais sous les aisselles

les poils qui toujours font la belle

quand j’ai sué dans les efforts

surtout quand les mecs c’est des morts.

La main je l’ai toujours eue lisse,

le dit ma fiche de police.

J’en ai commis des vrais impairs.

Et tellement que j’en ai l’air.

Je n’ai jamais trahi personne !

Pour ça je porte une couronne

et j’y tiens comme si c’était

un objet de curiosité.

— C’est terrible quand on fatigue

et qu’on n’a pas fini l’intrigue !

râle Marion changeant de bras.

Puisque parler tu ne veux pas, j

e suppose qu’à l’existence

tu ne tiens pas comme tu penses.

J’irai me renseigner ailleurs.

— Mais tu iras où, ma consœur ?

Quand ça presse les nuits sont fraîches.

Tu es réchauffée mais n’empêche.

Si quelqu’un sait où est Vatan

ne cherche plus, tu l’as devant !

A tout te dire j’étais prête.

J’en avais l’eau sur la languette.

Ça me démangeait sous la peau.

Mais trop c’est trop et puis rideau !

Fais de moi un exquis cadavre.

Je le regrette et je m’en navre.

Mais de Vatan tu ne sauras

ni le début d’un aléa.

J’en fais quoi, moi, de ces peaux mortes ?

Au fond qu’est-ce que ça rapporte ?

Car c’est ici la vraie question

nous dit Racine sans passion.

Des mois, peut-être des années

qu’il faudrait pour que retapée

je retourne enfin au futur.

Je dis peut-être et rien n’est sûr. »

Et puis voilà, ainsi de suite.

Le récit explore ses rites

et que ça finisse on attend.

Les bons vers ménagent le temps.

Sur les trois endroits de la scène,

n’importe comment qu’on s’y prenne,

il faut bien que d’un point commun

du tout on ne fasse plus qu’un

sinon la chanson s’éternise

et le public dans sa remise

retourne non sans exiger

qu’on lui rembourse le billet.

Et nous voici avec la lampe

éclairant les feux de la rampe,

comportement on l’avouera

peu digne d’un si beau caca.

Donc éteignons cette lumière

et revenons, mais par-derrière,

autrement dit, en termes clairs,

par les coulisses de l’enfer.

D’ailleurs dans son abri agame

le souffleur a rendu son âme.

En fait nous n’attendons plus rien,

ni du dialogue des putains,

dont l’une veut achever l’autre,

ni des oiseuses patenôtres

qu’au palais on romance un peu,

ni même de ce que nos deux

taulards sans se voir négocient.

Nous serions dans l’ataraxie

après tant d’alternance au vers

et de rimes au fait divers.

La situation est banale.

On voit ça dans toutes les salles

et surtout dans les cinémas.

Le public sait qu’il ne sait pas,

et il a beau dans sa mémoire

les trucs importants de l’histoire

réviser en vitesse car

sur l’écran voilà ça repart,

il n’a pas trouvé la bricole

qui va lui remettre la fiole

sur le cou qu’il avait plié

pour sur le plan un œil jeter.

Et en effet la sentinelle

que Mulat se mettant en selle

a empêché de respirer

vient à peine de retrouver

sinon l’esprit du moins la face

qui s’éveillant fait la grimace.

Cette moue ne s’adresse pas

au jour qui devrait être là

pour mettre fin à la nuitée

et faire payer la journée

pour à la maison s’adonner

sans aucunement se priver

aux joies qui toujours s’y attachent.

Non, si notre vigile arrache,

non sans marquer quelques arrêts,

une grimace à son portrait

(un bâillement c’est trop peu dire

de ce qu’ainsi il nous inspire)

c’est qu’il voit bien à son poignet

que l’heure n’a pas avancé.

Un coup de feu fait qu’il se dresse

et que même il tâte sa fesse.

Et son cerveau lui dit enfin

que c’est le second ce matin.

Il frappe du pied sur la dalle

et se fracture l’astragale.

Il va crier qu’il a très mal

quand un troisième coup fatal

perce le meneau d’une vitre.

Il porte la main à son litre

pour vérifier le contenu

qui bringuebale au ras du cul.

Il en reste assez pour le dire.

Il est déjà dans le martyre

qui affecte les policiers

quand ce n’est plus sur le papier

que ça se passe mais sur place.

Et ça déforme sa grimace.

Il dégaine son pistolet

et décroche le cran d’arrêt.

Puis, plus rien, les bruits du silence,

les feuilles qui en l’air s’élancent

et retombent sur le pavé.

Dans ces moments, on croit rêver.

Il refait mal à l’astragale

comme s’il était en cavale,

serre les dents et le sphincter,

dessous il est dur comme fer

et tire à blanc dans la culotte

où le testicule boulotte.

« Si ce n’est rien, je reviendrai.

Une fois je l’ai déjà fait.

Ça m’a valu une médaille

que même dans la valetaille

elle a certaine la valeur.

Il ne faut pas se faire peur,

mais si c’est l’autre qui se taille

il faut engager la bataille

et ne pas craindre dans le dos

de lui mettre bien ce qu’il faut ! »

Seulement il ne vient personne.

Et le factionnaire résonne.

« Sans dos nous voilà bien foutus !

Dans le règlement c’est prévu,

c’est même décrit en trois phases

dont la première est bien la base.

Certes mais c’est de l’abstraction.

Et nous voilà sans solution !

Dans la fonction on se biture

et c’est quelquefois l’aventure.

Mais on n’est pas payé pour ça.

Si quelque chose ne va pas,

on peut retrouver la pointure

par le jeu des demi-mesures.

Le règlement est notre loi

et l’usage a sa bonne foi.

Si on n’est pas seul le stagiaire

peut servir de bouc émissaire

et sans stagiaire on a le bleu,

de la fonction le cul-terreux.

Sur ce sujet les circulaires

sont avisées et même claires.

Le rond sans le cuir c’est mesquin

et le cuir doit être fait main.

Voilà de notre politique

la raison et l’assertorique.

Ce sont de notre fondation

les principes et la chanson.

Nous travaillons pour la retraite

car l’existence est ainsi faite.

Point à la ligne et puis c’est tout !

La poésie parle pour nous

du premier barreau de l’échelle

aux oasis du CNL.

L’échelle est en forme de croix

et même de plus près on voit

que sans tomber dans le symbole

la croix est notre parabole.

Nous en avons pour tous les trous,

les grands, les petits et les mous.

Au morpion on est imbattable

et notamment dessous la table.

D’un geste nous tirons le trait.

C’est bien beau de vivre cloîtré,

encore faut-il la soupape

actionner sinon ça dérape

dans l’abus de médicament

dont le pastis est l’ingrédient

le moins soumis à la censure.

Et foin de vos caricatures !

On glisse vite sans piston

et il faut payer l’addition

avec les sous de tout le monde.

C’est dans ce sens que l’on abonde,

au profit de tous les marchés

dont nous sommes les chevaliers.

De profiter et sans réserve

on a raison car on observe

le principe bien arrêté

qu’on aurait tort de s’en priver.

Vous n’allez pas nous faire croire

que vous les pions de l’exutoire

agiriez d’une autre façon

si donnée était l’occasion !

Nous sommes faits comme des hommes.

Ces mains, ces bras, c’est du tout comme.

La différence sur le tas

c’est que les uns y font caca,

ce qui est interdit aux autres.

Les uns font comme les apôtres

qui ne posent que les questions

auxquelles c’est dieu qui répond.

Voilà comment ces uns profitent

de la destinée bipartite.

Ce qu’il vous manque c’est un dieu.

Et des dieux il n’y en a pas deux.

Vous pouvez chercher dans les marges.

De l’unité on a la charge.

La preuve c’est quand on est mort,

les uns c’est parce qu’ils ont tort,

les autres parce qu’ils s’en servent.

Peu importe que ça énerve.

Les barricades c’est du vent.

On le sait depuis si longtemps

que même les plus grands artistes

se font collaborationnistes

plutôt que la dalle crever.

Allons, il ne faut pas rêver,

nous voulons tous, après l’enfance,

trouver la place qui l’aisance

nous assure pour tout le temps

qu’on va passer la vie durant.

Qu’on soit de l’état fonctionnaire

ou de l’héritage notaire,

est tout de même mieux que rien,

car rien, si on n’est pas un chien,

est un os de croquemitaine

qu’aucune dentition humaine

ne peut ronger sans éprouver

la douleur d’être bien mal né.

C’est tout juste si la papille

y trouve des airs de famille.

— Ah ! Pour chanter tu vas chanter !

Me disait papa ouvrier,

si maintenant tu t’imagines

trouver le bonheur à l’usine.

Pour travailler l’homme n’est fait !

Mais s’il s’agit de surveiller

et de donner en bon complice

un coup de balai par service

sur le plancher où ces messieurs

et dames vivent que toi mieux,

alors mon fils surtout n’hésite !

Et choisis bien ton Aphrodite

chez le voisin ou si tu sais

en montant dessus l’escalier,

car les femmes c’est des pécores

et dans la fonction plus encore.

— Puisque c’est ça, mon cher papa,

dans l’immédiat ne crève pas.

Elle est noire mais sur l’épaule

elle a plus que moi d’auréoles.

Alice est son nom, pourquoi pas ?

Je m’appelle bien Nicolas.

Si tu veux bien que je l’épouse

je le fais après la partouze.

Et si cette idée te déplaît

ne te gêne pas pour crever… »

Mais soudain tandis qu’il y pense

et même à rêver recommence,

dans la nuit où les chats sont gris,

pas un chat et pourtant jaillit

un coup de feu, le quatrième,

qui signifie qu’un stratagème

est bien l’origine du feu.

« Pour le coup on y verra mieux

quand j’aurai informé la cheffe

qui en ce moment dans le greffe

fait de l’amour la condition

et que c’est même la raison

qui explique que son oreille

qui d’habitude fait merveille

cette fois n’a pas entendu

ce qui se produit au-dessus.

Mais si elle en est la victime

et que je m’approche du crime,

alors que je ne suis formé

que pour calter et informer,

ne se peut-il que mon mariage

finalement ne se ménage ?

Ah ! Tout cela est bien joli !

Ce n’est pas comme dans un lit

où être couché prédispose

à réfléchir bien à la chose

avant de refermer les yeux.

Ma foi, si je veux être heureux

je dois calculer la distance

à mettre entre moi et la chance,

si s’en prendre une c’est du pot !

Mais je crois bien que c’est plutôt,

en dépit de la bonne planque,

comme ça hélas qu’on en manque. »

Disant cela à haute voix,

bien malgré lui comme on le voit,

entre l’index et puis le pouce

il refait sans une secousse

le pli de son beau pantalon

qui n’est mouillé que dans le fond.

Deux plis c’est long quand on y pense,

et il y pense avec patience,

peut-être avec résignation

car la tolérance est un don.

« Se présenter devant du monde

avec des souliers qu’on inonde

n’est-ce pas le meilleur moyen

de convaincre le citoyen

qu’on vient d’assister à un drame

que même sans être une dame,

de plus ayant prêté serment,

on est en droit non seulement

d’avoir pris le temps de l’audace

mais aussi celui de la chiasse ?

On me croira certainement

car l’odeur qui en ce moment

donne un sens à mon apparence

ce n’est plus mon haleine intense

mais ce que je sais de l’anus

en attendant d’en savoir plus.

J’en ai parlé avec Alice

avant d’entrer dans la police :

— Des fois je me trompe de trou,

mais cependant ce n’est pas tout.

Vu la couleur de ton ensemble,

et la ressemblance il me semble

de tous les endroits de ton corps

il se peut que pendant qu’on dort

je me livre à des exercices

que ne verrait pas la justice

d’un bon œil comme je les vois.

Je ne voudrais pas que ces choix

te donnent de moi une image

pas assez conforme au mariage

qui est inscrit dedans la loi

que je respecte autant que toi.

— Je vois ce que tu veux me dire.

Mon papa était blanc et pire.

Mais le mariage, mon ami,

implique bien d’autres soucis.

Le corps je sais, ne t’en fais pas,

en maîtriser les aléas,

même si ce n’est pas le mien.

Avec la main on ne fait rien

mais avec les dents qu’on affûte

jour après jour dans la culbute

on peut mettre fin aux défauts

que les discussions de bistrot

dans la tête de l’homme enfoncent.

Pour pratiquer j’ai la réponse

et même à tout, ne t’en fais pas.

Tu ne me rattraperas pas.

Pour m’en faire il faut que j’en fasse,

mais quand on vit sous la menace

on pisse beaucoup dans le pot

pour les couilles mettre au repos.

Papa m’a dit tout ça en prose

dont il était un virtuose… »

Cette fois ce n’est pas le feu !

Mais le coup, s’il n’est pas furieux,

n’en ébranle pas moins l’espace.

Nicolas se fige sur place,

les yeux vissés dans la noirceur

qui ne trahit rien de l’horreur.

Son front suinte et ses dents claquent.

Il ne se voit pas dans la flaque.

On arrive sur le gravier !

« Si c’est l’auteur de ces péchés,

de tous ces morts qui crient encore

car la mort n’est pas indolore,

de ce monde je ne suis plus !

Et dire que je n’ai rien vu ! »

essaie de penser notre ilote

qui n’a plus le temps des parlotes

chères tant au cœur qu’à l’esprit

de l’agent qui a tout compris.

Il se voit mort et dans la terre.

Soudain dans la demi-lumière

une ombre prend forme et esprit.

Il n’a pas le temps d’un pipi.

Elle a fondu sans crier gare

sur son épaule et contrecarre

le geste qu’il fait pour tirer :

« Halte-là ! Tu pourrais tuer !

Alors que j’ai encore en bouche

le goût de la vie et des mouches

qu’on voit voler en attendant

que de s’en aller il soit temps !

Je te sens raide comme un manche

qui fait le mort entre deux planches ! »

Il se recule car la voix

s’est exprimée dans le patois

d’une province de l’Afrique

dont il connaît bien la musique.

« Partir n’est rien si on revient.

J’ai bien cru que dans le cyprin

j’allais justifier le syndrome.

Quand on parle le même idiome o

n met du temps mais on finit

par apprécier d’être d’ici !

— Mais enfin, mon amour, Alice !

Je vois que tu es au supplice.

Tu as dans les yeux la lueur d

es moments d’amour les meilleurs !

Encore un coup et je dénonce.

Mais tu m’apportes la réponse.

Ah ! Le bruit que tu fais jouissant

quand je ne suis pas là pourtant !

— Il faudra que je te raconte,

mais là, mon biniou, j’ai mon compte !

— Dis-moi si je te vois cul nu

ou si j’ai encore trop bu !

— Tu es dans le vrai ma feignasse !

Il a bien fallu que je fasse

ce qu’on me demandait sinon

plus là je ne serais pour ton

esprit informer sur le style

de préoccupation virile

que je satisfais sur le champ

quand l’occasion c’est le moment,

si tu vois ce que je veux dire.

On voudrait bien se l’interdire,

mais la douleur a des ratés.

Je ne dis rien sur les aspects

de la demande que m’a faite

mon agresseur qui est poète,

heureusement car sans les vers

je le prenais pour un pervers

tant il a des goûts qui dégoûtent.

Mais je vois que c’est dans le doute

que tu encaisses mon rapport…

j’ai pourtant fait un gros effort

pour ne pas dans le mélodrame

introduire de la réclame

pour les pratiques du désir

qu’on ne peut pas pour des loisirs

prendre sans passer à la caisse.

J’en ai vraiment pris plein les fesses !

— Je vois bien qu’il est arrivé

quelque chose pour expliquer

de ton pantalon la lacune.

Dans la lumière de la lune

qui ce soir éclaire la nuit,

à ce manque je n’applaudis.

— Mais si par ton odeur je juge

de l’influence du grabuge

sur ta pauvre imagination,

je n’applaudis pas sans raison.

Filons avant qu’on nous descende !

— Pour le coup qu’est-ce que je bande ! »

Mais déjà Alice a filé.

Du cul nu il suit les reflets.

Nos deux fiancés s’évanouissent

prenant du palais de justice

la tangente de son trottoir.

Nous voici seuls et dans le noir.

Là-haut, la fenêtre illumine

des arbres silencieux la cime.

Pas une voix ne nous parvient.

Et de la cheffe on se souvient.

Nicolas dit qu’elle profite

des locaux et qu’elle coïte

à l’abri des indiscrétions d

ont il est la seule exception.

Croire une simple sentinelle

fait courir à notre nouvelle

le risque de laisser ce trou

dans le vague de l’avant-goût.

On est ici tenté de prendre

la saine liberté d’apprendre

ce qu’en vérité elle fait.

Pourquoi ne pas voir de plus près ?

On a vu des récits plus denses

en ce genre de redondance.

Et puis l’œil en est averti.

Il n’en sera pas si surpris

qu’il en apprenne quelque chose.

La pornographie est la cause

que nous en savons beaucoup plus.

En trois pages tient le corpus.

Et dans la minute la science

exerce ses travaux en France

comme ailleurs en les imitant

on les recommence vaillant.

Parions même que la rime

dans l’ardeur de ses synonymes

se retrouve mieux que les mots.

Je veux dire par là qu’en pot

un cornichon avec l’olive

rime aussi bien que la gencive

avec les belliqueux travaux

du vinaigre mis sans défaut.

Du sel autant on peut en dire

qui plus d’un troubadour inspire.

Comment ne pas être tenté

par ce contre-feu éprouvé

par plus d’une réminiscence ?

La douleur n’est pas la souffrance.

Cette idée du frémissement

qui déplace le bon moment

pour n’en tenir que la promesse,

pour moi vaut bien toutes les messes.

Ici je peux abandonner

tout ce qui a constitué

de ce récit la vaine attente.

Cette perspective me tente.

Ainsi va la vie pour tous ceux

qui travaillent pour gagner mieux

et qui au hasard des visites

qui de l’amour sont les limites

tombent sur l’opportunité

qui n’est contretemps ni sujet

à de soucieuses assurances.

Voyons si j’ai un peu de chance.

Là où Nicolas est figé

par la peur qui peut s’expliquer,

certes, mais qui aux lois l’oblige

à se mettre dans les litiges

de la logique du récit,

de sa fin qui en fait le prix,

l’auteur sur le gravier s’avance

et vers la porte sans défense

(il faut qu’elle le soit sinon

on intrique d’autres questions)

du greffe où la cheffe s’amuse,

il va comme on se donne aux muses,

c’est-à-dire de son talent

aussi sûr que c’est élégant.

Un premier pas se fait en force

car il faut assumer l’entorse

faite à un roman qui trouvait

sa conclusion en peu de faits

nouveaux à mettre dans la forme.

Il y a loin entre qui déforme

le récit pour d’autres raisons

et celui qui sans déraison

l’abandonne à ses personnages.

Il hésite, craint le blocage,

et même du lecteur frustré

au cul un fameux coup de pied

qui ne serait pas sans mérite.

Reconnaissons que les limites

de l’élégance et du devoir

se sont mieux fait qu’apercevoir.

Un deuxième pas pour la cheffe,

qui disons s’appelle Josèphe,

jette le trouble dans l’esprit

de cet auteur qui s’en est pris

à des lois que jamais personne

de sensé et même épigone

n’a violées sans cher le payer.

Toute intention a son loyer.

Nous connaissons tous des exemples

de ces échappées hors du temple

qui se terminent dans l’oubli

après avoir dicté l’ennui.

Pauvres de nous qui d’aventure

avons souffert de ces lectures !

Il est d’usage d’achever,

même si on veut compliquer,

les romans surtout s’ils s’achèvent

d’eux-mêmes comme dans un rêve.

Et c’est le cas de celui-ci.

Alors pourquoi tant de soucis

à propos de cette Josèphe

qui se fait sauter dans le greffe

dans la très coupable intention,

et non sans préméditation,

de se venger de nos libelles.

Cette femme est une poubelle.

Tu ne vas pas abandonner

de ce roman le beau projet

parce qu’elle en connaît la porte !

Mais qu’elle y entre ou qu’elle en sorte

ne peut, ne doit conditionner

ce que tu voudrais achever

sous peine de gâcher ta vie !

Et voilà que tu te confies

au lecteur que ton vain nombril,

en proie à de méchants périls

dont ton inconscient est la voie,

n’a pas le bonheur et la joie

de convaincre de ton talent.

Ah ! Mal choisi est le moment

pour reparler de ta Josèphe

et de ce que la nuit au greffe

avec elle tu as commis

et même ailleurs s’il est permis

d’en dire deux mots pour parfaire

la confession que tu veux faire

alors que personne jamais

ici ne t’a rien demandé.

Introduire ce personnage

pour t’adonner aux commérages

que l’écrivain en mal d’écrit

refait à coups de bistouri

mérite que là on te plante

et que pour rembourser l’attente o

n te coupe au moins les deux mains.

A ton roman, auteur, revient,

et de la fin qui se propose

dis-nous encore de ces choses

qui avec toi n’ont rien à voir.

Pour cela il te faut t’asseoir

et fermer la porte à Josèphe.

Éloigne-toi donc de ce greffe

et dans la bonne direction

cours toi aussi pour la fiction.

Il semble que tes personnages

ont de l’avance sur l’orage

qui se prépare pour la fin.

A la lorgnette on les voit bien.

Voilà ! Un rien fait qu’ils existent.

Tu vaux mieux que cette égotiste.

Cours ! Apprenti ! Méchant voyeur !

Va mettre à l’abri ton bonheur.

Et laisse tomber cette femme

pour retrouver ton mélodrame.

— C’est bien pour te faire plaisir,

lecteur impatient de saisir

le sens caché de cette histoire,

que je poursuis, si tu veux croire

qu’ainsi se fabrique romans,

sur le papier ou autrement.

Dans la ruelle allait Alice,

le cul aussi nu que le vice

le permettait à sa leçon.

Nicolas qui non sans raison

courait sans haleine et moins vite

contre les effets de sa cuite

luttait aussi mais sans succès.

On voit ici que les excès

nuisent autant à la nature

qu’au procès de nos aventures.

Cela te convient-il, lecteur,

qui exige pour mon malheur

que la conclusion je poursuive ?

— Je veux ! — La clause est abusive,

mais tu préfères le ciné

aux aléas que promettait

Josèphe dans l’amour surprise,

si c’est aimer qu’on se dégrise

en prononçant le dernier mot.

Pour revenir au fabliau

qui servira à bien conclure

l’ambition de notre peinture,

je te dirais, mon Engeli,

qu’il n’est point de discret délit

qui à la fin ne trouve place

au spicilège du Parnasse.

Mais pour le coup, tu avoueras

qu’ici le morceau est bien gras !

Lit-on en effet des nouvelles

aussi incroyables que celles

qui sont rapportées en détail

dans cet extravagant travail ?

Le fait est que la belle Alice

qui vient de subir le supplice

d’une sodomie sans aveux,

sans pantalon et pour les yeux

cours sans rependre son haleine

et ainsi privée pour sa peine

de ce qui l’eût peut-être mieux

placée dans un roman sérieux,

elle prend une bonne avance

sur Nicolas qui par malchance

vient d’égarer un des souliers

qui d’urine trop contenait.

Il s’en plaint mais la douce Alice

qui ne veut plus qu’on la sévisse

à portée de la voix n’est plus.

Nicolas pied nu en conclut

qu’il ne serait pas raisonnable

qu’en sus d’un fond imprésentable

il fasse état devant ses chefs

d’un second et piteux relief

qui outre qu’il sent plus que honte

de l’inventaire fait mécompte.

Il faut retrouver le soulier.

Voilà ce qu’aime le papier !

Foin de Josèphe et des complexes

qu’elle provoque question sexe !

Si le récit s’était fourré

dans les arbres de sa forêt,

qui sont de très haute futaie

comme le prouvent trop les plaies,

du bacille à couteau tiré

aux croûtes dues à maints essais,

que par tout le corps elle exhibe,

cette histoire dans la diatribe

serait tombée assurément.

Non, ce qui convient au roman

ne se trouve pas dans le sexe.

Ce choix nous a laissés perplexes.

Ce n’est pas sans hésitation

que pour d’autres complications,

suivant le cul de notre Alice,

nous nous sommes fait les complices

d’un feuilleton qui se promet

à la conclusion d’arriver.

Mais l’occasion nous est donnée

de soustraire notre épopée

à la fois du simple porno

dont Josèphe est la mécano,

et du roman à l’eau de rose

qu’Alice veut remettre en cause.

Nicolas connaît son métier.

Il nous propose son soulier.

— Le roman dans cette recherche

de la nouveauté tend la perche.

Laissons de côté le détail

qui veut qu’on retourne au bercail

un peu en avance sur l’heure,

détail qui peut être le beurre

dont s’accommode l’épinard.

Du travail il faut avoir l’art

sinon on en devient malade

et avant la retraite en rade.

C’est une règle sans options.

Peu importe la conclusion

si conclure à la fin se paye.

C’est avant l’heure qu’on débraye

et non point avec du retard.

Je le répète c’est un art !

Et cette fois j’ai une excuse :

il ne s’agit pas d’une ruse

pour éviter de me fourrer

dans un fâcheux et noir guêpier.

Plus que moi-même j’aime Alice

et je veux être son complice

dans les meilleures occasions.

Ne doutons point de mes raisons.

Et cela suffit à ma peine.

Je suis meilleur que la moyenne.

M’eût-elle aimé si je n’étais

chaussure qui va à son pied ?

Parlant de pied où est la mienne ?

On dirait qu’elle est à traîne.

Voilà qui me met en retard.

Je vais passer pour un fêtard.

Voyons, je courais sans mesure,

autant dire qu’à bonne allure

je suivais un agent pressé

de rendre un compte détaillé

d’un outrage dont la fréquence

est relative à la malchance.

Soudain je me suis aperçu

qu’à mon pied gauche n’était plus

la chaussure que j’avais mise.

Pourtant quand je m’uniformise

je mets les deux sans me tromper.

Il fallait bien que ce soulier

eût échappé à ma vigie.

Je me connais des allergies,

mais aucune pour les souliers.

Aussitôt je suis arrêté

par cette plus que pertinente

réflexion qui me désoriente.

J’en perds de vue qui je suivais

et mon regard qui se connaît

scrute la nuit qui est obscure

à cet endroit de l’aventure,

ce qui, ne nous méprenons pas,

oblige à méditer le pas

que nous osons en pure perte

car en noir la nuit est experte.

Si je retrouve mon soulier

ce sera comme un étranger

qui est entré par une porte

une seconde avant qu’on sorte,

ce qui arrive fréquemment

dans les meilleurs de nos romans.

Le pied déchaussé sur la dalle

rend un son que l’autre sandale

répète comme un contrepoint

un ton plus bas malgré le soin

apporté à mon apparence,

et malgré l’obscurité dense

qui reprend son sens à l’effort

dont je suis le vaillant ressort.

Un chat peut-être noir me frôle

mais je ne perds pas le contrôle.

Si je dois tirer dans le tas,

peu importe qui crèvera !

Dans les situations tragiques

on a l’excuse de l’unique.

Je ne suis pas venu exprès.

Je veux ma chaussure à mon pied !

D’ailleurs j’ai froid dans l’entrejambe

chaque fois qu’aveugle j’enjambe

les choses qui peuplent la nuit.

Ce sont des choses qu’on déduit

non de l’effet mais de la cause !

De ne pas les voir on suppose.

L’endroit serait fort bien choisi

pour disserter mieux qu’à l’envi

sur un sujet qui me passionne :

l’instant même où on déraisonne.

Je ne sais pas si Engeli

apprécierait de ce souci

les précieuses inflorescences,

mais je ne veux, de son absence,

profiter pour donner au texte

autre chose que son prétexte.

Et j’avoue, bien que policier,

et pour ce faire bien payé,

que le sujet m’eût d’aventure

placé dans d’autres conjectures

que celles qui de ce rapport

circonstancié rendent l’effort.

La nuit était disons obscure

et je claquais de la denture,

le pied chaussé de sa chaussette

et la pisse sur mes couillettes

devenues froides comme mort

qui mort ne se sait pas encor.

Quand enfin sous une lanterne

à deux genoux je me prosterne,

voilà Josèphe qui en sort,

qui avec moi-même fait corps,

pour donner tort, je le redoute,

à tout ce qui sans aucun doute,

depuis que je me suis pissé

et que le texte m’est laissé,

nous avons décidé de taire.

— Mon chou ce que tu peux me plaire !

dit-elle en cherchant mon soulier

où il ne peut pas se trouver.

J’ai passé la nuit toute seule

à faire une drôle de gueule

parce que j’entendais des bruits,

des coups de feu, même des cris,

comme quand c’est qu’on assassine

et que ça donne des toxines

qui font plus de mal que de bien.

Moi aussi j’ai crié pour rien !

J’étais seule, je te l’assure,

pas ennemie de la luxure

qui fait du bien quand ça fait mal.

J’avais même un projet anal

à soumettre à ta pertinence.

Pas de souci ! Je le finance.

Et pas avec l’argent public.

Avec Persil ou Basilic,

comme tu voudras qu’on se donne.

Les sabbats fleurent les vacances.

A deux on peut former un club.

Une chambre avec ou sans tub

et des nudistes qui nous servent

et de protagonistes servent.

Tu connais mieux dans l’ici-bas ?

Mais pourquoi ne le dis-tu pas ?

On est entré dans la police

pour que rien nous nuire ne puisse.

J’étais en train de rêvasser

et de préparer mon fessier

à de réelles réjouissances

quand dans le cabinet d’aisance

qui se trouve juste à côté

quelqu’un fait des efforts pour chier.

Au mur je colle mon oreille

pour profiter de la merveille

et peut-être la partager.

Après tout on ne sait jamais.

La nuit les chats donnent la patte.

Il est rare ainsi qu’on se rate.

Mais au lieu d’un bruit de sphincter

quelqu’un se parle de l’enfer

et que jamais sa bicyclette

même au plus voleur ne la prête.

Du coup elle en oublie de chier

(je dis « elle » car en effet

ce n’est pas homme qu’il faut dire)

et laissant là son beau martyre

referme la porte en gueulant

que si son vélo on lui rend

elle promet que le service

sera retourné sans le vice

qui l’entache au premier abord.

C’est alors que je penche au bord

de la fenêtre ma poitrine

pas dans le but qu’on l’examine

mais ça me fait sortir les yeux

et qu’est-ce que je vois le mieux

si ce n’est pas la présidente

qui dans le noir de sortir tente

des WC où est enfermé

d’habitude son vtt.

« On m’a piqué ma bicyclette, »

pleurniche-t-elle à l’aveuglette.

Ça me fait je dirais pitié

et de la lumière je fais

en l’éclairant en plein visage.

J’ai appris ça pendant un stage.

La formation c’est pour les cons,

mais quand on sait c’est pour de bon.

« De me chier dessus j’en ai marre ! »

Et d’un pet elle me rembarre.

« Mais enfin, dis-je pour savoir,

un vol ne peut se concevoir

sans mes sinistres compétences !

On appelle à ma clairvoyance

chaque fois qu’on se fait voler.

Veuillez l’usage respecter

et d’une voix pas moins verbale

me dire ce qu’un trou de balle

n’entendrait pas comme j’entends.

Pour ça on se donne du temps.

— Ah ! Pas ce soir, je suis pressée

et ma bicyclette est volée.

Elle était avec le papier.

Du coup je me retrouve à pied

avec à faire d’importantes

et vraies choses qui dans l’attente

de caractère vont changer

ce qui par malheur sans effet

ne restera pas sur la suite,

chose qu’en principe j’évite.

Et avec le défaut que j’ai

je n’y arriverai jamais.

— Je peux faire la bicyclette

bien que je ne l’ai jamais faite.

Je sais tout faire si on veut.

Ce soir mon anus est en feu.

Le réseau m’a tout excitée

par connexions interposées

et je suis seule à le savoir.

— A ce manque je dois pourvoir.

L’affaire est pour le moins urgente.

J’en connais des moins impatientes.

Sur ton dos on n’ira pas loin

et à pied je ne vaux plus rien. »

Et là-dessus elle se jette.

Elle n’est pas dans son assiette.

Je saute et d’un bond la rejoins.

Quand on revient du petit coin

on sent souvent la savonnette

comme le chantent les poètes,

mais Mulat d’y aller n’a pas

besoin car elle fait caca

dans son absence de culotte.

Je me penche et je la dorlote.

— Demain tu en achèteras

une autre et même deux ou trois,

lui dis-je pour sécher ses larmes.

Je ne vais pas donner l’alarme

alors qu’on a toute la nuit

pour se battre contre l’ennui

et même plus si je t’inspire

des chiasses qui te feront rire

comme jamais tu n’en as ri.

Allons effacer nos soucis

en nous livrant les mains liées

à la face cachée d’Orphée.

— Mais c’est que je suis en mission !

Sans bicyclette dans l’action

je perds l’art et la connaissance. »

Interrompant la conférence

que Josèphe le triturant

à pleines mains, la foi aidant,

comme supplément de jouissance

lui donne non sans complaisance,

Nicolas dit qu’il a bien vu

la présidente au pied fourchu

aller vite et à bicyclette

peut-être chez la sous-préfète.

« Mais je l’explique clairement,

dit Josèphe en lui taquinant

le bout du pied sans la chaussette.

J’ai retrouvé la bicyclette.

— Ton récit fait perdre du temps !

Tu inventes ce vert galant

qui sort de son bois pour soustraire

un vélo sans quoi désespère

notre présidente aux abois.

Ce que nous savons toi et moi

c’est que cette nuit il se passe

des choses pour le moins cocasses.

Des coups de feu, du foin, des cris,

il faut expliquer tout ceci !

— J’ai retrouvé la bicyclette !

Pour la police je suis faite.

Et que tu le veuilles ou non !

Tu me dois assez de pognon

pour que la nuit je me permette

d’avoir une âme de poète

et de jouer avec les mots

pour changer un peu le tableau

et revenir sur le théâtre

car tous les jours pour en rabattre

nous sommes de l’art les champions.

Mais revenons à nos moutons…

— Certes non ! Rejoignons Alice

qui dans le poste de police

doit être arrivée maintenant

car c’est ici que le roman

commet enfin son dernier acte.

Au rendez-vous elle est exacte.

C’est avec elle qu’on finit

ce qu’on a commencé ici.

Et non point avec toi Josèphe,

pythie qui passe pour ma cheffe

alors que je suis son amant,

ni avec ce soulier manquant

dont j’ai même oublié l’excuse.

Ah ! Vois comme Engeli s’amuse

de notre piètre traduction !

Dès lors il faut que nous montions

pour remettre dans le bon ordre

ceux qui ont causé ce désordre.

Alice sera de retour

avant qu’il ne refasse jour.

De ta ceinture sort ton flingue

et me suis comme je m’embringue

dans ce sombre récit de fous

que le diable invente pour nous.

L’honneur commande le courage,

comme on nous l’a appris au stage ! »

Puisque voilà notre récit

dans son juste chemin remis,

en espérant que l’épisode

ci-dessus enfin baguenaude

dans les marges sans autre effet

qu’un petit sourire amusé,

revenons un peu en arrière,

au moment où le beau derrière

d’Alice traverse le temps

d’une cité pour le moment

endormie sans autre mémoire

que le rêve prémonitoire

frappant la porte du sommeil

avec le gras du gros orteil.

N’allons pas plus loin pour la clore,

cette impensable métaphore,

et posons-nous sur ce beau cul

pour en donner un aperçu.

Comme elle court elle s’excite.

Au vent son clitoris s’agite.

Elle en conçoit un doux plaisir

et ralentit pour s’en offrir

les promesses du paroxysme.

Mais le devoir a ses truismes.

La tautologie de l’action

impose sa loi aux passions.

Elle repart d’un pied plus ferme,

pensant au plaisir mettre un terme

dès que l’honneur sera sauvé.

Mais l’air dans le poil infiltré

a des saveurs que la conscience

quelquefois et sans qu’on y pense,

(d’ailleurs la pensée est ici

la cadette de nos soucis)

ne pèse déjà plus à l’aulne

des satisfecit qu’on se donne

pour ressembler à nos aînés

qui eurent les doigts dans le nez

de bien semblables épisodes

à composer comme l’on brode

pour ne rien dire d’important.

Alice s’assoit sur un banc,

non point pour laisser sa pensée

suivre le cours de ses idées,

mais au contraire pour ne plus

se laisser dicter d’autre flux

que celui qui entre deux cuisses

connaît bien son adoratrice.

La scène a bien sûr ses poncifs

et le tarif est dégressif.

D’un doigt qui connaît son affaire

elle se met devant derrière

comme d’autres de bas en haut.

En d’autres mots, nous voilà beaux.

Nous qui comptions surtout sur elle

pour nous priver des sexuelles

dépendances de la fiction,

nous voilà servis en action.

Lui expliquer l’état des choses

que ce roman en vers se cause,

n’est pas de tous les palliatifs

le mieux choisi ni décisif.

Les romans sont toujours complexes

à cause des actions connexes

qui font oublier leur raison.

Alice sans autres questions

eût enfin atteint la personne

capable de changer la donne,

on assistait à un final

où la question de l’us anal

rejoignait les trous de mémoire

et laissait la place à l’histoire.

Nous en sommes là et pas plus.

Alors mettre fin au laïus

et avant la fin à la niche

cramer la dernière cibiche

en voyant le jour se lever

sur les créneaux de la cité,

semble à tout prendre la meilleure

des résolutions qui effleurent

l’esprit d’Engeli dans son lit,

lequel d’ailleurs ne désemplit

car il est couché haut la pine

en compagnie des héroïnes

de ce roman qui est le sien

comme Don Quichotte appartient

à l’inventeur de ses errances.

Que lirait-on en son absence ?

Le romanesque sur trois plans

comme poussin fait le roman.

Mais ici nous sommes en France

et Engeli, quoiqu’il en pense,

est un immigré patenté.

De ce lit il doit se lever

à heure fixe pour reprendre

le travail qui à bien l’entendre

doit se conclure par la mort.

Il a dressé dans cet effort,

outre sa verge bien coupée,

l’échafaud avec sa poupée

à la tête déjà deux fois t

ombée par terre dans l’effroi

qui est le sien quand il essaye

de ne plus porter la bouteille

quand il porte plume et papier.

Disons-le, il est fatigué.

Comment traduire la fatigue

quand contre l’écrivain se liguent

les personnages inventés

pour un rôle précis jouer

dans l’amusante perspective

d’un roman plein d’alternatives ?

Sans oublier que nous avons

par un effet, non sans raison,

d’analepse dès l’ouverture

de cette joyeuse aventure,

tenté d’expliquer pour le moins

la présence d’un des témoins

devant la porte et même en elle.

Porte qui d’aventure est celle

par qui le scandale ou roman

est arrivé conséquemment.

En attendant que notre Alice

mette fin à son doux supplice,

un effet de prolepse aidant

revenons dans les premiers temps

de ce récit avec Virgile

qui retourne à ce domicile

pour se livrer la queue à l’air

aux dérèglements de la chair.

La nuit était, disons, tranquille.

Nous l’avons dit avant Virgile.

Il arriva tard dans la nuit

comme nous l’avons déjà dit.

Il avait bu, point dans les thermes,

mais pourtant il se tenait ferme

sur deux jambes passablement

exercées pour être un amant

tant doué pour la sérénade

que pour être par une aubade

averti du lever du jour.

Il avait un don pour l’amour

et le portait entre les jambes,

non point dactyle mais de l’iambe

tenant sa force et son allant.

Ça lui faisait un beau pendant.

Autrement dit deux grosses couilles

avec au milieu une andouille

qui en dépit des proportions

qu’elle prenait en érection

au repos paraissait petite

entre ces deux œufs insolites.

Et la chose aux femmes plaisait

qui des merveilles en faisaient

avec les mains ou autre chose

sans ménager entre les poses

l’ardeur de leur musculation.

Virgile avait dans la faction

une douloureuse expérience

mais comme il avait de la chance

s’il avait attendu longtemps

il n’en était pas moins content

d’être payé monnaie sonnante

aussi souvent que les amantes

pouvaient en faire le calcul

en prenant un certain recul

dans les affaires conjugales

dont elles tenaient les annales.

Mais comme on le sait maintenant,

ce n’est pas en se surmenant

que Virgile en vint au scandale

dans les conditions anormales

d’un procès qui mal s’acheva

comme bientôt on le saura

si Alice enfin se termine

et rend au récit sa cyprine.

Nous en étions donc au début,

par cette nuit où demi-nu

il se livra à une offrande

à la porte de notre Armande

qui n’ouvrit pas comme on le sait.

Il ameuta tout le quartier

et on vit le juge Bébère

se précipiter pour le faire

au moins taire devant tous ceux

qui s’agglutinaient sur les lieux,

autrement dit devant la porte,

exactement comme on colporte,

et la rumeur allait bon train.

Bébère le prend par la main

et tente en se pliant l’échine

d’au moins ôter la forte pine

de la serrure où elle prend

des proportions qu’un jugement

par la suite et sans grande peine

qualifiera de « phénomène ».

Nous n’irons pas jusqu’au procès,

car il faudrait crever l’abcès

que ce roman mit sur les lèvres

au paroxysme de sa fièvre.

Bébère en nage s’arc-boutait,

ayant même calé son pied

sur un détail de la poterne

où vacillait une lanterne

sans laquelle il n’eût point agi

comme en cette nuit il le fit.

Les grosses couilles de Virgile

qui ne se tenaient pas tranquilles

sur l’huisserie donnaient des coups,

tant et si bien que sans bagout,

détail qui eut son importance

quand il fut question de la chance

qui à Virgile avait manqué,

Armande défait le loquet

et d’un coup d’épaule aguerrie

au défaut de cette huisserie

en provoque non seulement

l’ouverture des deux battants

mais sur le trottoir en projette,

non point notre sérieux poète,

mais Bébère qui suffoqué

met dans la rigole le nez.

Voyez en quelles circonstances,

qu’on peut qualifier de malchance,

Virgile d’un poil ne bougea.

Armande étonnée fit un pas

et ouvrit une bouche énorme

qui en grognasse la transforme.

Le jet de sang l’atteint en plein

la ceinture où elle a les mains

comme jointes dans la prière.

Les grosses couilles sans matière

se rapetissent drôlement.

Puis Virgile prenant le temps,

les yeux ouverts, en cœur la bouche,

la langue sortie noire et louche,

tombe sur le dos et s’endort.

En fait on croit bien qu’il est mort.

Le jet de sang enfin retombe.

Quelqu’un approche une calbombe.

Dans la serrure la chair pend,

dérisoire et vidée du sang.

Dans son déshabillé de soie

Armande à l’horreur est en proie.

Sur la poignée tremble sa main.

Elle pousse un cri inhumain

qui referme sa grosse bouche.

Dans la flaque ses deux babouches

retiennent des doigts excités

qui ne pourront plus la porter

si pas un ne lui vient en aide.

Remis debout Bébère plaide

car il sent venir le procès.

Les témoins proches de l’excès

lui reprochent déjà son manque

de jugement à la pétanque.

Et pour ce qui est du bouchon

Armande il n’y pas de raison

fera les frais de la partie.

Un homme est mort et la folie

s’empare de l’attroupement

qui trouve tout ça très marrant.

On met le mort sur des épaules

et le bout dans une bagnole.

Bébère se met au volant.

« Montez ! » crie-t-il en agitant

une main à travers la vitre.

Armande bouscule des pitres

qui en profitent pour tâter

la dimension de ses nénés.

Elle monte dans la voiture

et c’est parti pour l’aventure !

« Je le mets avec les glaçons, »

dit Armande au coup de klaxon.

Il faut d’abord fendre la foule

qui pour cette occasion se soûle

en attendant que les journaux

se prennent pour des tribunaux.

« Elle est bonne cette bagnole,

mais le volant est de traviole, »

se plaint Bébère qui jette un

œil atterré sur le défunt.

Armande qui a un diplôme

a mis un doigt expert en homme

dans le trou qui ne saigne plus.

« Des fois ça marche, c’est connu !

Regardez dans le pare-brise,

car avant que ça cicatrise

il faut atteindre l’hôpital.

Vous pensez si ça lui fait mal !

Mais pas un cri ne sort de cette

bouche qui se donne au poète.

— On dit qu’il faut boucher aussi

tous les trous qu’on fait au récit

car il n’est pas toujours facile

d’être aussi soigné que Virgile.

— J’en ai connu des plus tordus !

En commençant par le Verju

qui débouchait mais dans la joie

le trou à merde de sa proie.

Regardez donc droit devant vous !

Sur la route il y a plein de trous

qui menacent nos pneumatiques.

On est peut-être en république

mais à Rome vont les chemins.

La veille ce n’est pas demain

qu’on bouchera les orifices

pour que l’oracle s’accomplisse.

— Si ça doit devenir obscur

je choisis de me faire un mur

ou le poteau télégraphique

de nos poésies sans métrique.

Sauver Virgile c’est ma loi !

Je vais avoir besoin de toi,

o ma belle et facile Armande

qui a les deux yeux en amande

uniquement pour les raisons

de la rime et de sa chanson. »

Ici comme veut la coutume

commence le second volume

de ce roman qui n’a de fin

que l’invisible séraphin

qui l’inspira à son poète

ou mieux dit à son interprète.

On sait de bien meilleurs adabs

mais en connaît-on tous les dabs ?

Mais n’entrons pas dans ces finesses q

ui malgré quelques vraies justesses

ont plutôt l’air de culs-de-sac

et laissons notre bric-à-brac

s’épancher comme fait le rêve

qui jamais ailleurs ne s’achève.

Voici, le temps est arrivé

de voir le premier achevé.

« Mais n’est-ce point notre Isabelle

qui vêtue de noir fait la belle

dans la rigole du trottoir

que sous ses pieds me semble voir ?

Nous aimons les petites filles

faute d’avoir une famille

avec la femme que pourtant

nous avons prise en l’épousant.

Mais prendre ce n’est point en somme

ce qui convient le mieux à l’homme.

Celui que je suis malgré moi

de la France serait le roi

si plus souvent et sans attendre

on lui offrait ce qu’il veut prendre.

Ce choix est un vrai piège à con !

Du coup je paye la leçon

et je dois dire qu’Isabelle

en connaît bien la bagatelle. »

Le promeneur qui y pensait

à son occupation allait,

car ce soir il était d’astreinte.

Ce personnage sans conjointe

qui vaille la peine et le temps

est celui qui va du roman

écrire la fin sans l’écrire,

certes mais ce n’est pas le pire,

car sans ce pitoyable intrus

rien ne nous serait advenu

pour justifier le façonnage

de cette épopée de notre âge.

Au commissariat il allait,

mais par un chemin détourné.

Il était toujours en avance

du moment de sa délivrance

qui ne durait pas bien longtemps

car toujours prématurément

se contractait sa vésicule.

C’est dedans que ça se bouscule

parce que dehors il a l’air

de n’avoir pas beaucoup souffert.

Isabelle avait l’expérience

du bonhomme dans l’appétence

qui veut beaucoup mais rien n’y fait.

Grand le projet, petit l’effet.

« Ah ! Mais c’est notre commissaire !

minaude-t-elle de sa chaire.

Justement j’ai appris un truc

pour faire patienter le suc.

Sans produit, sans rien de chimique.

Pas de danger, pas de critique.

Avec la main et sans les pieds.

Vous voulez peut-être essayer ?

— Tu m’as déjà mené en barque.

Tu es la reine de l’arnaque !

Car tu connais la vérité :

par toi je veux être arnaqué.

Je vais vite, c’est ma nature.

Ça m’évite les courbatures.

A mon âge on peut en crever.

Sur le trottoir con ça serait !

A moi je n’ai pas la minute

et tu le sais, petite pute !

— Mais enfin ce n’est pas plus cher !

Je le fais au poids de la chair

comme gâteau d’anniversaire.

Pour les bougies, c’est une affaire !

Ah ! Laisse-moi souffler dessus !

Avec moi on n’est pas déçu.

Viens te frotter à ma bobine.

Si jamais je te contamine

tu te plaindras dans les hauts lieux.

Je suis un ange pour les vieux.

(là elle fouille dans sa poche

et en sort un papier très moche

dont elle lit le contenu)

Allez ! Choisis donc ton menu !

Car je n’ai pas que ça à faire !

Il faut être dure en affaire

si on ne veut pas en vieillir.

Je vais te le tanner ton cuir !

(elle reprend un peu son souffle

et le visage se camoufle

pour moucher son tout petit nez)

Dis, tu ne vas pas me taper ?

J’ai oublié toute la suite.

Voilà comment on se débite

quand on n’est pas foutu d’aimer !

Ah ! Je vais me mettre à chialer !

— Mais je préfère quand tu chiales !

Pose tes gouttes sur mon phalle.

Ah ! C’est chaud comme le métal !

Je vous salue, mon général ! »

Jean-Jack Roussot était gaulliste

et pas seulement onaniste.

La première goutte effleura

qui un orgasme provoqua

et cette goutte sur sa face

Isabelle d’un doigt l’efface.

Roussot s’appuie contre le mur,

comme qui vient de son fémur

sentir le col dans la fêlure.

Il en a perdu la chaussure

et Isabelle qui connaît

d’autres trucs qui font de l’effet

sur la dimension cérébrale

du fonctionnaire qui fait mâle

uniquement dans ces cas-là,

lui noue le lacet sans compas

car elle a appris à l’école t

ous les rudiments de son rôle.

Pour les détails, voir les journaux.

Le réalisme c’est bien beau,

même en dessous de la ceinture,

mais ce n’est pas dans ma culture.

Je ne vais pas tout raconter

sous prétexte qu’il faut taxer

sinon on devient misérable.

Chez les flics on se met à table

mais ici on fait le bouquet,

pour ça il n’y a pas de secret,

et on choisit la mieux rimée

qui est aussi la moins grimée.

Pour la morale, il faudrait voir.

Les bonnes mœurs et le trottoir

c’est dans la rue que ça se passe

et le bourgeois fait la grimace

sans cesser de se la sucer.

Je ne dis rien de l’ouvrier,

je suis poli surtout en rimes.

Si Roussot a fait des victimes,

elles ont grandi en enfer.

La connerie on paye cher

surtout si on ne l’a pas faite.

En morale je suis poète

et ça n’est pas toujours très beau.

Le parfait n’est pas sans défaut.

On est humain, on devient chose.

La seule mort en est la cause.

Pour atténuer les effets

d’un réalisme trop poussé,

je propose le témoignage

de Nicolas comme éclairage.

L’homme commence et puis finit.

C’est ce qu’on sait de l’infini.

On sait avancer sur la piste

mais pour reculer on est triste.

« Je l’ai rencontrée bien plus tard.

Elle avait troqué le trottoir

pour le commerce des esclaves

et j’étais disons-le son zouave.

On faisait la conversation

sur notre nature d’alcyons

et comment que sans de la chance

on aurait fini dans l’aisance

au lieu de prélasser souvent

mais pas systématiquement.

Roussot était à la retraite

et réclamait de la fillette,

pas en dessous, ni au-dessus.

Il vieillissait dans le cossu

sans regarder à la dépense.

« J’ai du dix ans mais pour l’ambiance

à part les traces d’un pétou

qui garantit le bout de chou,

vous n’irez pas loin avec elle, »

prévenait la verte Isabelle.

Et c’est comme ça qu’il est mort,

dans le tracas et sans remords,

le nez fourré entre les fesses

d’une innocente pécheresse.

L’autopsie fit marrer ses gens.

On en parle encore entre agents,

mais avec le temps on se lasse

et on devient de vraies feignasses.

Enfin, vous voilà renseigné.

J’en ai d’autres si vous voulez.

Merci de prendre ma retraite

avec humour et des pincettes. »

Et voilà pour la digression

à usage d’exhortation.

Revenons près de la rigole,

avec Isabelle qui colle

sur le visage de Roussot

les rogatons de son Popo.

Il a des douleurs à la hanche

et se recueille sur la tranche,

priant peut-être le seigneur

qui en principe vit ailleurs.

« Je crois que j’ai comme un malaise, »

dit-il sans se soucier du pèze

alors qu’Isabelle en pleurant

fouille les poches cependant.

« Mon vieux, j’ai autre chose à faire !

La question est trop tarifaire

pour que je donne avant d’avoir.

On peut mourir sur le trottoir

mais on n’y creuse pas sa fosse.

Quand on s’en va c’est en carrosse

ou alors fallait pas venir !

En attendant tu peux courir !

Et même battre la chamade.

L’existence est une embuscade,

pas un siège qui prend du temps.

Si j’en veux c’est pour mon argent !

— Ma poule, tu deviens obscure.

J’ai des notions dans la culture

mais pas assez pour en crever.

Trompe-moi et fais-moi rêver,

mais ne complique pas les choses.

J’ai un problème de sténose

et rien sur moi pour le régler.

Pour mon malheur, je dois payer.

Telle est la loi de l’existence.

Je reconnais son excellence.

Mais le plus tard sera le mieux.

Prends mon pognon si tu le veux

et trouve quelqu’un qui en sache

plus que le dernier des potaches.

Ah ! Le plaisir m’aura perdu !

Et par malheur j’ai tout vendu !

— Ne te plains pas ! Tu vis encore.

Tu as l’âge du dinosaure.

Je suis morte depuis douze ans.

Et je vais mourir très longtemps,

et même vivre bien vivante

d’une maladie outrageante.

On a le destin comme on peut

quand on n’a pas l’âge qu’on veut.

(elle fait trois pas sur l’asphalte.

Au quatrième elle fait halte)

— Ne t’en va pas ! C’est trop risqué !

On ne sait pas qui va gagner.

La crevaison est au pinacle !

Imagine que par miracle

je survive à ce gros caillot.

Tu diras quoi au crapouillot

de l’instruction si je renseigne ?

— J’y dirais rien s’il ne me beigne !

Pour tout savoir il faut payer

et surtout ne pas m’ennuyer

parce qu’alors je deviens teigne.

Cours-y avant que je me plaigne.

Les caillots ça me fait gerber.

Non mais tu veux m’exacerber ?

A douze ans j’ai la peau coriace

et j’en connais sur la culasse,

tellement que je peux tirer

sans vraiment trop me la fouler.

Alors ton mortier de justice

qui cherche des poux dans le vice,

tu lui dis que papa Noël

a des problèmes artériels

et pas la faute à Isabelle

qui jouit sans faire la poubelle.

— Mourir seul ce n’est pas mourir !

Je n’ai pas envie de rôtir

pour une faute de jeunesse

qui vaut bien que tu la caresses

de temps en temps et en payant.

Je serai mort dans un moment.

Ne me laisse pas seul, faucheuse !

Pour mourir les bras d’une gueuse

valent bien le prix demandé.

— Tu n’as pas l’air bien inspiré

pour quelqu’un qui se fait la paire.

Si tu insistes je sais faire.

Tu connais ma réputation.

Pas de plaisir sans addition.

Mais j’ai beau fouiller dans tes poches

tu es à sec pour la débauche.

Il faudrait voir à mieux pourvoir

quand tu te mets sur le trottoir.

La gratuité dans l’aventure

n’est rien moins que fausse facture.

Bon, je te laisse à tes caillots

et je retourne à mon boulot

qui paye moins que la justice

alors qu’on est dans le service.

Je t’ai laissé mon numéro

des fois que ton petit caillot

se goure même d’anévrisme. »

Sa jupe frôlant le tropisme

elle disparaît dans la nuit.

La rue déserte s’en déduit.

Roussot referme sa braguette.

« Appeler ce serait très bête.

Les gens posent trop de questions.

Mais j’en appelle à la raison.

Je n’ai pas d’autre alternative :

la mort et ce qui la motive

ou la vie et ses attendus.

Allons-y ! Perdu pour perdu ! »

Il pousse un cri et s’en étonne.

Ce n’est pas l’écho qui résonne.

Au bout de la rue apparaît

la moitié nue d’un policier.

Le poil crépu scintille comme

les étoiles d’un astronome.

De la cuisse ferme est la peau.

Il reconnaît le bitoniau.

Dans le triangle un appendice

nomme son utilisatrice.

Il veut en croire ses deux yeux

qui reconnaissent le vicieux

même dans le cœur des églises.

Presque mort il en analyse

le détail qui le sauvera.

Et il gémit : « Là ! Je suis là !

Ah ! Pas d’erreur ! C’est bien Alice !

Ce qu’on est bien dans la police

quand ça va mal à l’intérieur !

Si j’étais devenu boxeur

quel boxeur nu jusqu’à mi-cuisse

m’eût sauvé de cette injustice ? »

Et il l’embrasse avec deux bras

qui le retiennent par le bas.

« La situation est confuse, »

dit-il sans trouver une excuse

pour expliquer ce qu’il fait là.

Mais Alice n’explique pas

pourquoi elle montre ses fesses

quand de derrière on se confesse.

« J’ai un problème avec le cœur,

dit-il en mesurant l’ampleur

de l’état des faits et des choses.

— Il faudra que je vous expose

les raisons qui font que sans froc

je me vois forcée à un troc, »

dit-elle sans un seul des signes

qu’on montre quand on se résigne.

Et aussitôt son pantalon glisse

et descend sur ses talons.

Comme le trottoir est humide

et qu’elle l’a mis sur le bide

il a du mal à respirer.

« Mais comment je vais expliquer ? »

dit-il tandis qu’elle s’active

pour expliquer ce qui motive

cet échange peu théâtral :

« Sans pantalon je me vois mal

débarquer parmi les collègues

qu’au bout de la nuit on relègue

alors que c’est un cauchemar.

Imaginez le traquenard.

Une gonzesse sans culotte

ça motive le patriote.

Je vous laisse le slip dessus.

Vous passerez inaperçu.

— Mais je ne peux sans ma culotte

me présenter la tête haute

au service de l’hôpital !

— Il faut choisir le moindre mal.

Sans pantalon un mec peut faire

jusqu’à des prouesses altières

même si le cœur va très mal.

Je me sens mieux dans un futal.

J’en ai cherché dans les poubelles.

Et j’ai tourné dans ces ruelles

pendant plus d’une heure à fouiller

dans les détritus ménagers.

Des gisements de boustifaille

sans en trouver un à ma taille.

J’en ai les paumes sur le dos.

Mais l’odeur n’est pas un défaut

du moment qu’on est en culotte.

Si on me saute qu’on me saute,

mais si je veux et quand je veux !

J’y cours, j’y vole, allez ! Adieu ! »

Et notre pauvre commissaire,

qui a bien compris sa misère

et sait qu’il ne pourra jamais

tous les détails bien expliquer,

voit s’éloigner la belle Alice

qui a bien fait dans la police

de rentrer pour ne rien changer.

Il n’a personne à qui parler

en attendant qu’elle revienne,

« Mais pour parler comme Diogène,

qui vivait dedans un tonneau

parce que c’est bon pour la peau,

on n’a besoin que de soi-même.

Et en plus il faudrait qu’on s’aime !

Heureusement qu’on a l’Etat

pour nous épargner le combat. »

Pendant ce temps, Alice arrive

au cœur de l’action répressive,

un petit poste de quartier

dont la façade est en chantier.

En passant près d’une poubelle

elle en mesure les séquelles

et frémit rien que d’y penser.

Veuillez, lecteur, imaginer

qu’elle y fût à poil arrivée

et la stupeur de la chambrée.

Ainsi nous avons donc bien fait

de ce récit agrémenter

de la présence d’Isabelle,

cette occurrence éventuelle

introduisant dans le récit

ce qui manquait à son sursis.

Alice gonfle la poitrine,

qu’elle a déjà fort assassine,

heureuse de pouvoir entrer

sans la confusion provoquer.

Un premier flic bondit sur elle,

cachant sa hargne sexuelle

derrière un nez qu’il frotte à vif.

Le geste paraît excessif,

mais Alice accepte qu’il ouvre

la porte et enfin se recouvre.

Il a la casquette en travers

d’un nid d’oiseau fort découvert.

L’haleine est forte mais sommaire.

Comme il ne sait pas la grammaire

il évite de conjuguer

et met le tout au singulier.

L’astuce lui vient de l’école

où il perd toujours la boussole

car il a deux enfants conçus

dans de rapides aperçus.

Un deuxième oiseau de passage

qui porte le nom d’un village

comme jésus christ un fardeau

lève la patte et fait le beau

sans lâcher du stylo la bille

qui lui vient bien de la famille

comme le prouvent ses pâtés.

Mais d’écrire il s’est arrêté,

si écrire c’est la consigne.

D’Alice il apprécie les signes

et reconnaît le pantalon.

Sur son patron, il en sait long.

Il imagine que l’échange

dans le noir complet d’une grange

a conclu la conversation

qui meuble ainsi de la passion

les trous qu’il faut qu’on y pratique.

« Ce n’est pas que je vous critique,

dit-il en se grattant les cils,

mais ce pantalon est civil.

Je crois même le reconnaître, »

ajoute-t-il tout bas pour n’être

pas la dupe qu’on dit qu’il est.

Alice rougit jusqu’au nez

car le pantalon vert olive,

bien que d’origine adoptive,

en dit plus long sur son statut

que son loufoque substitut.

Le critique se tient la panse,

mais ne dit rien de ce qu’il pense

et l’autre qui s’est approché

regrette que pour expliquer

il est le dernier à comprendre.

« Je comprends qu’on peut se méprendre, »

dit Alice pointant le sein

dans ce climat un peu malsain.

« Quoique des fois, coïncidence

rime très riche avec malchance,

dit le premier des policiers

dans l’ordre qu’on vient de donner.

Je ne dis pas que ça arrive

au meilleur de nos détectives,

mais on voit ça dans les romans,

preuve que c’est en arrivant

que les choses les plus bizarres

jettent le pavé dans la marre.

— Je sais ce qu’il faut en penser,

dit le second des policiers.

Mais moins je pense et plus j’y pense !

— Ne pas se fier aux apparences

est tout de même mieux penser,

dit Alice pour comparer,

sans les moyens mais en conscience,

ce qui cause la connaissance,

le vert olive et le bleu roi.

Quand on a vécu comme moi c

e que je viens de vivre en France,

on ne sait plus quelle importance

accorder aux complications.

Avoir perdu le pantalon,

son bleu roi et son pli moderne,

peut éclairer votre lanterne.

Mais je ne sais vraiment comment

expliquer que pour le moment

je porte mieux le vert olive !

— On sait bien ce qui vous arrive !

Et Nicolas n’en saura rien.

Vous pouvez compter sur les siens.

Vous devriez vous mettre à l’aise.

Que diriez-vous de cette chaise ?

Croisez les jambes pour le coup.

Quand c’est l’amour qui le rend fou

rien ne peut soigner le malade.

Et tout dépend de l’escapade,

si on s’est blessé en courant,

ou si au contraire en cédant

on a trouvé l’olive bonne.

Voilà comment on se raisonne

quand on sait faire avec l’amour

et même refaire toujours ! »

Mais Alice pose ses fesses

dont elle veut rester maîtresse

sur l’angle droit d’un vieux bureau

qui porte d’un autre apéro

les flaques jaunes et les miettes.

Tranquillement elle époussette

le vert olive qui lui va

comme le cor à la java.

Les deux autres sont dans l’attente

que par prescription elle attente

à la pudeur qu’ils voudraient voir,

l’un pour enfin la concevoir,

car depuis que la belle Alice

est en fonction dans la police

on n’a rien vu de son genou

et encore moins son minou,

l’autre qui a pour les dialogues

des impulsions de bouledogue

qui se fait fort de mieux gueuler

si plus que l’autre il en connaît.

Mais avec un ongle elle gratte

sur le pantalon les stigmates

d’une jouissance, on le voit bien,

dont Roussot n’a pas les moyens.

Chacun cultive son suspense

et fait ce qu’il peut de ses pinces.

On n’est pas là pour expliquer

ni pour des questions se poser.

Chacun son truc en cas d’attente.

L’une la ferme en dilettante

et d’un ongle très indiscret

se plaît à encore gratter

car la tache doit disparaître.

L’un menace le tensiomètre

d’un excès qui le fait trembler

et comme il se met à suer

de sa tendre et charmante épouse

il revoit la noire bagouse

comme dans l’hallucination.

Et l’autre sans cette tension,

car il vit seul de ses phantasmes

si permis est ce pléonasme,

trouve même le premier mot

qui fera de lui au bistrot

la vedette d’un éphémère

qui laissera dans l’atmosphère

sa trace lente d’escargot

dont le seul rite est le bingo.

« C’est bon, les mecs, je suis fin prête ! »

dit Alice qui la braguette

remonte d’un calme coup sec,

ce qui de leur clore le bec

ne cesse malgré l’atmosphère

qui s’est chargé de leurs affaires.

Un troisième homme eût ébranlé

cette instable immobilité.

Négligemment elle balance

une écaille de la semence

oubliée sous l’ongle employé

et debout elle se remet.

« On ne peut pas être plus prête, »

dit-elle de façon abstraite.

Et elle remet son calot,

un peu sur l’œil comme un tringlot.

L’une après l’autre ses deux glandes

on voit qu’elles en redemandent.

Bichtard le mec qui veut savoir

comment avant qu’il ne soit tard

dans son slip cause avec sa barre.

Et Vilage qui se prépare

à en dire plus dès demain

n’empêche plus sa grosse main,

qu’il a pourtant dûment battue

avec l’autre qui s’était tue,

d’entrer dans la poche qu’il a

remplie jusqu’à ras bord déjà.

En plus elle ouvre grand la bouche !

La langue en remet une couche.

Elle salive sur les dents.

Un doigt tout droit rentre dedans.

« J’ai vu le faire à ma gamine,

pense l’un d’eux qui se tartine,

et quand j’étais petit aussi

ma sœur se le mettait ainsi

chaque fois que dans sa culotte

elle invitait la main d’un pote.

Ah ! Les gonzesses c’est du temps

et on le perd en se branlant. »

Et voyez comme les histoires

qu’on raconte dans les grimoires

avec la vie n’ont rien à voir,

car au moment de recevoir

dans son slip la chaude semence

on interrompt son abondance

en ouvrant la porte qui fait

un bruit comme dans les buffets

de l’ancien temps car les modernes

on est fort si on en discerne

la poésie du tape-à-l’œil.

Mais il faut penser à l’accueil.

On n’est pas là pour la chandelle

moucher sans faire d’étincelles.

Il remet la main où il faut

et corrige un ou deux défauts

dont il a depuis l’habitude.

On reçoit bien dans la quiétude.

Pour ça il faut savoir peigner

l’épi qui songe à se dresser.

Et si quelque chose dépasse

point ne mouvra si tu l’agaces.

Mais à peine il ouvre le gras

de sa bouche qu’il se met la

main sur le nez pour qu’elle pince

les narines qu’il n’a pas minces.

Ici on peut mettre au concours,

sans s’absorber dans un discours,

la nature et le patronyme

de l’intrus qui nous envenime

rien qu’à l’odeur qu’il met en jeu,

car comme dans le religieux

tout le monde a gagné ô joie !

Nous voilà de nouveau la proie,

ce qui les uns, n’en doutons pas,

réjouit enfin mais d’autres pas,

de Mulat qui vêtu de voiles

Marion la noire nous dévoile.

« Ah ! Te voilà, pauvre Vénus,

crie-t-elle en se frottant l’anus.

La nuit les chattes sont si noires

que tout devient aléatoire.

— Mais, Madame, je n’ai pas tort !

dit Alice que l’inconfort

trouble à ce point qu’elle vacille.

— Mais on était une famille !

Le père et la mère en premier

et la flopée des héritiers.

Tout allait comme sur des roues.

Je fournissais le pare-boue

et la raclette pour les nuls.

Je ne comprends pas ton calcul ! »

Vilage qui plus ne respire

veut encore sauver l’empire

et d’un doigt qui fait le colon

signale que ce n’est pas bon

ni pour la santé qu’on a faible

depuis qu’on la soigne à l’yèble,

ni pour la caisse dont le fond

n’est pas équipée d’un siphon.

« Ce qu’il veut dire, et je résume,

s’écrie Bichtard qui se parfume,

c’est que c’est devenu obscur

et que pour l’art on n’est pas mûr.

Nous, on passe des nuits tranquilles

et pour des riens on s’assimile.

Si vous pouviez nous expliquer

mais sans ce qui peut compliquer

on vous dira ce qu’on en pense

et on fera ce qu’on avance.

— Voilà, dit Alice, mes vieux,

Roussot, je veux dire monsieur

le commissaire est en détresse

sur le trottoir et nues les fesses.

Je ne veux pas vous compliquer

mais si ce pantalon était

encore autour de ses guiboles,

ce que vous verriez, les marioles,

vous aurait déjà vidangés.

— Moi je trouve ça compliqué !

dit la Mulat que point n’amuse

toutes ces mauvaises excuses.

Vous dites que Roussot est mort

ou qu’en tout cas question ressort

il est poussif et va se rendre ?

— Voilà qui peut bien se comprendre,

dit Bichtard qui voudrait crever

mais qui s’accroche avec les pieds.

— Comprendre ça devient complexe

uniquement quand c’est du sexe

qu’on veut s’entretenir à deux,

dit Vilage qui sur ses deux

joues bat la chamade sans honte.

— Si vous voulez que je raconte,

dit Alice en se l’enlevant,

je veux d’abord le voir vivant.

Parler des morts ça me rend triste.

Je n’ai pas l’esprit futuriste.

Voici le falzar qui lui va.

Allez, ne me regardez pas !

Roussot, je dis le capitaine,

qui frise bien la soixantaine,

doit se geler plus que les os.

Dans ces situations l’éros

est au plus bas et on fignole

le discours que les roubignoles

vont remettre sur le tapis. »

Les deux poulets se voient marris.

L’un grince une dent sur une autre

et quant à ce que tente l’autre

on sait bien que c’est interdit.

En tout cas c’est ce que l’on dit

quand on en a dans la cervelle

et qu’on le sent sous les aisselles.

Mais Alice a mis un cahier

devant son triangle, en papier.

Elle a la cuisse sans phanères

et le genou qui fait la paire.

Le pantalon est bien plié.

On voit qu’il est déboutonné

et la boucle de la ceinture

donne à l’aspect de la monture

des airs que si on y était

on changerait d’activité

sans rien dire à la hiérarchie.

Sous le harnais elle est blanchie.

« Il est dans la rue pince-moi,

précise-t-elle sans émoi.

Remettez-lui la zigounette

dans ce futal façon minette.

Ne lui donnez rien à bouffer,

je crois que ça peut l’étouffer,

et portez-le chez Esculape

avant qu’un malheur ne le frappe. »

Les mecs c’est con quand ça descend.

En haut du front monte leur sang

si c’est la fille qui le monte.

Et en plus ils n’ont jamais honte.

Ce n’est pas Mulat qui fait fuir,

mais la jouissance d’obéir

à une collègue en vadrouille

au pays de la carambouille.

Quand on veut vendre il faut payer,

rouspète-t-on à l’étranger.

Tu parles si c’est nous qu’on paye !

Sur cette pensée en bouteille,

qui vaut ce qu’elle vaut ici

et pas ailleurs dans ce récit,

les deux poulets d’un bloc s’avancent

et d’une joyeuse assurance

mettent la main sur le futal.

« Ah ! dit Alice, en général

c’est l’un ou l’autre et pas ensemble !

Voyez donc comment ça vous semble

avant d’y faire avec vos mains

des trous mais alors pas malins. »

Mulat que ces trois-là énervent

à d’autres plaisirs se réserve,

mais pour ce qui est du falzar

elle peut dire quel hasard

l’a mis entre ces six paluches,

deux pingouins et une greluche,

que si on tombe le rideau

pensant aller faire dodo,

on ratera une partouze

qui veut qu’après on le recouse.

Pour entendre il faut écouter.

Or elle a beau les agiter

en parlant haut des conséquences

qu’un grave défaut d’abstinence

pourrait causer dans le travail,

les deux poulets voient des détails

qu’ils veulent toucher pour les mettre.

De leurs instincts ils ne sont maîtres.

Elle est esclave ou bien n’est rien,

le concept est baudelairien,

pensent-ils en parlant d’Alice

qui du chemin dans la police

fera sur un vélomoteur

et non point comme les auteurs

sur une vieille bicyclette

ou pire comme les poètes

à pied sans même un seul ribouis

et les pattes dans le cambouis.

On a besoin d’une casquette

quand on a du plomb dans la tête.

Et du plomb on n’en manque pas.

Du fondu à tous les repas.

Et de la soupe avec des lettres

pendant que les autres vont paître.

Pour lire il faut avoir des yeux.

Il se trouve qu’on en a deux.

Et même deux autres derrière,

ce qui nous vaut du fiduciaire

et des vacances dans le vent.

« Ah ! Ils en ont des arguments

ces deux condamnés à l’astreinte !

Et ils vont te la mettre enceinte

si je ne fais rien pour pallier ! »

s’écrie tout haut sans mesurer

Mulat qui voit la belle Alice

mettre les mains sur les justices

qu’ils ont plus raides que des morts.

Le pantalon sent son rapport.

Elle y veillera sans faiblesse.

Bichtard pousse un cri d’allégresse,

resalissant le pantalon

comme un champion de pentathlon,

ce qui augmente la bavure

et s’en prend même à la doublure.

Il recule avec l’œil en haut

et en berne met le drapeau.

Mulat lui fait sauter la goutte

et d’une plainte le déboute.

Les mains d’Alice à deux battants

claquent sur le deuxième gland

qui donne des signes d’aisance

mais l’homme est dans la résistance

et mord sa langue à pleines dents.

Mulat qui mesure le temps

perd patience et met dans la bouche

l’organe qui sent qu’on le touche

au point exact de sa fierté.

Il se met à collaborer

et en moins qu’il n’en faut pour dire

qu’on ne peut plus rien interdire,

toute la sauce avec grand art

gicle sur le même fendard.

Mulat se bidonne et crachote

pendant qu’Alice se tripote.

« Ah ! Il est beau mon pantalon !

En cuisine c’est un torchon.

Et que dire quant au service !

Heureusement que la police

est notée par les policiers !

Ça ferait beau dans les papiers ! »

Sur ces mots le monde se fige.

Debout mais comme un vieux vestige,

Roussot se dresse le front haut.

Le bas est couvert d’un drapeau

qu’il a piqué à une cloche.

Et en plus il a fait les poches

du misérable qui pétait

parce qu’il n’avait rien mangé.

« Imaginez pour l’historiette

qu’il eût dîné, même croquettes !

Et j’étais bon pour les fumer !

Il en avait tout un paquet ! »

Il sortit une cigarette

et se craqua une allumette.

« On est sans rien dans le caca

et on se paye du tabac

et importé de l’Amérique

qui domine l’économique

et le bonheur qui va avec !

Ah ! Je lui ai cloué le bec

à ce tordu du domicile !

Comment on fait le difficile

quand sans rien faire on peut l’avoir ?

Je suis contre les abattoirs,

mais il est des cas qui échappent

et ça vaut bien qu’on se décape

quand la couche n’est plus du blanc.

Qu’est-ce qu’on fait en attendant ? »

Il prend le falze avec prudence

et voit que dans l’effervescence

on est meilleur qu’avec la main.

Mais pourquoi donc l’air est malsain ?

« Ah ! C’est vous chère présidente !

Excusez-moi si je vous tente,

mais j’ai perdu mon pantalon.

— Et je pourrais en dire long

si je n’étais pas si discrète. »

Alice sous une affichette

croise ses jambes avec mépris.

Vilage qui n’a pas compris

prend une prudente parole

pour exprimer ce qui est drôle :

« Le problème est plus épineux,

si j’ose ne pas dire mieux.

Jusqu’au nombril est nue Alice

faute d’un pantalon propice.

Du capitaine le drapeau

se fait une seconde peau,

ce qui l’honore sans nul doute,

mais le déçoit, je le redoute.

Peut-on sans heurt lui demander

comment son cœur s’est amendé ?

Nous le savons pauvre et fragile.

— Pour la pauvreté, sois tranquille,

il en est de plus mal loti.

Cacochyme, c’est vite dit,

mais je le dis si ça inspire.

Pour la crise eh bien j’ai vu pire.

J’ai retrouvé tous mes esprits

mais ma voix avait bien faibli

et Alice qui impatiente

s’éloignait comme une cliente

n’a pas entendu mon appel.

— Vous pensez bien ! Dans un tunnel

je poussais ma locomotive.

Je suis tellement émotive q

ue je finirais moi aussi

par avoir les mêmes soucis. »

Bichtard se souleva la tête

car il était sur la banquette

et se fatiguait du plafond.

« Tout ceci est un peu bouffon,

dit-il sans ménager ses forces.

Je vois que concernant les torses,

bien respectée est la pudeur.

L’argument est même vendeur.

Mais je voudrais bien qu’on m’explique,

sans s’égarer dans la critique,

et je n’en dirais pas plus long,

pourquoi il manque un pantalon. »

Marion fait claquer sa cravache.

« Il faut se remettre à la tâche !

Vous deux, quittez vos pantalons

et ne faites pas de façons.

— Mais c’est ma femme qui repasse !

fait Bichtard avec la grimace.

Je ne veux pas entrer dedans

ce pantalon, même en payant ! »

Il soulève avec des pincettes

le vert olive et ses mouillettes.

« Alice et Roussot avec moi !

crie Marion qui ne se sent pas.

Le palais est dans la pagaille.

On n’y voit plus et ça déraille.

Le moment est bien mal choisi

pour refaire avec vos zizis

des trucs qui sont passés de mode.

Je mets fin à cet épisode

que tout auteur bien embouché

n’aurait pas même osé torcher.

Je ne comprends pas vos reproches

au sujet de ce froc de gauche

dont le vert olive majeur

par le sperme est mis en valeur.

Voyez ma robe et mon hermine.

Je lui dois mon teint et ma mine.

Ne laissez propres que vos mains.

Et laissez faire le chemin.

Moi je suis double et je m’en flatte,

mais je vois bien qu’Alice épate

parce qu’elle est un seul morceau

de sa belle couleur de peau.

Et vous Bichtard, qui l’avez grasse

mais dure en dedans et finasse,

vous êtes plus de trois credo

en ville, ailleurs et au dodo.

Je vous prédis bien des voyages.

Non mais visez-moi ce Vilage

qui ne voit pas d’inconvénient

à travailler sans un fendant

et qui l’offre à la belle Alice

en même temps que ses auspices.

Le capitaine est moins construit

mais ça ne se voit pas la nuit.

Et d’une moitié il s’augmente.

Pas plus de dix ans et ça chante.

J’en ai connu des plus tarés

qui faisait ça sur des bébés

avec au piano la défonce.

On se croirait dans un caf’conc’.

Mais tout ça si c’est bien joli

ça ne vaut pas et sans répit

un bon boulot au ministère.

J’en ai un et je sais le faire.

Pour le faire j’ai un palais.

Je dois dire qu’il n’est pas laid,

sinon l’auteur m’en fait la farce

et je ne suis pas sa comparse.

Or voici que bien malgré moi

par bêtise je me déçois.

Je laisse entrer dans l’officine

ceux avec qui je m’acoquine

au bordel et sur les tréteaux.

Je comptais sur leurs capitaux.

Est-ce un mal de vouloir en vivre ?

A l’or je préfère le cuivre.

Mais qu’est-ce qu’on sait du démon

quand on y joue sans le sermon ?

Les procès comme la roulette

du sursis jusques à perpète

ce n’est quand même pas l’enfer !

Dans l’aliment on met le ver

et l’aliment qui ver le pousse.

C’est le métier qui veut qu’on glousse.

Mais par erreur je fais entrer

le Méphisto des poulaillers.

Au début j’ai de la cyprine

tellement que je contamine.

Mais le début c’est à la fin

qu’on en mesure les pépins.

Mon palais est dans le sinistre !

Je ne deviendrai pas ministre.

Même le droit n’est plus un jeu.

Quelqu’un veut y foutre le feu !

Sans solution je m’assassine.

Je me cloue même avec des pines.

En termes clairs, sans contretemps,

je suis venue chercher Vatan. »

Déclaration inattendue

qui d’une attente un peu tendue

s’augmente de lourds grattements,

dans le bas du dos notamment,

d’autant que Bichtard et Vilage

ont le salutaire avantage

de l’avoir nu jusques aux pieds,

Alice et Roussot soulagés

ayant enfilé leurs culottes

comme on disait entre vieux potes

du temps où les malins bourgeois

en cultivaient dans leur bon droit.

« Suis-je ou non votre présidente ?

questionne Mulat qui fermente

comme un bidet dans un hôtel.

Le palais est dans un bordel

tel que je cherche un coq en pâte,

un christ en croix sans les stigmates,

un mec pour me monter au ciel,

enfin l’homme providentiel

qui s’y connaît en exorcisme

mais du calé en athéisme,

pas du faux derche dans un froc

ni du virtuose en pébroc.

Autrement dit de l’efficace,

même nourri à la vinasse.

Il m’est revenu que Vatan

dont le sang est un peu gitan

manie le couteau dans la plaie

et réveille le macchabée

à la demande et pour pas cher.

Il est chez lui même en enfer.

C’est bien le mec que je désire

mettre à l’ouvrage et même pire. »

Roussot prend un air embêté.

Il ne cesse de se gratter.

Les deux condés voyant qu’Alice

ne dit pas non à la justice

en élève le monument

alors que si c’est le moment

il n’est pas choisi dans la forme.

Sans la moitié de l’uniforme

ils redeviennent ce qu’ils sont :

des hommes faits pour la chanson.

Mais Marion lève la cravache

et l’une des deux se relâche

tandis que l’autre met du temps

à baisser le front de son gland.

« Il me semble que cet ivrogne

ne connaît pas d’autre besogne,

fait remarquer Jean-Jack Roussot.

A mon avis ce n’est qu’un sot

qui n’a pas compris que les femmes

mettent l’amour et même l’âme

au-dessus de tous les bienfaits

qui font que leur sexe est bien fait

alors que celui que je porte

peut connaître devant la porte

comme qui dirait l’avatar.

On a beau avoir un pétard

et pouvoir tirer sur les hommes

pour peupler avec des fantômes

(on dit aussi des revenants

si l’humour on met en avant)

les dessus des bancs de justice,

quand on est à l’œuvre des cuisses

il faut tirer dans l’au-delà

sur un tout autre matelas.

Je préfère le parapluie,

mais je vois que je vous ennuie…

— Pas du tout ! Vous avez raison,

dit Mulat en penchant le tronc

pour souiller d’un bureau la chaise

où elle veut se mettre à l’aise.

Pour l’ouvrir je connais des trucs

qu’à côté tous les volapüks

c’est du langage des langages.

Peut-on négocier sans péage ?

Cela se fait souvent des fois.

Je n’ai rien sur moi à part moi…

— Pour signer il faut que je bande,

mais faire ça à la demande

c’est bien ce que je peux le moins…

— Alice peut en prendre soin.

Allez ! Ce soir je fais des dettes !

Je me sens l’âme d’un poète !

Elle est ferme comme un bon pain…

— On vient d’essayer mais en vain…

— C’est que ma demande est urgente !

Le diable n’attend pas qu’on tente.

Veuillez le faire sans délai !

Mais faire quoi si je le sais ! »

Mulat du fouet tous les menace.

Du coup Roussot fait volte-face

et tapote le premier cul

ou bien choisit le plus charnu.

Bichtard fait un saut côté hanche.

Sa face devient toute blanche.

« Quand c’est l’heure je ne dis pas !

rouspète-t-il faisant un pas

sur le bureau où il se couche.

Ne mettez rien dedans la bouche ! »

Roussot se découd les boutons.

Il sort un frêle saucisson

ou c’est un pan de la chemise.

Au premier coup, c’est la surprise :

une des couilles avec lenteur

donne des signes de vigueur.

Bichtard se plaint et veut du pèze.

« Je veux bien mais rien sur la fraise,

propose-t-il dans l’exégèse.

J’en ai besoin pour me vider.

Sur la fesse taper veuillez. »

Marion n’y va pas de main morte.

On peut croire qu’elle s’emporte.

Elle en saigne même des dents.

Jean-Jack se secoue le prépuce

et met en œuvre des astuces

qui font qu’on perd un temps précieux.

« Le palais est peut-être en feu,

grogne Marion qui se fatigue.

Contre moi voilà qu’on se ligue !

Pour une fois que je sais tout

je mets le pied dans tous les trous.

Ah ! Si je perds mes privilèges

à moi seule je vous assiège !

J’ai toujours haï les enfants.

Ce sera mon commencement.

Et pour finir je prends vos femmes

et je boucle le mélodrame

en émasculant les moins bons ! »

Et en plus elle y met le ton,

tellement bien qu’elle se dresse

entre les doigts et sans gonzesse.

Jean-Jack est prêt de s’éclater.

Il va vite et du mal se fait.

« Voilà que maintenant ça saigne !

dit Marion mettant une beigne

sur cette gueule qui s’enfreint.

A ce train-là on est demain !

Je sens que je vais tout le monde

tuer dans le sens que j’abonde ! »

Alice petite se fait,

secouant du trousseau la clé

qui mettra fin à ce martyre.

Vilage que la scène inspire

en profite pour l’occuper.

« Je dis adieu à mon palais !

dit Marion mesurant l’angoisse.

Puisque tu me mets dans la poisse

et qu’en compote j’ai le bras,

je me suicide de ce pas ! »

Et elle interrompt la séance,

tombant sans aucune élégance

dans les humeurs de son colon.

Au vol Jean-Jack pas mollasson

cueille le fouet mais par la pointe

et appliquant le manche éreinte

Bichtard ému qui sous l’effet

ouvre les fesses et à nu met

l’anus qui reçoit la mandole.

Du coup il en perd la boussole,

se met à gueuler comme un porc

qu’on égorge et qui n’a pas tort.

Vilage en perd la turgescence

et gâche toute la semence

sur la joue alors que c’était

dans les deux yeux qu’il la voulait.

Jean-Jack referme la braguette

et veut tailler une bavette

avec qui voudra expliquer

comment on fait pour critiquer.

Ça fait un raffut pas commode,

d’autant qu’il est passé de mode.

A l’époque de l’internet

on met les épures au net

en appuyant sur une touche

qui remet le papier tue-mouche

dans l’état qu’avant il avait,

sans les mouches le prix grever.

« Des fois aussi je participe.

Je peux faire le prototype.

J’ai passé l’âge des discours.

Des promesses j’ai fait le tour.

On peut compter sur l’expérience

que j’ai acquise de la science.

Je suis entièrement gratuit

et même je donne à autrui.

Des hypothèses j’en ai marre.

Dans la théorie je m’égare.

Je fais dans le genre concret,

et en plus je le fais discret.

Si j’ai des fuites je rembourse.

Jamais autrement je me course.

On en voit qui compliquent tout.

Moi au contraire en bon matou

je mets au début le facile

et on se sent vraiment tranquille.

Si on veut une fin en soi,

je peux aussi vous mettre en croix

tout près du ciel et de ses anges.

Et j’en ai une de rechange.

Ouvrez la porte pour l’amour.

A la chandelle on voit le jour. »

Cette voix qui dessous la porte

parlait dans la poussière en sorte

que Marion d’abord n’en perçut

que l’odeur que font les pieds nus

quand sans vouloir on les déchausse

alors que le prix est en hausse,

la réveilla du cauchemar

qui mettait un sacré bazar

dans la plupart de ses neurones.

Déjà elle était dans le jaune,

pas loin du vert qui fait les morts.

Elle avait froid dans tout le corps,

ne chiant plus qu’à la sauvette

quelques gnognotes de biquette.

Se croyant morte pour toujours

elle se faisait de l’humour

et en riait sans retenue.

Dans la poussière elle éternue.

« Ah ! La vache mais quelle odeur !

Les conséquences de l’aigreur

ont fait de toi une poubelle.

Que de haines tu amoncelles !

Dis-moi qui tu es je te dis

si tu mérites le sursis. »

Cette voix lui est familière.

Malgré les bruits de la poussière,

elle en reconnaît les façons.

« Vatan, c’est toi ? Ah ! Mon garçon !

Je prends la clé, je te délivre !

Figure-toi que pour survivre

j’ai besoin de tuer quelqu’un.

— Je veux bien te servir d’emprunt,

dit la voix qui pourtant s’amuse.

Mais dans l’usure ne m’abuse.

Le couteau a ses bons côtés,

mais s’il s’agit de calculer

l’outil en perd ses compétences.

— Pas de soucis ! On est en France.

Tu me connais, j’ai du piston.

Ne t’inquiète pas, mon fiston,

pour les idées j’ai de la suite.

Il faut organiser ta fuite.

Avec la clé c’est du gâteau !

Je mets la main là où il faut ! »

La mettant sur la pauvre Alice

qui veut encore qu’au supplice

on s’exerce avec elle au jeu

qui de son corps fait ce qu’on veut,

elle trouve la clé idoine

et en change le patrimoine.

« De la liberté j’ai la clé !

Toi et moi on va se sauver.

Je ne sais pas où mais qu’importe.

De là il faut que je te sorte ! »

Disant cela à haute voix

l’œil de Vatan elle entrevoit.

La flamme du crime l’éclaire

dans les soupçons de la poussière.

Elle a un doute mais l’action,

surtout si c’est de la passion,

plus forte que la connaissance

qui de la morale est la science,

met la philosophie à plat

et c’est beau comme ce gars-là

qu’elle a connu dans la souffrance

infligée sans grandiloquence.

« Ne parlons plus et agissons !

Tourne la clé, pas de rançon !

Je connais le prix de tes rêves.

Mais avant que la nuit s’achève

tu prendras la vie à Satan.

Viens sur mon corps, mon beau Vatan.

Je suis docile malgré l’âge

ou c’est lui qui me met en cage.

Sait-on ce qui arrive enfin

quand le jour devient sibyllin

et que la nuit de soi s’éclaire ?

Ceci est-il bien nécessaire ?

Je me poserai la question

quand j’en connaîtrai les options.

Tue pour moi ce qui me fascine.

Quand je te vois, je t’imagine.

Renouvelons l’autofiction.

Peu importe la perfection.

Foin de toutes ces précellences.

Ce qui compte c’est l’élégance,

le chic de notre égarement.

Toi et moi joints facilement

hors des fonctions matrimoniales.

Sans position horizontale

comme des fées le rendez-vous. »

Malgré la puanteur d’égout

que Mulat répand autour d’elle,

Marion impose son modèle.

Reprenant le fouet à Jackou

elle en flagelle les bijoux.

Et dès que la porte est ouverte

l’homme qui apparaît disserte :

« La femme est l’avenir de tout.

Mais si je n’en mets pas un coup,

dites-moi quelle est mon histoire ?

Quel enfant pourra bien me croire

s’il n’est de ces couilles sorti

avant de s’extraire d’ici ?

(il met la main dedans la moule

et sous elle de grands yeux roule)

Je sais tout faire avec la main,

mais je suis l’hôte du festin.

L’homme sans passé s’agenouille

et s’en arrache jusqu’aux couilles.

(A ce moment on s’aperçoit

que de falzar il n’en a pas.

Il met ses deux genoux à terre,

la main toujours dans les matières,

de l’autre caressant le gland

qui porte des poils sur le flanc)

Je ne serai jamais ton double.

Ah ! Comme cette idée me trouble !

Que serais-je si tu n’étais ?

Quel nom porterait cette clé ?

(il se rapproche de la porte)

Amis, avant que je m’exporte,

vous comprendrez, sans un violon,

que j’ai besoin d’un pantalon.

J’en vois un qui désavantage.

Les deux autres sont en usage.

Ces deux messieurs qui n’en ont pas

ont ma foi de très beaux appas,

mais faute d’avoir de la toile

comme moi pour mettre les voiles

à l’amarre ils sont retenus.

Sans pantalon, on se sent nu,

demi-vérité sans mensonge.

De la matière, quand on songe,

pour le philosophe en tonneau.

Votre esprit n’a pas de repos

qu’il retienne le réfractaire

qui du coup revient en arrière

et se remet entre vos mains

en espérant que dès demain

un procès en bonne et due forme

résoudra sans perdre la norme

cette figure où le falzar

est un attentat au hasard.

Madame, je suis un poète

et je conçois que l’on m’arrête,

non point comme on met dans les fers

le bougre qui vient de l’enfer,

mais au prix d’une métaphore

qui vaut bien que je vous adore.

Faites de moi ce qu’il vous plaît !

Même cul nu je vous suivrais. »

Et comme il offre son derrière,

aux belles fesses en prières,

pour preuve de sa soumission,

Marion que toutes ces fictions

hermétiques n’inspirent guère

en fouette le savant mystère,

retenant toutefois son bras

car n’étant pas venue pour ça

elle en a toujours la maîtrise.

« Tu me serviras en chemise,

déclare-t-elle avec hauteur.

De troubles ne soit point fauteur

si tu veux vivre avec ta tête.

Les minus habens qui s’entêtent,

j’en fais la croûte du pâté.

D’ailleurs la loi, de mon côté,

son esprit ainsi se l’affine.

Je n’aime pas qu’on m’imagine

sans un palais pour me loger.

A ça il ne faut point songer.

Ce serait beaucoup de temps perdre.

Et comme Ubu, je sais la merdre.

Il faut maintenant qu’au palais

on me suive sans rouspéter.

J’ai des projets pour tout le monde

sauf pour les agents de la fronde.

Roussot et Alice devant.

Et moi je suis après Vatan.

Vous deux refermez bien la porte

et attention qu’on vous en sorte ! »

Ils s’élancent d’un pas pesant

dans la rue où de noirs faisans

paraissent pourtant invisibles.

Mais Bichtard qui est infaillible

quand il s’agit de la question

de savoir qui est de faction

ses grosses mains en l’air agite

ce qui surprend son acolyte :

« On allume le radiateur !

De cette idée je suis l’auteur !

— En plein été ! Et en famille ?

dit Vilage qui s’égosille.

Tu veux quitter le haut aussi ?

J’ai de l’avance sans taxi,

mais pas question de dionysies !

J’imagine la fatrasie

à la une demain matin !

DEUX FLICS UNIS PAR LE SCRUTIN

S’ELISENT SANS LAISSER DE TRACES

Sur la photo on voit de face

nos urnes remplies de papier.

— Le radiateur, c’est pour sécher !

On sèche bien et puis on gratte

comme Alice avec les deux pattes !

On en a un pour tous les deux !

— Ah ! Comme idée on a fait mieux !

Ça devient obscur ou je rêve ?

C’est le moment de faire grève.

— Je te dis que le pantalon

vert olive qui est marron

pour des raisons que je m’explique

et qui supportent la critique,

on le met à sécher dessus.

Et on est à moitié déçu

par cette maudite existence

qui nous joue des tours et j’en pense ! »

Vilage gratte son menton

à la place de son bouton.

« L’idée me paraît excellente,

d’autant qu’elle est concomitante

avec le brillant exposé

de Vatan qui tout bien pensé

n’est pas aussi que nous stupide

en matière d’humanoïde.

Allumons-le, ce radiateur !

— Reconnais que je suis l’auteur ! »

Le radiateur est électrique,

du genre soumis à critique.

Il met du temps à se chauffer.

Quand il est chaud il a séché

le pantalon de cette intrigue.

Sur les visages la fatigue

de la veillée se fait sentir.

On n’est pas loin de s’endormir

lorsqu’enfin le témoin s’allume.

« C’est rouge ! dit Bichtard. Aux plumes ! »

Et il se jette dans un lit

qu’il n’a fait que dans son esprit.

« La connerie a des limites,

dit Vilage qui met en fuite

des mouches faites pour voler.

Dans la vie il faut contrôler

les complications du langage

qui dans la merde nous engage.

Sinon on ne devient pas flic.

Les limbes poussent l’ombilic

(permettez que de ma culture

je signale au moins l’aventure)

plus loin qu’il eût voulu aller.

Je le sais, ça m’est arrivé.

Mais j’étais jeune à cette époque

et je vivais avec mes vioques

qui ne lisaient que le journal

du cyberespace papal.

Depuis je me relativise

et de penser je ne m’avise

qu’en cas d’urgence sur l’écran.

Et alors je prends tout mon temps.

Rien ne presse de ce qui presse.

A quoi bon se serrer les fesses

si on n’a pas envie de chier ?

A deux fois il faut regarder

dans le trou avant de s’y mettre.

Dans le noir on n’en est pas maître.

Et s’il fait jour on ne voit rien

tellement c’est luciférien.

(Râlant il ôte sa chemise)

Je veux bien qu’on me sodomise.

Le concept n’a rien d’un procès.

Et puis quand on connaît l’accès

pour presque rien on se redonne.

Sinon les coups on collectionne.

J’en ai reçu qui font très mal.

Pour le populo c’est normal.

(Il est maintenant sans costume.

Le témoin rouge se rallume.

Bichtard émet un ronflement.

Vilage patiente un moment

puis étend le futal olive

sur le radiateur qui salive)

C’est fou ce que ça peut dormir

un type qui laisse faiblir

ses facilités cognitives

au profit de plus lucratives

et sociales occupations !

Je me dis que c’est la passion

qui manque le plus à nos rêves.

Mais à la pensée rien n’enlève.

Elle devient n’importe quoi

et ses idées sentent le moi.

Pas de marché sans égoïsme.

Lésine assurée des tropismes.

Je me sens moite quand je sors.

Les vitrines sentent la mort.

Je deviens fou sans rien en dire.

Je détruis ce que je désire,

vendant ma force de travail.

Et quand je reviens au bercail,

entre médias et turgescences

filant doux d’autres complaisances,

je me connecte et je m’endors.

Je rêve nu et sans effort.

Je m’alimente de merveilles,

des goélettes en bouteille

aux fantaisies du mythe en kit.

Sur l’écran je trace des bits

et engraisse mes folles puces

qui au cul de mes bugs me sucent

pour que je meure ab intestat.

Je condamne les apostats

et les voleurs qui s’anarchisent.

Ce que je veux est en franchise

sur tous les sites du bon prix.

Je suis celui qui a compris

que le bonheur est dans la soupe.

Il n’est pas question que je loupe

le chabrot de la tradition.

Je suis expert en finition

et quand je suis plein je me couche.

Mes propres désirs j’effarouche,

soignant mon ombre sur les murs,

qui chasse le déléatur

que ma conscience leur conseille.

La caméra qui me surveille,

j’en ai voté l’institution.

Je finance des commissions

et des conseils qui moralisent.

Pas de sujet qui ne m’épuise

et qu’à perpète je remets.

Pour récolter il faut semer,

mais entretemps on me jardine

dans la fiction que j’imagine,

pas sans influences d’ailleurs.

Je ne serai pas le meilleur,

mais je suis bon à ma mesure,

e qui me promet l’aventure

avec Boeing ou bien Airbus.

De l’habens je suis le minus. »

Sur ces mots sort Jojo Vilage

nu comme un ver, le corps en nage

car la pensée sauve sa peau

et le rêve ses oripeaux.

A poil il entre dans la rue

et surprend plus d’une morue

qui se gratte, le pied au mur,

la rotule de son fémur :

« Il serait temps que tu répondes !

On se demande où va le monde.

Des heures et plus que je t’attends.

J’en ai le slip dans le mitan.

Demain ce n’est pas les vacances.

Plus tard si on a de la chance.

Un roupillon à Saint-Martin

chez Balkany qui le tapin

ne le fait pas mais sait y faire.

En moins bien on a les affaires

de DSK qui l’a petit

mais ambitieux à ce qu’on dit.

Plus tu es riche et plus tu bandes.

Et la justice en redemande !

Sans parler que dans les médias

sur le parquet on fait des tas,

tellement que si tu respires

on sent que tu veux déconstruire.

C’est bien joli tes beaux discours,

mais ça ne vaut pas le détour.

Je te dis que je suis luthière !

Les instruments je les digère

et quand j’ai tout bien digéré

je fais des gosses au forfait.

Donne-moi ça que je m’engrosse.

Du repeuplement j’ai la bosse.

Les riches c’est bon pour frimer.

Mais quel poète veut rimer

en ces jours de déclin tendance ?

Laisse-toi faire et recommence. »

Mais Jojo filait sur ses pieds,

chassant le moustique tigré

qui s’en prenait à ses organes.

Il repoussait les artisanes

avec le même énervement :

« Quand on le sait on me comprend,

ânonnait-il dans la rigole.

Je crois qu’au palais on rigole.

Suivez-moi et vous verrez ça !

Sans les putes pas de doxa !

Et sans doxa on est jean-foutre.

De la charrue je suis le coutre.

Qui m’aime me suive là-bas ! »

Mais les proxos au profil bas

faisaient des signes sous les porches.

« Il faut vivre comme on se torche, »

continuait l’affreux Jojo

tout nu grimpant dans les rideaux.

Mais il ne laissait pas de traces

comme font nos chères limaces.

Encore un, mon cher Engeli,

qui sort des limbes du récit,

promettant d’autres circonstances

qui n’en finiraient pas, je pense,

de multiplier les chemins

pour aller où nous n’allons point.

Le roman n’est pas un théâtre

dont les coulisses seraient l’âtre

et la flamme le comédien.

Son style serait trop ancien.

Nous ne jouons plus au poète

qui hameçonne ses boëttes

caché dans l’ombre du décor

et jette ses fils sans ressort

pour qu’à pleines dents on y morde.

Même au milieu de notre exorde

le personnage qui s’en va

accroît l’ampleur du canevas.

On peut prévoir autant de suites

que le récit admet de fuites

et même laisser au lecteur

le soin de choisir les acteurs.

Petit à petit s’amenuise

des personnages l’entreprise

et à la fin il en est un

au comportement opportun

qui sert à conclure ou à faire

en sorte que toute l’affaire

est achevée pour le moment.

Si je connais d’autres romans

que celui-ci parfois appelle,

il se pourra que leurs nouvelles

viennent un jour le compléter.

Mais celui-ci doit s’achever.

Et voici comment je l’achève :

— Mais avant d’accroître ce rêve,

car c’en est un, je le redis

si jamais on n’a point compris,

une parenthèse s’impose :

le présent poème est la cause

et nous y avons donc trouvé

au moins deux classiques effets,

le tout formant le trilogique

roman de ce poème épique.

Voyez comme la création

relève plus que de l’action

de l’esthétique des colonnes

où le toit repose ses tonnes.

A la suite de ce premier

récit qui cause les effets

nous avons prévu sans promesse,

car nous avons d’autres maîtresses

qui apprécient de nos bijoux

les facettes d’un même fou,

un récit où l’on voit Virgile,

mené en auto pas tranquille

par son Armande à l’hôpital

car elle lui a fait très mal

comme on le sait avec la porte.

Avec Bébère elle l’emporte

pour qu’on recouse son pénis

et qu’on se remette au tennis

en passant de bonnes vacances

loin de ces tristes apparences.

Voilà un roman qui promet !

Et à l’ouvrage je me mets

sitôt que celui-ci s’achève.

Ou alors je suis en plein rêve…

dans un genre tout différent,

suivons Jojo sans vêtement

jusqu’au palais où un ministre

prétend mettre fin au sinistre

causé par le méchant Verju

et ceux qui l’ont trop bien connu.

Nous connaissons les personnages

et nous savons sans autre otage,

par le volume ci-dessus

ébauché à grands traits têtus,

au moins comment je les engage

dans un premier effet d’usage.

Nous verrons un fort bel assaut

commandé par un gros conaud

et nous saurons de source sûre

de quels cadavres la censure

nous a injustement privés

au spectacle de la télé

sous le règne des sarkozistes.

Un grand souffle antimonarchiste

passera sur le corps couché

de ce second récit d’effet,

troisième dans la trilogie.

Se clora la cosmogonie

sur ce passable enterrement.

Mais n’anticipons ce moment

car il s’agit pour bien conclure

ce premier récit sans brûlure

d’en choisir le dernier héros

qui remettra au point zéro

le sens à donner à la forme.

Il était question d’uniforme,

plus précisément de falzar.

Ce n’est pas vraiment par hasard

si dans le poste de police

se termine notre caprice,

mais ce n’est pas avec de l’art

que l’on explique le hasard.

On se rencontre sur la scène

car nous ne savons de l’ancienne

que ce que la nouvelle peut

et nous faisons de notre mieux

pour que de l’au-delà les choses

demeurent faits et non point causes.

Nous avons donc laissé Bichtard

couché au sol sans son falzar.

Vatan avec la présidente

devrait en combler les attentes

si toutefois c’est au palais

qu’elle mène son bout de nez.

Léon est donc dans la cellule

où il se dore la pilule

sur un matelas assorti.

Jojo Vilage étant sorti,

c’est entre ces deux personnages

que se joue notre bon ramage.

Bichtard ouvre un œil ensuqué,

se reproche d’avoir pioncé,

et grattant une de ces couilles

dit que l’estomac le barbouille

et que le remède il connaît

si on veut bien lui repasser,

sans le bouchon si c’est possible

car de migraine il est la cible,

la bouteille qui le contient.

Mais en attendant rien ne vient.

Il ouvre l’autre œil et le pose

sur les objets qui se proposent

et le radiateur notamment

lui remet instantanément

toutes les choses en mémoire.

Comme il voit et commence à croire

il établit la relation

entre le sens du pantalon

qui sur le radiateur pétune

de ses diverses infortunes

et la chemise de Jojo

qu’il n’a donc plus dessus la peau.

Et Manu Bichtard craint le pire.

Quand Jojo ses habits retire

ce n’est pas pour aller au bain.

Bichtard connaît bien son copain.

« Il va falloir fermer boutique,

prêter le flanc à la critique,

se laisser encore blâmer

avec inscription au dossier.

Mais pour Jojo ce serait pire.

D’ailleurs qui connaît son martyre ?

A moins que ce soit un plaisir,

la nudité comme élixir,

le népenthès de la croissance

avec la mort pour renaissance.

La chlorophylle avec la chair

comme un avant-goût de l’enfer.

Virgile parlait de « couvercle »

et des mains qui refont le cercle.

Ah ! J’entrave mieux maintenant

ce début dont je suis la fin ! »

Bichtard est un pote à la coule

jamais ivre quand il se saoule.

Il enfile le pantalon,

sautant d’un coup sur ses talons,

et quatre fois dans la serrure

tourne la clé qui la clôture.

Nous savons que Jojo allait

tout nu et joyeux au palais,

mais Manu commence l’enquête

par le début, à l’aveuglette.

C’est ainsi que commencera

le tome trois de la saga.

Ah ! Je vois ça d’ici, mes ouailles !

J’en serai le passe-muraille.

Rien n’est plus fort que de savoir

qu’on est ici dans l’assommoir

et qu’en sortant on est encore

sur le fil de la métaphore.

Cela finira-t-il jamais ?

Ah ! Laissons ce lieu malfamé

et revenons dans notre poste.

Mais sous la tricolore imposte

la porte nous a arrêtés,

car nous n’en avons pas la clé

et peu de chance qu’on l’invente.

Comme à la fin on s’impatiente,

considérant que mettre fin

de cette manière n’est point

de l’élégance l’arbitrage,

il se peut que le bouquinage

dans l’inutile s’est fichu.

Et le lecteur est fort déçu.

Le voilà devant la vitrine

d’un commissariat d’origine,

certes mais où est enfermé

des personnages le dernier,

celui que de la fin on charge

avant d’enfin prendre le large

et à d’autres se consacrer

pour un neuf récit commencer,

tellement neuf qu’on n’y voit goutte

et que de sa soif on ne doute.

Je sais tout cela, même plus !

J’ai la phobie des terminus.

Et voilà comment je l’arrange !

Sans clé personne ne le change.

On s’en va retourner chez soi

et pester en parlant de croix,

de toutes sortes de supplices

dont le poète est le complice

alors qu’on ne voulait qu’aimer

et même des sous dépenser

chez cet ami qu’est le libraire.

Au lieu de ça on désespère

devant une porte sans clé

alors que savamment on sait

que la fin bel et bien existe,

qu’à l’intérieur elle subsiste,

se nourrissant comme un secret

d’un illégitime décret !

Tout ceci n’est pas supportable !

Une autre fois, on passe à table

sans avoir pris l’apéritif.

— Je vous trouve un peu agressif !

Dedans Léon n’attend personne.

Il ne sait même pas qui sonne.

Certes je n’ai pas cette clé,

aucun moyen de l’inventer

et d’une fin aucune idée.

L’imagination est sacrée,

à moins qu’on veuille me prêter

de la fantaisie les attraits.

Avec la magie on peut faire

même des enfants à un père.

On voit cela en religion

où même sans fornication

on conçoit dans l’impérissable.

La chose est inimaginable,

car la pensée qui voit le ciel

voit bien qu’il n’est pas éternel,

mais une claire fantaisie

à cet inconvénient pallie.

Je peux vous traverser les murs,

ou la nuit comme un vrai lémur.

M’élever dans l’air de la ville

et par les toits comme un missile

entrer dans les conversations.

Pas de limite à la passion

si c’est la fantaisie qui prime !

L’imagination nous opprime !

Libérons l’esprit du roman !

Et fêtons-nous comme en aimant !

Demande-t-on mieux au poète ?

Inventons malgré qu’il rouspète

et entrons même sans la clé !

Sur ce banc vous asseoir veuillez

et écouter comment s’achève,

à peu près comme dans un rêve,

ce faux roman qui n’en est plus

à vouloir que ce qui conclut

soit forcément imaginaire.

Pour moins que ça on désespère

de ne jamais savoir la fin.

Pour la nuit c’est bien le matin.

On se lève et on recommence.

De l’art on a la connaissance

et de l’action le jugement.

Voyons, sans plus d’atermoiements,

ce que le mot fin nous réserve.

Nous n’entrons pas, comme en conserve,

dans la cellule où Léon dort.

Nous n’entrons pas, comme on en sort,

dans son sommeil ni dans ses rêves.

Ce n’est pas ainsi qu’on se lève.

La journée nous priverait trop

des conséquences du défaut.

Il faut laisser à la pensée

le souci d’invoquer sa fée.

Et cette fois, imaginons,

sans vraiment lui donner raison,

que dans le noir de la cellule

où la contingence pullule,

que Léon par le cou pendu

des genoux ne s’agite plus.

Vous direz que c’est trop facile !

Tuer dans son dernier asile

le personnage qui fini

doit disparaître du récit,

n’est pas ce que l’on s’imagine

ni ce que pour que l’on termine

la fantaisie met en avant.

Je reconnais que c’est navrant e

t qu’il est temps que je m’explique.

Comment faute d’esprit critique,

après avoir autant écrit,

avoir mis les points sur les i

au lieu d’ouvrir la porte au rêve ?

C’est là manquer beaucoup de sève !

…je vous accorde encore un peu

de cet air qui paraît vicieux.

Si vous vous lamentez encore

c’est que je sais ma métaphore…

et je vous pose la question :

combien y a-t-il de pantalons

dans cette impossible cellule ?

Nous savons bien comme ils circulent

sur les fils tendus du roman.

Vatan en étant sorti sans,

il faut bien que sans hypothèse

on en compte deux sur la chaise.

Passons sur les évènements

qui expliquent pourquoi Vatan

l’avait ôté, ce que constatent

les témoins devant ses nues pattes.

Léon pendu porte le sien.

Sur la chaise de falzar point.

Notre regard imaginaire

sur le cou que le nœud enserre

voit bien que c’est un pantalon

qu’on a accroché au crampon

soutenant une lampe éteinte.

N’émettant plus aucune plainte,

Léon est pendu haut et court

avec le pantalon d’amour

(selon ce que chacun estime

des actes précédents le crime)

de Vatan, rien n’est plus certain.

Nous avons donc trouvé la fin,

tué le dernier personnage

et détruit cet échafaudage

qui ne mérite rien de mieux

qu’un renvoi de la balle à dieu.

Et pourtant ce coup de raquette

ne semble pas valoir tripette,

non point que dieu, qui est mal fait,

ne s’y conçoive mieux qu’en vrai,

mais plus haut, pas au pifomètre,

il est écrit en toutes lettres,

que jamais de la vie Vatan,

autrement que par accident,

n’eût attenté à l’existence

pour la priver d’autre échéance.

Il déçut Armande en fuyant

plutôt comme un vrai délinquant.

Si donc tel est son caractère

de Léon pendu il s’avère

que c’est un suicide parfait

et que comme fin il est vrai

à désirer elle nous laisse.

Déçu serai, je le confesse

si l’épilogue du roman

plus bas que terre allait tombant !

Mais il est plus sérieux encore !

Car ce que Mulat élabore,

menant ses troupes au palais,

dans l’eau très vite va tomber.

Dans son cerveau elle imagine

Vatan très fort qui assassine

le diable incarné dans Verju.

Or, Vatan pour nous, c’est connu,

ne peut assassiner personne.

Ce n’est pas qu’elle déraisonne,

mais le récit n’est pas le sien.

Il est de plus en plus le mien.

Et là j’avoue que je m’effraie !

Le couteau remue dans la plaie.

Imaginons, pour un instant,

en ceci prenant les devants

sur ce que sera le troisième

volume après le pénultième

où il sera question d’assaut

comme nous le disons plus haut,

qu’alors Vatan comme une fille

Verju jamais ne décanille…

c’est toute mon œuvre qui prend

le fil de l’inachèvement !

En conséquence je déclare,

…tant pis si de moi tu te marres

mais je tiens à mon avenir

qui vaut ce qu’il vaut en plaisir

et qui m’appartient si je pense

…que le pendu qui plus ne danse,

tirant la langue sans façon

dans le nœud de mon pantalon,

n’est point Léon, tel je l’impose,

j’en assume toutes les causes,

et pour ce qui est de l’effet

force de loi, je m’en défais !

Qu’on le sache, c’est ma nature.

Je ne dis rien de l’aventure.

Et s’il n’est donc ledit Léon,

en dehors de tout pantalon,

il est Vatan, je l’assassine,

comme Unamuno contamine

les pas que dans l’obscurité

je fais pour enfin vous quitter.


 


 

II

Et pour continuer je chante

les aventures de l’amante,

Armande veuve de Verju

qui dans la terre fut mis nu,

car ainsi vont dans la géhenne

depuis que le Monde est en peine

ceux que Justice a mis aux fers.

On dit même que deux enfers

c’est un troisième qui s’annonce.

Il semble que l’Homme s’enfonce

non point dans le Temps comme il veut,

mais dans l’origine du Feu.

Certes ce chant n’est point la place

de tergiverser sur la Race,

l’unique malgré les couleurs

qui font de l’ombre à nos douleurs

où la lumière est une farce

qui dénature ses comparses,

mais le Poète quand il sait

de chanter ne peut s’empêcher

et certaines fois il ergote

en se faisant à la culotte.

Est-ce la Vie qui ne vaut rien

ou le Monde qui dans son sein

porte ce que l’Homme s’explique

en abusant de la critique ?

Je ne saurais, moi qui médis,

me réveiller après midi.

Déjà je foule cette terre

dont le trou n’est pas un cratère,

car ce qui parle ici n’est point

de la profondeur le tintouin.

Je me nourris de ces surfaces

et d’en chanter je ne me lasse.

La prosodie me fait rêver.

Je me recueille à son chevet,

trouvant la lampe peu idoine,

mais la tête dedans l’avoine

je baragouine avec les dés

qu’en témoin têtu j’ai lancés

comme le noyau de la prune

qui mes papilles importune.

Comme le temps est long des fois !

Un roi sans bouffon n’est pas roi

et je suis un bouffon sans reine.

L’aiguille du cadran égrène

plus qu’elle tourne en son ressort.

Je donne de la clé au sort

ne sachant quelle destinée

mon mal déjà m’a cuisinée.

Sans reine je suis un bouffon

et sans moi elle tourne en rond.

Dans la maison je suis le vice

et dehors en toute justice

je possède et le fais savoir

menant la bête à l’abattoir

et ses promesses à la banque.

Et pourtant je sens qu’il me manque

de la seconde la fraction

et de l’infime la passion.

Voilà comment je m’impatiente.

Personne ici-bas ne m’invente,

pas même qui je fus enfant,

qui demeure pour le moment.

Je suis le produit de mes rêves,

comme dans le gâteau la fève.

Sans le sommeil je suis marteau

et l’enclume me fait la peau.

Il faudra bien que je couronne

la compagne qui m’environne

de son principe et de sa foi.

Et la fève me fera roi,

roi sans bouffon au pied du trône,

bouffon sans reine qui ronronne

comme chat qu’on caresse un peu

en rêvassant devant le feu.

Mon Engeli, je déraisonne !

Mais n’es-tu point mon Antigone

toi qu’en français je mets en vers ?

Tous les chemins vont en Enfer.

Nous allons par la même route,

droits comme l’i qui point ne doute.

Ce pays m’a crevé les yeux.

Je ne crois plus rien, même Dieu

du curé a perdu le charme

et l’r roulé de ses gendarmes.

Pourtant ceci est un roman !

Il faut qu’encore le chantant

par la fin on se le termine !

Sinon nous aurons bonne mine

sur ce parterre de croyants

qu’on dit feignants et arrogants.

Nos bourgeois et leurs domestiques

ont élaboré la critique

dans un impeccable concert

qu’à huis clos on joue en Enfer.

Voici nos ours et puis ces quilles

que sur un fil et en famille

nous jouons dans les feux du ciel.

Nous connaissons le logiciel

et les histoires qu’il colporte.

La Poésie prête main-forte

à nos saisies sur les tréteaux.

Mais c’est derrière le rideau

qu’on joue le mieux à ne rien faire.

Voilà comment on désespère,

que le soleil au rendez-vous

dans la chair enfonce ses clous

ou que manquant de peu l’outrage

il se coiffe d’un vrai nuage.

Mais revenons à nos moutons.

La digression redoutons.

Elle envenime le partage

au point que certains en enragent.

Si le lecteur en est ici,

c’est qu’il a suivi le récit

depuis le début de sa trace

au chant premier qui ne se lasse

de dire tout de l’essentiel.

Que remercié en soit le ciel !

Celui où foisonnent missiles

et autres produits de la bile.

Nous avons vu que l’arrachant,

je crois même en la refermant,

à sa porte elle nous l’ampute,

sans toutefois passer pour brute,

du membre qu’il a inséré

en lieu et place de la clé.

Le voilà se frottant les couilles

et passant plus que pour andouille

car il ne trouve pas le vit.

Ainsi nous tenons l’incipit

de ce chant qui est le deuxième.

Nous n’en lâcherons pas le chrême !

Comme Bébère a une auto

et veut réparer le bobo

qui lui rappelle bien des choses

dont il veut oublier les causes,

on y met Virgile et le bout.

Armande le doigt dans le trou

prévient la fuite hémorragique

et sa consommation tragique.

Le moteur de la 2CV

sous la pédale du prévôt

emporte les protagonistes

non point chez un bon bouquiniste,

comme il est dit dans le Coran,

mais vers un établissement

spécialisé dans la couture.

Ainsi commence l’aventure

dont ce chant est la relation.

Bébère tout à sa passion

fait du 60 et des poussières,

une main tenant la portière

et de l’autre voyant venir

sans toutefois contrevenir.

Armande qu’un rien désespère

sent la pulsation de l’artère,

signe que Virgile est vivant

et qu’il se tient à ce roman

comme si c’était la dernière

occasion de ne plus se taire.

La nuit est sale comme un pou.

« Ah ! Conduire ce n’est pas tout,

dit Bébère dans les virages,

car les enfants de nos villages

traversent rues sans prévenir

et ne sont pas tous des tapirs.

— En pleine nuit ! Ah ! Je m’étonne !

crie Armande qui la sort bonne.

Des enfants j’en ai vu des vieux,

mais pas au point de faire mieux !

Ne respectez pas les feux rouges

et écrasez tout ce qui bouge !

Appuyez sur le champignon !

Pensez un peu que le moignon

sans glace est pressé qu’on le couse.

Je veux être une bonne épouse

et commencer par le début,

sinon il ira au rebut.

Je n’imagine pas Virgile

sans girouette au campanile.

Les cloches c’est bon pour les saints,

mais si on n’a rien dans les mains

pour les secouer dans le temple,

on professe le contre-exemple

et l’esprit peut s’en trouver mal.

Et je ne dis rien de l’anal

qui a aussi ses exigences !

Sans oublier que pour la science

la langue a des petits effets

qu’on améliore avec le nez.

— Vous devriez mettre le pouce.

Avec l’index ça éclabousse.

J’en ai même dans les cheveux.

— Je ne fais pas ce que je veux !

J’y mettrais bien surtout la langue.

Encore un peu, il est exsangue !

— Je connais bien le prix du sang !

Si je pouvais, en ce moment,

je vous montrerais ma blessure.

— Je ne crains pas la vomissure !

J’en ai vu et des pas jolis,

mais des qui pissaient pas au lit,

des bien branchés avec des fuites

heureusement restées sans suite.

Et surtout pas du sang. Du sang !

— Je n’y peux rien ! On est à 100 !

Et encore on est en descente.

— Mais je veux que je suis décente !

Je ne fais pas ça tous les jours.

Attention dans les carrefours !

Des fois la nuit il y a du monde !

Quand ils ont bu ils font des rondes

et pas qu’au carré leurs plumards !

Enfin, chacun choisit son art.

Virgile c’est la Poésie

et pas que dans la fantaisie.

Il connaît des trucs que j’y vais

sans pourquoi me le demander.

Il vous met dedans la métrique

et du coup il en a la trique.

Sans ce moyen, il est fini.

Il faut recoudre ce pénis

chaque fois que je le sectionne…

— Je vois ! Vous êtes amazone.

Avec un arc, on peut voir loin.

C’est avec deux bouts qu’on se joint.

Quand c’est coupé, on recommence.

Ô métaphore de la France !

Voilà que je deviens obscur

comme la nuit des temps futurs !

Ici la Justice est eunuque,

portant au lieu d’une perruque

les traces de leurs bigoudis.

De l’anus je suis le dandy,

propre sur moi et ailleurs même,

toujours partant pour le poème

que je relève avec le doigt

faute d’en exercer l’emploi.

L’amour qu’on ne fait pas pour faire

serait une façon de plaire

si les trous n’étaient à ce point

de mes extases les témoins.

Votre sein qui deux fois se gonfle

ne me nourrit que quand je ronfle.

Quel homme ainsi alimenté

peut retrouver sa liberté ?

J’étais enfant et ne suis homme.

De quel côté ce faux binôme

fait pencher du mort le fléau ?

Je me construis un beau tombeau ! »

Paroles qui, dans la voiture,

et sous l’effet de sa toiture

qui prend le vent comme elle peut,

malgré des larmes dans les yeux

n’inspirent pas la belle Armande.

« Ne dit-on pas que s’il rebande

le mutilé en perd le Nord,

à tel point qu’il devient ténor

et veut coiffer sa cantatrice

sur le poteau et sans complices ?

J’en ai connu un qui coursait

non plus comme un cheval de trait

mais monté comme un bucéphale

sacrifiait dans son encéphale

ses anévrismes poussiéreux

et les synapses des aïeux.

On dit qu’il en devint poète.

Sans une amazone à la fête

l’homme devient un employé

qui peine à payer son loyer.

Il ne craint pas qu’on le recouse

car il a choisi son épouse.

Le poète ne choisit pas.

Il ne sera jamais papa,

mais comme expert dans la couture

il connaîtra des aventures

dont le commun ne peut rêver.

Voilà comment il peut crever

sans se soucier de la famille.

Le vers est au fil de l’aiguille

ce que le chas y met dedans.

Alors je mords à pleines dents !

— Mais cette fois c’est une porte

que vous fermâtes de la sorte… »

Dans ce passage dialogué Virgile

ouvrit ses yeux fermés.

Il vit d’abord la nuit atroce

et les platanes qui véloces

provoquaient des scintillements

sur le carreau très joliment.

« Ces souples échines qui s’arquent

dans les reflets ce sont les Parques,

Nona, Decima et Morta.

Je retrouve le placenta

où l’a laissé mon innocence,

heureux de faire connaissance

avec d’aussi pures beautés.

La voilà donc, la liberté,

entre ces six mains spécialistes

auxquelles pas un ne résiste.

J’eusse aimé revenir entier,

avec vous remettre en chantier

l’œuvre chassée par l’Amazone.

Est-il temps que je me raisonne ?

Je n’ai plus d’âge, je suis mort,

étant ni dedans ni dehors.

Quel est ce lieu automobile

où gît la cendre de Virgile ?

Mon sang est encore si chaud

qu’avant de me mettre au caveau

on prendra soin de mes oreilles

et en silence dans la veille

on ne chuchotera pas mot

dont la puce moderato

pourrait achever ma beuglante

par un trop concerté andante.

Un drap noir sur moi est tendu

comme un soir où je suis perdu

à force d’y trouver à boire.

Sur la flamme est un vieux grimoire

que pourtant je n’ai pas écrit.

Rien sur la hauteur de mon cri.

Je vois d’ici ce que vous êtes,

noirs chapeaux ou joues sans fossettes,

lèvres tues des jolis garçons

et fillettes qui sans façon

mettent le doigt sur ce qui blesse.

Des nouvelles de ma maîtresse,

non point celle qui fait l’amour

mais celle qui me veut toujours,

courent comme l’oiseau farouche

sur les gouttières de vos bouches.

On sait qui je suis mais pourtant

rien n’est dit de ces bons moments.

Dans un bocal en transparence

flotte peut-être pour la science

ma bite vidée de son sang.

Je trouve ça un peu blessant…

mais avais-je toute ma tête

quand j’ai choisi d’être poète ?

Je m’en vais avec mon cerveau,

bien habillé et sur le dos,

comme un nageur sorti des noces

qui dans l’écume se défausse

du coquillage trop nacré m

aintenant qu’il l’a épousé.

Je salue le marquis de Sade

et accepte son ambassade.

— Vous serez mon hôte toujours,

me dit-il dans le demi-jour

qui frisonne sa chevelure.

Je pratique la dictature,

mais seulement en vase clos.

Je vous nomme ma dactylo

car vous avez le doigt rythmique.

Vous ménagerez la critique

chaque fois que je perds le fil.

Enfin vous avez le profil

qu’aucune érection amicale

ne peut donc de sa verticale

épouvanter, voire violer

l’esprit qui fait de la télé

la poubelle de la culture.

Je ne veux point qu’on vous couture !

Vous avez le tréma de l’i

et je dis que ça vous suffit

pour taper sur votre machine

le renouveau de ma Justine.

Saisissez-vous de cet extrait

et refaites ce que je fais

en le disant pour bien comprendre.

A mon plaisir il faut prétendre,

sinon la mort est un enfer.

Vous pouvez même mettre en vers

ce qu’en prose je veux qu’on suce.

Les poètes manquent d’astuce,

mais le romancier que je suis

on le lit encore aujourd’hui

et pas seulement à l’école.

Appuyez-vous sur mon épaule

et de la main gauche branlez

hardi ! Tant que vous le pouvez,

le vit qui me sert à écrire,

ce qu’autant vous ne pouvez dire

du vôtre qui dans le formol

ne peut plus prendre son envol.

D’ici je vois une fillette

qui s’imagine que poète

est un métier pour les oiseaux

qu’on coupe au fil de ses ciseaux,

car elle est déjà amazone.

Voilà longtemps que je braconne

sur ces terres que leur seul sein

nourrit sans faire de bambins.

Il faut bien que ce soit des hommes

qui ensemencent leur royaume.

Dieu n’existant que pour l’esprit

notre succès est garanti.

Je plains le poète sans bite

qui ne sait point où il habite.

Voulez-vous bien presser un peu ?

Je ne jouis plus comme je veux.

Voilà qui est mieux, ma poulette !

Quand ça rime c’est d’un poète.

C’est en prose que je le dis.

On se croirait au Paradis ! »

Une giclée fend la capote

de la 2CV qui cahote

entre les mains du magistrat.

Ce n’était pas dans le contrat,

mais le doigt de la belle Armande,

et malgré qu’elle s’en défende

quand on lui pose la question,

peut établir des connexions

que même un as en chirurgie

n’en peut imiter l’énergie.

« Je me réveille et je suis mort !

crie Virgile se donnant tort.

— Non point, mon ami ! fait la belle.

C’est une angoisse sexuelle

qui vous travaille le chignon.

Je tiens en main votre moignon,

bien au chaud comme une saucisse

dans le pain qui ouvre ses cuisses

et les referme si on veut

mordre dedans à qui mieux mieux.

J’ai un doigt dedans votre artère

et un œil pour vous satisfaire.

L’oiseau qui se tait n’est pas mort !

Il est encore dans l’effort,

tant que ma main lui est petite.

Voyez-vous bien ce qu’il mérite !

Il en demande et je n’ai plus.

Mais ce n’est plus le gros joufflu

qui fait mieux que des hypothèses.

Il faut dire que sur la chaise

d’une deudeuche on est hip hop.

Comme tape-cul c’est le top.

De Zénon c’est la chélonienne.

Qui veut descendre à la prochaine ?

On fera des enfants plus tard,

à l’aise et fous dans un plumard.

Il faut d’abord qu’on vous recouse,

mais pas sans deux ou trois piquouzes

dont les aiguilles font du bien.

On le fait même avec les chiens.

C’est dire si c’est à la mode.

De tout et rien on raccommode.

Il faut voir les chantiers qu’ils ont !

Du hiatus à la crevaison,

le catalogue des manières

de retourner à la poussière

avec des preuves en béton

qu’on a usé de ses roustons

comme a voulu le bon Moïse.

Ah ! La partie n’est que remise !

On recommence dès demain,

mais cette fois avec les mains

à la besogne de l’orgasme

si je peux par ce pléonasme

abonder dans la gravité

qui sied aux choses du métier.

Le sexe c’est avec Racine

que dans le texte on se l’affine.

— Peut-être mais je suis foutu !

dit Virgile qui n’en peut plus.

C’est douloureux et même atroce !

Moi qui l’avais toujours précoce !

500 vers et du prodigieux

à la journée et même mieux

si le lit était confortable

et le décor abominable.

Des jours entiers à secréter !

Et à la fin du breveté,

des royalties plein les pochettes.

Et toujours l’air d’être un ascète.

J’en ai vécu des jours heureux !

Même quand je n’étais pas deux.

— Puisqu’on te dit qu’on peut recoudre !

On sait comment il faut résoudre.

Dis-le que je l’ai fait exprès !

Et refais-le dans l’à-peu-près.

Voilà comment c’est un poète :

on veut lui faire la causette

et il s’élève dans les airs,

comme si le dieu des éclairs

pouvait lui rendre des services

qu’il refuse dans les hospices.

Je me sens vieille et bonne à rien !

De l’Art je n’ai pas les moyens,

car ce n’est pas moi qui encule.

Encore un trou et je m’annule !

Ah ! Et puis j’en ai plein le cul !

De mon sang je sens un afflux.

C’est chaque fois la même histoire :

je me donne et je veux y croire

mais le mec fait ça en solo.

Ah ! Je suis au bout du rouleau ! »

Sur ce elle ouvre la portière,

se cambre fort bien en arrière,

mais ce n’est point pour se jeter,

ni même pour se suicider.

Son bras dans l’air moite mouline

et le ressort de son échine

donne à la main qui est au bout

l’énergie d’un lance-caillou.

Virgile en conçoit une angoisse

car il est en mauvaise passe.

Le vit n’a pas même le temps

de se vider de tout son sang.

Il virevolte avec les mouches

qui dans la nuit blanche ont fait souche.

A 100 à l’heure il disparaît.

Virgile croit avoir rêvé

et la portière se referme

ou quelque chose dans ces termes.

Pourtant le doigt n’a pas quitté

l’orifice qu’il tient bouché.

Armande a retrouvé son calme

comme celle qui bien empalme

avant d’aller au lit rêver.

Il en a le souffle coupé.

« A 100, dit en riant Bébère,

on peut en perdre la portière

et le siège qui va avec.

La Deuch ne vaut pas un kopek

quand c’est le vent de la vitesse

qui décide de sa détresse.

Veuillez ne plus recommencer.

Certes je suis trop bien payé,

mais je ne suis pas fanatique

des rogatons de l’Amérique,

même que plutôt ils font chier

à nous faire tout dépenser

alors qu’on croule sous la dette.

Il va falloir que ça s’arrête.

Le refroidissement par air

par la République est offert.

La Deuch pour la classe moyenne

et plus bas du vélo qui peine

et même rien pour les chômeurs.

Je ne dis rien des doux rêveurs.

On est là pour servir les riches

et eux nous servent des bourriches

que quelquefois c’est une auto

qui fait la une du loto.

La France c’est un gros village.

On en a marre du doublage.

On veut vivre avec notre temps.

— Peut-être mais en attendant,

soupire Virgile à l’arrière,

mon zob va devenir poussière

avant que je devienne vieux.

Je ne trouve pas ça heureux.

L’homme est construit dans la déroute,

je veux bien, mais sans la biroute

il retourne dans son passé

ou plus malin se fait curé.

Mais moi je me suis fait poète,

zigoteau de la zigounette.

L’anticonformisme me va

comme le gant dans le baba !

— Puisqu’on te dit qu’on va recoudre !

grogne Armande comme la foudre.

Pour l’artère on a le bouchon.

Ça aura disons l’air trognon.

Tu pourras faire avec les gosses

des trucs que même un gâte-sauce,

et j’en connais des saligauds

qui ratent même l’aligot,

n’imagine pas qu’on peut faire.

Pour moi c’est une bonne affaire.

Pas vrai, monsieur le magistrat,

que tout est permis au castrat ?

On en voit même qui sont juges.

En bleu et rose comme à Bruges.

La liberté il faut payer.

Ah ! De philosopher assez !

— Peut-on savoir de quoi, ma chère,

dit le juge comme en affaire,

vous parlez de cette façon ?

Je n’en comprends pas la leçon…

— Elle a jeté ma grosse bite

sans que la Loi ne l’y invite !

— Voilà qui est mieux que bien fait !

s’écrie Bébère satisfait.

Je vous aurai à part entière,

si je peux de cette manière

exprimer la joie qui me prend.

Je vous jalouserai autant

qu’il vous plaira de me déplaire.

Et d’ailleurs comme locataire

vous ne paierez aucun loyer

si vous me laissez caresser

tant qu’il plaira à ma patience

ces deux objets qui ensemencent

sans rien dresser devant mon nez.

— Mais c’est que moi je veux bander !

J’en ai pris la bonne habitude.

Parlez-en à ma solitude.

— Et bien tu ne banderas plus !

tranche Armande, pas de surplus !

Monsieur aime les grosses couilles

et moi je veux qu’on y gazouille.

Nous formerons un couple à trois,

la reine, un bouffon et un roi.

Et bientôt nous serons à quatre.

Conçoit-on un bon vieux théâtre

sans un enfant pour animer

d’autres enfants bien accouchés ?

Une fois fermée la blessure,

c’est dans la puériculture

que nous trouverons le bonheur.

Monsieur le juge en bon jongleur

nous distraira des infortunes

qui limitent la vie commune.

— Et pourquoi pas un monteur d’ours !

Et qui chantera les mamours

du rossignol avec sa poule ?

Dans la farine tu me roules !

Comment un roi sans érection

peut-il inspirer la passion,

ce sentiment dont ne se passe

pas même l’art de la grimace,

aux dames qui peuplent la Cour ?

Pas de roi sans un troubadour

dans le cœur qui le lui pardonne !

L’enfance n’est pas une aumône

et c’est à deux qu’on fait l’amour !

On n’en voit pas autre au labour.

Ainsi veuillez, monsieur le juge,

freiner avant que du grabuge

je ne fasse dans cette auto.

Si je suis un bon zigoto

je n’en suis pas moins un athlète.

Ainsi se conçoit le poète :

certes il est un peu guignol,

mais si ne chante rossignol

l’arbre s’en trouve fort bébête.

Veuillez admettre qu’on me prête

ce que je possédais avant

qu’on me fasse perdre du temps.

Je serai roi en république

si le décret qu’on y applique

dit quelque chose de mes vers.

Tournez le guidon à l’envers

et retournons à 100 à l’heure,

zélés et sans plaindre le feurre,

à bord de ce fragile engin

qui mérite l’alexandrin

au lieu de cet octosyllabe

qui vaut plus cher que l’astrolabe

mais beaucoup moins que le compas,

sur les lieux où on ne voit pas

mais qu’on éclairera de flammes

pour retrouver mon oriflamme. »

Bébère d’un coup de volant

implique à la traction-avant

un demi-tour qui la déplace

et surtout la met sur la trace

du moignon qui n’est pas perdu

car on est en terrain connu

malgré de grosses affluences

et les revers du coup de chance.

Virgile seul bouche son trou.

L’autre main menace le cou

du juge qui sans sa salive

pense que ce qui lui arrive

ne peut tenir qu’à un cheveu.

Armande à genoux sur l’essieu

dont elle croit à l’existence

invoque les dieux de la science.

Les phares balaient le brouillard

qui ralentit le tortillard.

Bébère ajuste ses lunettes.

Cette aventure n’est pas nette.

Il en paiera le pot cassé.

Ça lui est déjà arrivé.

Mais la lardoire de Virgile

qui le pique est plus qu’incivile.

Il en a le poil tout dressé

comme un cochon qu’on va tuer.

« Si on avait une lorgnette !

bronche-t-il pour faire causette.

Ah ! Vous parlez d’un trou du cul !

Pourtant des Noirs j’en ai connus.

On n’y voit rien si on s’enfonce.

Et puis personne n’y renonce.

Quand on y est c’est pour toujours.

— Rien à foutre de vos amours ! »

dit Armande qui fait bien pire

quand il est question de l’Empire.

Virgile va tourner de l’œil.

« Tout ça à cause de l’orgueil,

pense-t-elle en ouvrant la vitre.

Et puis à la fin du chapitre,

on est revenu au début.

Pour en avoir c’est bien foutu.

J’y ai pensé toute ma vie.

Mais passer par la chirurgie

me fait hérisser tous les poils.

J’ai peur que ça me fasse mal.

Ce n’est pas que ça me dégoûte,

mais a priori j’ai des doutes.

C’est vrai qu’on n’a pas tout le temps.

Et puis l’enfant reste l’enfant.

La femme qui veut être un homme

de la fillette a les atomes.

Que faut-il penser de l’esprit

qui s’éteint quand on a tout pris ?

Je hais la société civile

et dans le fond j’aime Virgile. »

Elle se frotte un peu le nez

dans un mouchoir et le remet

à sa place dans le corsage.

Elle y penche son fin visage

et Virgile ne cherche plus

dans les bas côtés inconnus

les traces de son oiseau lyre

qui des fourmis feint le martyre.

« Elle a toujours sa bague au doigt.

Ce n’est peut-être pas l’endroit

ni le moment d’une dispute.

Il a fallu qu’elle m’ampute

de ce que j’ai de plus précieux.

Et me voilà plus suspicieux

qu’un cocu qui n’a pas de preuves

et qui rage d’être à l’épreuve.

J’en trouverai dans le cyber

plus facilement qu’en enfer,

une bien droite avec des glandes

comme les veut la belle Armande.

J’ai lu des bouquins là-dessus.

J’en connais mieux que l’aperçu.

Il paraît que c’est en Russie

qu’on trouve les meilleurs sosies,

façon maison et même mieux

à la lime et au périgueux.

J’en veux une toute pareille,

pas la merveille des merveilles,

mais une place au critérium

et sur les marches du podium.

Ce que je crains c’est la critique

qui fait le lit de la clinique.

Elle vous met dans de beaux draps

et paye même de gros bras

si jamais on se sent malade

au point de faire l’escapade.

Mais par bonheur dans les réseaux

on a pour rien tous les jumeaux

que la vie nous rend nécessaires.

A Moscou c’est même par paire

qu’on les trouve sur le marché

entre les fruits et les poulets.

La turgescence est en conserve

dans des espèces de minerves.

On vous offre même le pieu.

Elle n’y verra que du feu. »

Deux fois on croit l’avoir trouvée

mais la limace est bien crevée

et on voit la trace des pneus.

On devient vite besogneux

et même esclave de l’angoisse

qui fait des trous dans la carcasse

quand la menace est un effet

d’une colère sans délai.

Bébère en perd jusqu’à l’extase

sans pouvoir faire table rase

des faims qu’il éprouve à foison

depuis qu’il a vu la Toison.

Et on respecte le silence

de peur de perdre la patience.

Quel mot n’attise pas l’effet

que la cause dans l’heure met ?

La route se perd en biffures

et la nuit devient très obscure.

« Où c’était que tu l’as jeté ?

Tu n’as pas les lieux repérés ?

Voilà ce que c’est les gonzesses !

Elles reviennent de la messe

mais sans le corps du Saint-Esprit.

Le mec dit qu’il est incompris

et parle de mort volontaire

dans sa confession littéraire.

Bien sûr elle ne comprend pas.

Elle prépare le repas

car aujourd’hui on est dimanche.

Elle veut prendre sa revanche.

Les crucifiés ça fait joli

sur le mur au-dessus du lit,

et même la Vierge a du charme,

souriante malgré les larmes.

Le vieux Joseph parle patois

et les enfants des ayants droit

font des cacas farcis au sucre.

A la télé, chacun son lucre.

Dans le jardin on joue au chien

dont la baballe est le maintien.

J’en ai soupé de ces familles

au point d’en avoir mal aux quilles.

Sans musique j’ai orchestré

des fugues mais dans le sacré.

La pourriture naît du père

et la lâcheté de la mère.

On devient flic ou ouvrier,

voire esclave de leur chantier.

Pas étonnant qu’à la lurette

on se sent des airs de poète.

Je ne veux pas non plus d’amis.

Je fais les choses à demi

sinon je perds le fil d’Ariane.

Pour ce qui est de la banane

rien que des cons et des rivaux.

Et je les charcute in vivo.

Ça fait du bien à ma patience

et enrichit mon expérience

sans la névrose me coûter.

Je ne suis pas aussi pressé

que j’en ai l’air quand je vais vite.

Je sais me servir de ma bite.

Moitié terrain, moitié bouquins.

Je n’admire que les requins.

Quand on ne manque pas de souffle,

on ne porte pas de pantoufles.

Les lèche-culs me font plaisir.

Les délateurs sont des martyrs.

Même les putes magistrates

font d’excellentes bureaucrates

qui manqueraient à nos essais

si par quatre coups de balai,

comme on le voit dans le spectacle

des meilleurs remèdes miracles,

du palais on les expulsait.

Et puis je sais ce que je sais.

Je recommence mon enfance

autant de fois que je m’avance

pour ne plus jamais reculer.

Tout le poème est annoncé.

Pas dans un esprit de revanche.

Je laisse ça aux vieilles branches

qui font la guerre à la Nation

au lieu de s’armer en chanson

contre l’État de leurs monarques.

Avec le plaisir je m’embarque,

moral ou pas et jusqu’au bout.

La Connaissance n’est pas tout.

Rien pour les autres si je crève

et pour les uns je fais des rêves.

Mais Armande ne comprend pas !

Elle prépare le repas.

Je t’en foutrai des nappes rondes

à la place des mappemondes ! »

Virgile est tout surexcité.

Heureusement, il est bridé,

comme le dit plus haut le texte.

Il lui faudrait, dans ce contexte,

au moins une troisième main

et des doigts forgés dans l’airain

pour la secouer par la gorge

comme au Dragon fit le saint George.

« Des fois je me sens malabar !

Pas le chewing-gum ! Le furibard !

— Comment veux-tu qu’on la retrouve ?

Là, mon vieux, je te désapprouve.

Il fait nuit noire et c’est minuit !

On va au-devant des ennuis.

Il faut à tout prix qu’on te soigne.

Et de l’hôpital on s’éloigne.

— Je veux ma bite et au civil,

même cousue avec du fil !

Je sais que le cyberespace

est une invention peu cocasse.

La couille avec un processeur

est un fantasme de ma sœur.

C’est par l’anus que la prostate

fait des petits quand on la tâte.

Quand le hardware est un peu dur

c’est un disque, ça j’en suis sûr !

Et le sucre n’est pas durable,

même en suçant dessous la table.

— Il faut compter avec les morts !

Ça en fait des morceaux de corps !

Et pas que du vieux à l’occase.

Du jeune sans la paraphrase.

Et en plus tu pourras choisir

celle qui te fera plaisir.

Tu peux même essayer sur place

dans le cul d’une autre connasse.

Même les poils sont à l’encan.

Les rouquins sont même fréquents.

On les fait venir de Sicile

des fois que le pauvre Virgile

ne puisse plus se les sauter.

Et si tu veux me consulter,

je feuillette le catalogue

pour t’en trouver une analogue.

Je sais bien comment elle était

à force de te la sucer !

Même du goût j’ai la mémoire.

Ma langue est calée en Histoire.

Certes douée je ne suis point

pour calculer le contrepoint

qui fait le charme de tes odes,

mais j’ai le sens de la période.

Allons visiter les frigos.

Des bites froides à gogo !

Un Alaska des turgescences !

Du sorbet en pleine croissance !

Je ne crains pas de m’enrhumer.

Sur ma science tu peux compter.

La femme est en elle un diplôme,

d’après ce que je sais des hommes…

— Dieu sait dans quel état elle est !

On en voit des foulées au pied,

ajoute Bébère qui saigne

comme le con d’une duègne.

Les insectes sont des gourmands

qui ne laissent rien au passant.

Le loup-garou est sans astuce

s’il ne sait pas que ça se suce.

Même le feu peut arriver

à cause des mégots jetés

par des assassins en puissance.

Le monde est vaste sans la science !

Mais un mort ne coûte pas cher

tant qu’on se garde de l’Enfer.

Je vous sens bien sans une bite

et vous propose qu’on habite,

chacun son lit et sa télé,

dans cette espèce de palais

où j’ai déjà jeté mon ancre.

Nous sommes à l’abri du chancre

et grâce à la conservation

de vos couilles dans la passion,

nous aurons dans une éprouvette

de quoi justifier la layette.

Vous me direz : « Et le Gaston ? »

Ne comparons pas les roustons.

Les vôtres ont atteint la taille

qui dispense de la bataille.

Il a un tout petit kiki,

mais c’est à peine un vieux croquis

auquel il manque l’aquarelle.

Il faillit être demoiselle

(je vous en confie la primeur)

en un temps où le cascadeur

à l’écran prenait de vrais risques,

mais on sacrifia le ménisque

et le prépuce qui vaqua.

Il couchera avec le chat

ou vivra d’autres aventures.

Je lui en laisse les brochures.

Nous y acquîmes le savoir

et le vivre sans décevoir.

Mais le temps a fait son office

et voilà comment deux complices

ne laissent rien à l’avenir.

Vous et moi pouvons convenir

des termes qui vous avantagent.

J’ai du retard à l’allumage,

mais j’en accepte les options.

Quelles seraient vos conditions ? »

Entre le bouffon et la reine

Virgile avait bien de la peine

à décider d’un avenir.

Quand tout va bien, on voit venir,

mais il suffit d’une occurrence

pour que changent les circonstances.

Et le choix était cornélien :

bander à mort sans les moyens

ou faire bander la dépouille

d’un mort qui inspire la trouille.

« L’existence est en érection.

On peut le dire sans passion.

Le personnage en carton-pâte

aujourd’hui personne n’épate.

Mais entre les prêchi-prêcha

du Classique encore à l’achat

et les pets poussifs de sirène

du Populaire qui fait peine,

le Moderne fait ses petits

dans les trous de leur appétit.

Le restaurant n’ouvre ses portes

qu’à l’heure où les autres en sortent.

Racine n’est pas rancunier

car le vrai reste toujours vrai.

Et les rigolos de la scène

sont trop payés, jusqu’à l’obscène,

pour qu’on les plaigne plus que ça.

Le vrai moderne est un poussah.

Il revient à la verticale

pour des raisons grammaticales

et non point parce que les mots,

qui plaisent tant aux vieux gogos,

de l’aristo au prolétaire,

des vers peuvent faire la paire,

au féminin comme au macho.

Dans le pays des maréchaux

la langue s’en prend plein la gueule

côté lexique pour people.

Ça ne lui fait ni bien ni mal

et ça reste même moral.

Mais le Moderne a la grammaire,

seul lien naturel au sommaire

de tous les jargons de l’humain.

Les voilà les petites mains

de l’Universel en cavale,

face aux attentions générales.

On donne à boire et à manger

pour le travail faire payer.

On est encore à la caverne

à s’armer contre le moderne

avec des grands et des petits

et des vieux qui font de l’anti

mais dans le sens de la morale

sous l’égide préfectorale.

Pour la morale je veux bien,

mais il faut avoir les moyens

et pas du fric qu’on ne partage

qu’en fonction de l’héritage.

On moralise si on sait.

Si on ne sait pas on se tait.

Mais la parole est à l’écume

et la vague prend du volume

pour noyer les petits poissons

de l’art qui connaît la chanson

de l’aubade à la sérénade.

Le Moderne est à la noyade

parce qu’ainsi le veut papa

et que maman qui sait tout ça

ne dit pas non à la dernière.

Il aime torcher son derrière

avec du papier comme il faut.

Il faudrait prendre le bateau

et reconstruire l’Amérique

ailleurs que dans l’océanique.

L’indigène a aussi ses lois

et sur ses trônes de grands rois,

et des batailles pour la frime,

qu’on se demande à quoi ça rime.

Entre ceux qui portent la croix

et ceux qui entendent des voix,

entre les pantins du royaume

et la farce qui est dans l’homme

on s’invente des jacuzzis

adaptés au néonazi.

Au bout du compte on se ressemble

et même parfois on s’assemble

pour reproduire et s’amender.

Le Moderne veut parler mais

parler au bourge est inutile.

Il ne quitte son domicile

que pour vaquer dans les sénats

et montrer qu’il est toujours là.

Vulgum Pecus qui le décline

n’entrave rien si ça le mine.

Il vote toujours en secret

mais on sait bien où il le met.

Entre la Loi qui fait des siennes

et le Jeu qui se met en scène,

Burgus et Pecus ne voient rien

et si jamais ils voient trop bien

parce que l’effet de la cause

n’a rien à voir avec la chose

selon ce qu’ils savent de tout

ce qui n’est rien pour le joujou

que la Loi planque sous la couche,

alors ils tirent dans la bouche

comme ils se torchent le croupion.

On peut avoir de la passion

et de l’honneur sous les aisselles,

s’il s’agit de remettre en selle

le Marius qui en a trop dit,

c’est bien après qu’on l’applaudit.

On a tous reçu dans la tronche

de l’ode les plus belles bronches

et même pour pas un radis.

Le travail de l’après-midi

efface les matins qu’on chiade

de l’aubade à la sérénade.

Je me demande si la nuit

et la lumière qui s’ensuit

ne serait point l’échappatoire,

entre matelas et armoire.

Après tout si je dois bouffer

et des grands froids me préserver,

que reste-t-il à la patience

sinon le jour et ses cadences ?

Autant fermer avec les yeux

la porte au nez des besogneux

et des payeurs qui les inventent.

Mais si le sommeil est en vente

comme le dit mon petit doigt,

je suis chez qui si pas chez moi ?

Pas étonnant que je demande

du sexe au moins les dividendes.

Entre le jour où on se voit

et la nuit que je te conçois,

c’est à peine si l’interstice

laisse passer mon appendice. »

Disant cela Virgile atteint

l’orée que le petit matin

réveille dans les interzones

et artiste comme personne

crible partout de ses lueurs.

On voit même dans les hauteurs

les feuilles qui dans la ramée

secouent le fer de leurs framées.

« On est au poil quand il fait jour !

dit Armande faisant le tour

d’un gros buisson tout feu tout flamme.

Ici même nous le jetâmes. »

Du coup on se jette dessus.

On l’effeuille à peine aperçu,

car le soleil sur ses deux cannes

peine à trahir le filigrane

des toiles qu’on déchire en vain

en s’énervant avec les mains.

Des baies traversent l’autoroute.

Des branches craquent sous les gouttes

de la sueur qui sent mauvais.

Et chacun se bouche le nez

car les buissons des bords de route

ont des palais, quand on y goûte,

l’odeur de derrière les murs.

Des grands et des petits l’impur

y trouve une fin pacifique

que les égouts de la critique

troublent plutôt de leur bon bec

dont le chic est souvent à sec.

Quand on y fait le nécessaire

aux torche-culs on se repère

et mettant les pieds où il faut

en principe c’est sans défaut,

à moins d’une sainte colique

ou d’un iléus empirique,

(ce sont là les deux affections

qui limitent de la passion

les excès de l’herméneutique)

que l’étron qu’on veut poétique

se pose comme un ange fait

quand il faut la vierge informer.

Le papier ou la poignée d’herbe,

comme le dit le bon proverbe,

est laissé au goût de chacun

qui prend le temps de son emprunt

ou dérangé par de fâcheuses

rencontres qu’on voudrait heureuses

il se presse et avec les doigts,

comme les ongles en font foi,

il achève dans l’impatience

un ouvrage qui mal y pense.

Moïse a son buisson ardent.

Celui de Virgile est parlant.

Entre la flamme et la parole

pullulent pourtant les écoles.

Il y a même un juste milieu !

Et quelquefois on y met Dieu.

On n’y enseigne rien qui vaille

la mémoire de ces batailles.

Aux chiottes on est enfermé,

à double tour l’intimité

se livre à ce qu’elle veut faire

et le fait quelquefois par terre

au grand dam de Dame Pipi

dont la serpillière est aussi

importante en littérature

que ce que d’autres créatures

font de la merde en vase clos.

Dehors si ce n’est pas trop tôt,

on peut refaire comme aux chiottes,

en ôtant ou pas sa culotte,

le même ouvrage référent.

Le cadre seul est différent.

Mais en plein jour et sans l’ombrage

d’un buisson conçu pour l’ouvrage,

l’affaire est corsée autrement.

On voit les traces clairement,

petits papiers ou herbes mortes,

mais personne pour la main-forte

prêter comme juge le veut.

On fait vite et pas toujours mieux.

Que le mollet touche la cuisse

ou qu’il y cherche une complice,

la contenance n’est jamais

le spectacle qu’on veut donner

à l’anthume comme au posthume.

Enfin s’il faut qu’on se résume,

sur la table de dissection

de notre bon Lautréamont,

à une rencontre fortuite

qui l’achèvement précipite,

(avec ce que cela hélas

montre de notre cher atlas)

que le hasard au moins s’emploie

à déterminer une proie

qui soit facile au moins à fuir,

quittant la place sans désir

de s’y retrouver dans le titre

qui suit la fin de ce chapitre.

Mais revenons à nos moutons,

nos trois qui cherchent à tâtons

dans le buisson que la lumière

complique donc de ces matières.

« Tout cela est bien beau, ma foi,

mais je ne vois pas bien pourquoi

vous voulez qu’un vous le recolle !

Mon frère c’est à bonne école

que vous allez en me croisant.

Ne croyez pas celle qui ment ! »

Ainsi parlait le vieux Bébère

qui du bout d’un bâton dans l’erre

secouant plus d’un papier gras

cherchait ce qu’on ne trouvait pas

malgré un soin systématique

dont Armande menant la clique

à coups de pied et à la voix,

comme cela se fait parfois

sous la houlette de Justice,

était en fait l’inspiratrice.

Qui d’autre qu’elle pût trouver

ce morceau dont point ne rêvait

Bébère attaché plus aux couilles

qu’à leur nécessaire quenouille.

Virgile son petit frérot

prétextait n’avoir pas de pot

quoiqu’il fît pour que le contraire

lui arrivât pour tout bien faire.

« L’un veut m’avoir pour ce que j’ai

mais que je ne peux lui donner

et l’autre pense à me recoudre

comme si ça pouvait résoudre

le traumatisme que j’ai là,

que rien jamais n’effacera

d’autant que question cicatrice

celle-ci promet exercices

que je ne suis voilà pas prêt

à recommencer sans arrêt.

La vie de couple me dégoûte

si je n’en suis coûte que coûte

celui qui décide de quoi

sera construit l’amour courtois

qui se passe de la matrice

et quand le veut bien la complice

ne connaît à fond que ses seins.

Je le dis, j’ai d’autres desseins !

Je m’en irai du côté russe

où l’on trouve au marché aux puces,

sans trop chercher et pour pas cher,

pour ersatz de la bonne chair

des braquemarts en molybdène

et pour se donner moins de peine

du software aux petits oignons.

— Où trouveras-tu le pognon !

La Poésie trop cher te coûte.

Sais-tu qu’à Moscou on voyoute

plus facilement qu’au pays ?

D’étonnement on est saisi

quand un poète de ta taille

prétend dédaigner la broussaille

où il faut bien que son moignon

se trouve encore là sinon

c’est ailleurs qu’il faut qu’on le cherche.

Veux-tu que j’en ai plein le derche

avant de faire ton bonheur ?

Ah ! Tu n’es pas si bon auteur

qu’on le dit dans les magazines !

Entre le frère et la cousine

l’interzone serait cyber ?

Tu ne l’as pas lu dans Flaubert,

moins encore dans ton Homère.

Le russe est une sale affaire.

Il te prive de carburant

toujours dans les meilleurs moments.

J’en ferai quoi de ta prothèse

si jamais c’est dans l’exégèse

qu’il faut chercher de quoi nourrir

la RAM qui construit l’avenir

dans l’orgasme et la surenchère ?

Ah ! Vraiment tu me désespères !

— Non mais c’est quoi ce faux discours ?

Madame veut faire l’amour

et se fout de la cicatrice !

Elle a vu ça au box-office !

Et Monsieur se voit en robot

connecté pour faire le beau

dans le forum et le web site !

Tu parles d’une réussite !

Entre le rêve et l’à-peu-près,

entre le rien et les excès,

je lui propose la famille

et la reproduction sans fille.

Une vie à deux sans raté

et dans la consanguinité.

Du temps à foison pour écrire

avec les couilles ou la lyre

des choses que le populo

met au compte des travelos,

ce qui l’empêche de les lire.

Il tient trop à sa tirelire,

à ses cochons qu’on va tuer

au Mali ou dans les cinés,

à ses vacances bien payées,

à ses maladies remboursées,

à son idéisme mono

et à ses chansons de conaud.

— Viens ma poupoule, je t’adore,

le patron il en veut encore

et j’ai besoin d’un beau vélo

pour dépasser les travelos.

Allons ensemble à la retraite

pour faire nous aussi poètes.

Dire que nous venons de là !

De l’ouvrier au tralala,

quand on est naze pour écrire

la poésie se donne à lire.

La France est un beau trou du cul,

et les Français sont mal foutus.

Mets dedans mon beau corbillon

les ailes de ton papillon.

Quand je te vois je me sens fille,

je veux te faire une famille.

Pour la trompe on verra plus tard.

On deviendra peut-être anar

avec des gosses fonctionnaires

et la légion dans le derrière.

Des poètes le déshonneur

clôt le bon bec des cafardeurs.

Quand je pense à ce qu’il faut faire

pour qu’on nous prenne pour des pères !

J’en ai les dents qui me font mal

et je trouve ça très normal.

Du rendez-vous je suis la fée.

— Ah ! Le salaud ! Il l’a trouvée !

Regarde ce qu’il en a fait !

— Mais, Madame, je n’y étais !

Si le voilà tout écrasé

ce n’est pas la faute à mon pied

ni à l’autre qui fait la paire.

Vous avez très bien pu le faire.

Le vôtre aussi est un suspect.

Ne sombrez pas dans l’irrespect. »

Armande exhibe haut la bite

aussi plate qu’un cénobite

qui à cause d’un sous-marin

qui vient de lancer un engin

ne retrouve plus sa coquille

et se sent seul sans sa famille.

On dirait un morceau de peau

collé sur le bleu d’un drapeau

un jour de gloire sans empire.

« N’angoissons pas, j’ai vu bien pire,

dit-elle en mesurant l’effet

qu’un de leurs pieds a provoqué.

Ça leur donnera une idée

de la dimension débridée

et du style qui est le sien

dans le lit quand je m’y prends bien.

Ils ont des morts de toutes sortes,

même des morceaux qu’on emporte

sans être obligé de payer

le mort dans sa totalité.

Au bout du compte on s’y retrouve

quel que soit le mal qu’on éprouve.

Et puis c’est fort bien présenté.

L’emballage peut se jeter

même à côté de la poubelle.

Allons ne fais pas le rebelle.

J’en veux un avec un gros gland

et un prépuce bien pendant.

Ça ira bien avec tes couilles.

Allez ! Viens-y ! On se débrouille.

Laissons la justice à ce plouc

et investissons dans le look.

A la guerre comme à la guerre !

On a les moyens de parfaire

et on ne veut pas s’ennuyer,

comme chien qui veut aboyer

et qui choisit de ne rien faire

pour à son amphitryon plaire.

Un mec sans queue est un pédant

à qui on veut montrer les dents.

Soyons fiers et patriotiques

et marchons avec la musique ! »

Disant cela elle se met

à souffler dans le vit aimé.

En vain car la viande est hachée.

« Elle est salement amochée,

dit tristement le troubadour.

On y voit comme dans un four

et c’est par pure inadvertance

que privé de son apparence

je lui ai mis le pied dessus

et l’épargner je n’ai pas su.

Mais dans le fond je me pardonne

comme le fit aussi Personne.

— Ah ! Quel beau couple en vérité !

s’écrie Bébère sans flirter.

L’une dans la nuit le balance

à 100 à l’heure dans l’aisance

et l’autre qui n’a pas le pied

léger quand il court au forfait

le réduit en triste bouillie

qui ne peut inspirer l’envie.

Et moi je conduis une auto

sans fatiguer mes biscoteaux !

Il en veut une en métal russe

avec au frein de son prépuce

du logiciel bien connecté.

Mais elle a entendu parler

des prouesses que font en France,

selon l’Académie des sciences,

qui est l’église du savoir

surtout si on se fait bien voir

dans les coulisses de l’arrière,

ceux qui ont l’art et la manière

de faire du neuf d’occasion

avec les vieux de la fonction,

les citoyens anachroniques

qui n’ont vécu que de l’antique,

des vieux dépourvus d’anticorps,

tellement vieux qu’ils en sont morts.

Voilà comment on perd un frère

qui avec elle croit mieux faire

en Russie, en France ou ailleurs,

selon une loi que mon cœur

ne peut juger sans la connaître.

Rabat-joie je ne dois paraître

et seul je m’en veux retourner

pour me faire bien enfourner

par Gaston, Antraxe ou qui sais-je

qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige !

Aimez-vous tant que vous voulez

si toutefois sur le décret

vous trouvez un accord tacite

sur la nature de sa bite

que je ne veux pas même voir

ni en peinture décevoir.

Adieu donc, amants impossibles !

Sur l’échelle de l’indicible

voici le silence à tout prix.

Épargnez-moi votre mépris. »

Ayant parlé de cette sorte,

Bébère aigri ouvre la porte

côté chauffeur sans se presser.

Il prend le temps de redresser

le rétroviseur et s’installe

au volant de l’auto qui râle

sous l’effet de son démarreur.

« Ce salaud veut notre malheur !

crie Armande en y prenant place.

Tu veux la fin de notre race.

Dans une heure Virgile est mort

avec la gangrène où ça sort.

J’ai déjà vu comme sans bite

un homme sain peut mourir vite.

Tu n’iras nulle part sans nous

et même sur les deux genoux.

On a besoin de ta bagnole,

pas que tu fasses la fofolle !

— J’irais où je veux quand je veux !

Je m’en balance de vous deux !

J’ai besoin que quelqu’un m’encule

et ces mauvais effets annule.

Me voilà bien tout retourné

bien qu’en ces lieux je sois resté !

Dans un rêve je cauchemarde

en compagnie de la Camarde.

— Maintenant tu veux du viril !

On ne comprend pas ton babil.

Tu fais partie de cette engeance

qui dit oui quand non elle pense.

— De la Russie je ne veux rien

recevoir surtout cybérien !

Et quant aux morts je les déteste

surtout quand ils ont de beaux restes.

— Et on ne comprend toujours rien !

Si par hasard les os tarsiens

de Virgile en pleine recherche

avaient plutôt botté ton derche

au lieu d’écraser son pénis,

dans quel état tu l’aurais mis ?

Je vois bien ce que tu complotes.

Mais tu n’as rien dans la culotte

et je vais te casser les dents

pour te remettre comme avant.

Ensuite je prends ta voiture

et je me livre aux conjectures

en compagnie de mon amant

qui sera aussi comme avant

avec du macchab ou du russe

et sans que tu me laïusses.

Je crois encore à mon bonheur

et Virgile en sera l’auteur.

Dégage avant que je te casse

ce qui te reste de ta race ! »

Armande avait les poings serrés.

Elle était prête à le taper,

mais sur le volant il s’arc-boute

et la 2CV met en route.

Elle s’ébranle dans la nuit

qui revoit le jour sans ennui.

Ils font au moins du dix à l’heure

en direction d’une demeure

dont le portail est presque ouvert

mais pas assez pour qu’à l’envers,

à reculons si l’on préfère,

du véhicule le derrière

n’en brise le bois et les fers.

On croit descendre dans l’Enfer.

On traverse sans une barge

un fleuve d’un mètre de large

où s’éparpillent des crapauds

dont la langue sans à-propos

répand ses noires médisances.

On devine des arrogances

dans les rouges reflets des yeux

qui trouent l’obscurité des lieux

au vol plus noir d’oiseaux lugubres

tandis que dans l’ombre élucubre

un voyageur là en faction

dans une étrange position

qui fait douter de son essence.

Papier en main il se dispense

de commentaires et d’un bond

met les pieds jusque dans le fond

de l’eau noire qui sent la vase.

On pourrait dire qu’il se case

mais ce n’est pas son intention.

Les fesses encore en action

il achève son vil ouvrage

mais c’est la peur qui l’encourage.

Plus loin l’auto tous feux éteints

bute contre un tas de crottin.

L’homme qui redoute le pire

d’un regard tente de s’instruire.

Il ferme les yeux à demi

comme le font les agamis

dont le cri vient d’une trompette

qui en dit long sur la binette

que fait le chasseur médusé

dont les ressorts se sont usés

sur le fil d’une nuit terrible.

Il ne faut être hypersensible

dans cette sorte de climat

où le regard ne porte pas

assez loin pour que la cervelle

estime que ce n’est point elle

qui invente ce noir locus

où l’on se sent plus que solus.

Et la bête s’immobilise.

Encore un peu, on s’éternise.

L’homme qui veut sauver sa peau

croise un pauvre et jaune crapaud

qui a perdu sa voix sonore.

On nage dans la métaphore.

Comme il a perdu son fusil

d’un rameau vert il se saisit,

avise un coin clair de la berge

où plus d’une racine émerge.

Il en saisit une au hasard

et se hisse sans son falzar

sur la rive où le chiendent pousse.

Encore deux ou trois secousses

et le voilà en position

cette fois de faire attention.

Ce qu’il voit est une voiture,

une 2CV sans toiture.

Il attend, on ne sait jamais

ce que réserve au mois de mai

l’instinct qui la vie encourage

à se reproduire à tout âge.

Inutile de déranger

si on est venu pour baiser.

Et en effet, comme il s’approche,

il voit nettement deux caboches

dont les yeux pourtant bien ouverts

semblent ne rien voir à travers

le pare-brise où l’essuie-glace

imite le bruit de sa trace.

Un phare pend sur le côté.

On entend un bruit indiscret

ou peut-être mieux dit très louche.

Pas un mot ne sort de ces bouches.

L’homme remet son pantalon

sans se soucier de ses flonflons

qu’une peur croissante compresse.

Sont-ce deux morts qui se connaissent

et qui venus de l’au-delà

se souviennent que ce n’est pas

la méthode la plus facile,

du moins quand on est cinéphile,

de perdre la vie pour toujours

que de la perdre en plein amour.

Quel est ce bruit qui trop ressemble

à un pet tel que les murs tremblent

quand il est mûr en société ?

On en conçoit de l’anxiété,

mais l’incongruité est telle

qu’on peut la croire accidentelle.

Puis un craquement de buisson

signale que dans le frisson

il va falloir se faire face

et même avoir un peu d’audace,

voire beaucoup si le zombi

n’est point le biffin du gambit,

car les revenants quand ils viennent

ne s’en retournent pas sans peine

et celle-ci n’est pas son mal

mais le vôtre comme le pal

commence bien ce qui s’achève

dans une atroce et male crève.

Sanchaise, c’est le nom dudit,

frotte le chien de son fusil

avec un doigt non sans retouche

malgré le manque de cartouches,

ou du moins celles-ci dans l’eau

se sont mouillées. Le voilà beau !

Il tremble mais de la carcasse

car dedans il est même jouasse

tant l’occasion le rend marteau.

Mais pour le dire il est trop tôt.

Le buisson s’ouvre mais sans flamme.

Et le voleur qui, sans sésame,

apparaît alors est hideux !

Sanchaise qui n’est pas peureux

menace l’être de sa crosse

et promet même plusieurs bosses

en cas de conflit à venir.

Comme il le dit sans déplaisir,

car la bagarre est prometteuse

de voluptés fort ambitieuses,

le spectre recule d’un pas,

un pied de retour au trépas

et l’autre encore dans le monde.

Sanchaise qui sorti de l’onde

et porte les traces sur lui

semble appartenir à la nuit.

On dirait une hamadryade

qui déracinée se balade,

humide et froide comme mort

et qui comme lui sent très fort.

Les deux suppôts se paralysent

et l’air autour d’eux s’électrise.

L’un pense qu’on vient de très loin

et qu’on veut dans ce triste coin

le condamner sans agonie

à un séjour dans l’uchronie

dont il est bel et bien question

dans les meilleures des fictions.

L’autre voyant que même en France

les vieux mythes dans l’endurance

peuvent encore influencer

les ouvrages les mieux pensés,

oublie que c’est par son artère

qu’il se vide sur le parterre,

lequel en ce trouble moment

est composé exactement

de feuilles en tous points semblables

à celles que l’abominable

déesse autour d’elle répand.

On voit même un lierre grimpant

la retenir par ses racines.

Et en effet Sanchaise opine

que si le sorcier veut de lui

il court au-devant des ennuis

que lui réserve la nature

qui voit dans la mort une injure

quand dans la vie elle prétend

changer non seulement le Temps,

dont nous savons l’irréversible

depuis que des pieds à la cible

Achille n’en finit jamais

de contester même le fait,

mais aussi ses vastes espaces

où croissent des millions de races,

races de poils et de couleurs

aux parentés non sans douleur

dont quelques-unes, pour la chasse,

ont de l’esprit et de la classe.

Et sûr qu’on ne peut l’arracher

sans de ces liens le délier,

Sanchaise enfin prend la parole

et pas peu fier d’avoir un rôle

à jouer face à l’ennemi

qu’il défie sur le tatami

d’une éthique mieux qu’éprouvée

dans les chansons les moins chantées,

il invite ce « Vieux zombi »

à retourner dans son bouiboui

sans faire plus de commentaires

car l’homme n’est point sur la terre

ni la femme qui en fait cas

et lui cause bien des tracas,

pas même l’enfant qu’on fait taire,

pour laisser faire ses sorcières

et verser le sang des poulets,

prêtant le flanc aux triboulets

qui en amusent les parterres

au détriment de l’adultère,

pratique soit dit en passant

sans laquelle pas un roman,

ni le cinéma qu’il inspire,

ni les procès faits aux vampires,

ne donneraient vie à trépas.

« Ainsi l’ami, n’est-ce pas là,

et je vous parle sans mémoire

de ce que je sais sans y croire,

preuve que je suis de mon temps

et qu’au vôtre il faut maintenant

que vous retourniez plus que vite.

On est bien qu’en ce qu’on habite.

Vous voulez repeupler l’Enfer

qui n’est plus à la mode en vers.

Et même en prose on le méprise

car ce n’est plus sous son emprise

que nous connaissons le malheur,

mais dans ce délirant ailleurs,

ce succédané de l’extase,

invitation à l’épectase

(surtout si on est sans radis)

qui est ici le Paradis,

tant pour ceux qui bien en profitent

que pour ceux qui ne le méritent

et qui en rêvent tous les jours

au lieu de payer le débours

que le travail toujours propose

car l’effet naît des bonnes causes.

Voyez comme un symbole fort

ce lierre qui retient mon corps

et tout ce qui dedans sommeille

comme le Juste sous la treille. »

Et se tournant d’un geste beau

vers le sinistre et beau tombeau

que la 2CV représente

sur ces tréteaux que la mort hante,

Sanchaise comme l’avocat

de sa manche fait un grand cas

et poursuit sa belle harangue :

« Si nous parlons la même langue,

vous la vôtre qu’on sait par cœur

et moi celle de l’arpenteur

qui n’entre dans la citadelle

que pour avoir encore d’elle

un peu de sueur à son front,

pourquoi résister dans l’affront,

moi sous le lierre qui me grimpe

et vous dans cette étrange guimpe

qui féminise votre mort

et la fait même, sous le corps,

saigner pour nous y faire croire.

Vous subîtes d’affreux déboires

si j’en juge au saignant trauma,

comme dirait le vieux Thomas,

qui prouve que dans l’injustice

on vous prive même de pisse.

Ce doigt que vous mettez dedans

ce qui fut un arrachement

vous prive aussi de cette joute

et presque vous met en déroute.

Un bras vous reste pour gagner

mais je vous veux, moi, épargner,

pour vous inspirer le dialogue

et remettre dans la pirogue

tous les objets du rituel,

afin que devant l’éternel

vous fassiez suite à ma demande.

Ces deux amoureux dont l’un bande,

l’autre donnant à cet oiseau

ce qu’elle fait de son museau

quand l’amour par-dessus la cime

trouve la léonine rime

qui convient à sa diffusion,

ces amoureux que sans raison

vous voulez mettre dans l’abîme,

je veux les sauver de ce crime ! »

Sous l’effet de ce baratin

adressé tel au diablotin,

celui-ci devient plus que pâle.

Il en a mal au trou de balle

que sa main libre veut boucher

comme l’autre sait emboucher,

avec un doigt qu’il esthétise

pour pallier certaine méprise,

le trou qu’on lui a fait devant.

Le voilà sans main maintenant.

Et un seul pied dessus la terre,

l’autre ne faisant plus la paire.

Voyant facile le combat

Sanchaise envisage tout bas

qu’à portée il a la victoire.

Il élève alors sa pétoire

et d’un fort coup sur le sommet

du crâne qui porte toupet

et même lauriers en couronne

qui a pompon comme dragonne,

il envoie ce diable à Vauvert

et les doigts ainsi de travers

laisser pisser d’un côté chiasse

et de l’autre non sans grimace,

car les morts qu’on remet dedans

mettent dehors toutes les dents,

un sang dont la faiblesse est telle

qu’on peut dire sans bagatelle

que seul un mort peut en verser

quand on l’oblige à traverser

dans l’autre sens le paroxysme

qui fait de l’existentialisme

le sommet qu’à peine arrivé

il faut redescendre au jugé.

Plus on s’éloigne de la science

et plus on mise sur la chance.

C’est la règle en toutes saisons.

Confiner à la religion

provoque en plein sommeil des choses

dont le réveil n’est pas la cause.

L’affaire pliée en beauté

notre Sanchaise veut tirer

un coup de fusil au feuillage

que l’autre secoue davantage

car il veut encore en sortir,

vouloir qui ne fait pas plaisir

au chasseur qui sur les cartouches

souffle l’air qui sort de sa bouche

et les secoue pour estimer

le degré de l’humidité.

Pendant que l’un dans l’hystérie

veut mettre fin à l’agonie

qui le ramène d’où il vient,

l’autre qui se connaît trop bien

et qui en verres se mesure

au seul degré de son usure,

ne veut pas croire ce qu’il voit

et même rit en voyant quoi ?

Mais l’un des morts de la voiture

qui en sort pour dans la nature

exprimer un simple besoin

dont il parfume tout le coin.

Et comme l’odeur est vivace

l’autre mort fait une grimace

et en dit même quelques mots

qui ne sont pas d’un Eskimo

mais d’un gars du pays de France

qui fait savoir ce qu’il en pense :

« Pouvez-vous faire ça ailleurs ?

J’ai le nez plus fin que l’odeur

que vous répandez sans scrupule.

Sur ce la Loi rien ne stipule,

surtout que le cas est la peur

qui relève d’un bon docteur

et non d’un juge qu’on agace,

mais l’usage veut qu’on le fasse

dans les coins les plus retirés

pour la morale préserver

et soulager dans l’esthétique

ce qui s’épargne la critique

en faisant bien ce qui fait mal.

Je ne sais rien du Code anal

qui étend la loi du mariage

aux dangereux libertinages

prétendant faire des enfants

sans la nature dans le bran.

J’en veux un mais pas sans les couilles !

Vous me prenez pour une andouille ?

Virgile est bien comme l’a fait

la succession stricte des faits.

— Je ne sais pas ce que vous êtes

mais on voit beaucoup de poètes

qui écrire ne savent pas.

Faire des lignes à tout va

entre les vides de la page

présente plus d’un avantage

à qui veut gagner les lauriers

sans l’esprit trop se fatiguer.

Les professeurs de nos écoles

quand ils n’enculent pas nos drôles

prennent le temps de leur nombril

et savent même sur le fil

les infortunes du tiers-monde

car leurs vacances sont fécondes.

Et même ils y côtoient des flics

qui leur refilent tous leurs tics.

Sans trop se crever la patate,

car se fatigue qui baratte

et le beurre est bien mal payé,

ils font des lignes à gros traits

entre lesquelles il faut lire

ce que soi-même on peut écrire.

Et en plus pour être compris

ils se distribuent tous les prix

qui font bien dans les ministères.

Le vrai poète doit se taire,

ou passer pour un emmerdeur

qui n’a pas la légion d’honneur.

Voilà ce qu’en France on sait faire :

manger à même le parterre

et trouver ça bon pour l’esprit

surtout si là on l’a appris.

Et le poème-serpillière

prétend égaler Baudelaire.

Le descendant de l’ouvrier

pour sucer n’a pas oublié

qu’il faut d’abord tirer la langue

ce que facilite la gangue.

Tous les pendus vont le diront.

Vous ne savez pas comment font

les Rimbaud et les vieux Verlaine.

Pourquoi vous donner cette peine ?

Devenez prof et écrivez.

Le temps ne peut pas vous manquer.

N’inventez rien, faites des signes,

n’importe quoi avec des lignes

et Brémond le pizzaiolo

vous en tartine le vélo

pour faire un tour à la campagne

au lieu de crever dans le bagne…

à Biribi sans rien voler

et en volant à la Santé…

de l’écriture qui travaille,

qui ne doit rien aux épousailles

du larbin qui prie au Sénat

aux patelins du juvénat

avec l’artiste qui sait faire

et l’employé thuriféraire.

République des professeurs,

intermédiaires des censeurs,

mouchards payés pour la popote

inculquer à nos petits potes,

ces vieux marmots qu’on a payés

et qu’en pensant au cher loyer

on fait car il faut bien en faire.

On a un trou et des affaires

qu’on se met dessus quand on sort.

On a du respect pour le corps.

Ah ! Merde on est rien quand j’y pense !

— Peut-être mais, fosse d’aisance

et coin tranquille pour pisser

font de l’homme une société.

Les animaux sont des poètes.

Ça leur sert à quoi d’être bêtes ?

Et ça revient tous les printemps

pour critiquer nos chers enfants

qui aiment bien la poésie

inspirée par la bourgeoisie

à nos poètes-professeurs.

On est des frères et des sœurs.

Si l’inconnu est dans le père

du moins on sait qui est la mère.

Vos Arabes, Grecs et Latins

on les lessive le matin.

On leur arrache le langage

pour que dans nos jolis villages

on s’assemble sous le drapeau.

Et quand se lève le rideau,

c’est la France, pas l’Arabie,

ni les sources de l’Italie,

qui dans l’air prend de la hauteur,

les pieds sur terre et le bonheur

garanti par le ministère.

Les poètes doivent se taire,

laisser la place aux professeurs

qui sont aussi de bons censeurs,

des domestiques véritables

qui savent comment sur la table

on dispose assiettes et plats

qui font à eux tout le repas.

A quoi servent les vers qui pensent ?

A rien du tout sans les vacances.

Dessous la terre on les mettra

même vivants, comme des rats.

Leur pourriture est nourrissante.

Reconnaissons cette variante

de l’engrais qui sert au jardin.

Enseignons-la même au larbin

en formation dans nos collèges.

Mais le programme qu’on allège

par ces trous vite à la raison

revient car dans notre maison,

je veux dire la République,

on a le sens de la critique.

Les profs ont de l’inspiration,

quelquefois même des passions,

on en voit qui portent couronne

et chevauchent de vraies personnes

qui trouvent tout ça très normal.

Et ma foi s’ils écrivent mal

ils inventent une poésie

qui vaut bien l’adab d’Arabie.

Bientôt on pourra grâce à eux

éditer tout ce que l’on veut,

des petits papiers en musique

de Nougaro qui a la trique

car son oiseau qui fait pipi

à autre chose sert aussi,

(c’est le côté pédagogique

qui dit avec quoi on fornique)

aux notes mises dans le ver

de Bénezet qui en Enfer

signe des œuvres incomplètes,

preuve qu’il fut un vrai poète.

Entre Breton et Aragon

il veut prendre une décision

qui dans l’esprit laisse des traces

dont le professeur ne se lasse

s’il ne préfère la chanson

et son Renaud qui a tout bon.

Alors veuillez, madame Armande,

faire ce que je vous demande

et ne point chier dans mon giron

car le juge est, à sa façon,

un professeur qui veut écrire

et ne sait jouer de la lyre,

ce qui n’empêche pas le droit

de s’appliquer et même au roi.

— S’il faut trouver un roi sans reine

dans ce royaume à la douzaine,

les poules y auront des dents

avant que naisse leur enfant !

Je chierai, ne vous en déplaise…

— Savez-vous que mon nom, Sanchaise,

dit en avançant le chasseur

car les morts n’ont pas cette odeur,

vient à point vous faire la rime.

— Et pour cela je vous estime, »

dit Armande en torchant son cul.

Elle remet bien par-dessus

l’aile fendue de sa chemise

et cause ainsi une surprise

chez le chasseur dont le quibus

est déjà rogné par l’anus

et ce qui en sort le dimanche.

Au lieu du bras, il prend la manche

et l’extrait ainsi du buisson

où elle a déposé l’étron.

« Décidément, le vieux Moïse

connaissait bien son entreprise,

dit-il cultivant l’allusion

qui en principe et sans raison

fait le succès de ses rencontres.

— La Bible je ne suis pas contre, »

dit Armande pour en parler.

Mais Bébère posant le pied,

qu’il a comme la main de large

et long surtout entre les marges,

sur l’étron qu’il n’est pas question

de céder ainsi sans passion

à l’intrus qui point ne se cache

d’avoir du goût pour ce qui crache,

le regarde de bas en haut

et ne voyant rien comme il faut

le condamne à prendre le large

car ici on voit qu’il surcharge

une situation déjà

fort compliquée par le caca.

« Savons-nous bien ce que vous êtes,

dit-il en redressant sa tête

qu’il a cognée sur le volant

quand la 2CV s’arrêtant

eût atteint une plate-bande

qui finissait dans la lavande

après avoir dressé un mur.

— De cela je ne suis plus sûr,

dit Sanchaise faisant la bête.

Mais c’est pourtant comme poète

que cette dame j’approchai

pour rimer avec les effets

qu’elle produisait sans silence

au profit de son apparence.

On vient souvent ici chier

comme en témoignent ces papiers.

Et souvent je jouis du spectacle

sans chercher à y faire obstacle… 

— Pourquoi donc empêcheriez-vous

le voyageur qui après tout

en l’absence d’un bon office

fait ce qu’il peut quand il en pisse ?

crie Bébère qui veut châtier

l’atteinte à son autorité.

— C’est que je suis propriétaire

de ces sauvages sanitaires,

ainsi que de ce pauvre mur

qu’on voit mieux quand clair est l’azur,

il est le mur de ma demeure

mais la nuit en compte les heures,

je le reconnais sans dessein.

— Qu’avons-nous besoin d’un dessin !

glousse Armande que le plombiste

ne déçoit pas quand il insiste.

— On a des poètes de nuit

et de jour on a de l’ennui,

dit Sanchaise que le distique

met sur le plan de la critique.

— Je trouve bien beaux vos oiseaux,

s’écrie Armande un ton plus haut

pour donner dans le monostique

dont elle ignore le tragique.

— On en voit un seul cependant,

dit Sanchaise qui le montrant

apprécie la stichomythie.

— Ces choses-là sont bien jolies.

— Cette chose a de l’avenir.

— Mais je vous crois sans déplaisir !

— Avec le temps on s’améliore.

— Que veut dire la métaphore ?

— Je dirais plutôt procédé.

— Vous dites bien s’il faut céder !

— C’est le miroir de ma fortune.

— Et de la gloire la tribune.

— Je la connais bien mieux que vous.

— Mais j’en connais d’autres surtout !

— Le monde est un mouchoir de poche.

— On y voit des choses bien moches !

— Pourquoi vouloir les regarder ?

— Vous prétendez m’en empêcher ?

— Je ne joue bien qu’à la marelle.

— Il faut que je me fasse belle !

— On n’y joue bien qu’en la prenant.

— A pleine main ou la baisant ? »

On voit ici que le dialogue

prenait d’un premier épilogue

le chemin qui mène tout droit

aux choses qui ne se font pas

quand les latrines à l’air libre

faussent le sens de l’équilibre

du témoin qui ne veut pas voir.

Bébère d’un pas sans s’asseoir

entre les deux oiseaux qui causent

son autorité interpose :

« Il est bien temps de folâtrer

comme si le temps des bergers

trouvait encore des bergères

pour faire beau dessus la terre !

Laissez là ce morceau de roi

et plus même donnez-le-moi !

— Je ne me donne à la Justice,

dit Sanchaise dans le calice,

qu’en cas de fillette et encor,

si privé de son doux accord,

je me vois contraint de le faire !

On me vit prendre l’adultère

par les cornes qu’il a sur lui

et satisfaire sans ennui

tant le mâle que la femelle.

L’un se prend dessous les aisselles

et apprécie sans attendus

l’enfoncement qui lui est dû.

L’autre arrive sans sa culotte

et se passe tant de parlottes

que le coup en un seul est fait.

Le seul témoin est le greffier.

On peut compter sur son silence.

Il n’exige rien en balance,

car ce n’est pas dans les palais

qu’on contamine les valets.

Par contre les hôtels de ville

relâchent les mœurs de l’édile

qui peut sans culture et sans foi

faire subir sa propre loi

au point que la magistrature,

qui n’est pas franche par nature

comme on le voit quand ça va mal

et que le sillon proverbial

ne tient pas même ses promesses,

se sent gagnée par cette ivresse

et laisse aller comme on se vend

le grison qui vient du couvent.

La France est un pays de moines

qui conservent le patrimoine.

— Je ne sais toujours pas, Monsieur,

quand même sont à vous ces lieux,

qui vous êtes, pourquoi vous l’êtes

et comment dans la vie vous faites

pour ne pas finir en prison.

On en voit perdre la raison.

Même souvent, car j’en suis juge

et jamais je ne me déjuge !

— Ne me dites pas que Gaston,

qui pèche un peu côté bâton,

fait partie de vos connaissances.

En voilà un sans accointances !

Pas moyen de le dépraver.

La cause ne le fait rêver.

Heureusement, le juge est pire !

— Vous faites bien de me le dire,

d’autant que je le connais bien

et je crois avoir les moyens

d’en dire plus que vos postiches,

car la corruption il s’en fiche.

L’amour seul le met en état

de commettre des attentats

sans blesser ce que la personne

à ses ouvrages lui redonne.

— Pardi ! C’est que l’homme est petit !

A cet endroit les concetti

dépendent trop de leur contexte

pour discuter leur vrai prétexte.

En large et dans la profondeur

l’homme déclare son bonheur

comme il sait le mettre à sa place,

avec des mots qu’il dédicace,

même sans rien si l’inconnu

ne dit pas d’où lui est venu

ce charmant défaut de la langue

qui disserte et point ne harangue.

Un pet vaut bien tous les poulets.

On voit le dogme s’écrouler.

Je suis ravi de vous connaître

et vous invite à vous remettre

mieux que dehors à l’intérieur

où je réside avec ma sœur.

Je vous réserve des surprises

qui sont de ma seule entreprise.

— On ne veut point vous déranger,

dit Armande sous le berger.

La conversation est finie,

mais non point votre litanie.

Je sens que vous baissez le ton

si j’en estime par le fond

la dimension de la prouesse.

En ce savoir je suis maîtresse

et en sais plus que des notions.

Finissez la conversation

sous peine que je sois déçue.

Pour ces choses je suis conçue.

Je n’avais point d’âge au premier

et vous n’êtes pas le dernier.

Encore un mot et on achève ! »

Et Sanchaise s’y met sans trêve.

La tôle de la 2CV

se plie sous l’effet des travaux.

Armande qui, la cuisse haute,

ne se repent point de sa faute,

se mord la langue jusqu’au sang

et le chasseur y met dedans

la sienne en gonflant les deux joues.

La glaise gémit sous les roues.

Et un oiseau qu’on ne voit pas

dans un arbre fait un faux pas,

secouant du rameau les feuilles.

« Mon ami, la gloire se cueille

comme les fruits avec le cœur.

Ainsi se conçoit le bonheur

et à l’ouvrage on le mesure.

Vous êtes faible de nature,

en tout cas de ce côté-là

même si ça ne se voit pas.

Ou je suis trop forte pour l’œuvre.

Il faut penser à la manœuvre

et non point vous mettre à rêver

quand c’est dans la réalité

que nous agissons forts et libres

pour ne pas perdre l’équilibre

et que les sens tout excités

on s’emploie à la volupté.

— Je ne sais pas ce qui m’arrive !

Je fais de mon mieux et j’active.

Le trou est peut-être trop grand.

J’ai l’habitude des enfants,

des bonshommes comme des filles

qui héritent de la famille

et l’ont étroit des deux côtés.

Je m’y suis trop habitué.

C’est le cerveau qui me l’impose.

Vous en êtes la seule cause.

Il vous a pris pour un enfant,

mais ne peut rien si c’est trop grand.

On n’a jamais vu d’expérience

un cerveau agir à distance,

sinon, croyez-moi, je finis

et je vous remplis votre nid

comme jamais depuis l’enfance

vous ne le vîtes dans l’aisance.

Quelquefois on explique tout

même avant de rater son coup

car c’est suite à une peur bleue

que la veine dedans la queue

ne laisse point passer le sang

qui remonte alors qu’on descend.

— Vous en parlez comme la science.

En attendant la déficience

est patente ou je me fais tort.

Ah ! L’humain des fois est retors !

Et de l’inavoué abuse,

ce qui me laisse bien confuse.

Il veut jouer avec les nerfs

et le puceau se met au vert.

A cinquante ans on est rosière

avec un coussin au derrière,

les seins blanchis comme du lait

et pour compagnon un balai.

Retirez-vous ! J’en ai des crampes.

Je n’ai pas dit que tu décampes !

Aide-moi à les refermer.

La position me compromet.

Je me sens immobilisée.

Et en plus je suis mal baisée ! »

La resserrant par les genoux

Sanchaise voit bien qu’il est mou.

Dans l’effort voilà qu’elle pète.

« On finit et rien ne s’arrête !

dit-elle en riant aux éclats.

Chaque fois les pieds dans le plat

elle a des envies qu’on confesse.

Ainsi Diane la chasseresse

avec Minerve veut baiser.

J’en veux pour preuve le brasier

qui s’emparait de leur vieux frère

quand il ne savait pas quoi faire.

Que fais-tu de ta pauvre sœur

quand tu grilles le processeur ? »

Cette fois Sanchaise a l’air bête.

Plus loin Bébère fait la tête.

Armande ferme ses genoux

et d’un saut se remet debout.

« Ce n’est pas tous les jours la fête,

dit Sanchaise rentrant sa bête.

Si tu veux avec le fusil

je peux très bien le faire aussi.

Avec le canon ou la crosse

selon l’état que tu endosses.

Je n’ai jamais tiré dedans,

sauf pour la fiction et à blanc.

— C’est bien ce que je te reproche !

Tout dans la tête et dans les poches !

Je veux du vrai comme Apollon.

Du physique jusqu’au colon.

Tu me proposes des astuces

mais sans te secouer les puces.

N’y pensons plus ! Pas de cadeaux.

A l’échec on tourne le dos

pour planifier l’ère prochaine.

Pas plus d’une fois par semaine,

sinon je fatigue et deviens

la princesse du va-et-vient.

Va donc, mon roi, ne te soucie.

On refait dans l’orthodoxie

et si ça foire de nouveau

on consulte les hôpitaux.

Quand on construit des barricades,

on s’attend à la fusillade.

— Ah ! J’ai foiré, mais je reviens,

dès que ce truc je le sens bien !

Des fois quand ça presse on va vite

et on a tort quand on s’invite

alors qu’on ne se connaît pas.

Qui c’est qui l’a dans le baba ?

Toujours le même et ça fait rire

les nanas qui veulent s’instruire.

Si Dieu n’était pas masculin

on serait sans doute malin

et moins sujet à la lésine.

On fait trop dans la vaseline

et pas assez dans le bouquin.

Allez ! Hop ! J’y mets les deux mains.

Il faudra que je me maîtrise

si je veux que mon entreprise

vieillisse moins que mes arpions.

Veuillez entrer dans ma maison

et dans le fond vous mettre à l’aise.

Je ne suis pas pour rien Sanchaise. »

Bébère remet son chapeau.

Armande se frotte la peau.

Sanchaise dedans la clé tourne

et ses nouveaux amis enfourne.

On se croit chez Dostoïevski.

Pas une trace de yankee.

Un samovar lâche des bulles

quand on passe le vestibule.

Une table sans rien dessus

sous la lampe stricto sensu

reçoit des mouches énervées.

Et pour compléter la travée

une chaise sans vrai dossier

porte les ors d’un vieux gilet.

On ne voit pas les ustensiles

qui rendent la vie plus facile.

Pas une image sur les murs

qui semblent même de l’azur

ne pas connaître l’avantage.

Rien ne dit qu’on est en ménage.

Une veste pend au tuyau

qui surmonte un crasseux réchaud.

Dans l’ombre une seule fenêtre

où le jour ne doit pas paraître

car le rideau en est épais.

Et dessous craque le plancher.

On voit deux pieds qui se déchaussent

et le mollet noir d’un molosse.

S’il est muet il a des dents,

sans doute pas par accident.

Il est posé sur une cuisse,

haletant sur des immondices

tandis qu’une main sur son front

avec les ongles fait des ronds.

« J’arrive juste, ma jocasse,

dit le chasseur comme préface.

J’amène de bons vieux amis

qui par malchance en pleine nuit

ont cassé leur automobile.

Aussi se font-ils de la bile,

car le fantôme est de retour. »

A ces mots parlés sans humour

les deux pieds vite se rechaussent

et la main pousse le molosse

qui veut voir et se tord le cou.

Quelque chose se met debout.

« Tu l’as vu comme dans un rêve,

dit la personne qui se lève,

et ceux-ci en sont les témoins ?

Tu sais qu’on est pas des rupins

et que de tout il faut qu’on manque,

comme ils le savent à la banque.

— Je l’ai vu comme je te vois.

Il avait besoin de ses doigts

pour se boucher les orifices.

— Et tu ramènes des complices.

Tu vas encore raconter

comment tu fais pour le rater

avec double de chevrotine !

— Mais je t’assure, ma Justine,

que le plomb ne peut le trouer !

Je tire et ne peux pénétrer !

Pas un tremblement ne l’anime.

Voilà comment je me déprime…

— Mais dans quels trous il met ses doigts ?

Il est fait comme toi et moi ?

Il était qui avant qu’il crève ?

A mon avis c’est toi qui rêves.

— Je rêve et il en met partout !

Je ne suis pas encore fou.

Il en met même sur les feuilles.

— Mais il faut que tu en recueilles !

On montrera ça à papa.

Au cas où vous ne savez pas

c’est un prix Nobel de chimie.

Il est même à l’Académie.

Du dernier cri et à l’encan.

Il est mort on ne sait pas quand,

mais à Lachaise on exorcise.

On fera comme c’est qu’ils disent. »

Justine pense s’adresser

aux amis qui viennent d’entrer.

Ceux-ci font des saluts timides

et ce qu’ils peuvent sur leurs bides

pour de rire se retenir.

Et Justine y prend grand plaisir.

Elle en pisse sur le parterre

dont la planche est dans la poussière.

Elle rit mais sans se montrer.

Le mâtin monte sur ses pieds,

hérissant les poils de ses pattes.

Tant pis si c’est un sociopathe.

On entend sa langue lécher.

Qui donc pourrait l’en empêcher ?

se demande la belle Armande

qui note combien il l’a grande.

Les couilles surgissent du poil,

avantageant tout l’animal.

Justine sans sortir de l’ombre

encore une fois les dénombre.

Comme elle dit n’importe quoi

on a des doutes sur son cas.

« Vous mangerez bien quelque chose ?

dit Sanchaise qui se cyanose.

Les émotions nous donnent faim.

Nous avons des haricots fins

cuits dans la soupe d’une poule.

Il se peut bien que l’on se saoule,

car le vin ne manquera pas.

Partageons ce joli repas.

Asseyez-vous à cette table ! »

Le décor est abominable

mais la promesse d’un festin

aussi frugal pour l’intestin

peut aussi finir dans la joie

si l’esprit veut être sa proie.

Le mieux est de laisser aller

et de s’attendre à arriver.

Sanchaise dans l’ombre s’enfonce

et sans compléter sa réponse

en sort deux chaises sans les pieds.

La paille envahit le dossier

ou le dossier, par habitude,

est mis en bas sans inquiétude.

Un noir tissu cloué dessus

donne un ensemble bien conçu

quoique les poches qui sont pleines

ont une bien mauvaise haleine

et trahissent l’humidité

d’un corpus qui n’est pas cité.

Le tout repose sur des caisses

et là-dessus on met les fesses.

Les coudes s’ajustent fort bien

à la table qui les maintient.

Et Justine quitte la pièce,

suivie du cerbère sans laisse.

D’une porte un encadrement

donne une idée du flamboiement

à la cuisine nécessaire.

On entend même un bris de verre.

Une gamelle sur le feu laisse

gémir à qui mieux mieux

ses poignées qui, peut-être grasses,

de s’enflammer tout net menacent.

Le chien qu’elle appelle Kolos

fait sa fête à un « vieux nonos »

qui dans sa puissante mâchoire

lui sert peut-être d’exutoire.

Depuis Baudelaire on est fort

pour mettre en vers même le corps.

Des choses tombent dans la sauce

et aussitôt le met rehaussent

d’un piquant qui s’en prend au nez,

raidissant le poil qui y naît,

avant d’irriter les papilles

et de s’en prendre aux deux chevilles.

Néanmoins comme on est courtois

on fait preuve de bonne foi

sans ménager le commentaire.

« Tu vois, Justine, ma mémère,

on apprécie sans y toucher.

On va peut-être les priver

de la réalité des choses

et nous en tenir à la cause ! »

dit Sanchaise qui est debout

et qui pourtant s’en contrefout.

« Pardonnez-moi si je badine,

mais je me sens l’humeur câline.

Calez-vous bien sur les coussins.

Ces chaises-là, qui n’en sont point,

n’en restent pas moins confortables

surtout quand on se met à table.

Vous verrez que pour le couvert

rien d’incongru ne le dessert.

Nous mettons le vin en bouteilles

comme l’usage le conseille,

quoique bouchon dans le goulot

n’augure point de son soûlot.

Nous brûlerons une chandelle

qui en lumière est un modèle.

La manche nous sert de mouchoir

et la semelle d’éteignoir.

Et si l’esprit nous met en veine

nous nous donnerons de la peine

et d’une bûche ferons bois

comme l’on faisait autrefois

pour achever à la volée

la fort agréable veillée

que nous nous promettons déjà

alors que nous n’y sommes pas,

du moins pas tout à fait encore,

car qui attend point ne dévore

et qui a faim ne saurait point

espérer mieux que l’embonpoint. »

De profil il montre la courbe

qui par le devant le recourbe.

« L’accueil est mieux qu’on espérait,

se trémoussant Bébère fait.

Le choix promet de l’abondance,

preuve que malgré la malchance

on peut espérer du hasard.

Ai-je dit qu’il est déjà tard

et que j’ai dedans les entrailles

des restes de la cochonnaille

qui me font penser qu’à l’orteil

il se peut qu’avant le réveil,

que j’ai toujours bien difficile

surtout hors de mon domicile,

j’éprouve comme une douleur

que rien n’arrive, par malheur,

à soulager sans qu’on m’assomme.

Pour ripailler, je suis votre homme,

mais ce sera sans me charrier

si ce n’est pas trop demander.

Je ne veux, si rien ne l’exige

que cette douleur on m’inflige,

même si bonne est l’intention.

Je sais bien que votre attention

est pure de toute inconscience.

Je suis à vous sans résistance.

Mais, voyez-vous, mon intérieur

est depuis peu d’un grand malheur

affecté tant que j’en expire.

Médecin savant n’a vu pire

alors qu’il sait tout de ce corps.

Car l’un de nous est déjà mort,

comme on le saura sans méprise

au chant trois de cette entreprise.

Moi aussi je vous en promets

et à l’ouvrage je me mets

sans craindre de me contredire. »

Comme il parlait pour ne rien dire

et qu’Armande aussi se taisait,

Bébère sans doute avisé,

observé sous l’angle de l’hôte

qui en nourrissait sa jugeote,

jetait sur la chaise au gilet

des regards qu’on dit égarés

quand le feuilleton s’envenime

de l’implicite qui l’anime.

La chaise tenait sur trois pieds.

Un quatrième haut coupé,

ou plutôt brisé à l’équerre,

sinistre projetait par terre

une ombre qu’on voyait bouger

car un insecte s’occupait

à en transporter la sciure.

On remarquait dans la pliure

le fil de fer bien torsadé

qui à le retenir servait.

Les insectes à tour de rôle

en grattant prenaient la parole.

La paille était à son endroit,

celle où le derrière prévoit

de se mettre tout à son aise,

car ce qu’il sait de toute chaise

vaut aussi pour l’éternité.

Mais à cheval sur le dossier,

montrant des ors dans les torsades,

non point mis en capilotade

comme on voudrait le supposer,

mais bien soigneusement briqués,

col, boutons et toutes les manches

dignes du meilleur des dimanches,

le gilet pose la question

de savoir si son invention

au sens de ce récit ajoute.

Il est loin le bout de la route

comme l’atteste l’épaisseur

de ce volume bâtisseur.

Un objet mis en évidence

met à l’épreuve l’impatience

et en boîte plus d’un lecteur.

Pour en connaître la valeur,

tant sur le plan du romanesque

que de sa traversée burlesque,

il faut bien que sur Engeli

on compte avant d’avoir au lit

des rapports avec l’omniscience.

Le lecteur peut faire confiance

à cet Arabe que manchot

et pourtant sans manquer de pot

Cervantès eut pour maître d’œuvre

avant de se mettre à pied d’œuvre

comme avec la main Reverdy

en un gros volume le fit.

Avec raison on imagine

que ce gilet d’ors qu’on affine

pour les besoins de la fiction

entretient quelque relation

avec le métier de Sanchaise

qui n’est certes pas le trapèze,

car l’homme est gras au bout des doigts,

ses pieds témoignant de la foi

qu’il accorde au plancher des vaches.

Comme il exhibe une moustache

peut-être est-il monsieur Loyal

dans quelque spectacle amical

qui divertit plus que l’enfance

dont il a dit un mot d’avance

pour expliquer ce qu’il faisait

quand les autres point n’y pensaient.

Mais on ne voit pas chapeau claque

ni bottes comme les Polaques

et point de clown à l’horizon.

« Je dois me tromper de maison,

pense Bébère qui s’inquiète.

Celui-ci est valet ou bête

dans quelque autre palais social

où bien loin de monsieur Loyal

il ouvre et referme des portes.

Ah ! Que le Diable nous emporte

si nous n’avons pas mis les pieds

dans ce qu’on appelle un guêpier ! »

Dans son habit de chasseresse,

Sanchaise fait des politesses,

des ronds de pied, le dos plié

comme on enseigne à nos valets,

pendant que Justine frangine

s’active au sein de la cuisine.

Et il ne s’assoit pas dessus !

Au contraire et à simple insu

il s’en éloigne et prétend même

que cette position extrême

lui fait le repas apprécier

comme un Romain veut se coucher.

« Je mange debout et pour boire

je me couche si par déboire

ma langue ne peut supporter

de se laisser ainsi traiter.

Ce qui entre par cette bouche

n’en sort qu’à l’endroit où je couche,

encore que pour le meilleur

il demeure dans l’intérieur

et n’en sort que devant le Diable

à défaut de remède amiable.

Ce qu’il faut bien mettre dehors

est inutile pour le corps,

car les travers qu’on nous pardonne

peuvent aussi servir d’aumônes.

Mais en regardant de plus près

des tas de promesses verrez

qui valent mieux qu’aphrodisiaques

dont tous les jours on nous arnaque.

L’homme est fait pour être debout,

comme je viens de bout en bout

de vous le prouver sans les preuves

dont je ne veux plus comme épreuve !

Des jugements j’en ai soupé !

Justine il faut se dépêcher ! »

Disant cela, Sanchaise est rouge.

Sur les chaises pas un ne bouge.

On le voit debout et fort droit,

pas mécontent de son patois.

Justine en tablier s’avance.

Elle est plus belle que l’on pense.

Elle a de je ne sais quel dieu

le vert antique dans les yeux.

Sur le front la mèche est rouquine

et elle a entre les babines

de quoi parler et pourlécher.

Et pour achever le portrait

des dents blanches et bien rangées

comme en ont quelquefois les fées

qui dans les films de Walt Disney

ont aussi un bien joli nez.

« Ah ! Si j’avais une baguette,

pense-t-on en voyant la bête,

j’en fais une marie-graillon

pour mettre à l’abri mes arpions.

A-t-on jamais vu ménagère

qui tant la beauté désespère ?

Une pareille perfection

rend caduque toute passion.

Dieu est injuste avec les hommes,

mais pas au point que l’astronome

le trouve en train de faire mal

par ce moyen peu amical.

On voit des beautés qu’on admire

tant et si bien qu’on s’en inspire,

mais cette fois le coup est dur !

On en mesure tout le fur.

Mais à payer trop on calcule

et à l’égoïsme on postule.

On devient même un assassin

si quelque chose dans la main

autre qu’un poil y fait des siennes.

On se destine à la géhenne

si le bonheur est de chez nous.

On en redemande à genoux

chaque fois que le cas arrive.

Trop de beauté le mal active

chez celui qui veut posséder

et que l’autre ne veut céder.

La laideur inspire en principe

la compassion qu’on anticipe

d’ailleurs avec humanité,

mais quand il s’agit de beauté

il faut en fixer les limites !

Surtout si c’est là qu’on habite !

L’ensemble ne doit point passer

ce qu’on entend par tracasser !

Au-delà on a droit au crime !

Imagine-t-on qu’on opprime

celui qui sauve ses lauriers

comme on épargne ses deniers ?

Le Monde est fait pour qu’on y vive

et non point pour qu’on y survive !

Faire le bien est toujours bien.

On en mesure les moyens

comme il sied à la tempérance

qui ménage notre existence.

Mais la beauté qu’on laisse aller

est un signe à nous envoyé,

dieu sait depuis quelle distance

qui doit avoir son importance,

pour prévenir la désertion

qui laisse seul dans l’affection,

avec en tête de la fièvre

que marie-jeanne ni genièvre

ne soulagent quand il fait nuit

et que le drap nous déconstruit.

Vous allez me dire qu’encore

à la tribune je pérore

au lieu de voir dans la beauté

ce que Dieu pourtant en a fait.

Certes la laideur nous dégoûte

et souvent même elle en rajoute,

mais vient-elle nous séparer ?

La voit-on à l’un arracher,

comme la fleur à sa potiche

ou à la bouche une ratiche,

ce que l’autre ne peut céder,

à l’aventure abandonner

sous peine d’en devenir dingue ?

La laideur jamais ne l’embringue

loin du nid qu’il trouve douillet.

Il faut que pour nous embrouiller

ce soit la beauté qui s’impose.

Ce serait donc fort bonne chose

que vite le législateur

prévoie avec le sénateur,

comme on le fit pour la vitesse

dont la route n’est pas maîtresse,

la ligne de démarcation

qui sépare de la Nation

tout ce qui trop beau nous menace,

mettant en péril notre race

et les usages ancestraux

qui font du bien à nos bobos

(oui, j’ose emprunter à l’enfance

la magie de sa clairvoyance)

lesquels de toute éternité

ne nous ont jamais empêchés

de deux à deux nous reproduire

et de trois toujours reconstruire

pour le pire et pour le meilleur

ce qui sera notre bonheur

si jamais beauté trop charmante

séduisant l’un, l’autre tourmente. »

Pardon pour cette digression,

mais égarer votre attention

n’est pas ici notre entreprise.

Au contraire on ne vous méprise

au point de ne vous accorder

que le discours et non les faits.

La grande beauté de Justine,

qui revenait de la cuisine

transportée par des aromates

aux inspirations délicates,

peut inspirer au philosophe

dont le cerveau est en surchauffe

le doute qui d’autorité

s’applique aussi à la beauté.

Pour manger il faut bien qu’on vive

et vivre est sans alternative.

D’où l’intérêt du torche-cul.

Elle portait au ras du cul

un short plié selon la fente.

On eût dit une gouvernante

dans un de ces vieux films d’horreur

où s’annoncent tous les malheurs

sur le fil d’une longue cuisse

qui promet une opératrice c

apable de vous en priver.

Le spectateur en est rivé

au point qu’avec elle il fusionne.

Ici pas d’esquisse brouillonne.

Ce qui arrive est étudié

pour le dandin désennuyer.

Elle tenait une cuillère

et de sa palette ancillaire

se tapotait négligemment

la pointe acérée d’une dent.

Bruit qui inspira aux convives

quelques alarmes auditives

cependant qu’entre ses doigts fins

le manche mis en contrepoint

semblait apprécier la caresse.

On voyait bien que la gonzesse

était consciente de son art.

On la voulait en grand écart,

mais pour l’instant les jambes jointes

elle penchait sa coloquinte

et sur la suite renseignait :

« J’ai poivré sans vous demander !

J’arrête ou j’en mets trop encore ?

Je ne suis pas bonne en tortore.

J’ai mis des boîtes avec dedans

du préparé sans excédent.

Aussi il faut bien qu’on excède

sinon la vie comme intermède

ne vaut pas qu’on y soit réglo.

Pour ça on a un ciboulot. »

Et en plus ça la faisait rire…

on eût préféré un sourire,

car le rictus était prégnant

et l’impression un peu gnangnan.

« On fait à la bonne franquette,

dit Sanchaise dont la binette

portait de la joie le fardeau.

Je ne dis pas qu’on boit de l’eau !

On y met même de la gnole,

améliorant le protocole

qui trop étreint les bonnes mœurs.

En France on est des bricoleurs,

mais dans le fond on est artiste.

Allez ! Hop ! Tout le monde en piste !

(Ici Bébère repensa

au Loyal dont il se douta)

maintenant il faut qu’on le bouffe !

Et que personne ne s’étouffe !

Le poivre on le fera passer

sans de Justine les casser

les pieds qu’elle a mis en cuisine.

On ne chatouille pas Justine

sur la question de l’aliment

qu’elle a préparé savamment

sur le feu d’une gazinière

qui a connu pères et mère,

tailladant dedans le fer-blanc

ses doigts de fée qu’on vit peinant

et abusant du sardonique

dont le spasme est une critique

pour donner soif aux invités.

Ce flacon il faut déboucher ! »

Et saisissant cette bouteille

Sanchaise veut qu’on s’émerveille

rien qu’à l’odeur de son bouchon.

Comme il est ici le patron,

fait que personne ne conteste

car l’événement est funeste,

et que Justine a le téton

percé d’un massif mousqueton

en acier trempé à l’acide,

on se colore le livide

jusques à la goutte de trop

comme l’on fait dans les bistrots

quand on veut épater bobonne

qui voit bien comment les neurones

fichent le camp malgré les soins.

« On a aussi un petit coin,

dit l’hôte qui à la dépense

ne veut pas retarder l’aisance.

Si Madame ou bien son monsieur

veulent d’un besoin impérieux

satisfaire les exigences, n

ous avons pour la circonstance

le trou qui convient à l’effort.

On ne fait plus tout ça dehors.

Nous contribuons au septique

sans nous pencher sur le clinique.

Ah ! Je suis bien aise d’avoir

de la compagnie pour ce soir !

Vous coucherez dans une couette

après qu’on ait bien fait la fête.

Commençons par ces rogatons

et trempons-y notre bâton

comme Ubu y faisait bombance !

— C’est que nous sommes dans l’urgence.

Nous avons un pneu bien crevé,

le moteur ne veut plus marcher

et on a perdu la capote.

— En plus j’ai peur qu’on la barbotte.

En la poussant c’est vite fait.

Ah ! Dans le genre ils sont parfaits !

Dans la banlieue on les cultive

comme dans l’huile les olives.

J’en ai vu et des plus méchants.

On était beaucoup mieux avant,

d’un côté on avait l’Europe

pour habiter en philanthropes,

de l’autre on pouvait voyager

et même se faire pousser.

Comment on a perdu l’Empire

est pour moi qui ne suis qu’un sbire

comme un mystère américain

qu’on a filmé sans les requins.

Je n’ai pas peur qu’on me la morde

et ne crie pas miséricorde

pour la retrouver où elle est.

— Je comprends, mais se la fouler

dans la nuit avec un fantôme

et des histoires que peu d’hommes

peuvent sans trembler écouter,

à mon avis, sans me tromper,

n’est pas preuve d’intelligence…

— Sauf s’ils sont cons comme je pense !

Et j’en vois tous les jours au gnouf.

Les psychotiques de la chnouf

pour des riens se mettent en quatre

et même peuvent vous abattre

si la gueule vous ramenez.

Ah ! Je les sens à vue de nez !

Ils ont repéré ma voiture

et le couteau dans la blessure

ils remuent pour que ma douleur

me pousse à être l’un des leurs.

Pour la voir il faut que je sorte !

S’il vous plaît ouvrez-moi la porte !

Vous ne savez pas ce que c’est

de savoir qu’on va vous voler

un bien acquis par héritage

après la fièvre du partage !

Une deux pattes qui a vu

la naissance de la Sécu !

A cette époque on était naze

même avant d’en avoir l’occase

et on mettait tous les paliers

dans un seul et grand escalier.

On était plus pauvre que riche.

Pas de papier pour la cibiche

et pour le cul je ne dis pas !

La preuve c’est que mon papa

n’est même pas mort à la guerre.

Je veux mourir à sa manière !

Laissez-moi sortir de ce trou !

Je n’ai pas faim ni rien du tout !

Si on me vole ma voiture

je leur mets une procédure !

Je ferai tout pour la garder !

Ouvrez la porte et regardez ! »

Les mains jointes dans sa prière

Bébère sur son gros derrière

choit et se fait du mal à l’os

comme le Quinn jouant Stavros

dans Les canons de Navarone.

Sur le plancher il s’abandonne

en donnant des coups de talons

et sur le coude fait des ronds, l

angue bavant sur la manchette

tandis que sa voix musagète

monte d’une octave le ton.

Il lui en tremble le menton

comme qui ne veut point qu’on coupe

et rêve même qu’on le loupe.

Que reste-t-il du cauchemar

quand ne braille plus le braillard ?

On voit des cages thoraciques

interpréter sans la mimique

le cri qui ne peut pas sortir,

mais quand c’est fait, on est martyr

au panthéon de la patience.

Sanchaise craint pour le silence :

« On a des voisins pointilleux !

Si ça va mal, dites-nous-le !

N’hésitez pas à long le faire,

mais de grâce comme en affaires

sans abuser de leur bon droit !

Je vous trouve bien maladroit

pour un magistrat spécialiste

du voisinage antagoniste.

Si vous n’avez pas faim, tant pis !

Mais Madame peut-être ici

se sent même mieux que chez elle ?

La rencontre est accidentelle,

si je puis me permettre de

badiner comme je le peux,

mais là point de mésaventure !

Nous sommes si près de conclure

qu’il serait fâcheux de briser

sans avoir au moins boulotté

et descendu à la bouteille

ce que les usages conseillent

au citoyen comme au civil

et je ne dis rien des pénils

qu’au peulven on a à la pelle.

Monsieur le juge, j’en appelle

à votre bon sens proverbial.

Mon voisin est un animal

qui dort la nuit si ça lui chante

et le jour comme en l’an 40

applique à son propre fessier

les promesses de Louis Mercier.

— Mais puisque je vois qu’on la vole !

Après ça rien ne me console,

pas même un procès mitoyen

avec vos proches citoyens.

— C’est qu’ignorant leur vraie nature

vous n’en voyez pas la denture ! »

Disant cela Sanchaise sort

ses dents dans un suprême effort.

On voit bien comment il en use

et même pourquoi il abuse

du dentifrice et de ses poils.

L’information qui lui fait mal

laisse Bébère sans sa langue.

Il en est même tout exsangue,

plus pâle qu’un mort croqué vif

et cependant très attentif

car jamais on a vu vampire

aux dents cariées se reproduire.

Sanchaise en a deux sur le point

de démontrer sans autre appoint

qu’il n’est pas comte ni de force

suppôt qui de mouches renforce

sa condition de fou à lier.

Il a les crocs d’un journalier,

pas d’un déçu de l’existence

qui se sert de son arrogance

pour se venger de nous vivants !

« Je suis un mec depuis longtemps !

s’étonne bouche bée Sanchaise.

J’ai fait mes classes chez les jèzes.

Je fais peur mais aux animaux

et encore en me levant tôt.

Qui voudra de votre voiture

a un problème de structure.

Veuillez, Monsieur, vous relever,

mettre debout le corps entier

et en suivant le mettre à table.

L’incident est bien regrettable ! »

Confus d’avoir pour un instant

manqué aux usages voulant

que l’invité ferme sa gueule

même avant les amuse-gueule,

Bébère se remet debout,

doutant à cause d’un hibou

dont la race pourtant pullule

quand les problèmes s’accumulent

et que la nuit fait des petits.

Au silence il se convertit,

car il ne sait plus quoi en dire.

On voit des coquecigrues nuire.

Reprenant sur le noir coussin

la position dont le dessein

n’est pas expliqué dans la suite,

d’un premier devoir il s’acquitte

et d’un coup sec le contenu

d’un gobelet est parvenu

à l’endroit où l’esprit se trouve

quand le dégonflé le retrouve.

Il sait tout ça depuis toujours.

Il s’y connaît bien en recours.

Ses joues de rose s’attendrissent

et au-dessus son front se plisse.

« Vous allez rire, s’écrie-t-il,

mais au pénal comme au civil

le temps impose la marelle.

Jouez-vous quelquefois comme elles,

monsieur qui paraissez fort preux

quand je ne suis qu’un vil peureux ?

J’aime pousser avec la pointe

que la règle ne veut pas jointe

à l’autre qui doit demeurer

en l’air avec ou sans souliers.

Ces jeux de filles me passionnent !

Si vous voulez, je vous abonne…

— Je ne saurais m’y adonner

sans perdre mon beau coup doublé !

Voyons plutôt si à la soupe

vous remportez aussi la coupe.

Nous le ferons sans les fusils,

car Madame en est elle aussi

et nous voulons dans l’avantage

l’associer au libertinage

que nous avons ici prévu

pour lui plaire façon cucul.

— Pourtant ce hibou que vous dites

avec vous ici même habite

et cela nerveuse me rend.

Votre tranquillité surprend.

En tout cas elle m’impressionne.

— C’est que jamais je ne braconne,

étant sur mes terres rentier.

Le hibou peut y babiller

autant que la nuit l’en inspire.

On n’est maître de son Empire

que sous le soleil si Dieu veut.

— Ah ! Je le veux, mon cher neveu !

La question est métaphysique

et même un peu anachronique !

s’écrie Bébère en revidant

de son verre le contenant.

Le jour il faut que je préside

et la nuit le palais se vide.

Comme la nuit on ne voit rien,

on se sent même moins terrien

et de nos dieux on se rapproche

par le moyen de la débauche

ou au contraire du décent.

Nous avons l’âme dans le sang

et non point comme on pourrait croire

entre le fait et la mémoire.

— Houlala ! Que c’est épineux !

glousse Armande qui en veut deux.

Je ne sais pas ce que j’en pense,

mais quand j’y pense je m’avance

et j’ai bien peur de m’y cogner

comme on le fait sans faire exprès

contre les murs qui sont sans portes.

Je dis que quand je serai morte

ici je ne serai plus là

pour en savoir autant que ça !

— Mais alors ces voisins qui mordent,

procéduriers de la discorde

et je suppose bien dentés,

y êtes-vous apparentés,

vous qui possédez l’héritage

et qu’on force ainsi au partage ?

J’ai vu les films de la Hammer

où le vampire à la fin meurt

mais comme meurent les vampires

qu’on transporte dans des navires

car le ciel est leur ennemi.

C’est dur de n’avoir pas d’amis

parce qu’ils veulent du pactole

goûter la nuit et ses bricoles.

Je serai de votre côté

si vous leur faites un procès !

Y aurait-il de la justice

si le mal se trouvait complice

en la personne et en l’esprit

du juge qui a tout compris ?

Et je ne veux rien en échange,

pas même du drapeau la frange !

Ceci dit, laissez-moi sortir !

Ici je ne veux pas moisir !

Je finirai par tout vous dire.

Je l’écrirai s’il faut l’écrire !

Gardez la femme et ses appas !

Croyez-vous que je n’en veux pas ?

— Ah ! Mais plus salaud tu en crèves !

Voilà comment un homme achève

la relation et sans enfants !

On est mieux chez les éléphants

qui ne savent rien sur le couple

à part comment c’est qu’on s’accouple

et encore une fois par an !

Ce que la femme met devant

passe après et surtout derrière

ce que Monsieur pense lui faire.

Des hiboux j’en ai vu des grands

et pas au ciné seulement.

Si c’est celui de la voisine

il est bien temps qu’on le bassine.

Mis au vert qui est la couleur

de la frousse et de sa pâleur,

on verra bien qui la dernière

rira sans se jeter par terre,

comme Monsieur qui en a l’air

et se cache au premier éclair.

On est peut-être dans l’orage

et on est venu sans bagages,

mais l’aliment nous est offert,

même le lit comme dessert.

Moi je trouve monsieur Sanchaise,

quoiqu’il me mette mal à l’aise

parce que pas franc du collier,

est un bien aimable rentier.

Je dois dire que je regrette

d’être venue à bicyclette

avec ce pâle foutriquet

qui n’a rien pour me forniquer.

— Ah ! Madame veuillez abstraire !

Réservez à l’épistolaire

le secret qu’on vous a confié

sans hélas de vous se méfier.

Si j’avais su que jamais femme

ne tient promesse à qui l’affame,

vous ne sauriez rien de mon slip !

Ah ! Je vais sombrer dans un flip

que vous m’en direz des nouvelles !

— Mais je connais la ritournelle !

Monsieur veut me faire chanter

et dans le thriller me planter.

S’il s’en va je me carapate

de mon côté et sur mes pattes !

Ouvrez deux portes, s’il vous plaît !

Tout à l’heure je plaisantais. »

Et Armande dans la poussière

du plancher pose le derrière.

Elle secoue ses petits pieds

et se mordille les poignets.

Les deux tétons de sa poitrine

font du chasseur lever la pine.

Elle arrache même des poils

en criant que ça lui fait mal.

« Je veux sortir de cette crotte

sans me faire dans la culotte ! »

crie-t-elle en se frappant les poings.

Bébère aussitôt la rejoint,

mais pas comme le fait un homme

qui de l’amour connaît l’idiome.

Lui aussi s’arrache les tifs

dont décroît le maigre effectif.

Sanchaise qui se la caresse

dans l’acte découvre ses fesses

et Justine avec un torchon

façonne un long tire-bouchon

qu’elle prétend dedans lui mettre.

« Ah ! Bien fou qui veut le paraître !

grogne Sanchaise en s’entrouvrant.

Je dis que c’est un revenant

qui est revenu pour vous prendre

et dans l’abîme vous descendre

car il sait que vous êtes morts.

On voit que vous avez le corps

marqué par ce qu’on dit de l’outre-

tombe où jamais même bon foutre,

fût-il extrait de nos héros

in vitro ou in utero,

ne reproduit ce que nous sommes.

J’ai mis en fuite le fantôme

qui vous connaît et vous veut tel

que vous avez été mortels.

— Laissez-vous faire, les aminches !

Car quand le vieux Sanchaise grinche

il est plus dangereux que fou. »

Ainsi a parlé malgré tout

Justine qui comme un ver nue

reconnaît la déconvenue

dont souffrent les deux invités

qui se tordent sur le plancher

comme de vulgaires cloportes.

Et soudain voilà que la porte

qui était fermée s’ouvre grand.

Et l’intrus s’arrête en entrant.

On ne voit rien de son visage.

Chacun selon son personnage

lui donne un nom ou la fonction

qui trahit la situation

de sa psyché mise à l’épreuve

d’une réalité trop neuve

pour être vraie sans vérifier.

Ainsi notre chasseur rentier

voit apparaître le fantôme

qu’il sait tenace comme un homme.

Des yeux il cherche son fusil,

mais soudain il se sent aussi

seul que le mort qu’il n’envisage

jamais sans perdre ses bagages.

Attendre ne dit rien du temps

et chaque fois il en attend

plus que la mort, qui est avare,

ne peut en dire sans bagarre

que l’homme perd comme les sous

parce que le jeu le rend fou.

Armande referme les cuisses,

geste qui n’est pas sans malice

depuis qu’elle en connaît l’effet

sur l’homme qu’encore elle a fait.

Elle ne croit pas aux fantômes.

Aussi pour elle c’est un homme

qui vient d’entrer sans s’annoncer.

Comme son style est élancé

et même plus long qu’ordinaire,

en silence elle désespère

de se sortir sans trop de frais

de cet incroyable merdier.

Elle en pisse dans la poussière

chauffant ainsi le gros derrière

de Bébère qui lui non plus

ne croit pas que dans l’inconnu

de méchants fantômes complotent

et l’esprit des vivants tripotent

pour alimenter la fiction

quand lui manque la solution.

Il ne craint pas non plus qu’on viole

son intimité sans contrôle.

« Les magistrats sont à l’abri

de ces sortes d’a priori.

Le jugement est comédie,

car l’homme se joue à l’envie,

à l’avarice et au bigot

comme le dit Unamuno.

Ajoutons que la jalousie,

pour expliquer l’hypocrisie

(mettons que c’est là le défaut

qui fait que l’art est vrai ou faux)

à l’égoïsme s’associe.

Le juge épris d’ataraxie

chez l’autre ne fait pas long feu

s’il prétend que le malheureux

n’est pas fait pour qu’on lui réplique.

Au théâtre des républiques

la fiction trouve solution

dans la logique des passions.

Or quelle passion plus bipède

que le vol qui nous dépossède

parce qu’il enrichit l’auteur ?

Acquérir comme l’acheteur,

l’héritier ou le signataire,

est comme on dit dans les affaires,

mais venir dessus ces contrats

apposer comme un magistrat,

par conviction ou par paresse,

les principes de sa noblesse,

voilà qui met l’esprit en vrac

et ennemi de tout fric-frac

même si de ses personnages

on tient quelquefois le verbiage

pour un art qu’on voudrait avoir

et protéger de tout pouvoir.

Le vol est à la vigilance

ce que l’art est quand on y pense.

On peut pardonner au tueur,

car il est souvent le meilleur

ou bien le pauvre a des excuses

que pas un cœur ne lui refuse

même si pourtant le cerveau

n’apprécie guère le cadeau.

Au contraire le vol inspire

à l’esprit de joyeux empires

qu’on met quelquefois en roman

pour en applaudir les moments.

Par contre le cœur se révolte

tant l’acte paraît désinvolte

et pire que l’injure fait

que le vol est bien un méfait,

sans excuses ni esthétique,

et le voleur un hérétique. »

Voilà en gros ce que pensait

Bébère tandis que rentrait

peut-être chez lui comme l’hôte

ce long et fin compatriote

à mon avis interloqué

par le spectacle à lui donné.

Il tenait en main la poignée.

Dans l’autre une grise fumée

montait et puis disparaissait.

Qu’allait-il faire après rentrer ?

Bébère avala sa salive,

car l’atmosphère était nocive.

Si l’homme n’était point voleur

peut-être était-il fin noceur.

Bébère qui était eunuque

pensa en se frottant la nuque

qu’il en profiterait alors

pour aller faire voir dehors

ses abattis qu’il avait minces.

« Les femmes il faut qu’on en pince

et je n’ai rien pour les pincer,

pensa-t-il alors vite fait.

Pour les hommes j’ai la patience

même si l’on me fait violence,

mais qu’on me pique mon auto

a de quoi me rendre marteau.

Je m’en sortirai par la ruse,

à moins que de moi on abuse. »

Et comme il pensait sainement,

selon ce qu’il savait vraiment,

aigrement il se mit à rire

comme s’il voulait tout écrire e

t qu’il ne trouvait pas les mots.

Pendant ce temps, l’homme au chapeau,

détail prégnant que nous omîmes

car nous étions dans le sublime

inspiré par le contrejour

que la nuit dispensait autour

(il semble que ce sont les phares

de la 2CV qui se barre),

demandait qu’on lui expliquât

force détails, au cas par cas,

ce qui s’ouvrageait à cette heure

dans sa respectable demeure.

Justine plia le torchon

et le posa sur ses nichons,

une main se chargeant du reste.

Armande eut un autre beau geste

en refermant ce que l’on sait.

Sanchaise se voulant fessé

exhiba une tige molle

dont il avait perdu contrôle,

mais le regard de l’importun,

ainsi appelle-t-on quelqu’un

qui est encore quelque chose,

lui en imposait par l’hypnose

et il remonta son futal

sans autre égard sentimental.

« Le peuple a raison de le dire,

dit l’homme qui voulait décrire

ainsi cette situation,

quand le chat n’est dans la maison,

les souris la java y dansent.

Je n’ai rien contre l’évidence,

mais si je me suis bien cité

c’est dans la domesticité

que les souris donnent spectacle.

Je constate que le cénacle

s’est augmenté de petits rats

comme on en voit à l’Opéra.

Excusez-moi si je dérange,

mais j’ai oublié, c’est étrange,

l’accessoire de mon métier,

celui qu’ici je viens chercher,

troublant le valet et la bonne

qui s’amusent comme personne

quand je suis allé travailler

pour notre pain commun gagner,

honnêtement car je suis noble,

heureusement pour mon vignoble.

Sanchaise, vite, mon gilet !

— Oh ! Sa chaise il n’a point quitté ! »

s’écrie le valet qui s’annonce.

Et sans attendre une réponse,

il époussette le gilet

dont il chiffonne aussi les lais.

Justine montre un peu ses fesses

en s’en retournant à confesse,

quelque part dans l’ombre des murs

où elle doit, de son futur,

préparer les extravagances.

Abandonnant d’un os les transes,

Kolos arrive en secouant

la queue et surtout en bavant.

Il bave pour qu’on le caresse

et l’homme tout joyeux se baisse

pour lui mordiller le museau.

Sanchaise enfin sauve sa peau

après avoir remis au maître

le gilet propre qu’il dit être

l’outil du métier que la nuit

il exerce pour son profit

« Et pour celui, dit-il encore,

de mes nécessaires accores

sans qui ma coque se pourrit

dans les eaux troubles du récit

que je tente pour vous d’écrire

en tentant de me reproduire. »

Armande remise debout

par cette main fine et surtout

munie de doigts qu’elle caresse,

de tout expliquer bien s’empresse.

Bébère rouge comme fer

qui rapplique de son enfer,

arque deux jambes qu’il veut fermes

mais dont le mollet est inerme.

Pourtant la rose veut piquer

mais sans à l’autre s’appliquer,

détail qui amuse notre hôte.

Il sourit en montrant sa glotte :

« C’est à moi de me présenter,

car en principe l’invité

a son carton dans sa bourriche.

Allez savoir qui est plus riche,

de l’hôte qui ne se souvient

ou du convive qui y tient.

Mais la demeure est déplorable.

On n’ose pas s’y mettre à table,

quoique vous le fîtes sans moi

si j’en juge à ce que je vois. »

Armande aussi devient pourprine

et sent ramollir ses épines.

Elle remplit d’air ses deux seins,

ouvre un peu la bouche à dessein,

frotte son nez avec le pouce,

ses joues rosies elle trémousse

et laisse la langue parler

comme téton laisse couler

quand la fatigue prend la place

de la meilleure des grimaces :

« Voyez, Monsieur qui recevez

sans cartons ni même poulet,

(j’ai beau n’être que roturière,

je connais aussi vos manières)

nous sommes ici par hasard

suite à un drôle de bazar

(j’ai toujours peur que l’on se moque

de mon humeur disons baroque)

que je me garde d’expliquer

car vous allez vous en moquer.

— Mais Dieu me garde d’y souscrire !

Hôte je ne suis pas le pire…

— Ainsi, Monsieur, vous comprendrez

que je me plains tant du valet

que de la bonne et du service.

— Nous avons ici tous les vices !

Même Kolos est un vieux fou

qui dans la terre fait des trous

pour y cacher l’os qu’on lui donne.

— Monsieur il faut que l’on raisonne !

Je ne suis pas ici pour ça !

— Et bien si vous n’y êtes pas

dites-moi ce que vous y faites.

— Vous l’avez bonne, vous, poètes !

— Comment savez-vous que des vers

je compose même en hiver

quand mes mains sont toutes gelées

qu’on les dirait mal embaumées ?

— Vous avez tous, oui le même air,

je ne sais quoi qu’on dirait chair

et qui ne l’est point si j’approche.

— Mais vous n’êtes pas du tout moche !

On vous estime d’un seul trait

comme un artiste vrai le fait

qui vous le met dans la peinture

comme d’autres dans les jointures.

Je veux que je peux vous aimer !

Mais ce soir je dois travailler

comme ce beau gilet le prouve.

Dites-moi où on se retrouve.

Ici même si vous voulez.

Mais je vois bien que le valet

aussi bien que moi vous estime.

Entre nous ce n’est pas un crime.

Quant à ce monsieur qui se tait,

je dois dire et ne point cacher

que la bonne est au proxénète

et que s’il veut lui faire fête

d’avance il doit payer le prix.

En principe tout est compris.

Quand on regarde à la dépense

on ne fait plus comme on le pense.

— Ah ! Mais c’est que, mon bon monsieur,

je ne suis point et c’est tant mieux

celui que vous pensez accroire !

Je n’écris pas sur l’écritoire.

Et quand je lis je ne fais rien.

C’est que j’ai perdu mes moyens

dans des circonstances tragiques…

— Dans ce cas rien je ne réplique.

Au théâtre on a des rigueurs

qu’on peut jouer si par malheur

on ne sait plus comment les vivre.

— Bien que j’ai du mal à vous suivre,

messieurs qui savez tous les vers,

à l’endroit tout comme à l’envers,

je me permets de moins en dire

et de rappeler sans ma lyre,

dont je ne joue pas aussi bien

mais qui d’aussi loin que vous vient,

que l’objet de notre visite

n’est point de savoir qui habite

dans ce taudis qui sent mauvais,

ni d’expliquer ce qu’on y fait

pendant que Monsieur en costume

travaille pour que le volume

de sa fortune qui n’est plus

soit de la misère au-dessus.

Je le dis façon entreprise :

on s’est foutu dedans la mouise !

— Et voilà comment on en sort !

On ne sait plus où sont les torts.

— On ne sait plus où nous en sommes !

On peut parler comme des hommes

et rechercher la femme en tout,

je vous l’accorde, petits fous !

Mais ce soir la cavale est folle

et nous perdons notre boussole.

Il faut qu’on se mette au travail !

— Ici n’est point votre bercail !

On vous accueille, on vous invite,

et on pare même au plus vite,

qu’on soit dans le vrai ou le faux.

Nous avons tout ce qu’il nous faut.

Et nous faisons tout par nous-mêmes,

ménage, cuisine et blasphème.

Et voilà tout le personnel

dont a besoin le fictionnel

pour mettre le lecteur à l’aise :

un valet qu’on nomme Sanchaise,

qui s’occupe de mon gilet,

brossant ses ors fac-similés

sans du carat changer la donne.

En plus ce patelin s’adonne

à la chasse qui me nourrit

et même pêche la souris

si d’aventure la Justine

rend visite à une cousine

qui morte ou vivante, on ne sait,

entretient avec le décès

des relations dont le notaire

est le principal actionnaire.

La vie fait de l’intermittent

quand on y consacre son temps

au lieu de se donner entière

aux choses qui vous font rentière

et non possiblement rupin.

Mais Justine a sur le turbin

des idées qui lui appartiennent.

Aristote avait bien les siennes.

D’ailleurs chacun y va de soi

et charbonnier, maire chez soi,

ne craint plus que le roi le pende,

car celui-ci en redemande.

Il en fut quitte pour la peur,

ce qui n’est point un déshonneur.

Je suis monsieur de Gonzalèze.

Si j’ai l’artère un peu anglaise

on y trouve de l’espagnol

et un soupçon de l’éthanol

qu’en un certain voyage en France

on ordonna à l’intendance.

Au Juif nous devons la chanson

et au Berbère la rançon.

Ainsi l’Histoire des Familles s

e perd dans le lit de ses filles,

mais leurs fils sont de vrais marlous

et j’en suis un, bon en bagout

et point tire-au-flanc s’il faut vaincre.

Ne dit-on pas que pour convaincre

dans ce pays moins que germain

il faut un titre dans la main

et dans le cul un domestique.

Je ne suis pas fort en critique,

pourtant des fois je perds le Nord,

je vis et je couche dehors,

et la tramontane me pousse

en compagnie de ce maousse

vers le Sud où je me fais roi.

Kolos est le dernier emploi

de nos ressources en faillite.

C’est le gardien de la marmite

que fait bouillir notre boulot.

On fréquente le populo,

on partage avec lui l’essence

et on va loin dans la dépense,

mais sans lui faire des enfants.

Kolos n’est pas aussi méchant

qu’il en a l’air quand la Justice

veut rendre à un de ses complices

l’équivalent en mobilier

de ce que trois passe-lacets

flambent comme à la Belle Époque

pour s’élever dans l’équivoque.

Voilà fait le tour du logis,

bien sûr sans compter ce qui gît,

car la Mort ici se promène,

maîtresse de tout le domaine.

Elle sort la nuit sans le feu

et le jour éclaire l’aveu.

Mettez le nez à la fenêtre

et laissez la terre apparaître

dans sa nuit aux tombeaux ouverts.

Comme la jeunesse est au vert

sur ces routes qui la déciment

comme prisonniers de la rime !

Tirez le rideau à l’envers.

Posez le front sur cet enfer.

Laissez l’œil voir ce qu’il regarde.

Les victimes de nos guimbardes.

Des centaines de concessions

multipliées par les arpions

et les petits doigts de l’adage

rien qu’à l’endroit de ce virage

où vous jetâtes, me dit-on,

un petit bout de mirliton,

que par malheur vous retrouvâtes

comme le laissa la savate

posée pourtant sur le goudron

avec la meilleure intention.

Ici la mort se décarcasse

et jamais on ne la vit lasse.

Ces hauts murs que l’on peut franchir

sans même l’effort du désir,

c’est la demeure que je garde.

Avec elle je me lézarde.

Notre toiture prend le vent,

ici le noir ou blanc autan,

là croisant l’Ouest aux pluies cradingues

la tramontane qui rend dingue.

Aux fenêtres point de volets.

L’hiver il faut bien se chauffer

et bientôt dessus les solives

il faudra bien que l’on s’active.

Heureux celui qui n’a jamais

rien eu à détruire au forfait.

Heureux celui qui rien n’hérite

et qui nulle part déshabite.

Heureux celui qui s’appartient

et malheur à celui qui tient,

qui s’accroche à sa vieille Histoire,

malheur à celui peut croire

à la prunelle de ses yeux.

Voici venir le temps des dieux,

ceux qu’on a cru vouer aux mites

dans l’armoire des parasites.

Un seul Dieu ne suffira plus

à contenir hurluberlus

et polymathes en vadrouille.

Il faut gratter où ça gratouille.

L’homme redevient ce qu’il veut,

autrement dit autant de dieux,

autant de poussières d’étoiles

qu’il n’en peut compter sur la Toile,

autant d’intrigues sans raison

qu’il en trouve dans la fiction.

Et qui dit dieux dit autant d’hommes,

des handicaps et des diplômes,

des héritiers et des auteurs,

des proies pour le temps grignoteur

dont les souris sont maquerelles.

Et vous appelez ça querelle ?

Le Moderne contre l’Ancien,

le tout nouveau qui ne vaut rien

contre le vieux qui sent la merde ?

Voulez-vous donc que l’on se perde

au lieu de trouver le chemin ?

On en voit du soir au matin

qui dans le métro se choisissent,

pour être ensemble quand ils pissent,

sentir bon si ça sent mauvais

et même mauvais si c’est fait

sans un agrément hiérarchique.

Les dieux sont bien plus prolifiques !

Au lieu de deux on en a plein.

Et non point trois comme les mains.

— Comment trois ? Mais, je vous l’assure,

nous en avons deux par nature !

Et deux pieds que je vous mets là !

En même temps car ce n’est pas

difficile en vous de les joindre.

Dans vos théories on voit poindre

le mal qui menace le fou.

Autrement dit, trop de bagout !

Que vous rimiez, bien ou mal passe !

Ainsi des fois on se surpasse

et alors il faut admirer.

Pourtant il faut pour mieux sauter

bien reculer, même en retraite

battre autant qu’on sait la sauvette.

Nous sommes deux et resterons

tant qu’un et un deux nous ferons.

Il faut compter avec soi-même.

Et en prime il faut bien qu’on s’aime.

Il faut, voilà le maître mot,

ce qu’il faut porter sur le dos

sans se plaindre d’être deux hommes,

l’un entrant pour faire la somme

et l’autre souffrant en dedans

car l’esprit est accommodant

et explique tout par l’extase

comme le soleil le pétase

et le Basque son beau béret.

A deux on peut bien s’admirer

et pourquoi pas, dans la bataille,

se faire de grandes entailles.

Le sang y reconnaît les siens.

Nous n’y changerons jamais rien.

Il y a plus que belle lurette

que l’affaire entendue est faite.

Laissez la marmite tiédir,

ses lois finissent par tenir

à un principe qu’on achève.

Et tout ceci n’est pas un rêve

que nous causerait le sommeil,

mais un fait comme le soleil.

S’il vient à point c’est de la science

et s’il n’est plus là, de la chance

il nous faut tirer le conseil.

Ce jugement est sans pareil.

Il n’y a point de vie sans sa cause

et je ne veux pas qu’on m’impose

les corollaires de vos dieux

en lieu et place de mon Dieu,

gloire à ses actes sur la terre

et à son verbe autoritaire,

ce Dieu qu’on ne fera pas mieux,

qui unique fait qu’on est deux.

Cette Loi est bien naturelle

comme le jeu de la marelle.

Si à un vous enlevez un,

vous supprimez tout un chacun,

mais si de deux la populace

se reproduit comme bestiasse,

c’est que vous n’avez point raison

et qu’il faut vite au diapason

vous mettre sans attendre l’heure.

Je prendrais bien un petit beurre… »

Les doigts du juge allaient au plat

et revenaient pour que l’en-cas

qui fut servi par la Justine

ne retournât point en cuisine

où Kolos mettait son museau

sans avoir à faire le beau.

Il eût été vraiment dommage

de se priver de ce partage,

aussi Bébère se gavait

et à personne n’en laissait :

« Ça fait deux heures qu’on séjourne,

s’écrie-t-il. Il faut qu’on ajourne !

Vous allez vous mettre en retard.

Le patron fera un pétard

et vous sucrera le salaire.

La règle est de ne point déplaire

quand on veut prendre du galon.

Je vois que de toute façon

vous en avez dessus les manches

et faits en or fin d’outre-Manche

qui est le meilleur pour balai

et autres outils du valet.

Vous voudrez qu’on vous accompagne

comme le souhaite ma compagne.

— Je n’y vois pas d’inconvénients.

Je ne vais point aller niant

que Madame a beaucoup de charme.

Votre silence est un vacarme. »

A ces mots tendres dits tout bas,

Armande veut faire un tabac.

Ses yeux tout vifs lancent des flammes.

« Monsieur, vous faites l’amalgame !

J’ai des passions, je ne nie pas

et je m’adonne sans combat

car je suis du genre soumise

avec en prime la surprise.

Je lis des livres en papier,

je milite pour les rentiers

et je jardine dans ma terre,

même dans les cas d’adultère

que je traite dans le secret,

sans coups de fil et sans poulet.

Je ne veux pas mourir seulette.

A me conjuguer je m’apprête

avec un as du vers compté

qui sait aussi comment rimer.

Par malchance je deviens veuve

au moment où j’en ai la preuve.

Le mec en plus l’a en acier.

Dieu seul sait où il l’a trempé.

Que voulez-vous que j’y refisse ?

On ne choisit pas ses complices,

c’est bien connu des médaillés.

Avec lui je veux me tailler

et oublier cette existence

que j’ai perdue pour un vieux rance

comme la queue qu’il me mettait,

dieu seul sait vraiment où c’était.

Une fois mort ce candélabre

et mis en terre sans palabre,

voilà Virgile qui paraît,

tout nu, bandant sans cran d’arrêt,

et il me couvre de paroles

que si je les dis je m’envole !

Un vrai plumard pour les oiseaux !

J’en ai parlé dans les réseaux

au cas où d’autres en profitent.

Souvent les cas de réussite

dans les sérails font des petits,

ce qui promeut le chuchotis.

Bref j’étais disons-le aux anges,

encore dans le libre-échange

mais sur le point de codifier.

A mon instinct je peux me fier

si j’ai connu d’autres jouissances.

J’avais même choisi l’alliance

et refait mes dents de devant.

Mais voilà que par accident

je cause un drame réparable !

Le sort vengeur enfin m’accable.

Du sang partout, même sur moi !

On se croirait dans un tournoi.

Je tourne de l’œil et m’étale

sur ma paroi abdominale.

Heureusement monsieur est là.

Il a deux chevaux sur le tas,

mais du français qui va peu vite.

Pourtant il faut que l’on s’acquitte

à deux pattes et deux chevaux.

Va falloir trouver du nouveau !

Et sans compter sur la critique

on s’embringue pour la clinique

du docteur Schwartz qui est un as

depuis qu’il œuvre avec Cintas.

On en vient à causer de choses

qui compliquent quand on les cause.

C’est là, Monsieur, vous le savez,

que du mirliton j’ai jeté

ce que je voulais qu’on lui sauve.

Sans cet objet il se sent chauve

à la façon d’un nid d’oiseau

mais sans l’oiseau qui fait défaut.

Que croyez-vous qu’alors nous fîmes ?

J’en étais à mon premier crime.

Le cœur m’en battait en dedans.

Mais comme on retrouve en cherchant,

partout on passe notre peigne.

Et personne qui nous renseigne.

On se trompe plus d’une fois

et la limace nous déçoit,

sauf quand elle a subi l’outrage

du pneu qui met fin à l’ouvrage

qu’elle était venue se donner

au bord du chemin désolé.

Plus d’une heure nous le cherchâmes !

De plus fous y ont rendu l’âme.

Et soudain comme il fait très froid

je le vois comme je vous vois !

Peut-être gras, mais très en forme,

et alors rien ne le déforme.

On dirait même qu’il en jouit !

Me voyant il s’épanouit,

s’agite dedans son prépuce

comme un curé dans son capuce.

Je me dis qu’il va décharger.

J’ai tout vu mais pas tout payé !

Et au moment que je vois rouge,

qu’il ne faut pas que je me bouge,

un pied se pose tout dessus

et en écrase les tissus !

Par les deux bouts voilà qu’il gicle

sur les carreaux de mes besicles.

Et de qui est ce maudit pied

si ce n’est pas celui qu’y met

son maladroit propriétaire ! »

Fondant en larmes pour se taire,

Armande se cache les yeux

et se tortille les cheveux

que Gonzalèze aussi caresse

pour en soulager la tristesse.

Cependant Bébère est pensif.

Sur son visage inoffensif

pas un sentiment ne larmoie.

Mais de quoi donc est-il la proie ?

Il se salit l’ongle d’un doigt

en se grattant comme un bourgeois

une narine qui s’épanche.

Il l’essuie au creux de sa manche,

cherchant une issue à son fait.

Il renifle un douteux méfait.

C’est son métier, ne vous déplaise.

Mais voilà que revient Sanchaise,

car ce qu’il met aussi longtemps

à dire nous impatientant

le laisse sans voix sur la touche

figurée ici par la souche

qui n’est point racine à son pied.

Sans me montrer je vous épiais,

connaissant bien votre faiblesse

pour les effets de la vitesse.

La linguistique a des leçons

que ne connaît pas la chanson.

« Je veux bien que tu nous bassines,

dit Gonza que la carabine

de Sanchaise rend très nerveux,

mais dis plutôt ce que tu veux,

si jamais valet en ce monde

à en parler se dévergonde. »

Sanchaise ne veut pas tirer.

D’ailleurs le doigt sur le pontet

en est la preuve indubitable.

A ce point on est ajustable !

Il a les yeux tout retournés

et de la bave dans le nez,

la morve sortant de la bouche

comme sur le papier tue-mouches

la colle goutte à faire fuir.

On ne peut pas mieux s’abrutir.

En plus la peau de son visage

s’écroûte comme un vieux fromage

et inspire la même odeur.

« Mais qu’est-ce qui donc te fait peur ?

frémit Gonza qui sur Armande

s’est penché pour qu’elle l’entende.

— Je viens de retomber dessus !

dit Sanchaise qui n’en peut plus.

Il est sorti du noir feuillage

où je l’avais pris en otage.

De sa bouche sortent des mots

qui si je ne suis pas idiot

sont comme ceux quand on se parle !

Ah ! Le gonze est un sacré marle !

Il est avec un bout de chou

que si j’avais l’âge du trou

je serais en train d’y refaire

ce qui m’a déjà coûté chère

au point que j’en ai des renvois.

Je ne crois que ce que je bois.

Si je mens qu’on me mette en perce

et sans compter je me déverse ! »

Entendant ce galimatias,

Gonza qui veut parler tout bas

dans l’oreille que tend Armande

son domestique réprimande

sans perdre la tranquillité

qu’il destine à cette beauté.

« Mais c’est que, Monsieur, j’ai la trouille,

et que mon langage cafouille

tellement que je n’entends plus.

La folie c’est dans le confus

le plus obscur qu’elle ambitionne.

On voit de parfaites personnes,

faites comme tous les humains

de chair et d’os sans lendemain,

ne plus savoir qui se conjugue.

Et plus d’un psychiatre subjugue !

Je ne veux point terminer là

ce que j’appelle mon blabla.

Il vaut ce qu’il vaut sur la chaire.

C’est un travail alimentaire.

Qui me donnera à manger

si là-bas j’ai déménagé ?

On vous y nourrit d’expériences

qui si vous avez de la chance

ne vous tuent pas avant procès.

Toute industrie a des excès

et la pharmacie est prospère.

Je ne veux point que l’on m’enterre

dans le jardin de nos labos.

Je vous dirai quand j’ai bobo

et rien si je me sens à l’aise

debout à côté de la chaise.

Pensez que j’ai tiré deux coups

en plein là où ça fait des trous

et que le mec toujours avance

sans avoir besoin d’ambulance !

Un troisième fort bien placé

l’a durablement aveuglé

alors que selon le principe

il est Virgile et non Œdipe

et s’aidant d’un joli bâton

qui est peut-être d’un garçon

mais que ma vue préfère fille,

il est ici comme en famille

et nous réclame le bouchon

de je ne sais quel saint flacon

qui le rendra en tout hilare !

Je deviens fou si je compare.

Mais c’est que, Monsieur, sur le seuil,

il a amené son cercueil !

Un cercueil en forme de bête,

avec des cheveux sur la tête

que c’est peut-être des serpents

comme quoi le mythe nous ment.

Mais c’est que, Monsieur, sur les ailes

il a deux yeux et des prunelles !

Et sur les pattes des boulons,

carapaces des carafons !

Mais c’est que, Monsieur, il arrive !

Et nous n’avons plus de chaux vive ! »

Et en effet, un coup frappé

fit sursauter pêne et loquet.

Chacun eut sa paralysie,

donnant des signes d’aphasie

qui mit les dents toutes dehors.

On eût dit que dans l’athanor

des mannequins livrés aux flammes

reprenaient vie et même une âme.

J’en conçois une peur d’enfer

rien que d’en respirer les airs,

car qui écrit y croit duraille

comme l’on dit de la ferraille.

Mon fils, je dis : n’écris jamais !

On se voit vite victimé

par l’inattendu qu’on explique.

Toute stupeur est atavique.

On voudrait être original

et réinventer l’ancestral,

mais une porte est une porte

et tant qu’il n’y prête main-forte

l’huissier redescend l’escalier

sans avoir son petit papier

remit à la pauvre victime

du non-paiement qui devient crime.

Mais n’a-t-on jamais vu huissier

à la porte venir frapper

alors que la nuit les ténèbres

même les crimes enténèbrent ?

Jamais non plus témoin ne vit

comme la nuit les chats sont gris,

car ils sont tels qu’on les colore

depuis que les grands dinosaures

ne marchent plus sur les trottoirs

et que d’ailleurs pour les revoir

il faut aller là où ils marchent.

On reconnaît à la démarche

le poète qui vaut le coup

d’être lu sans chaise debout.

Le gonze à l’aise est un critique.

On peut sucer ce qu’il fornique

mais le plaisir n’est déjà plus

dans celui qui s’y est complu.

Vous trouvez la saillie obscure ?

Je n’en peux dire rien qui dure

ce que rose veut dire au cul.

Je m’en suis souvent aperçu !

Mon fils, n’écrivez qu’à vos miches.

Posez-les comme à l’hémistiche

Boileau s’entête par moitié.

Du coup votre propriété

tient porte close à la surprise

et ce n’est que partie remise.

On est chez soi comme chez eux

sûr de son fait et besogneux.

Aussi je n’ouvre plus la porte

même si de l’huissier l’escorte

montre les muscles de la Loi.

Écrire n’est pas un emploi

et moins encore un way of life.

Ici je suis le seul calife.

Je me surprends sans intrusion.

Frappez, refrappez, je réponds

que je n’ouvre pas à la force.

A ce postulat pas d’entorse !

Vous pouvez essuyer vos pieds

sur le paillasson du palier

et promettre qu’on me mandate

un montant tel qu’il vous épate,

je ne suis pas là pour gagner.

Et quant à vous raccompagner

ne comptez pas sur l’obligeance.

Je veille trop à la dépense.

Je vous conseille l’ascenseur,

dans les deux sens pour les censeurs.

On vous voit errer dans la ville,

porteurs de nouvelles faciles

dont n’a que faire délicat

qu’on reconnaît à son caca

comme le mien vous fait la nique.

Si vous connaissiez la musique

la sonnette vous parlerait

comme entre les raies je le fais.

On dit que Célia aussi chie,

mais je ne suis pas une amie

dont les cadeaux charment le cœur.

Je chie chez moi en inventeur

et non point comme tout le monde !

Et quand j’ai l’humeur vagabonde,

ce qui m’arrive une fois l’an

quand s’achève le Ramadan,

je le fais dans les vespasiennes,

laisse ma pièce à l’Arlésienne

et me finit dans un café

où l’on me juge assez bien fait

de la taille que j’ai bavarde

et de l’esprit où je musarde

comme sur les quais l’ahuri.

Quelquefois même on me chérit.

On veut monter à mon étage

pour voir comment je me partage,

mais si je viole c’est dehors,

avec ou sans vos désaccords.

Finissons là ce coq-à-l’âne !

Chieur je suis, pas pétomane !

Mon fils, songez à votre cul.

Ne le levez pas pour l’intrus.

Pourtant il faut que cette histoire,

que nous écrivons pour mémoire,

se continue jusqu’à la fin !

Nous n’avons fait tout ce chemin,

au grand péril de la conscience

que nous avons mise en balance,

que pour en dire l’intérêt.

Reprenons après cet arrêt

qui nous apparut nécessaire.

Un coup frappé, pourquoi le taire,

sur la porte sans prévenir

l’esprit de chacun sut saisir,

à savoir tous les personnages

excepté ceux qui, sur la page,

ne sont point de ce côté-ci.

Le lecteur en est averti au cas

où plus loin il reproche

à l’auteur d’ici une ébauche

alors qu’il fait tous les efforts

pour en libérer les ressorts.

Mais refermons la parenthèse

et laissons à de Gonzalèze

(la particule est ornement

quand il manque un pied bêtement)

l’incipit d’un nouveau chapitre

qui se passera de son titre

comme le font les précédents

et s’y soumettront les suivants.

Chacun respectait son silence.

Pourtant les bouches, fort intenses,

comme on peut penser les trouver

quand à la porte on vient frapper,

étaient ouvertes toutes grandes.

Croyez-vous que ce fut Armande

qui prononça ce qu’on dit haut

dans une langue sans défaut

quand l’exigent les circonstances ?

Ce serait se faire violence.

La rime ne commande point !

Elle ne peut servir d’appoint

aux imprévus de la nouvelle.

Que nenni ! Ce ne fut point elle,

mais Gonza qui à grosse voix

demanda qui, dessus le bois,

appliquait pareille demande.

Si c’est l’huissier, qu’il s’en défende !

« Je ne sais de quoi vous parlez,

fit une voix sans retaper.

Nous avons là un cas typique

qui exige que l’on s’explique

ou qu’on l’explique seulement. »

La voix qui parle appartenant

au côté féminin de l’homme,

Gonza, qui est fin économe

en matière d’allocations

telles qu’on les conçoit quand on

en pratique les avantages

sans en payer les arrérages,

lui redemande qui elle est.

« Je suis fille de policier

et moi-même dans la police. »

Gonza pressent un fort supplice.

Il en a déjà mal aux dents.

Il eut bien d’autres précédents.

Son visage devient un masque

mais en dessous la chair est flasque.

De sa langue il en sort le bout

et l’agite comme un joujou.

« Je suis un employé de banque,

dit-il enfin comme on se manque.

— Nous avons chacun un destin

mais pas un n’est assez malin

pour en savoir plus que les Parques.

Je dis ça pour qu’on me remarque. »

Cette fois c’est une autre voix,

celle d’un mâle au ton grivois.

Chacun ravale sa salive,

les uns sentant que leurs olives

se rapetissent en dedans,

et les autres considérant

que la situation empire.

Et personne n’a le fou rire,

surtout Bébère qui s’en fait

et qui sent que ça sent mauvais.

Sa bonne conscience s’effrite.

Pourrait-il pour y donner suite

décliner son identité

et tranquillement affirmer

qu’il instructionne la justice

comme on le dit dans la police ?

Il se lève pour s’échapper,

mais Kolos lui tient le mollet.

Il en conçoit comme une plainte.

La dénonciation n’est pas feinte.

En témoigne un affreux rictus

dont on lui donne le quitus.

C’est un cas de force majeure.

Il pousse un cri dans la demeure

et quand il cesse de crier,

quand l’air manque de l’essouffler,

que son estomac plein se vide

et que plus bas fuient ses liquides,

un silence de croquemort…

je veux dire après son effort

attendant que se manifeste

le signe qu’il n’est pas en reste…

pèse partout, dedans, dehors,

comme quand on attend du mort…

ce mort que la terre fomente

là où la vie se réinvente…

mort que l’on mord et qu’on remord…

qu’il atteste qu’il est bien mort,

moment qu’on ne souhaite à personne

tant il se peut qu’on déraisonne,

ou qu’il se taise à tout jamais

pour mourir cette fois en vrai.

Suite à cette péripétie

que chacun pour soi apprécie,

qui en parlera le premier ?

Le coupable ou le policier ?

Comme Chico, ou j’en profite

ou tout seul je me mets en fuite.

Je choisis d’ouvrir les paris.

Tout est bon pour que le récit

s’alimente et jamais ne crève

d’avoir renoncé à son rêve.

Alors, lecteur, qui parlera

pour agir sur ce qui sera ?

A qui le premier la parole ?

Qui veut se risquer à ce rôle

et sur la rampe s’avancer,

comme à la barre des procès,

pour peut-être brûler ses ailes

et perdre alors sa clientèle ?

— Vous en parlez comme un savant !

Néanmoins est-ce le moment

de le perdre avec tant d’emphase ?

Au théâtre la parabase

se conçoit comme une exception.

Tout système est une invention

dont se passe le romanesque,

d’autant que celui-ci, burlesque,

réclame d’abord un bon train,

de la pointe dans le refrain

et de joyeuses circonstances.

Or, on me condamne au silence !

Je veux parler mais ne suis point

l’auteur de ces alexandrins…

— Octosyllabes, pour la France !

Votre oreille a des préférences

qui tiennent au vers espagnol.

Nous avons d’autres rossignols

au panthéon de l’impatience

qui enrichit notre expérience,

que ce semblant de majesté

coupé en deux ou trois quartiers

qu’on prétend plus ou moins tragiques

selon que le pays s’applique

à être occupé ou dispos.

Je vous conseille le repos,

mon Engeli qu’en poésie

on égale par courtoisie.

Vous n’êtes plus à la hauteur

du plus petit de ces auteurs.

Reposez-vous sur mon oreille.

Je vais vous dire des merveilles

de ce bec qui n’est bon à rien.

Vous savez, j’en ai les moyens !

Ne troublez plus mon homélie,

d’aucune façon, je vous prie !

Coupez court à votre caquet.

Je disais donc : On a frappé.

— Vous en étiez, si ne m’abuse,

un peu plus loin, et pas par ruse !

— J’en étais où vous le voulez !

Ainsi me foutrez-vous la paix ?

Je connais toute cette histoire

comme si pour ne pas y croire

je l’avais inventée ici.

Connaissez-vous d’autres récits ?

Moi, je connais bien tout Virgile,

et en latin, soyez tranquille.

Je suis fort en déclinaison.

D’ailleurs décline ma raison

depuis que j’écris pour les autres.

Direz-vous un mot de la vôtre ?

Mais qui peut m’avoir rendu fou

si personne ce n’est pas vous ?

Le poème est un grand mystère,

comme chemise que le père

prétend léguer à son vieux fils.

Et tout ça pour faire gratis

sans que rien ne vous y oblige.

On connaît mieux comme prodige.

On s’étonne que la chanson

n’en soit que la contrefaçon,

mais paye-t-on ce qu’on imite

pour améliorer la marmite ?

— Voilà trois sous et rien de plus.

Pouvez-vous reprendre le flux ?

Votre chandelle n’est pas morte.

Nous en étions devant la porte…

— Et j’y retourne de ce pas !

Et si Bébère ne crie pas… ?

— Il a crié dans le silence !

— Ou il l’a provoqué, je pense…

— Faites comme vous le voulez !

Qu’il ait crié ou pas crié

n’a plus maintenant d’importance !

L’effet n’oppose résistance

que si la cause est un effet.

Voulez-vous bien, pour terminer,

retenir Kolos par la laisse ?

Ainsi ne mordant plus la fesse…

— Il s’agissait de son mollet…

s’il faut examiner les faits,

tenons-nous-en aux véridiques.

On se met à dos la critique

pour moins que ça dans les journaux.

Vous en connaissez le fourneau.

Un mot de trop et ça explose !

La mort en son apothéose !

Pas plus tôt arrivé que mort !

Ça va du dedans au dehors !

Et mort avant d’avoir pu naître !

Ce qui s’appelle disparaître

sans n’avoir jamais rien été !

Vous parlez d’une majesté !

Ce pays associe le bide

aux tentatives de suicide.

Ce qu’on voit dessous la Sécu

est un trou et non point un cul.

Et on s’assoit dans l’inconnue !

— Je comprends la déconvenue.

Soyez sûr de mon amitié.

Nous sommes de l’un les moitiés.

Mais si vous voulez me traduire,

commencez par bien vous conduire

et ne point ici ajouter

du commentaire sans arrêt !

On en conçoit de la fatigue.

L’art de conter veut qu’une intrigue

se dispense des à-côtés

qui nuisent à ses facultés.

Prétendez-vous la rendre folle ?

Condamner à la camisole

le contenu de ce roman ?

Passe de l’écrire rimant,

la fantaisie à ses adeptes

et la morale ses préceptes.

L’un dans l’autre c’est édifiant.

Je vous sais même bienséant.

Vous connaissez de l’esthétique

les confins les moins hygiéniques.

Vous n’y mettez jamais les pieds

comme le veut notre amitié.

Vous ne passez jamais les bornes.

Prendre le taureau par les cornes

de la fantaisie mise en vers

ne devrait vous mettre à l’envers

que pour en rire avec moi-même.

Nous n’en crèverions qu’à l’extrême !

Si je puis conseil vous donner,

c’est de ne point abandonner,

et ceci sous aucun prétexte

qui en abolirait le texte,

le fil tel qu’il vous est offert

par l’original qu’on vous sert

sur un plateau de poésie

qui veut guérir votre aphasie

sans vous en demander le prix.

Veuillez reprendre vos esprits

et considérer que ces gloses

ne peuvent pas être autre chose

que le traitement qui convient

à celui qui perd ses moyens

en plein milieu de son extase.

— Pour en finir avec l’oukase

que vous imposez à mes nerfs,

disons qu’aucune mise en vers

à ce récit se superpose.

Nous ne sommes point virtuose,

mais écrivons comme ça vient,

tout comme le fait Trissotin.

Quant au récit on a beau faire,

et tout tenter pour s’en défaire,

de digressions en faux-fuyants

et d’abouts en embrèvements,

il suit le fil de sa chronique,

linéaire et anthologique

comme hélas ses contemporains,

dans un autre wagon du train,

s’efforcent de le voir paraître.

Suivons les pieds de notre mètre :

mais Kolos lui tient le mollet,

écrivions-nous pour bricoler.

C’est le fin mollet de Bébère.

La chique d’un bas y adhère.

Au-dessus le jarret est plat,

plutôt maigre que délicat.

En bas la cheville est d’un vioque,

augmentée des éconocroques

qu’il a gagnées en se foulant,

varices que dans un élan

de son siège aux rostres contraires

il exhibe pour se distraire

du morose de ses procès

intentés aux mauvais Français.

Le chien a une grosse gueule,

mais ici ce n’est pas la seule,

car les acteurs de ce mélo

en manigancent le complot.

Aussi n’ouvre-t-il pas la sienne

et d’un fort coup de pied dans l’aine

il se casse l’os de l’orteil.

Un deuxième cri tout pareil

au fond de sa gorge se coince.

Il s’en croque les badigoinces.

Le sang coule sur son menton

et comme l’un de ses talons,

tandis que l’autre s’y accroche

comme une furie on chevauche,

avec le sol n’a plus de lien,

sur un seul pied il se soutient.

On admire la performance,

oubliant qu’avec de la chance

il a perdu sur deux jarrets

celui qu’il n’a pas déclaré.

Une poignée de vieilles pièces

roule dans les pieds de l’hôtesse,

Justine qui pousse le cri

que dehors les deux roussins gris

analysent selon la norme

qui distingue le cri qu’on forme,

au Parc des Princes ou ailleurs,

de celui qui s’en prend au cœur

tellement il nous fout la trouille.

Nicolas sent que ses deux couilles

(on l’avait deviné un peu,

l’un des deux flics est celui que

nous avons rencontré en lice,

gardien du palais de justice)

prennent d’étranges proportions

et même angoissent la fonction.

Il en avale sa salive

et se met dans l’expectative,

ayant reculé d’un bon pas

comme le faisait son papa

qui avait l’art et la manière

dans cette impériale matière.

On sait des choses chez les flics,

qu’on les sait mieux avec un bic

si le papa savait écrire.

Les stages c’est fait pour le dire

des fois qu’on n’aurait pas compris.

Pas tant que ça on est pourri.

Et donc d’un pas il se recule.

On voit bien comment il calcule.

Il en a l’œil tout à l’envers

et la chemise de travers.

Mais à son poignet les menottes

tiennent bon un compatriote

que le cri n’a pas fait bouger.

Il est toujours sur ses deux pieds,

froid comme le sont les statues.

Le mythe seul il restitue

du héros qui ne s’en fait pas

quand d’autres craignent le trépas.

Cependant son autre paluche

tient dans celle d’une greluche

qui son autre main sur le trou

presse comme on serre un écrou.

Voilà bien comment se compose

des trois personnages la pose

provoquée par le cri dedans.

De ce curieux agencement,

on peut sans effort en déduire,

afin peut-être de s’instruire,

qu’une seule main ne fait rien.

C’est en y réfléchissant bien

qu’on en conclut que la sixième

qui tendue s’agite à l’extrême

de ce ready-made de chair,

de Nicolas, quoi de plus clair,

est le bien le plus légitime,

car la main droite qui s’escrime

sert mieux l’homme que son cerveau.

On en peut conclure sans trop

s’écarter de notre partie

que c’est celle, sans modestie,

qui frappa l’huis tout au début

de ce volet qui a connu

comme on l’a lu maints épisodes

dont un entretien net de fraude

sur ce qu’est ou n’est pas roman

quand adapté du castillan

il ne se sent vraiment à l’aise

que dans la tradition française

de l’emprunt fait au souverain,

à l’indétrônable, au fait main

dont la preuve n’est plus à faire

tant la République en est fière.

Continuons, cher Engeli,

car la lancée, dans ce grand lit,

ne se peut plus, que tu le veuilles,

arrêter où elle recueille

le meilleur de nos deux esprits.

Justine poussa donc un cri.

N’ayant plus à frapper la porte,

la main de Nicolas s’emporte

et ne trouvant le pistolet

où pourtant il l’avait placé,

il la montre à la belle Alice,

comme l’ont fait quand le complice

(on avait aussi deviné

que c’était elle qui parlait)

lance un regard pas moins qu’hostile

qui n’échappe point à Virgile,

car c’est lui qu’on amène ici,

comme on l’a prédit sans souci.

Le jeu se fait comme au théâtre

sans les murs du décor abattre.

Il ne manquerait plus que ça

pour empêcher notre poussah

de reprendre la verticale

qui convient à son animale.

Voyez comme je m’en sors bien,

car tout est dit, sans les moyens

que d’ordinaire on met en lettres.

C’est utile quand on veut être

moderne et classique à la fois

et sans privilège du roi.

La scène était ainsi conçue,

montrant cette étrange statue

dont une main s’élevait haut,

de la hauteur de son manchot,

et faisait l’objet d’une œillade

qui se voulait moins fusillade

(on lit ça chez Dostoïevski

quand la femme qui a compris

rend la pomme à son faux reptile)

que couteaux tirés dans le mille.

Mais ce que vit Sanchaise ouvrant

la porte machinalement,

car quand s’agite la sonnette

à recevoir bien on s’apprête,

ce ne fut point cette œuvre d’art

comme il le raconta plus tard,

le lire plus haut dans ces pages.

L’épouvantable personnage

qui se dressait sur ses deux pneus,

(pardon d’anticiper un peu

mais j’écris sous des influences

qui me conseillent la nuance)

avait allumé ses deux yeux,

tellement qu’on y voyait peu.

Agitant des ailes bruyantes

elle n’avait pas l’air contente.

Sur sa tête de noirs cheveux

s’agitaient dans le vent pluvieux.

Elle avait l’odeur de l’essence

que sur les bûchers on dispense.

On aurait dit qu’elle toussait,

comme Jeanne d’Arc le faisait,

car la fumée était épaisse

comme à l’arrière d’une caisse

qui a cramé tous ses pistons.

Elle prit Sanchaise au menton

et le secoua sans finesse,

tant qu’il en trembla des deux fesses.

Il s’en fallut de peu ainsi

que le pantalon il perdit

en même temps que l’assurance.

Et sans montrer moins d’impatience,

le fantôme le regardait

et semblait vouloir bavarder.

De quoi ? De qui ? En quel langage ?

se demanda sans caquetage,

la bouche pourtant en avant

comme qui veut passer devant

aux feux rouges des citadelles,

notre chasseur qu’on interpelle

alors qu’on est venu le voir.

La courtoisie, qu’on doit avoir

toujours sur soi quand on démarche,

veut que dès la première marche

on laisse la parole aller,

dans le style le moins calé,

je veux dire sans fioritures,

telle qu’elle est dans la nature,

du visité au visiteur.

Or le visité a très peur

et ne dit rien qui peine vaille

d’être écouté par la poulaille

venue sonner pour s’informer

et notre Virgile sauver

d’une mort à peu près certaine

car l’artère a bien de la peine

à ne pas fuir sous la pression

de la main qui, prompte à l’action,

le sifflet nettement lui coupe.

Sanchaise qui craint l’entourloupe

referme bruyamment les gonds

sans comprendre un mot du jargon

qu’entre moteur et forte pluie

les flics veulent qu’il apprécie.

Mais revenons à cette main

que Nicolas agite en vain

tandis qu’Alice s’évertue

à faire bouger la statue

que déplace la 2CV

vers un noir et triste ruisseau

qui reçoit en plus des eaux sales

la pluie qui devient anormale.

Les roues patinent sans chasser,

bien droit où ça va se passer.

Le vent à cette action s’ajoute

pour en lever le dernier doute.

Et l’ensemble atteint le fossé,

au moment que l’on a pensé

être le dernier en puissance.

Dans les moments de résistance,

on peut s’empêcher de crier.

Maint maquisard au pied levé,

trahi par la magistrature,

laquelle était sous signature

et s’y tenait comme à l’honneur,

sut qu’arrivent tous les malheurs

quand la fièvre soudain retombe,

laissant la place à l’hécatombe.

Et ce fut ce qui se passa.

La 2CV d’abord roula,

puis ne pouvant rouler encore

se mit dessus les deux pandores

comme à cheval sur deux bidets

qui ne se laissent plus guider

et pourtant dans la même pente

suivent le chemin qui serpente.

Car le ruisseau n’était pas droit.

Et en plus il était étroit,

de la largeur de la Deux Pattes

moins ce qui reste d’une chatte

quand on lui est passé dessus.

En un séjour ainsi conçu,

tout ce qui flotte s’accumule,

du gros tas au fin corpuscule,

et le flot commence à monter

ellement qu’à la fin les pieds,

qu’on soit entier ou cul-de-jatte,

avec ou sans cacodylate,

ne touchent plus ce qui était,

depuis avant que l’on soit né,

notre éternel plancher des vaches.

Et alors il suffit qu’on lâche

la main qui vous tenait dessus

pour dessous se retrouver cul

en l’air si dans l’eau le syntagme,

peut-être en bloquant le diaphragme,

a encore un sens à donner

à ce qui va vous arriver.

Virgile lutta bec et griffes

contre l’espèce d’escogriffe

qui le retenait par le fond

de son falzar en pur coton.

Il ouvre la bouche pour dire

et ne dit rien car il expire.

En plus on tire sur ses mains,

ce qui est loin d’être un câlin.

Les menottes à la surface

comme le crin sur la godasse

se tendent désespérément.

Les flics sont comme deux enfants

qu’à leur destin on abandonne.

La vie n’est plus si folichonne

quand malgré de graves efforts

on n’a pu tirer de la mort

le troisième enfant de l’équipe.

Le malheur a ses archétypes.

En voici le plus primitif,

symbole clair du plumitif.

L’un écrira de longs poèmes

au long d’une vie de bohème,

et l’autre ne les lira pas,

se méfiant toujours du faux pas

qui met fin à toute expérience.

Mais restons dans l’insignifiance,

dans le bonheur de dire vrai

sans oublier de s’amuser

de notre propre connerie

et laissons la bouffonnerie

nous mener là où elle veut

que spontanés soient nos aveux !

Virgile était donc sous l’eau froide.

Il serait bientôt bleu et roide,

comme on imagine le corps

quand enfin l’a quitté la mort.

Et l’eau montait sans donner signe

de sa décrue ah ! Quelle guigne !

Elle montait sans rémission,

menaçant même la mission

que les deux flics s’étaient donnée

au début de cette soirée.

Ils étaient entrés dans l’auto

en comparant leurs biscotos.

« Vous me ferez une patrouille

sans aventures et sans couilles,

avait dit Roussot en donnant

l’ordre de mission laissé blanc.

Vous ne tirerez sur personne.

Pas de séries anglo-saxonnes.

Faites-moi d’abord des enfants,

des en couleur et puis des blancs

puisque le couple rend possible,

dans le domaine du sensible,

toutes les formes de beautés.

Miracles et miraculés

doivent retourner d’où ils viennent.

Notre douleur est trop ancienne

pour mériter l’éternité.

Allez joyeux, mes beaux poulets,

fendre le monde en deux parties,

mais que jamais dans la sortie

l’un des deux se retrouve seul.

Quand on est trois, on est plus seul. »

Jean-Jack Roussot fait des émules

même parmi les incrédules.

Voici ce qu’en dit Nicolas

qui aime son apostolat :

« Vous en connaissez, des poètes,

des vrais qui riment la perpète,

qui font flic rien que pour bouffer ?

Dans l’œuf ils se font étouffer

avant de prendre la retraite.

Quand on est bête on devient bête.

Et pourtant Roussot résistait.

Dans les marges il écrivait

des trucs qui sont dans la police,

même souvent dans la justice,

et pourtant ils n’étaient pas cons !

Dans ces trucs il y avait du bon,

et pas du bon bon pour les caves

et mauvais pour ceux qui entravent

sans avoir besoin d’étudier.

Du bon jamais vite expédié

comme on en voit chez les libraires.

Du bon qui prend le temps de faire

et qui le fait avec la foi

comme nous l’impose la Loi.

Ah ! Des fois j’ai les nerfs aux fesses

et je sombre dans la bassesse

tellement que ça me fait chier

qu’on me marche dessus les pieds

parce que je n’ai pas d’études

bien que je n’ai pas l’habitude

de ne pas étudier aussi.

Et le portrait n’est pas grossi.

Je fais du sport et je suis mince.

Je me savonne et je me rince.

J’ai une solution à tout.

Je prends les choses par le bout,

un seul suffit à mon aisance.

Et puis je dis ce que je pense

si jamais j’en trouve le temps.

Les vaches c’est en le broutant

qu’elles font du pré des vacances.

Elles se trouvent bien en France.

Vous voulez le leur reprocher ?

Attention on peut amocher !

On a des moyens à la pelle.

Un mot de trop, on interpelle.

Les juges sont tellement cons

(je ne dis pas connes mais bon…)

qu’on se croirait en zone libre.

La démocratie équilibre

la balance et le pot pourri.

Si vous n’êtes pas bien guéri

on vous injecte des poètes

qui font le printemps à la fête.

Et des mots que quand on les voit

on les lit sans avoir la foi !

Il faut être vraiment fortiche

pour être à la fois pauvre et riche.

J’en ai vu comme je vous vois !

Et je vous vois comme je bois !

Au marché de la poésie,

on dit même qu’elle est saisie.

Saisie par quoi, je ne sais pas.

Les huissiers marchent le nez bas.

Quand on leur cause ils parlent neutre.

Je prends la mouche au stylo-feutre

dans les marges de mon carnet

où mon indignation je mets

pour autre part ne pas la mettre.

Je suis poli avec les maîtres

et convenable avec les dieux,

surtout s’il y en a un ou deux,

et peut-être un seul dans le monde.

Qui sait dans quel sens je m’abonde ?

J’ai bien écrit le premier vers,

un truc vraiment que c’est l’enfer,

ce qui de rime me dispense.

Ne rime pas qui bien y pense.

Mais j’ai l’espoir d’y arriver

et le Nougaro égaler,

en termes clairs comme sur scène,

et un peu dans tous les domaines,

à Toulouse et plus loin s’il faut.

Le premier vers est sans défaut.

J’ai compté toutes les syllabes

et même avec l’accent arabe

qu’on dit qu’il a de l’avenir.

En poésie on voit venir.

La correction grammaticale

est une question abyssale.

Je m’y risque mais sans payer,

car j’ai déjà un gros loyer.

Quant aux mots du vocabulaire,

je fais selon mon dictionnaire

qui va de là jusqu’à ici,

ce qui limite mais ainsi

je mise sur la différence,

ce qui pourrait, d’un coup de chance,

me propulser sur le devant

que je peux l’attendre longtemps.

En attendant, je suis derrière,

prenant bien soin de ma carrière,

que j’ai l’échelle qu’il me faut

pour m’accrocher à un barreau,

à deux pas de la réussite

que quand ça vient ça va très vite.

On se mariera quand tu veux.

J’aimerai vraiment être deux. »

Nicolas montrant sa denture

disait cela dans la voiture.

Alice au volant l’écoutait

sans cesser de tout surveiller,

les trottoirs comme les poubelles,

les feux rouges et les chapelles,

les grands murs, les petits, les gros,

les matelas, les vieux frigos,

la tristesse et la pure joie,

la mélancolie de la proie,

un pull noué sur un poteau,

le sens à donner aux photos

des affiches qui se décollent,

les volets fermés d’une école,

les portes ouvertes au vent,

la pluie qui tombait en chantant

et celle que rien ne raisonne,

les animaux et les personnes

qui se croisaient sans dire un mot,

les vieux méchants, les jeunes beaux,

toute cette folie qui rêve

ou ne rêve à rien qui s’achève,

près de la gare ou sur les quais,

sur la péniche et au clandé,

la ville qui dort et réveille,

la nuit blanche qui s’émerveille,

la silhouette d’un bébé

qui fait de la publicité,

les néons de ses yeux bizarres

qui de loin cherchent la bagarre,

cet enfant qui la suit partout,

mais pas comme font les toutous.

Il veut savoir ce que l’Afrique

doit à son cœur mis en musique

par tant d’attente sans bonheur.

« Pas avec moi ! Je suis ta sœur ! »

dit-elle sans vouloir le dire.

Nicolas ne peut pas traduire,

cette langue qui ne dit rien,

ni bien ni mal, ce prix lointain

des impressions qu’on improvise

à fleur même de la bêtise.

La nuit salit ce qu’elle prend

et ne donne rien au passant.

« C’est comme ça dans la patrouille,

quelquefois tout se barre en couille, »

dit-il pour changer de sujet.

Et comme il le dit un objet

au loin lentement se déplace.

Il cligne les yeux et grimace.

La perspective le dessert.

« Je rêve et je n’en suis pas fier ! »

Il ouvre la vitre et la pluie

sur ses joues joue la litanie

du bon poivrot qui s’en remet

à ses salutaires effets.

Comme la pluie est efficace !

Et comme je suis perspicace !

jubile-t-il en son esprit.

Le véhicule a ralenti.

La grande route est désertique.

De loin en loin, du pique-nique,

une aire installe ses W.C.

dont les fanaux sont allumés.

On compte peu de véhicules.

Dans la plupart, on s’y encule.

La vie privée a tous les droits.

La lune est basse sur les toits.

Les arbres sous la pluie se mouillent.

Quand passe tout près la patrouille,

des yeux s’allument dans le noir.

Des platanes le promenoir

laisse tomber de grosses gouttes.

Après le pont le restoroute

a fermé ses volets d’acier.

A la croix dite des Bouquets,

car on y meurt dans son virage,

un noir hérisson envisage

d’aller voir de l’autre côté.

Mais il attend, intéressé

par la progression indolente

d’un animal qui ne serpente

ni ne sautille sur ses pieds.

L’engin marche sur le côté

comme ces crabes de la plage

où il termina un voyage

un peu par hasard mais aussi

par manque de bol, mais ici

la bête allume ses deux phares

et fait un fameux tintamarre

en secouant son corps d’acier

et son capot mal arrimé.

Le pot crache de la fumée.

Une aile fort mal amochée

visite l’ombre des fossés,

pliant des branches sans succès.

Quant à la toile d’araignée

elle est violemment déchirée

avec un bruit de caleçon

qu’on arrache sans permission.

Mais ce n’est pas tout, les aminches !

Voyez l’homme qui devant guinche

dans les ornières du chemin.

Il n’a pas assez de ses mains

pour s’épargner la molle chute

qui conclura sa vaine lutte

par un écrasement affreux

sous la friction des quatre pneus.

Dans ses mains les branches coulissent

et ses pieds sur le talus glissent.

Hurle-t-il comme un animal

à la mort qui veut que le mal

commence son œuvre barbare ?

Il est fourbu, il en a marre,

il donnerait tout pour cesser

d’amuser ses joyeux jurés

au jeu de la dernière chance.

Et tandis que la bête avance,

ne ménageant point ses efforts,

secoués par tous ses ressorts,

ouvrant une gueule bavarde

et crachotant de la bouffarde,

Virgile, car c’est lui qu’on voit,

à l’approche d’un petit bois

perd du terrain et se tourmente

car les dieux veulent que la pente

ne remonte pas de sitôt.

Comme il n’est pas vraiment costaud,

il sent qu’il n’aura pas la force.

Dans son dos une dure écorce

le tient comme fait le bourreau

du couperet ou du garrot.

« Il semble même que des branches

qui veulent prendre leur revanche

sont animées par les esprits

de maints poètes incompris

pour qui l’heure de la vengeance

a sonné cette fois en France.

La douleur aime que les morts

se souviennent que c’est le corps

qui d’abord en fut la victime.

Car telle est l’extase du crime

qu’elle commet au nom de tous,

avec ou sans leurs orémus,

de condamner l’homme à l’angoisse

dans un corps déjà mort de crasse.

Ainsi l’esprit souffre l’enfer !

Sans eau, sans terre et sans cet air

que le feu réduit à ses affres !

Et telle est l’immonde balafre

qui marque la joue à jamais

de celui qui perd son procès. »

Ayant prononcé ces paroles,

Virgile en accepta le rôle

et ferma les yeux pour mourir,

mais nous savons que l’avenir

dit le contraire, et ici même !

Car le récit que ce poème

donne à l’esprit comme à son corps,

malgré de louables efforts

en trouble la chronologie

au point que même un vrai génie,

comme il s’en trouve en ce pays

si l’on veut bien chercher ses fruits

et les trouver même par terre

(il se peut qu’on sache le faire),

ne peut tuer ce qui vivra

ni donner vie à qui n’est pas.

Et on peut croire à un miracle.

Comment expliquer le spectacle

d’un être qui ne mourut point,

car il vécut d’autres matins

et d’autres soirs même plus tristes ?

En quoi le miracle consiste ?

Simplement en contradiction

de ce qui est sans rémission.

On dit la règle générale

et même parfois libérale.

Un dieu, voire plusieurs titans

en autorisent l’accident.

Ce qui est fait peut se défaire.

Ce qu’on défait ne peut se faire

que si on l’avait trop mal fait.

Voilà comment on voit les faits.

Prenons Virgile par exemple.

On le voit bien entrer au temple

pour recevoir la clé des champs.

Et il en ressort cependant !

Le voilà entré dans l’Histoire.

Nous n’y pouvons rien, c’est notoire.

Il en meurt, mais beaucoup plus tard.

J’ai vu passer tout le brancard.

Venu d’Allemagne en touriste

au pays des colonialistes.

Bien traduit avec tous les mots.

Le monologue c’est très beau.

Ça en dit long sur la patience

et met au vert l’inexpérience.

On n’en fait plus des comme ça.

Aujourd’hui le couci-couça

fait la Une et crée l’opulence.

C’est même sans équivalence

depuis que le bon menuisier

surpris dans son bel atelier

ne vaut pas mieux que le poète

qui tout pareil pète et répète.

Ce que dure rose est en dur.

Voyez comme passe les murs

l’artiste qui a fait fortune.

Il monte même à la tribune

et nous prodigue ses leçons

comme le cul de Robinson

que l’horizon aussi explique.

C’est l’époque qui communique.

Un bon coup de publicité

et ma foi le tour est joué.

Le placement est lourd sans doute

mais le populo n’y voit goutte.

On rapplique avec Cyrano

et on le met sur un vélo

pour le pousser sur le théâtre

de l’État qui paye l’emplâtre.

Et pas donné le substitut !

On le fourre dans l’Institut

avec son épée d’opérette

et ça passe pour un poète

qui fait des vers avec les trous.

Le con se donne rendez-vous

et seul il compose les fientes

d’une saynète fort méchante

qui fait de lui un général

ou un arbitre de football

si dans son camp est la baballe.

On arrive en demi-finale

et on se tire avant la fin.

On laisse en rade le biffin

et on prend de bonnes vacances

à l’abri des sillons de France

avec la femme et les enfants.

Du déshonneur on se défend

avec Churchill ou bien Poutine.

Et qui encule la Marine ?

Ceux qui votent pour son baba ?

Le retraité qui l’a en bas

ne baise plus par cette voie.

Du non-amour il est la proie.

Il aime la sécurité,

le bien et la propriété.

Le loisir est sa vraie dépense.

Il se fout de ses conséquences

sur le guignard qui chôme dur

marqué par les deleatur,

le plus pourri de tous les signes

qu’à la naissance on nous assigne,

de la faute et de ses emplois.

Jouer sans se coincer les doigts

voilà ce que c’est la retraite.

Alors, vous pensez, les poètes,

si ça donne aux petits-enfants

des idées de rentre-dedans,

on se fout pas mal de leur crève !

Pas de mouchoirs pour les vieux rêves !

Mouchez-vous avant de crever

et laissez-nous, les vieux, rêver.

Mais là, Engeli, on s’égare.

Le train n’est pas entré en gare

qu’on a le pied sur les deux rails.

Ah ! Ce roman, ça fait un bail

qu’on ne finit pas de s’y prendre

les pieds et de tout le comprendre !

Notre Virgile n’est pas mort,

(dis-je en tendant tous les ressorts

du bons sens et de la métrique).

Et pourtant une peur panique

ça vous tue même un éléphant

qui a encore des enfants

à mettre au monde et dans des livres.

Tremblant de peur il veut survivre.

Il ferme les yeux, fait caca,

« Oh ! Rien, un petit reliquat

avec dedans de gros pois chiches

cuits dans de la flotte à l’angliche

avec un collier de mouton

et une paire de roustons

dont l’obèse propriétaire

s’est peut-être servi sur terre.

Au ciel on n’en a plus besoin.

Quand on le fait, c’est dans les coins

comme au château de ce Versailles

dont je me souviens où que j’aille.

On a beau dire, on est français

et les autres c’est des ratés.

Cette fois, à moins d’un miracle,

je vais y passer sans obstacle

et de ma chair faite pâté

des animaux alimenter.

C’est le destin de la piétaille

qui toute la vie en rimaille

quand les autres sont très sérieux

au travail et aux pieds de Dieu.

Être bouffé avec la sauce

alors qu’on est dans le négoce

des idées pas piquées des vers,

ça me met le cœur à l’envers

et à l’endroit mes idées saintes.

Je sors enfin du labyrinthe

avec Minotaure en morceaux

et d’Icare les oripeaux.

Et déjà de méchants insectes

dont je ne sais pas le dialecte

pondent leurs œufs où j’ai les miens.

J’ai trop parlé aux béotiens,

perdu mon temps dans leurs cuisines,

trop espéré des magazines,

du film d’horreur et de l’amour,

des subventions et des discours,

et pas assez vu de mirages

dans les déserts de mes voyages.

Chameaux du temps que je n’ai plus,

éloignez ces hurluberlus,

changez l’espace en autre chose

dont je me fiche de la cause

et emportez-moi loin de tout,

loin de ces inconscients surtout.

La part du temps me décompose.

Ce qui reste n’est pas grand-chose,

mourir est tout et tout n’est rien.

Les mots sans rimes font du bien

à la modernité en marche,

mais ne meurt pas le patriarche

dont les enfants ne riment pas.

Qui suis-je si je n’en suis pas ?

Chameaux du temps, tuez l’angoisse.

Pétrifiez ma pauvre carcasse.

Méduse me voit sans me voir,

tel est le sens du désespoir.

Mourir ainsi dans une farce,

sans compagnie et sans comparses,

pouvait-il pire m’arriver,

moi qui veux encore rêver,

à n’importe quoi d’accessible,

de facile, de corruptible.

Encore un peu, dis-je au bourreau,

tant je tiens encore à ma peau.

Mais ce n’est pas l’homme qui tue

ce que j’étais, tue ma statue

de sel, de marbre ou d’illusion.

Je suis tué par conclusion,

par chute, effet, jeu, par mon œuvre

qui ne doit rien à cette pieuvre

trop mythique pour exister

où j’existe pour me tuer.

Chameaux du temps, dieux des voyages,

ne marchez pas jusqu’au rivage.

Je sais bien y aller tout seul.

J’emporte avec moi un linceul,

au cas où la vie continue.

Marche sur l’eau, méduse nue,

je suis tes pas vers le soleil.

Qui sait ce qu’on est au réveil

à part le regard exemplaire

que tu empruntes aux calvaires ?

Chameaux du temps, arrêtez-vous !

Je suis à l’heure au rendez-vous. »

Comme il parle de cette sorte,

l’engin que la gadoue emporte

rencontre un assez gros caillou.

Dessous le carter prend un coup,

le capot un instant gondole

les gibbosités de sa tôle,

le tout pivote sur un pneu

et la toile serre ses nœuds

sur l’antenne qui dans l’air fouette

la pluie oblique et centripète.

Virgile en reçoit le revers,

ce qui le met tout de travers.

Il glisse sur les feuilles mortes

et dans un cri affreux exhorte

son esprit à plus de mépris

pour la douleur qui a tout dit.

Il lui semble que c’est un gouffre

qui sent l’ail et surtout le souffre.

Mais au lieu de brûler tout vif

il se fracture l’os du pif

et prend un pain sur une oreille.

Deux grands yeux jaunes le surveillent.

Ça fait mal mais pas tant que ça.

Il se laisse aller au pissat,

retenant un besoin plus crasse.

S’il est mort ce n’est pas d’angoisse,

pas comme il l’aurait bien voulu

pour s’assurer un grand salut

et faire bouillir la marmite.

La poésie a ses limites.

Il va parler, au diable, à rien,

qui sait si le parler ancien

au-delà de la vie se parle !

Rêvons un peu ! Tu parles, Charles !

Il va parler, mon Engeli,

quand l’un des yeux sans stimuli

s’éteint tout noir et fou le laisse !

Et l’autre œil a la vue qui baisse !

Il clignote encore un moment,

fignole dans l’atermoiement

et à la fin se désallume.

« J’aurais dû lui prêter ma plume, »

pense Virgile le nez dans

la boue qui lui rentre dedans.

Plus loin des suppôts en casquette

cassent des branches sans trompette.

Ils sont armés de longs couteaux

et semblent au moins très brutaux.

Ils ont aussi de la lumière

et transportent une civière.

« Ne bougez pas ! » lui disent-ils.

Mais peut-il bouger un seul cil ?

Ils sont marrants dans la géhenne !

La situation est malsaine.

« On a tout vu ! Pas de souci ! »

disent-ils joyeux comme si

on avait envie de sourire

au moment de changer en pire.

« J’ai glissé mais je me retiens ! »

dit l’un à l’autre qui s’en tient

à une grosse rigolade.

Virgile sent une cagade

lui envahir le pantalon.

Il se sent mieux côté colon.

Le nez saigne à petites gouttes

et l’oreille comme elle écoute

ne sent plus rien de la douleur.

L’œil gauche voit tout en couleur.

Le droit a une grosse poche

qui pend dessous et s’effiloche.

« C’est grave mais je me sens bien, »

pense-t-il en épicurien.

Une fois quand il était gosse

il avait fait chier un colosse

de la classe au-dessus au moins.

Un Russe qui avait des poings

mais par sur les i comme en France.

Et il s’était pris une danse

qui était son premier ballet

dans l’enfer où on peut aller

pour se faire une idée précise

de la valeur de l’entreprise.

Il avait payé le billet

deux fois son prix sur le marché.

Bien sûr c’était du provisoire.

Pas du tout comme cette histoire

qui est un fait définitif.

« Je ne suis pas un grand sportif,

dit Nicolas qui s’en excuse.

— J’eus bon commerce avec les Muses,

dit Virgile en tendant la main

à ce suppôt vraiment malin,

mais celle-ci a un tel charme

que j’en ai toute droite l’arme

que je dois déposer ici.

— J’y pense beaucoup moi aussi ! »

dit Nicolas voyant Alice

derrière un arbre de justice

torcher son cul à pleine main

car le trouillard est trop humain.

« Vous me direz ce qui se passe.

Elle est à vous, cette carcasse ?

demande Nicolas aidant

Virgile à remettre devant

ce qui vient de passer derrière.

— Elle est à mon frère Bébère

qui veut me sauver de l’enfer !

Mais me voilà tout de travers

et je ne sais comment y faire

pour distinguer le vrai du père.

Vous qui avez, comme suppôt,

l’expérience de l’à-propos,

ne m’en voulez pas si je saigne.

Je me suis pris plusieurs châtaignes.

Mais celle qui de mon pipeau…

— Je ne suis pas un vrai suppo !

dit Nicolas qui prend la blague

au premier degré et l’élague

pour en apprécier le bon jus.

Dire qu’on a les flics au cul

n’implique pas que l’on s’y mette.

On se retient d’être poète

même si c’est dur pour l’esprit

que nous avons fort mal compris.

Ainsi vous connaissez Bébère ?

— Il est même mon petit frère !

Mais voyez-vous, c’est mon pipeau…

— Pipo, suppo, dans un bateau,

je connais la plaisanterie,

sorte de contrepèterie

qui est de l’exemple l’humour.

Mais j’aime aussi le calembour

dont je me fais fort de vous plaire.

Ainsi vous connaissez Bébère ?

— Et comme j’avais le pipeau…

— Je l’ai moi aussi dans la peau.

Sans humour on est dans la grosse.

On s’y colle comme des gosses.

En république comme ailleurs

le flic devient instituteur

et donc le premier de la classe.

Voici la brosse qui efface

et la craie qu’on se met derrière !

Ainsi vous connaissez Bébère ?

— Je le connais et même mieux !

C’est mon complice devant Dieu.

Si j’avais su, pour mon pipeau…

— Et songez à notre drapeau,

qui est en couleur sur trois faces.

Je vois bien à votre grimace

que je soulage la douleur

sans avoir recours aux branleurs

qui ont fait de longues études

dans la meilleure incertitude

qu’on dit que seuls les grands savants

en comprennent les adjuvants.

Ainsi vous connaissez Bébère ?

— Il se peut que je désespère

en attendant fort patiemment

que votre collègue chiant

remonte sa jolie culotte

et fasse preuve de jugeote

car à la place du pipeau…

— Ah ! Il y tient à son flûtiau !

A tire-larigot lanlaire !

Ainsi vous connaissez Bébère ?

— Quand elle aura fini de chier,

et avant que vous vous penchiez

sur mon cas qui est difficile,

dites-lui que je suis Virgile…

— Virgile qui fait de beaux vers ? »

dit la voix qui vient de l’Enfer

où elle chie sans bien s’y prendre.

Un flic ne peut pas tout comprendre.

Sans remonter son pantalon

elle se met sur ses talons :

« Ainsi vous connaissez Bébère.

Forcément il est votre frère.

Nous y étions, ce fameux jour,

quand le monde et ses alentours

ont sombré dans un tel désordre

que le Président s’est fait mordre

par le berger de sa nana. »

— Ici il faut ad limina

que le lecteur prenne patience,

car les susdites circonstances,

à savoir le trouble public

et la morsure du laïc,

n’auront lieu qu’au troisième tome

de ce roman aux palindromes

que lui impose sa vision,

laquelle tient plus de l’onction

que du coup de pied dans les fesses.

Mais ici ce ne n’est pas confesse

et encore moins un bureau

où du monde tous les pipeaux

peuvent à l’unisson se prendre

pour les comptes que l’on veut rendre

afin de remettre à l’endroit

la couronne de nos vieux rois.

Qu’ils aillent donc se faire foutre

et nous qu’on passe mais plus outre.

Excusez cette digression

et retournons à nos moutons.

(Je reconnais qu’elle est obscure,

mais j’en réserve l’aventure

aux rebondissements cotons

qu’Alice évoque à sa façon)

Virgile a vu beaucoup de nymphes,

même souvent perdu sa lymphe,

au cours de sa vie de bouffon

où les chiffes dans les chiffons

il a vécu à la limite

de ce que l’esprit à la bite

peut exiger de franc succès.

On le vit penaud aux procès

et lapin prompt à la cavale

pour se mettre à l’abri des balles.

Mais le poète quand il court

renoue avec tous les recours

que le poème accroche aux branches

comme les taches sur la manche,

lesquelles on commet souvent

quand on secoue en écrivant

sa plume dans l’amour trempée.

La partie adverse trompée

bien rarement écrit autant

et ainsi épargne du temps.

On en vient aux mains sans génie.

Dans un souci d’économie

Virgile la tangente prend

et comme les pays sont grands,

que les routes point ne se croisent

aussi aisément qu’on se toise,

on ne le voit pas revenir,

car poète n’est pas zéphyr

et femme au vent point ne s’envole,

même si bonne est sa bagnole.

Voyant le crêpe des cheveux

qu’Alice porte entre les deux

cuisses que son beau noir d’ébène

à ses yeux presbytes assène,

Virgile qui a cru mourir

sent monter en lui le désir.

Il pense qu’il le peut encore,

se sent capable d’un bon score

et n’en pouvant plus de plaisir

sa verge absente veut saisir.

Alice qui se croit dans l’ombre

(dans ces situations très sombres,

comme on les voit au cinéma,

chacun a son propre climat

et l’atmosphère se complique,

dit Arletty que la critique

éternise moins que public

et imitatrices de chic)

Alice qui se croit dans l’ombre

n’en compte aucun malgré le nombre

qui des deux couilles fait florès.

On sent de Camus l’aloès.

« J’en ai deux mais pas pour le faire

car il me manque le mystère.

Sans mystère on n’est rien du tout,

voire même très en dessous.

Priez pour moi, gens sans logique !

Là-haut personne ne me nique. »

Elle descend très prudemment

le talus couvert d’excréments

et jette un œil sur la blessure

dont le doigt de Virgile assure

l’hémostasie et le plaisir.

« C’est qui, Camus ? » dit en sabir

Nicolas qui de même observe

une froide et longue réserve.

Alice en tremble jusqu’à l’os

et craint de perdre son pathos

si utile en cas de sinistre

dont elle connaît le registre.

« Que vous est-il donc arrivé ?

On ne peut pas mieux le saigner,

l’homme que Dieu tout de traviole

a conçu comme premier rôle !

Les Noirs, les Blancs, c’est du pareil

au même question appareil.

Mettez-vous là que je vous porte

secours avant qu’on vous emporte,

avec nos moyens de fortune,

car l’État nous laisse sans thunes,

dieu sait dans quel mouroir de poche

où viendront vous veiller vos proches

si vous en avez pas trop loin.

Acceptez-vous mes petits soins ? »

demande Alice qui se met

dans son pantalon à fouiller

pour y trouver ce qu’elle cherche,

à savoir de son torche-derche

ce qu’il en reste maintenant

qu’elle en a usé proprement.

Nicolas en proie aux méthodes

que les stages par épisodes

font entrer dans son pauvre esprit,

craint de n’avoir pas tout compris

et se met à vomir des glaires

dont l’origine n’est pas claire.

Il en renifle le Ricard

avant de se mettre en retard.

« Ces trucs-là ça me met en fuite !

marmonne-t-il pour donner suite

à l’idée qu’il se fait des faits.

Ah ! Pas le sang que je connais

grâce à trois ou quatre bavures

qu’on voit même dans les gravures

des polycops que j’ai gardés

comme missels dans mon clandé.

Mais de savoir que ça se coupe

plus facilement qu’on se loupe,

ça me met dans un tel état

d’analyses et de constats

que j’en ai la chair comme poule

dont à zéro on met la boule.

Permettez que je me retire.

Je ne veux pas m’autodétruire

et vous laisser le souvenir

d’un mec qui s’accroche au plaisir

quand il n’y a plus rien à en faire. »

Et les jambes à ras de terre,

Nicolas traverse un buisson

sans rencontrer son Robinson.

« Ah ! Le salaud ! L’ordure plate !

Le voilà qui se carapate !

J’en fais quoi moi de ce trou-là ?

Je bouche avec du papier gras,

mais après comment on s’arrache

pour aller au bout de la tâche ?

— Je veux qu’au bout je peux aller !

s’écrie Virgile en plein effet

de l’orgasme qu’il imagine.

Voilà vers quoi on s’achemine

quand le hasard sur le chemin

met à la portée de la main

une beauté que j’en délire !

— Ah ! Pour délirer tu expires !

Avec quoi tu prétends toucher

la corde sensible à l’archet ?

Le violon ne joue la musique

que si on sait comment on nique.

Si tu fais ça avec les doigts,

je te préviens, mets-y le poids !

Je ne suis pas genre fleurette

qu’on fait conter au doux poète

en attendant de trouver l’or

du temps et Dieu sait quoi encor !

La tête j’ai sur les épaules !

Si tu t’en sers, que ce soit drôle !

Laisse-moi reboucher ce trou !

— Mais enfin je ne suis pas fou !

Les trous c’est moi qui les rebouche !

Ne me regarde pas et louche !

Vise un peu l’objet et reviens

avec de ton trou les moyens. »

Évidemment, comme il insiste,

Alice se sent altruiste.

Il lui pelote les deux seins,

à pleine main comme on étreint

ce qu’on veut posséder en maître.

Mais pour ce qui est de la mettre,

ni relatif, ni absolu,

il ne peut pas, il n’en a plus !

Elle en conçoit un gros vertige

et se met à rêver des tiges,

ce truc qui fait gueuler les mecs,

cette merveille de l’impec

qu’elle s’est mise ou s’est fait mettre

par des gens d’Armes ou de Lettres

autant de fois qu’elle a rêvé.

Elle a le moral élevé

chaque fois qu’on la lui propose.

« On verra pour la ménopause.

Des années il me reste en stock !

Et un corps qui n’est pas du toc.

Quand j’y réfléchis je m’angoisse.

Moins j’y pense, plus le temps passe.

Je suis faite pour m’amuser.

On peut si on veut abuser.

J’en rajoute si on en manque.

Des flicards et des saltimbanques,

de la violence et du grand art,

de la stratégie, du hasard,

du prometteur et des mensonges,

des morts, des vivants et des songes

comme on en a quand c’est gagné.

Je veux vivre et ne rien payer ! »

Comme elle n’a pas sa culotte,

au premier coup elle sursaute.

Virgile lui monte dessus,

sûr qu’il n’en sera pas déçu,

et là-haut sur un monticule

Nicolas voit comme il l’encule

et se dit qu’il a vraiment bu

quand il croyait que sans abus

il avait vidé la bouteille

avant de se remettre en veille

et retourner à son boulot

qui n’est pas du tout rigolo,

même si des fois on mesure

l’importance de l’aventure,

(la litote a de l’intérêt

quand le sens en est altéré)

du citoyen mis au service

des bonnes mœurs, de la justice,

des mises au pas, de l’honneur

conçu comme le seul facteur

de succès au-dessus des autres.

Pour cette existence on se vautre

dans les penchants bien éprouvés

par des lignages amendés

sur le fil de l’intelligence,

de la critique et de la science.

La fonction fait de l’homme un saint

comme Camus le fantassin.

Vendre son cul aux ambassades

sans le pavé des barricades

c’est donner du pain aux enfants,

du fil à retordre aux feignants,

aux mauvais esprits de la peine,

aux héros une bonne haleine

et de l’histoire aux étrangers.

« Avec le cul verni que j’ai,

pourquoi donner à l’aventure

des godasses dont la pointure

dans les chaussettes fait des trous ?

Aller pieds nus et sans le sou,

sur la route et sous les nuages

le pauvre mec désavantage.

Si la fine fleur du savoir

et du faire se faire voir

ailleurs prétend mais qu’elle y aille !

Le rond-de-cuir loin des batailles

résiste mieux sur le papier

que le pauvre soldat couché

qui donne son sang au parterre.

Dans le bureau, c’est l’atmosphère

qui donne aux idées des héros,

alors qu’aux champs, le tombereau

sous le soleil ou sous la pluie

n’inspire guère poésie

qu’on puisse mettre en nos chansons

comme le sang dans les sillons.

En plus j’ai un joli costume

avec des boutons que j’allume,

comme guirlandes à Noël

sous l’étoile de l’Éternel,

en les frottant au blanc d’Espagne

avec l’aide de ma compagne

qui me fera beaucoup d’enfants

pour la moitié très ressemblants.

J’ai même de belles chaussures

qui marchent dans la vomissure

sans m’inspirer un tel dégoût

que leur petit arrière-goût

à mes pieds pourtant communique.

Mais quand tu me suces la chique

et que ton beau cul sous mon nez

vertement se met à péter,

je pense à notre République,

à son armée, à sa musique

et à son 14 juillet.

Cet admirable défilé

dans ton anus a des allures

de colombin dans une armure.

J’entends le bruit de nos canons

qui assourdit dans les sillons,

de leur voix forte comme cloche

qui de l’église se décroche,

ce qui reste de l’ennemi

qui nous fait faire du souci,

qui nous met aussi dans la gêne,

qui nous inspire de la peine

alors qu’on n’est pas fait pour ça.

Mon amour, je ne voudrais pas

qu’en m’épousant tu trouves drôle

que je n’aie pas vraiment la fiole

à l’endroit où tu mets ton cul.

C’est que des fois, j’ai un peu bu,

oh ! Pas grand-chose, une expérience

à mettre au service des sciences

qui s’occupent de voir comment

on peut vivre sa vie chantant.

Ma mie, je me sens patriote.

Toute sèche j’en ai la glotte.

Pète et répète-moi dessus.

Ah ! Que le pays est conçu

pour que ton cul en maire trône

sur ces têtes que l’on couronne !

Je mets les pieds dans l’isoloir

comme les mains dans l’urinoir

pour reboire de la bouteille

avant que rose soit bien vieille

et me pisse dessus le nez

sans la médaille me donner !

Ma mie, servons sans foi la France,

et mille fois mettons la chance

de ce côté où je n’ai pas,

quoique je fasse pas à pas,

l’occasion de le dire en face

sans que le prix de la grimace

avant que je sois retraité

ne me soit vite réclamé !

Servons sans foi la douce France

et mille fois quand on y pense ! »

Ayant chanté cette chanson,

Nicolas pleure sans façon

et rote dans un mouchoir sale.

Alice est parfois animale.

Pas facile d’aller au but

et de la prendre au dépourvu,

car elle est toujours dans l’attente,

n’approchant le feu qui la tente

de peur d’encore s’y brûler,

mais tellement prompte à aimer.

Plus tard, vieux retraité sans gloire,

il se prêta sans trop d’histoires

à notre jeu, cher Engeli,

et se confia sans faire un pli :

« J’ai conservé cette élégie,

trouvée comme c’est ma manie

ou plutôt volée au secret

de l’éternel et du sacré.

Comme je m’en veux, sainte Gloire !

L’aveu en est diffamatoire,

mais je suis fait pour le malheur.

Je vous en confie la primeur :

— Le cul à l’air comme une chienne,

voilà comme elle veut qu’on prenne,

toi l’homme qui voulait planquer

les miettes tombées du banquet,

ses reins pour la dernière chance.

Virgile martèle en cadence

ces fesses qui veulent du sang.

Il faut savoir que c’est boxant

qu’on vainc son cœur et ses extases.

On n’a jamais vu hémostase

rendre fou poète à ce point.

Il a rentré dedans son poing

jusqu’au poignet qui y pivote

comme dans le trou d’une chiotte

faute de pouvoir marteler

et au fond d’aller le chercher,

ce trophée d’amour et de gloire

qui peut construire son Histoire

si la chance sourit, si l’art

est aussi simple que brocart.

Elle rit et même en dégueule,

comme elle fait quand elle est seule,

que personne à travers les murs

ne voit à quel point ses fémurs

portent l’extase comme gaines

des têtes de mort des anciennes

qui savaient tout et même rien.

Dessous, le Monde est africain.

Et dedans je sais que ses tripes

sont du poète l’archétype.

Moi, Virgile j’ai bien connu

ce corps vaquant et si charnu

que j’en ai saigné pour le prendre.

La Gloire seule peut comprendre

pourquoi l’enfant est de papier

et son art un sale métier. »

Ainsi nous parla de Virgile

Nicolas en un coin tranquille

où demi-mort il végétait.

Mais revenons à ce qui fait

de ce roman un vrai poème.

Par un étrange et beau système,

comme on l’a lu un peu plus haut

je ne dis pas non sans défaut,

Virgile tout couvert de boue

était monté sans faire moue

sur le dos d’Alice jouissant

d’un poing fort bien alanguissant.

Sur le côté de ce théâtre,

semblant ne plus vouloir se battre,

gisait la bête sans capot,

moteur fumant comme suppôt

sous une averse d’eau bénite.

Et secouant sa molle bite,

perché en haut d’un mamelon

où il perdait tous ses boulons,

Nicolas mordait l’intérieur

de sa bouche non sans langueur.

Il s’en prenait sans perdre haleine

à la langue qu’il voulait sienne,

mais qui pourtant ne disait mot.

Quand le malheur est en promo

le malheureux achète en vrac.

Et s’il est agent de la BAC,

on imagine le suicide.

Dans la police on prend des bides

comme au théâtre, mais en vrai.

N’allez pas croire qu’un arrêt

peut mettre fin à l’épisode.

Un flic blessé n’est pas commode.

Quand il s’en sort, on croit rêver,

et s’il en crève, on le remet

où il était, mais pas le même.

On sait ce qu’on perd quand on sème,

mais si on le fait tout exprès

on est jugé pour cet excès.

On sait bien comment ça se passe.

Mais sait-on ce qui nous dépasse

quand deux flics se font des mamours

et vivent donc comme toujours

ce que tout le monde peut vivre

quand la volupté nous enivre ?

Il se passe comme on l’a dit,

fidèlement jusques ici.

Ça se passe pour tout le monde

qu’on en rigole ou se morfonde.

Ils étaient deux, les voilà trois

et sans enfant pour mettre bas

d’autres théories de l’ensemble.

Et quand on y pense, on en tremble.

Nicolas y pensait beaucoup.

On ne pense jamais à tout

et surtout pas quand on y pense.

On ne voit pas les différences

tant qu’elles ne se montrent pas.

On va et vient dans un repas

où la table est mise d’avance

en se disant qu’on a la chance

d’avoir quelqu’un pour la servir.

On en éprouve du plaisir

et même souvent des jouissances.

C’est la loi de notre existence.

Personne ne peut faire mieux.

Et à la fin, on devient vieux,

ce qui n’arrange pas les choses.

On n’en meurt pas, mais ça en cause

des effets que finalement

on emporte avec soi mourant.

« Je vais tuer, je suis capable

de foutre par terre la table

avec tout ce qu’il y a dessus.

Tant pis pour ceux qui sont déçus,

tous ceux qui ont de l’expérience

comme ceux qui n’ont pas de chance,

chaque fois que quelqu’un s’en va,

les pieds devant, l’âme au plus bas,

parce qu’un autre le désire.

Je suis peut-être le moins pire.

En tout cas je me vois plus blanc

que lessivé par un tenant

qui pour être aussi de la joute

monte mon cheval et y goûte.

Je vais tuer au pistolet

et même me mettre en retrait

pour ne pas souiller mon costume.

La flamme en moi, je la rallume !

Écartez-vous, je vais tirer ! »

Et il sortit du baudrier,

que du coup la pluie qui pleut mouille c

omme son esprit il embrouille,

l’arme pesant un âne mort.

Il en éprouve du remords.

« C’est dans le corps que ça se passe.

Laissons l’esprit à ses grimaces.

Poussez-vous petits animaux,

mouches, mulots, ecce homo

va provoquer un grand massacre,

sans semonce et sans simulacre,

une vraie tuerie sans procès.

Pour la Loi on verra après.

Il paraît que la guillotine

dans ce sens n’est point cabotine,

mais peu importe la douleur

de l’attente que mon malheur

vient de lancer comme un cycliste

qui ira au bout de la piste.

J’ai l’index qui sent le trouduc

et mon chargeur n’est point caduc.

Animaux de la nuit obscure !

Ceci n’est pas la sinécure

dont j’ai rêvé à mes débuts,

mais sous les mots de la tribu

l’insulte à l’homme est toujours faite

pour que lourde soit sa défaite !

Je ne mens pas ! Je suis conscient

de laver l’honneur dans le sang

comme le veut notre coutume

qui préside aux gloires posthumes.

Écartez-vous ! Je suis armé !

Pleurez vos morts par moi tués !

Rassemblez vos noires pleureuses

car l’heure est bien malencontreuse !

Pourtant je vous ai prévenus.

Quand le Français l’a dans le cul,

il fait trembler toute l’Europe !

Meurs, poète ! Crève, salope ! »

Le pistolet secoue la nuit,

puis elle retombe sans bruit.

Sur le dos d’Alice Virgile

comme une bête est immobile,

attendant sans oser s’enfuir.

Alice aussi veut voir venir.

Sa main étreint la dure crosse

qui forme sous elle une bosse.

Virgile saigne de nouveau.

Il songe enfin à son pipeau

et mord sa langue doucement.

Mais choisi n’est pas le moment

pour se plaindre de la fortune.

Le silence écrase la brune.

Qui osera parler d’abord ?

Épouvantable est le décor

de cette scène inventée pour

les besoins de ce triste amour

que Virgile veut qu’on lui donne

même si son esprit déconne.

Un bruit sec, c’est le cran d’arrêt

qu’Alice vient d’actionner.

La nuit d’habitude bavarde,

pas avare de ses camardes,

cette fois se tait sans pitié

pour celui qui se voit châtié

avant d’avoir commis un crime.

Virgile sent que la déprime

d’ici peu le fera crier

comme il criait dans le corset

avant d’avoir, en homme libre,

retrouvé au moins l’équilibre

que l’homme faux avait perdu

quand enfin il s’était rendu.

Il a bien peur de voir les choses

recommencer pour cette cause,

cette obscure et male raison

qui n’a pas de contrepoison,

mais qu’on soigne avec l’expérience

et mille petits coups de chance.

Qu’on soit enfant ou moins loupiot

il faut tourner autour du pot

pour en avoir au moins la miette

qui fait de soi pauvre poète

plutôt qu’employé de l’État

destiné au frotti-frotta.

« Connaissez-vous la folie douce

qui sur le chemin vous détrousse

et vous laisse avec les oiseaux

souffler dans les trous d’un roseau ?

Connaissez-vous douce folie,

que jamais la mélancolie

ne trouble de son doigt merdeux

alors que le vôtre est boueux ?

Connaissez-vous chanson plus douce

que cette folie qui vous pousse

à revenir pour vous asseoir

sur le talus comme ce soir ?

Connaissez-vous cette inconnue,

cet homme, cette femme nue

que les oiseaux posent dedans

votre esprit comme un doux enfant ?

Connaissez-vous ce fou qui pousse

son baluchon et qui en tousse

dans le soir couchant dont l’oiseau

arrache un à un les roseaux ?

Si vous la connaissiez plus douce,

couché sur l’herbe qui repousse,

pourquoi ne pas la retrouver

et du coup mieux vous en porter ?

Pourquoi l’avoir si peu chantée,

cette folie douce et passée ?

Pourquoi poésie sans rimer

est plus facile que d’aimer ?

Maintenant l’homme vous détrousse

quand vous passez, pousse que pousse,

sur le chemin que des oiseaux

coupent à grands coups de ciseau !

Nous étions vous et moi tranquilles

dans ce temps qui jamais facile

n’a non plus jamais existé.

Ainsi nous n’avons pas été !

Connaissez-vous la folie douce

que la chance met à nos trousses

pour nous pousser à dire vrai

ce qui n’a jamais existé ? »

De qui sont ces vers qui se donnent ?

Qui pour rêver nous mirlitonnent ?

La voix de Virgile tout nu

vient enfin de trotter menu

sur le dos de la belle Alice

qui travaille dans la police

comme d’autres aux champs, en mer

et quelquefois dans nos enfers.

Elle se sentit toute douce

comme folie que l’homme pousse

pour changer de vie et de mort.

La pluie tombait sur ces deux corps

comme fait la vague en vacances,

qui de sagesse se dispense

et met de l’écume partout,

sur le dos, le ventre, le cou,

entre les genoux, sous les fesses.

Nicolas est pris de vitesse.

Il rechargeait son pistolet,

ne voyant plus ce qu’il faisait

tant il subissait cette fièvre,

quand une bouche sur ses lèvres

déposa plus d’un mot d’amour

et de sa langue fit le tour

de la sienne qui prise au piège

de ce délicat sacrilège

demanda s’il était trompé

ou s’il avait vraiment rêvé ?

— Des fois dans la littérature

on commence comme nature

à raconter un rêve pur

qui nous fait traverser les murs

et nous y croyons sans y croire.

Puis on revient à notre histoire,

un peu troublé d’avoir marché.

L’auteur alors veut s’expliquer

et usant de l’entourloupette

chère à ce genre de poète,

il met un baiser où il faut,

réparant ainsi le défaut

causé par sa petite astuce.

Il eût fallu que je le suce,

rétorque plus qu’amèrement

le critique sur le moment.

L’auteur se rit de ces déboires

et s’en remet à l’avaloire

de chacun pour recommencer.

Ainsi se défait le lacet

à une époque où la chemise

s’ouvre pourtant sans entremise

tant nous avons avec le temps

gagné non seulement du temps

mais surtout de bien plus précoces

façons de jouir de notre rosse.

Passons là-dessus et fissa

revenons où il nous fit ça…

Nicolas sait que le genièvre

n’est pas seule cause des fièvres

qui alimentent son travail.

Alice en est l’autre détail,

pas le moindre s’il faut en croire

l’effet que sur ses génitoires

elle produit sans plus tarder.

Comme il en est tout dilaté,

il propose qu’on s’en amuse,

mais cette fois sans que les muses

ne se mêlent des apartés.

Alice apprécie la clarté

de ce discours qu’une seconde

a suffi à remettre au monde,

car ce n’est pas ni le premier

ni le dernier qu’on joue aux dés

sur le tapis de l’enthousiasme

qui précède les beaux orgasmes

et les contes qui vont avec.

Alice ouvre son large bec

et enfourne près de sa langue

un pénis fort loin d’être exsangue

tant il est fier de resplendir.

La précocité du plaisir

la surprend en pleine harangue,

quoiqu’elle en connaisse la langue

et l’esprit vif qui la contraint

à sauter en marche du train.

Sur le quai si on est en gare

ou le ballast si on s’égare,

Nicolas pousse un cri d’enfer

pas facile à remettre en vers

chaque fois qu’Alice y repense.

Ce soir la pluie met sa cadence

au service de l’amour fou.

On est trop bien sur les cailloux

du talus qui chaud dégouline

et emporte dans la ravine

les feuilles mortes de l’oubli.

On eût été mieux dans un lit,

mais c’est ainsi dans la poulaille :

on ne choisit pas, on travaille.

« Comme la pluie est douce au cuir

quand on s’épuise par plaisir

au lieu de se rendre malade

faute de bonnes rigolades ! »

rime Nicolas qui a soif

car il est quitte pour le taf.

« Mon chouchou, c’est bien, tu déconnes,

dit Alice qui se boutonne,

mais on a là un cas ardu,

cause d’un vrai malentendu,

que, si tu veux, on élucide

jusqu’à ce qu’il soit bien limpide.

Ce mec est en train de mourir.

On voit de quoi son avenir

manquera s’il veut lui survivre.

Allez ! On referme le livre

et on se remet au boulot.

— C’est toi, ma mie, le ciboulot.

On ne fait pas une famille

comme ça sous une charmille

comme le gosse de Lequier

qui les papillons préférait.

Je me remonte la braguette,

non sans y ranger ma baguette

que j’ai, comme dirait Camus,

ou Dostoïevski, je sais plus,

encore en phase de révolte.

Moi je sème et toi tu récoltes.

Pour semer on n’a pas besoin

d’y repenser tous les matins.

Par contre revient le mérite

à qui sait faire de la bite

autre chose qu’un simple objet

du désir ou d’autres effets.

Je la remets donc à sa place,

pourvu que des fois tu lui fasses

ce qu’elle apprécie du bonheur.

Le philosophe un peu frondeur

ne parle jamais de la sienne,

malgré qu’elle lui appartienne

comme le bien le plus précieux

que la femme multiplie mieux

que les petits voleurs de lunes.

Heureusement, je n’en ai qu’une,

ainsi que tout homme je crois.

On ne peut en faire une croix,

sauf à s’amouracher des hommes

et changer le sens du binôme.

Je me préfère seul à trois

puisque c’est ton rêve, ma foi.

Les petits Jésus en puissance,

malgré la promesse des sciences,

ne m’ont pas vraiment convaincu.

Je savoure si c’est ton cul,

quand bien même tous les culs d’homme

sont des culs de femmes en somme.

— Tu es doué pour les discours

qu’on met en vers après l’amour.

Il faut bien que sous la charmille

on se tricote à deux aiguilles,

sinon l’enfant met un temps fou

à revenir faire coucou

pour amuser la galerie.

Les romans de chevalerie

sont pleins de jolis rossignols

qui peuvent faire les guignols

si ça fait rire la donzelle

et inspire la maquerelle.

Un homme suffit au bonheur,

fût-il Carmelin le rockeur

ou Lysis le brave sinoque.

Il faut que tu mettes en cloque

ce bidon qui n’attend que ça.

Allez ! Reprends-moi sur le tas ! »

Et sans attendre la lurette

qui fait de saint Glinglin œuvrettes

et met au pot les moins nantis,

redressant son manche à pipi

Nicolas où il l’a laissée

reprend Alice à la volée.

Cette fois il prend tout son temps.

Virgile sent que le moment

à l’agonie est favorable.

La mort enfin se met à table

et mettant petits dans les grands

lui sert le plat de son warrant.

Sur lui soudain il pleut à verse

et dessous la boue le renverse.

Le lit d’un ruisseau s’est formé.

Il pivote un peu sur le nez,

laisse ses bras faire la brasse

ou la godille des barcasses

et se retrouve dans le sens

qu’il avait pris, non sans suspens,

en arrivant dans les parages.

La 2CV sans embrayage,

ou au point mort si on le veut,

n’oppose aucun froid désaveu

à ce courant qui devient mode.

Ainsi commence l’épisode

qui vient comme le précédent

alimenter le point suivant.

Pendant qu’Alice se fait mordre

par un serpent qui veut se tordre

alors qu’il est fort bien dressé,

Virgile nu est emporté,

comme les mots d’une lavette

qui ne doit rien à son poète,

par un ruisseau de boue, de gros

cailloux qui plombent le terreau

de cette nature barbare

qui vient de larguer les amarres

pour aller au bout de la nuit

et sans doute pas sans ennuis.

La 2 CV le suit fidèle

et conforme à ce qu’on dit d’elle

en matière de tout-terrain.

Dans un arbre un mauvais crincrin,

hulotte, effraie ou chevêchette,

secoue les plumes de sa tête,

non point l’aigrette des hiboux

qui forme dessus un surtout,

(ornement pas toujours utile

quand on maîtrise le dactyle)

mais la plume comme l’Indien

la met derrière l’os crânien.

Autour de lui, des feuilles volent

comme papillons qu’on affole.

Virgile salue cet oiseau

et pour ce faire sur le dos

se retourne comme à la voile.

Tout est noir et sans une étoile.

Il salue d’autres animaux

qui ont des noms comme les mots

et dans la joie un peu d’ivresse.

Certains d’ailleurs le reconnaissent,

prodiguent aussi des saluts

et s’approchent sur le talus

qui jouxte l’étroite platière.

Rassemblant toute sa matière,

elle emporte le troubadour

allez savoir vers quel amour !

La 2CV suit sans faiblesse,

bien qu’elle manque de souplesse.

Elle cahote et se reprend

quand l’herbe haute y adhérant

la retient dans les courts méandres.

Jouent-elles les bonnes cassandres

que Virgile n’écoute pas

car il sait bien que le trépas

est au bout de ce flot de fange

dont il connaît bien le mélange.

— La Poésie est un métier

dont le cul apprécie les pieds.

L’atelier n’est pas détestable.

Le maître est au bout de la table.

Quand il referme le couteau,

il faut se remettre à l’étau

et limer la noire ferraille

pour lui donner la bonne taille.

Une faible lumière étend

ses doigts de fée sur le mitan

et sur le manche de la lame.

L’apprenti se dit que la femme

appréciera la mise au point

dont le tiers n’est pas anodin.

Il faut se mettre à la mesure

et non point chercher l’aventure

sans en estimer la hauteur.

La prosodie a son auteur

que la langue connaît mieux qu’elle.

Qasida ou bien ritournelle,

l’essai se veut définitif,

sans appel, final, décisif.

On n’y changera pas le monde,

mais la femme qu’ainsi on sonde,

si sonder dans ces profondeurs

n’est pas l’œuvre d’un vieux frondeur,

vibrera comme chanterelle

au bout de son violon l’appelle.

Si vous voulez savoir son nom,

interrogez le texte et non

ce qu’on dit à propos de roses

et d’encore bien autre chose,

car la Poésie sans métier

ne se met pas sur le chantier…

au fil du temps, ainsi de suite,

l’esprit déjà mort et sans bite

Virgile s’en va pour tirer

son chapeau noir aux inspirés

qui l’ont blanc comme communiantes.

On passe sous une charpente

qui est celle d’un vieux moulin.

Le flot n’en est pas cristallin

et bout comme dans la marmite.

La baignade y est interdite,

dit l’écriteau en lettres d’or

tandis que grince le rotor

et que l’eau gicle autour des pales.

Serait-ce ici que les timbales

mettent fin à cet opéra ?

Virgile en voit les petits rats

devenus grands par la magie

des curieuses cacologies

qui se mettent au bout du vers.

Et il tourne la tête vers

le ciel qui tout noir s’amoncelle.

Une voix lointaine l’appelle

par son petit nom furioso.

Ce qu’il voit n’est pas un oiseau.

C’est une femme en uniforme !

Et elle n’est point filiforme.

Au contraire elle est bien en chair !

« Ah ! Si c’est elle, j’ai du blair !

L’apparition est sexuelle.

Je me vois fou d’entrer en elle

alors que je n’ai plus de quoi.

On ne fait rien comme autrefois

quand on n’est plus dans sa jeunesse.

On se dispense de largesses,

mais le vrai amour n’est-il pas

étranger aux mea culpa ? »

Alice lui tend une perche

en lui disant qu’il a du derche

et non point du nez comme il dit.

Dans un effort qui l’enlaidit

elle met un pied dans la mare

et en décroche le cigare

que Nicolas fume en riant.

« Ah ! Ce que tu peux être chiant

quand tu veux que la rigolade

prenne le pas dans la brigade !

Ce mec coupé est presque mort

et tu t’en secoues tout le corps !

Ah ! Les Français sont bien en France !

Ailleurs la morale dispense

qu’on se foute des grands malheurs.

On a le sens mais pas l’honneur !

Ou l’honneur sans la signifiance.

Il faut choisir sans assurance.

Dans les deux camps seul on se voit

et de l’homme on a tous les droits

sauf ceux qui font chier les ministres

et les courtisanes du cuistre.

L’Amerloque se fait petit

si le prévenu est d’ici.

On ne sait jamais, les voyages

en France ont bien des avantages

surtout que bien fait est le lit.

Sans bordel la France avilit.

Du coup on s’en prend à l’épouse

comme on fabrique les barbouzes

qui serviront de collabos

si le temps se remet au beau.

— Tu dis ça parce qu’on est chiche

et qu’on veut savoir où les miches

on pose avant de les user.

C’est qui ce mec ? Un vrai frisé

ou un faux qui fait le poète

dans une intention déshonnête ?

— C’est un humain dans le malheur !

Imagines-tu la douleur ?

Ce n’est pas de la rigolade !

— Mais j’ai trop peur de la noyade !

Les noyés c’est très dangereux.

Ils te noient dans le contagieux.

On peut choper leur maladie

rien qu’en jouant leur comédie.

J’ai un pote qui n’est plus là

pour raconter comment ça va

à cause d’un noyé miracle

qui se noyait pour le spectacle.

— Ah ! Si je n’avais rien promis

je te sucrerais le permis !

Mais en amour j’ai la parole

plus chère que tes deux babioles.

Il va se noyer sous nos yeux !

— Mais si tu prétends faire mieux,

saute là-dedans et la ferme !

Ah ! Il faut supporter les termes !

J’en ai marre de tes leçons !

Et puis je connais la chanson.

Une fois crevé on m’enterre

comme un vulgaire locataire.

Pour la médaille c’est tintin !

Et sans Milou pour le gratin.

— Mais pourquoi en faire un fromage !

Comment veux-tu que je partage

mon existence avec un mec

qui fait que me prendre le bec

pour que j’y dise comme il aime ?

Je ne sais pas nager moi-même !

— Parce que Madame a triché

à l’examen des policiers !

Ah ! J’en apprends et des bien belles !

Un flic ça vient quand on l’appelle

et ça met les pieds où on veut.

Quel citoyen peut dire mieux ?

— La citoyenne te dit crotte !

Les exceptions sans la culotte

c’est l’imposture au prix du gras.

Ah ! Tu me mets dans l’embarras !

Si j’y vais c’est que je me noie.

Et si je me noie tu nettoies ?

Tu te les frottes sans savon

parce que tu es le patron ?

Les mains sales ça me dégoûte.

Je ne serai plus ta louloutte.

Tu paieras comment ton loyer ?

Des mecs comme toi c’est payé.

— Ah ! Tu me fais mal où je pense

et pour penser j’ai l’apparence !

Je me noie ou bien c’est fini !

Ton QCM n’est pas joli.

— Mais puisque tu as fait le stage

où on apprend comment on nage !

— Mais c’est que je ne l’ai point fait…

— Toi aussi tu te l’es triché !

— Je ne triche jamais, ma poule !

Mais quelquefois fort bien je roule.

— Ainsi nous ne pouvons sauver

cet homme qui va se noyer ?

— Les poètes quand ça se noie,

ma chérie il faut qu’on y croie.

On peut regarder sans le voir.

— J’augmente beaucoup mon savoir…

— La vie de l’homme est ainsi faite.

Elle est quelquefois trop abstraite

pour qu’on décide par quel bout

il faut la prendre dans les clous.

Je ne suis pas fin philosophe,

mais quand ça sent la catastrophe

mieux vaut signer avec l’État,

qui met à l’abri des tracas

occasionnés par le chômage

qu’avec les boulots à la page

qu’on finit par tourner un jour.

La noyade du troubadour

est un spectacle pour adulte.

Mais moi, flic, je suis trop inculte

pour en apprécier le détail.

J’ai appris un autre travail

et je souhaite que ma compagne

ne me donne de la castagne

l’occasion ni surtout le prix.

J’espère que tu m’as compris.

Les demi-mots, en poésie,

valent mieux que leur fantaisie.

Laissons Virgile se noyer

ou qui que ce soit d’envoyé

pour me casser mes saintes couilles

d’autant que je suis en patrouille

et que ça me les gonfle à sec.

Courons nous remouiller le bec

et rejaillissons de cette onde

dont les degrés peuplent le monde,

en tout cas celui où je vis,

parce que l’autre, il est bien cuit. »

Dédé vit alors les deux cognes

se serrer dur leurs quatre pognes

et se dire des mots d’amour

sans se soucier des alentours.

L’un d’eux ramasse sa casquette

et se la remet sur la tête.

L’autre en profite pour flatter

avec un art sûr du doigté

la courbe enjouée du derrière

qui donne une idée du bestiaire.

« Ah ! Ben alors ! Mon Cristobal !

Je ne dis pas que c’est normal,

mais c’est bien beau de voir encore

des gens filmés en bicolore

retrouver les charmes discrets

des Colonies comme on n’en fait

plus maintenant que notre Empire

appartient à ces tristes sbires

qui administrent nos destins.

Tu me diras que le gratin

se fiche pas mal des nuances,

mais quand on est sous influence

de leurs caisses d’allocation,

on est partisan des fonctions

au point d’encourager la robe

au détriment de nos microbes

dont le moindre est qu’on est racial.

Ah ! Ben alors ! Mon Cristobal !

Vise moi un peu ces dix touches !

Et il en remet une couche !

Des doigts pareils ça vaut de l’or.

J’y donne aussi sec mon accord.

Ah ! Si j’avais une casquette

et dessous une bonne tête,

on me verrait avec un chien

faire des choses pas trop bien

du point de vue de la morale,

mais parfaites si c’est un mâle.

Quand je dis chien, mon Cristobal,

ce n’est point à cet animal

que je cause de ces vraies choses

qui à l’homme honnête s’imposent.

Bien sûr que je t’aime, hé poulet !

Veux-tu bien lâcher ce mollet

et faire preuve de faiblesse

quand il est question de nos fesses !

Prends exemple sur ces roussins.

Ils s’aiment comme deux gamins.

Un Blanc né dans les Colonies

et une Noire en harmonie

avec cet idéal aryen

comme toi tu es mon chienchien.

En deux je te dis que la poire

met de l’honneur dans notre Histoire.

Ah ! Mais c’est que tu fais saigner !

Tu ne sais pas égratigner.

Regarde donc comme elle enseigne.

Et les poils du cul il les peigne

avec dix doigts, pas un en moins !

N’écoutez pas les faux témoins.

N’écoutez pas ce chien d’ivrogne,

chien de pédé, fils de charogne !

Toujours je sais ce que je dis

quand je me branle le radis. »

Antraxe enfoui sous une couette

en a marre de cette bête

de Dédé qui baise son chien

parce qu’après il se sent bien.

Ce ne sont pas des mœurs humaines

celles qui font qu’on se sent chienne

alors qu’on est chien en dedans.

Avec la langue et des vraies dents

on mord la vie entre les fesses

et puis après on la caresse.

Ça fait des jours que ce moulin

sert d’hôtel à ces deux malins

et pas aux frais de la justice.

La nuit, le jour ils s’y tapissent

et font le pet avec un chien

qui est discret quand ça va bien.

Témoins des choses qui se passent

au dehors de cette carcasse

de pierres bouffées par le temps,

ils écoutent l’étang dormant

sous le plancher où ils s’endorment,

la tête sur le chien informe

qui rêve tout haut quand il dort.

Pour l’instant personne n’est mort.

Dans ce moulin mort de fatigue,

seule l’impatience est prodigue.

On se regarde pour se voir.

On peut même s’y décevoir.

On a le sens de la famille.

On s’y bat pour des peccadilles.

Le chien mord s’il n’est pas content.

Heureusement, pas trop souvent.

Les chiens c’est brave quand c’est bête

sinon ce sont des vraies lavettes.

Ce soir, on dormait, poings fermés,

pas chaleureux, bien affamés.

Le chien furetait sur la route

car des fois de vrais casse-croûte

s’y font aplatir tout vivant.

Mais avec la pluie et le vent,

avec la pluie qui vous pénètre

et le vent qui vous envoie paître

dans les coulisses du décor,

on ne voit pas venir la mort.

Des ténèbres deux yeux surgissent

pour procéder au sacrifice

des composantes du repas.

Ces yeux ne vous regardent pas.

Ils assassinent par mégarde

et vous, couché sous la rambarde,

vous espérez un choc précis,

redoutant que cette fois-ci

un écrasement sacrifie

la netteté chère au génie

aux extravagances du fou.

Mais attendez ! Ce n’est pas tout.

Le gueuleton est net de taxe.

Et en prime on a le névraxe

et même la peau du dessus.

Franchement, on n’est pas déçu.

Sauf si la roue trop en écrase.

Excusez pour la périphrase,

mais tout le monde parle chien

et peut donc comprendre très bien

ce qui arrive au bord des routes

où le chien facile s’ajoute

au soleil et aux éboueurs.

Les chiens sont toujours beaux joueurs.

On ne les prend pas à la triche.

Rêvent-ils de devenir riches ?

Non, n’est-ce pas, pas eux aussi.

Mais continuons ce récit.

Cristobal était sur la route

et se secouait la biroute

contre un poteau portant signal,

comme cela paraît normal,

ni plus ni moins et je t’emballe.

L’introduction est capitale

si le récit n’est pas banal.

Il a l’instinct pas très zonal,

mais il tient à laisser sa marque

des fois que quelqu’un la remarque,

ce qui arrive peu souvent.

Le métier n’est pas bien crevant.

On est fait pour lever la patte

et si on a le cul de jatte

on lève la queue et basta.

Soudain Cristobal s’arrêta.

La pluie tombait à grosses gouttes

et inondait toute la route.

Le vent sifflait dans le moulin,

mais pas un de ses châtelains

ne s’en plaignit hors de son rêve.

Comme cet exorde s’achève,

Cristobal s’arrête et attend.

Ce qu’il voit est bien déroutant.

Sur le chemin dessous les chênes

une deudeuche fort ancienne

descend le chemin du moulin

et monte sur le terre-plein

sans feux et même sans pilote.

S’il avait eu une culotte,

Cristobal aurait fait caca,

mais comme les chiens n’en ont pas,

du moins pas ceux de cette sorte,

il ne fait rien pour que ça sorte

et se retient à ce qu’il peut.

Malgré tout il frissonne un peu.

Une deuche fantomatique,

ce n’est pas que je la critique,

mais ça fait toujours impression,

surtout du côté du croupion.

Et le croupion, il l’a en nage !

Des fantômes dans les parages,

ça s’est vu mais il y a longtemps.

A l’époque même Satan

allait à cheval en vacances.

La bagnole eût eu de l’avance

si jamais on en avait eu.

Depuis jamais dans l’impromptu

on avait rencontré des âmes

échappées de l’Enfer en flammes

pour rappeler aux bons vivants

que les morts qu’on revoit souvent

ce n’est pas bon mais mauvais signe.

Et depuis un point à la ligne,

plus de fantômes pour servir

d’excuse au manque de désir.

On était bien tranquille et tout.

La science rangeait les bijoux

selon l’ordre de la famille,

avec l’enfant sous la charmille

et le pouvoir qu’on y exerce.

Point de diktat ni controverse

sans logique ni deux témoins.

Ici celui qui veut oindre oint,

mais pas question que des fantômes

servent la messe pour les hommes.

Or voilà qu’un chien nous dément

et en plus dans un vrai roman.

Ce qu’il voit est bien un fantôme !

S’il avait été comme un homme

instruit des choses du passé,

il en aurait vraiment stressé.

Le lourd vaisseau de la légende

reprenait corps sans qu’on demande !

Heureusement, ce n’est qu’un chien.

Ce qu’il regarde, il le voit bien.

Une voiture est emportée

par l’irrésistible bordée

que l’eau, la terre et le grand vent,

et peut-être l’engoulevent

qu’on trouve au chapeau de la rime

autant que dans la nuit du crime,

arrachent sans le faire exprès

aux noirs desseins de la forêt.

Mais ce n’est pas le plus énorme

de cette apparition hors norme,

car y regardant de plus près,

comme on fait dans les cabarets,

Cristobal croit voir forme d’homme !

Comme il est encore autonome,

il descend fort tranquillement

pour jeter un œil plus savant

sur ces choses que la nature

emprunte à l’homme qui l’endure.

Un homme flotte sur l’étang !

Le chien va expérimentant,

comme céans on imagine,

diverses réflexions canines

que nos usages textuels

ne sont aptes à dire tels,

d’autant qu’ouvrant sa grande gueule

il n’en traduit pas une seule.

Dactyle, anapeste ou ouahouah

plus d’un expert désavoua

celui qui encore se risque

à cette improbable métrique.

Nous nous en passerons aussi

et reprendrons là le récit.

L’aboiement réveilla Antraxe

qui rêvait encore aux relaxes

dont il avait bénéficié

suite à divers travaux viciés.

Mais le chien préférant son maître

quand il s’agit de lui permettre

de faire peur à l’importun

ou d’y pratiquer un emprunt,

il se servit de ses deux coudes

pour réveiller Dédé qui boude

toujours dans ces cas impérieux.

Après s’être frotté les yeux

et avoir exigé la mise,

Dédé rajusta sa chemise

et vérifia le coutelas

qui établit l’apostolat

dont il soigne les avantages

au fil quelquefois de l’otage.

La suite est racontée plus haut.

Dédé n’a pas montré sa peau

aux deux flics qu’il juge un peu dingues

de s’adonner à la seringue

par un temps pourri jusqu’à l’os.

Mais Bacchus et son pote Éros

n’expliquent pas non plus les choses.

Ça ne sert à rien qu’on en cause.

Aussi venons-en à Antraxe

qui réveillé ne se détaxe.

Il veut savoir que fait Dédé.

Cristobal est aussi pédé,

dans le genre cabot nature.

Ça fait de la littérature.

S’ils sont en train de s’amuser

avec un troisième cinglé,

on n’est pas sorti de l’auberge !

pense Antraxe ou plutôt gamberge.

Il met dehors un nez prudent

qui se mouille en prenant le vent.

Il lèche une goutte sucrée

et tâte un peu voir la purée.

« Merde aux bourgeois qui m’ont conçu !

Dire que je les ai déçus

n’est pas peu dire au tribunal.

— Vous êtes civil et pénal !

m’a engueulé la Présidente

en constatant que j’ai des rentes.

— Si j’avais l’air intelligent,

j’en aurais eu pour mon argent !

— Mettez-moi au trou cette ordure

qui fait du mal à la nature !

— J’irai si je veux, quand je veux !

J’ai des droits comme je le peux.

— Facilitez la procédure.

Une cellule avec verdure !

— Je dirai tout ce que je sais !

— Vous direz tout ce qui me plaît

de savoir pour au trou vous mettre.

Voyons ce que peut me permettre

la Loi dans les cas de pognon…

— J’ai aussi un joli trognon…

— Moi j’en ai deux et je les aime.

Même si personne ne m’aime.

— J’étais tout seul et mon papa…

— Taratata ! Je connais ça !

— Il me battait et même pire !

— On faisait ça dans notre Empire !

— Je m’en fiche pour le harem.

— N’en rajoutez pas ! Carpe diem !

— Cinq ans au trou ! Avec des lopes !

Vous êtes une vraie salope !

— Des fois je me le dis aussi.

Continuez votre récit,

en espérant que cette incise

éclaire un peu votre bêtise

de personnage de roman

qu’avec trois sous on met au banc. »

Virgile secoua sa tête.

Il n’avait plus l’air d’un athlète.

« Vous avez l’art de mettre en vers, »

dit-il se tenant de travers

pour améliorer sa doctrine.

Couvert d’un vieux sac de farine,

il reçoit la langue du chien

qui fait partie des comédiens

chargés de jouer cette scène

véridique et même prochaine.

Jugez si je mens quand je mens.

Ils avaient sorti de l’étang

un homme en état de s’y mettre

pour ne plus jamais reparaître.

C’est du moins ce qu’ils en pensaient.

Et maintenant il écoutait

d’Antraxe une Ode à mon seul crime.

Et jusqu’au bout Antraxe exprime

les sentiments qu’il a volés

en mettant la main au panier,

au sens propre, on se le figure,

comme au figuré la luxure.

Il en devient rouge et idiot.

Ça se termine en adagio

et tandis que Dédé en pleure,

car on y a passé une heure

qu’on aurait mieux fait de rêver,

Virgile salue l’achevé

de ce poème écrit sur l’onde

qui dessous le plancher abonde.

« J’ai fait ça vite fait bien fait !

dit Antraxe que le forfait

n’a pas ébranlé d’une octave.

De la règle je suis esclave,

mais je recompte avec les doigts. »

Il est descendu de la croix.

Il se ratisse en haut le crâne

et à sa place la banane

remet sans oublier ses fers.

Virgile qui sort d’un enfer

de boue et autres immondices

remercie comme un vieux complice

qui ne veut pas en dire trop

de peur d’en rajouter au trot,

d’y perdre son vocabulaire

et les atouts de sa manière

pour expliquer qu’il n’a pas dit

ce que l’auteur a mal compris,

car l’auteur est atrabilaire

quand le critique croit bien faire.

« Je me vois mal recommencer,

dit Virgile sans y penser.

J’aime la vie et ses poèmes !

Mais moi poète, qui donc m’aime ?

— Mais je vous aime pour de bon !

s’écrit Dédé qui fait un bond

pour se mettre sur le passage.

Quand on aime, on a l’avantage

de savoir au moins qui on est !

Celui qui n’est pas toujours hait.

Croyez-en un vieux fabuliste

qui dit que le bonheur existe.

Le chercher c’est tout l’intérêt

de la vie et de ses arrêts !

— Je cherche mais rien je ne trouve !

Je suis comme poule qui couve

ce qui sort de son trou du cul !

Je viens, je vois, je suis vaincu.

Chanter quand on a de la gueule

je veux bien mais quand elle est seule !

Voyez donc ce qu’elle m’a fait !

Et comme on dit, sans faire exprès ! »

Et ouvrant le sac de farine

Virgile conclut sa doctrine

en révélant qu’il est coupé.

Dédé en reste suffoqué.

Il pose ses genoux à terre

et ne songe qu’à bien se taire.

Antraxe qui ne savait pas

sur le côté fait un faux pas

et manque de peu de se mettre

corps et âme, sans dieu ni maître,

dans le trou que Dédé a fait

dans cet impeccable plancher,

tout ça pour pêcher des anguilles

dont une seule, vue sans lentilles,

a montré le bout de son nez.

Cristobal veut le renifler.

Dédé lui met une mornifle.

« Mais que veux-tu qu’il me renifle ?

dit Virgile en le caressant.

— Je n’ai jamais vu tant de sang !

s’écrie Dédé qui se recule.

Même quand Antraxe m’encule.

Il faut d’urgence à l’hôpital

recoudre sinon c’est fatal.

L’homme sans ne peut point survivre.

C’est écrit dans les meilleurs livres.

Et j’en ai lu des pas torchés

avec la main d’un vieux gaucher.

— C’est que voilà, clame Virgile,

je crains que me tombe la tuile.

Ils m’ont laissé seul dans la nuit,

alors que j’ai de gros ennuis,

et des trous partout dans la couenne

que m’a faits la déesse Diane

avec un fusil à trois coups.

J’ai fait le Christ avec les clous

après avoir joué Marie

qui fait Joseph en librairie

et la pute sur le trottoir.

Quand j’étais jeune il fallait voir

de quoi en vrai j’étais capable.

Je me croyais inaliénable !

Jamais rouillé et toujours prêt.

Et travailleur même à l’arrêt.

De l’inox en cuir véritable.

On en redemandait à table.

Il fallait voir et on a vu !

Et maintenant de l’imprévu !

Du hasard mais sans les merveilles

promises par l’art de l’oseille.

Non mais voyez le résultat

d’un amour qui s’acclimata

à ses plus hautes exigences !

Elle en avait jusqu’à la science.

J’étais fou de me croire fou !

Et fou je deviens sans Pérou !

Sans un bateau qui tient la vague,

Ulysse est une bonne blague

faite aux amateurs de coucous.

Me coudre quoi si on me coud !

Du russe bricolé en Chine ?

Du mort que l’esprit abomine ?

Je retourne dans mon étang

pour rejoindre l’espace-temps

qui fait encore ma métrique.

Je suis déjà cadavérique.

Retenez votre chien obtus

et laissez passage à l’intrus

qui a dérangé votre extase.

— Moi, les mecs qui cherchent des noises

je les fais mordre par mon chien ! »

s’écrie Dédé qui se retient.

Il veut montrer qu’il est agile

et qu’il est dans son domicile

plus criminel que le civil,

car en matière de droit fil

son expérience est pragmatique.

Il aime trop la mécanique

pour laisser faire le destin.

Il se construit de vrais fortins

avec du papier périodique.

Son ambition est athlétique,

même au prix de la trahison.

Ah ! S’il connaissait des poisons,

mais il ne sait rien de la femme,

alors quand soudain il s’enflamme

il ne sait plus ce qu’il se fait.

Même le mal est imparfait,

toujours en retard, de traviole,

pas fini ou sans le pactole

promis dans les moments d’effroi

relatifs à la fin en soi.

Ça lui fait dedans une boule

faite d’un fil qui se déroule

quand on lui tire trop dessus

qu’à la fin quand il n’en a plus

il en redemande et se frappe

pour qu’on ne lâche pas la grappe.

Et ça lui fait un mal de chien,

autrement dit beaucoup de bien.

On peut dire qu’il est complexe,

pas seulement du côté sexe,

et au fond ce qui le fait chier

c’est d’en avoir la faculté

et de devoir crever quand même.

« Et que je te dis que je t’aime !

Et comme ça de loin en loin,

avec ce qu’il faut de témoins

pour authentifier la lignée.

Ah ! Si c’est ça la destinée

autant faire mal plus que bien !

Et quand je dis mal ce n’est rien

à côté de ce que je donne.

Je peux même en faire des tonnes.

Grâce à moi on est éternel

et si je crève avant Noël,

sans jésus ni la vierge enceinte

et sans papa pour porter plainte,

pas de problème, on est plusieurs !

C’est le genre qui a l’honneur

de décliner dans le pérenne

et non point le gaillard obscène

qui veut vivre et ne pas mourir.

On est fini, mais sans finir.

Pour être utile, on est utile !

Mais ça sert à quoi l’inutile ?

Je vous en pose des questions !

Et pas des rouillées par l’action

qui réduit la philosophie

à l’art de la télégraphie.

J’aurais dû devenir savant.

Je le serai dorénavant

si la Justice par l’étude

met fin à mes vicissitudes.

Mais le magistrat est trop con

pour traverser le Rubicon.

J’en fais quoi, moi, de tout ce sperme ?

Du baume pour les épidermes

de celles qui sur un balai

font mieux qu’avec le batelet

qui met les hommes en cellule

et bientôt dedans des capsules ?

Qu’on me donne l’éternité

et je deviens la charité.

Vous ne répondez rien si j’ose

vos convictions remettre en cause !

— Ah ! Mais pardon ! Je m’en allais !

Je ne suis pas votre invité

si l’idée que j’ai du suicide

vous paraît un infanticide !

Qu’allez-vous donc imaginer !

Regardez ce qu’elle m’a fait !

Et mal alors qu’elle eût pu faire

beaucoup mieux sans mettre par terre

les projets dont j’eus les moyens.

Vous me direz qu’en cherchant bien

je trouverais mieux que du russe

ou du cadavre avec astuce.

Je vous crois comme je vous vois

et je comprends que je le dois.

Mais comprenez que la limite

à franchir si je le mérite

n’est pas ce qui fait de l’Enfer

l’écosystème qui dessert

les traversées imaginaires

qui solutionnent nos contraires.

— Comme si je vous demandais

ce qui ne peut point se payer !

J’ai ce qu’il faut et du solide !

Jamais de plainte en cas de bide.

Vous me prenez pour un rêveur

alors que je suis un noceur !

Votre joli cul me passionne

comme jamais je confectionne.

Veuillez en avant vous pencher

afin que de vous pénétrer

une belle joie je conçoive

qui par ailleurs ne vous déçoive.

— Je ne suis pas votre obligé !

Vous m’avez de la mort sauvé

alors qu’elle m’était mollette.

Et de cette vie qui m’embête

vous prétendez me fortifier !

On ne peut certes pas se fier

à de pareilles théories !

Voilà une catégorie

à laquelle je ne peux pas

adhérer juste comme ça !

Il faut en avoir la pratique

et surtout l’habitus antique.

Je suis un homme de mon temps.

Du classique rien je n’attends.

Comment voulez-vous que j’opine

si la liberté ne m’anime ?

Et d’ailleurs je n’attends plus rien.

Ni russe, ni greffon ancien.

Pas de prothèse mirifique

ni de morceau cadavérique.

Je ne veux plus sauver ma peau.

J’en deviendrais vite marteau.

— Soit. Mourez si c’est la nature

qui vous inspire l’aventure !

Mais avant de partir sans moi,

laissez-moi goûter en bourgeois

à vos faciles avantages.

Vous avez exactement l’âge

qui convient à mes ambitions.

Vous connaîtrez de la passion

plus que Racine en dit aux gosses.

Je ne parle pas d’un négoce,

mais d’une affaire sans tarif.

— Mais je n’en suis point le fautif !

Chacun y trouve ce qu’il trouve

mais si l’autre le désapprouve,

il est d’usage d’en rester

aux intentions sans rien tester.

Puis-je vous rendre la pareille

si je n’ai plus cette merveille

pour vous en dire quelques mots

qui vous eussent laissé K.O.

tant je sais l’art de le redire ?

Faut-il qu’enfin je vous inspire,

parce que je suis un garçon

ou pour toute autre déraison,

l’acte et non point la connaissance ?

L’esthétique a des résonnances

que la morale met au banc.

Et ce juste quand le moment

pour moi est venu sans nul doute

de me jeter où je redoute

ne n’être plus ce que j’étais.

Vous me voyez fort embêté

de ne pouvoir vous satisfaire.

Et croyez-moi, j’en désespère !

— Que dire alors de mes tourments !

La prison m’a connu blâmant

les contraintes qu’elle dispense,

et je blâmais non sans audience.

Ce sont là des années d’index.

Et rare s’y fait le latex

à tel point qu’on se rend malade.

Je comprends votre dérobade.

Je vais bander encore un peu,

le temps pour moi de rendre heureux

cet organe ou cet appendice

qui me vaut souvent en justice

de blessantes déclarations,

d’autant plus que j’ai la miction

comme qui dirait douloureuse.

On en a vu de plus heureuse.

Je vais donc me la chatouiller.

Vous pouvez aller vous noyer

sous le regard de nos grenouilles

qui la nuit nous cassent les couilles

tant elles manquent au sommeil.

Demain matin, dès le réveil,

je mettrai mes genoux en terre

pour partager votre prière.

Allez donc vous faire la peau

malgré le temps qui n’est pas beau

comme pourtant il devrait l’être

quand l’homme prétend disparaître

en tout cas de ce qui se voit,

car l’ailleurs qui ne se voit pas

des fois s’entend si on écoute. »

A ce discours Dédé ajoute

que le plaisir qu’on a solo

un peu comme se foutre à l’eau

dépend de celui qui y nage

mais aussi de ce qui l’engage.

A l’intérieur du vieux moulin

poussent des herbes en déclin.

Il s’y cache et se met à braire

une chanson pour se distraire.

« Quelquefois à l’harmonica

j’accompagne mon doux caca.

Mais tu n’es pas là pour me dire

si tu veux de ma tirelire.

J’en ai des sous pour acheter

ce qui tous deux nous fait rêver.

Le cul, ma mie, m’a rendu riche.

Et je t’en laisse le pourliche ! »

Antraxe gratte son menton

et cherche des yeux un bâton,

tandis que Virgile s’apprête

à pondre sa dernière œuvrette.

Cristobal ne comprend plus rien.

Ce suicidé, il l’aime bien.

Mais le bâton, c’est pour sa pomme.

Cet ustensile au bout d’un homme,

est plus dangereux que les crocs

et en moins de temps qu’il n’en faut

vous remet les idées en place.

On n’a pas toujours cette audace

qui fait le héros révolté.

S’il faut à tout prix se frotter

autant préférer les caresses.

Un coup de pied prend de vitesse

ces réflexions sur le destin.

Ainsi prend fin le baratin

qu’il se voyait déjà sur scène

déclamer au fil de l’haleine.

« Allez donc vous tuer plus loin,

propose Antraxe au baladin.

Ça m’embête de vous le dire,

mais il se trouve qu’on conspire

pour ne pas être du complot.

Voyez-vous, les mélis-mélos

si le dramaturge en est l’âme,

avec ce qu’on sait de la femme

on se marre et on applaudit.

Mais si c’est le flic qui médit,

le risque est grand de prendre un bide,

surtout si l’acte coïncide

avec les faits qui, reprochés,

donnent du sens au jeu fléché.

Quand on joue on est plus qu’aux anges.

Le flic passe pour un archange

et l’annonce faite au client

invite à des rapprochements

qui dans l’embarras vous remettent

et de la poudre d’escampette

font de la poudre pour les yeux.

Comme final on a fait mieux

et en tout temps sur le théâtre,

j’en veux pour preuve Jean-Sol Pâtre

qui remet le monde à l’endroit

quand à l’envers il est à soi.

Aussi, voyez-vous, cher poète,

sans vouloir vous casser la tête,

il va pourtant dessus falloir

mettre plus d’un coup de battoir

afin d’éloigner la menace

de se retrouver face à face

avec un staff d’autorités

à qui il faudra expliquer

pourquoi on ressemble aux deux drôles

recherchés pour deux trois bricoles

qui ont aussi causé des torts.

A qui, à quoi, je me fais fort

de ne jamais comme à la messe

m’en expliquer dans la détresse.

Excusez si le coup est dur

mais je fais ça avec le mur. »

Prenant la tête entre ses paumes,

d’un fort coup de mur il assomme

le pauvre Virgile tout nu

qui tombe comme un prévenu

tout étonné de l’orthographe

de son sous-diplômé biographe.

« Ah ! Merde ! dit Dédé montrant

la tête qu’il fait tout le temps

quand du colon il est à l’œuvre.

Tu y vas fort à la manœuvre !

S’il est vivant après ce gnon

je te ramone le trognon

à la Chantilly béarnaise.

— Que veux-tu, je l’avais mauvaise !

Ces mecs qui veulent se tuer

sont quelquefois de vrais dangers

pour ceux qui restent dans la place.

Là, j’ai senti une menace.

Il me plaît bien, moi, ce moulin.

Pourquoi causer un vrai bousin

alors qu’on jouit d’ataraxie ?

On a droit à une accalmie.

Il peut crever, mais pas ici !

— Mais il est crevé ou quasi !

Tâte le pouls qu’on se renseigne.

J’ai vu de plus molles châtaignes

changer en tragédie destin

prévu pour un autre festin.

— Maintenant ou plus tard, je kiffe !

J’œuvre toujours dans l’apocryphe.

Je défends ma tranquillité,

dans le malheur ou la beauté

selon les hasards de la route.

Prends les pieds si ça te dégoûte

de regarder les yeux d’un mort.

Chacun son idée du confort.

Les pieds ça n’a pas d’existence.

Ça ne dit rien de l’adhérence

ni des glissements du plaisir.

Dans le travail et les loisirs,

les pieds ne laissent pas de traces.

Qu’on se tue ou qu’on se délasse,

avec ces doigts tu ne fais rien.

Sais-tu si ces deux sont les tiens ?

Plus d’une fois, mort de fatigue,

tu défais les nœuds des intrigues

et tu reviens, sur tes deux pieds,

pour voir le rideau se lever

sur autre chose que tes rêves.

Avec les pieds rien ne s’achève.

Rien ne recommence non plus.

Du destin les pieds sont exclus.

Tu peux revenir à Collioure

avec les pieds que tu savoures.

— Ah ! C’est beau quand tu fais des vers !

J’en ai l’anus tout entrouvert.

Mais c’est trop tard quand ça me presse.

J’en ai la queue qui se redresse.

Entre les pieds laisse-moi jouir !

La position est à ravir.

Je vais vite en la circonstance,

car tu as ton idée, je pense… »

Dédé s’active sur les pieds

qu’il tient dans ses deux poings serrés.

Antraxe ouvre une crapaudine.

Seul un oiseau noir se débine.

L’étang clapote par endroits,

puis l’eau filoche sous le bois.

La nuit se repose, immobile,

secouée de peurs infantiles.

Il scrute le noir des profils,

cherche les mots, fronçant sourcils.

Sa langue soulève la lèvre.

Ses tempes secrètent la fièvre,

formant des gouttes que le doigt

efface d’un trait net et droit.

Il se sent apte à la besogne

et doucement frotte ses pognes

l’une contre l’autre, gaîment.

Enfin Dédé tombe en jouissant.

Son corps sale et puant flageole,

il en a perdu le contrôle.

C’est fou ce que les fous sont fous !

se dit Antraxe qui s’en fout.

Il en rit même par saccades,

se bat le ventre et pétarade,

se mord la joue, tape du pied,

animant ainsi le plancher

d’une ondulation inquiétante.

Cristobal lèche les deux plantes.

Virgile a l’air mort et bien mort.

Il est boueux sur tout le corps.

Les mains en haut tournent leurs paumes.

On peut croire qu’il fait un somme.

Il a même les yeux ouverts,

ces yeux où s’agite une mer

peuplée d’utiles personnages.

Antraxe connaît ces voyages.

Il en devient fou quelquefois.

Il a perdu tous ses emplois

dans la vague qui le submerge.

Maintenant il est sur la berge,

il contemple les vieux rochers

que le temps n’a pas emportés.

Comme elle est belle cette écume

dont les sirènes se parfument !

Des plongeurs aussi fous que lui

ne reviennent pas s’il fait nuit.

Ils emportent des coquillages

à leur ceinture de cordage.

Et si le jour porte conseil,

ce ne sont point ceux du soleil.

La vie n’est pas une aventure.

Elle appartient à la structure.

Mauvais poète il s’établit

dans les crispations de l’oubli.

Le mal habite la cellule,

pense-t-il quand elle pullule

et il en rit avec l’ego.

Le style n’est pas de l’argot.

Pourtant tu fais de belles phrases

et on conçoit bien tes extases.

« Nous sommes fous comme les fous,

ni plus ni moins, mais à genoux,

sans solution, sans espérance,

plus piteux que traces de roi

sur le trône qui en fait foi.

Nous finirons à la poubelle,

toi et moi comme les plus belles,

les mieux faites pour le bonheur

qui illusionnent les noceurs.

Il faut finir et j’harmonise !

Elle est belle mon entreprise !

Nous ne rirons plus du bouffon

qui au fond de nous se morfond t

ant il se sent mort et utile.

Nous intervenons si c’est l’heure,

dans les salons de nos demeures

que la rue peuple de schizos.

Qui organise nos réseaux ?

Qui met des miroirs dans la soupe

et planifie les entourloupes ?

Qui facilite les accès ?

Qui donne un sens à nos procès,

ceux qu’on perd comme ceux qu’on gagne ?

Quelle cagade, ma compagne !

Je te vois changer comme l’eau

qui coule sous nos ponts bien beaux,

bien nus, bien perpendiculaires,

bien sous tous rapports entre frères,

bien bâtis pour dormir debout.

Nous sommes fous plus que les fous.

Sur les quais, trottoirs, avenues,

dans le sentier, pente sinuent

ces deux pieds morts d’être des pieds.

Avec les pieds, on peut jouer

sans mettre les mains dans la merde.

A moins qu’en chemin on se perde.

Cela arrive au mieux conçu

pour retrouver l’inaperçu.

Nous ne referons pas le monde

ni le regard de la Joconde.

— Tu me mets les tripes dessus !

Je veux dire lato sensu

pour parler comme tu me parles.

Et pas foutus d’être des marles

que respectent même les flics.

Tout tombe mais jamais à pic !

On n’est pas fait pour la gamberge

ni pour la crème qui émerge.

Fou ou pas fou, je suis vivant

et pas en voie d’être savant.

On fera tout ce qu’il faut faire

moins ce qu’on ne sait pas refaire. »

Dédé remonte son falzar

et s’en remet à tout hasard.

Il jette un œil sur la dépouille

qui d’un poil ni même des couilles

n’a pas bougé et ne vit plus.

« Dire des mots est superflu.

Soit on se taille et à la diable,

soit on agit mais à l’amiable.

J’ai tué, d’accord, mais sans toi

on ne sait pas même pourquoi.

On le remet dans sa bagnole

et on la pousse tartignole

le plus loin qu’on le peut à deux.

Le discours est cauchemardeux,

mais le style n’est pas moins nase.

On fait la chose en quatre phases :

un, on se l’installe au volant,

les mains dessus et l’air marrant.

Pourquoi marrant ? Un rien l’amuse.

Par exemple une de ces muses…

— Et où on trouve ces cas-là ?

On est à sec, ne l’oublie pas.

— Je dis ça comme on dit des choses.

Si on ne les dit pas on cause.

Deusio, on pousse sans crever e

t si on a bien travaillé,

on se retrouve sur la route…

— Travailler, moi, ça me dégoûte !

Change le mot et je te suis.

— Ça tombe bien. Déjà j’y suis !

Tercio. Ah ! On a été vite.

Ça roule sans bonne conduite.

On aura des points au permis.

Ça fera plaisir à Mimi.

— Mimi ? C’est qui cet oiseau rare ?

On voit comment tu accapares !

On n’en avait jamais parlé.

Merci d’écourter le délai.

J’en ai plein le dos de l’échine.

Je pousse et monsieur s’acoquine.

Et avec qui ? Avec Mimi

qui lui fait ravoir le permis.

La complicité a des charmes

qui parfois le baron désarme.

Pousse pendant que j’ai du temps

à perdre avec un fou chantant.

Mimi fait de l’escarpolette

pendant que le dos je me pète.

Tercio c’est fait ! Et puis après ?

— Mais on n’est plus dans l’à-peu-près !

On a un mort dans la valise

et pour la peine la remise

n’entretient pas avec l’espoir

le rapport qu’on voudrait lui voir

exercer sur la destinée

que Dieu réserve à ses athées !

Le plus loin possible poussons

comme on le fait dans la chanson

qui rime avec la poésie.

— Rêvons plutôt d’analgésie

par le moyen que nos deux pieds

offrent pendant qu’on est entier !

On voit bien qui c’est le coupable

avant de se remettre à table.

Quelle idée de faire d’un mur

ce que jadis un bon fémur

garantissait à l’anonyme

qui s’adonnait à un vrai crime

dont l’un des deux faisait le mort

pendant que l’autre sans effort

en composait le faux poème !

Le temps change tous les systèmes.

Depuis tu devrais savoir ça !

— Je dis pousse et même fissa !

Pour l’argument qui nous déroute

on verra plus tard si j’en doute.

Devant, derrière et au milieu

on se conjugue comme on peut.

Tous les fragments de l’existence

ne mènent pas à la potence.

Heureusement pour les guignards

dont on fait les meilleurs bagnards !

Ce qui compte c’est l’apparence

et là on n’est pas en avance !

On sait faire mais en retard,

ou alors c’est par pur hasard

qu’on réussit là où le bourge

se comporte comme une courge.

L’existence est une addition

qu’on fait payer au pauvre con

pendant que d’autres se la grattent.

— Ah ! Des fois ce que tu m’épates !

Tu te connais comme pas deux

et je m’oublie sans les aveux.

J’additionne et tu multiplies.

Voilà pourquoi c’est moi qui plie

pendant que toi d’un doigt majeur

tu pousses mais sans la douleur.

— Et c’est qui qui conduit l’ensemble

à la baguette, que j’en tremble ?

— Ça m’aide un peu, je reconnais,

mais le principe aragonais

qui veut du nouveau à la rime

ne serait-il pas pousse-au-crime

quand le poète d’aujourd’hui

préfère l’oiseau au cuicui ?

Lecteur, je pousse et tu m’encules,

ce qui me pousse à l’opuscule

et au fragment qui fait florès

et impose ses palmarès,

ses gueules farcies à l’oseille

et ses caméras qui surveillent

à l’école comme au turbin.

Les poètes sont jacobins

ou ne sont plus à la manœuvre.

Cocos et cathos à pied d’œuvre,

sous la terre et même dessus,

manches à balai et bossus,

bouffent lauriers par la racine.

Morts ou vivants ça ratiocine

sur ce qui est et qui n’est pas

poésie comme veut l’État.

J’en ai l’anus régionaliste,

même pire que nihiliste.

Dans la deudeuche notre mort

ne connaît rien de mes efforts.

Virgile laisse un beau poème,

un truc bien fait comme on les aime,

mais je ne lis pas le latin !

Et dans mon cul ton baratin

prend plaisir sans nous reproduire

comme voudraient Dieu et ses sbires.

Je pousse vers je ne sais quoi !

Et on me dit que sans la foi

je ne suis rien qui peine vaille !

On exige de la marmaille,

du cimetière à l’hôpital

de l’épargne et du capital

et de l’éducation en masse.

Du coup quand je lis je grimace.

J’ai une bite dans le cul

et c’est moi qui pousse bossu

la queue molle et des bleus à l’âme.

Mais l’Université réclame

plus de culs que d’esprits réglos

et de l’honneur dans les grelots,

du fayot et du privilège

et un pompon pour le manège.

On monte les petits chevaux

pour remporter le prix qui vaut.

Quant au prix qui vaut ni que dalle,

c’est le meilleur qu’il nous signale !

On peut toujours à l’étranger

trouver même de quoi bouffer,

mais le français ne se partage

qu’entre Français et à l’étage,

après s’être essuyé les pieds

sur les paillassons des paliers.

On a déjà le cul en larmes

et devant pas assez de charmes.

On devient vite un vrai clodo,

même des fois quasimodo.

Et on revient, comme en Russie

le possédé qui balbutie

des complots et des fins de soi.

J’en ai la glotte dans l’émoi

rien que de penser à ces choses

qui de mon malheur sont la cause.

Et quel effet cela fait-il

de ramoner sans le pistil

qui convient à ces étamines ?

Je t’avoue que je m’achemine

sans avoir trouvé le chemin.

Ce pays je n’y comprends rien !

Je parle la langue officielle

et même je fais mieux qu’icelles

qui la tirent pour vous sucer

ce que mérite l’officier

qui a l’honneur en bandoulière

comme d’autres dans le derrière.

Je ne ménage point l’effort

et je le fais sans les ressorts

qui soulèvent le fonctionnaire

quand sa pensée devient précaire

malgré la garantie d’emploi.

Je pousse comme veut la Loi

et tu m’encules quand je pousse.

La Loi le veut et je retrousse

le manche que j’ai par devant

pour que derrière au bon moment

tu retrouves le goût des clauses

qui me privent d’une overdose

en cas d’abus d’explications.

L’essentiel c’est que ma fonction

de tout le monde soit comprise.

Je suis le lecteur qu’on méprise,

mais qui pousse la 2CV

sans laquelle rien de nouveau

ne sort du gland qui fait office

comme qui dirait de prémices

mais sans le sacre du printemps.

Le mort que tu as mis dedans

n’attend plus rien de cette France.

— Tu métaphores dans l’outrance !

Comment veux-tu que le nigaud

qui est jacobin par défaut

comprenne ce que tu veux dire ?

Pousse sans tirer de ta lyre

l’apologue de nos pépins.

La poudre de perlimpinpin

de l’analogie rafistole

des idées bonnes pour la taule

où je n’ai pas envie d’aller.

Pousse ! Je vais éjaculer

avant d’arriver chez Sanchaise.

Tu sais bien que dans la foutaise

je ne suis plus ce que je suis !

Et alors bonjour les ennuis !

Des jugements qui humilient.

Et des serments qui nous délient.

Je ne veux pas revivre ça !

Pousse plus fort ! Fissa ! Fissa !

Sanchaise apprécie chez les autres

les spectacles comme le nôtre. »

Ici, le lecteur attentif

espère que le plumitif

a prévu pour changer le rythme

de ce récit sans algorithme

à la clé de sa progression,

comme chez Faulkner en faction

un changement de point de vue

sur la base de l’inconnue

qui en fera tout l’intérêt.

Profitons-en pour respirer,

car j’avoue que ce long dialogue

entre deux clodos pédagogues

ne m’a pas vraiment convaincu

d’autant que ces deux casse-culs

ont assassiné mon Virgile

sans expliquer l’automobile,

ce qui n’est grave que pour moi

(ne me demandez pas pourquoi

Engeli veut que je traduise

et que je mouille ma chemise)

mais surtout parce que pourtant

le même Virgile est vivant,

comme on l’a lu avant ces pages,

après cette scène sans âge.

Elle en eût eu un le lecteur

y retrouverait son bonheur,

lequel consiste à ne relire

que ce qui se laisse redire.

Nous savons donc, à ce moment,

que notre Virgile est vivant,

bien qu’enfermé dans la voiture

comme le dit notre écriture

plus claire que les bafouillis

de ces deux clodos en sursis.

Mais les deux flics qui constituent

les éléments du point de vue

que nous allons dès maintenant

et sans délai mettre en avant,

observant la scène à distance

ne peuvent sans grande méfiance

en mesurer non seulement

le sens mais aussi les tenants,

dont l’un n’est autre que Virgile

que nous savons, nous les vigiles,

(s’il est permis, cher Engeli,

de trouver rime à nos délits)

non point raide comme justice,

mais simplement sous les auspices

de Morphée ou tout autre mort

qui veille au grain quand l’homme dort.

Le roman a de ces ressources

qui valent bien qu’on se rembourse

sans attendre la décision

de maints jurys nés d’élections.

Mettons la main dans cette épargne

et agitons, non point sans hargne,

nos doigts de fées comme il convient.

Nous ne nous ferons que du bien.

Sans ce bien le roman n’apporte

rien au taulard ni au cloporte.

Nous savons, ils ne savent pas,

mais tous nous ne savons pourquoi,

sauf Engeli, notre éminence,

qui sait comment cela se danse

et qui se tait en attendant,

attendant quoi ou quel actant

dont nous savons si peu de choses

que l’effet en devient la cause.

Mais laissons là ces exposés

et revenons aux préposés

de la police nationale

dont nous connaissons la cavale.

Ils revenaient donc sur les lieux

après, peut-on le dire mieux,

avoir retrouvé la conscience

que l’abus d’alcool et d’instances

avaient privé de leur bon sens.

Ils roulaient même à contresens,

Alice éclairant de sa torche

les coins obscurs où l’homme torche

son cul avant de repartir

à l’aventure du désir.

Et voilà que, lors d’un virage,

apparaît dans son éclairage

la deudeuche non à l’arrêt

mais roulant sur le bas-côté,

sans feux ni personne à la barre.

Le phénomène n’est pas rare,

mais quand on revient du plaisir,

on se méfie de l’avenir

tant qu’on n’a pas vraiment la preuve

que ce qu’on voit n’est qu’une épreuve

envoyée par le dieu Souci.

Nicolas qui se penche aussi

laisse bêler sa bouche ouverte.

Il en tire sa langue experte

pour supposer que ce qu’il voit

n’est pas l’effet qu’il a sur soi.

La deuche dans l’herbe cahote,

agitant sa verte capote

au vent qui pleut sur ses carreaux.

Alice sur un bordereau trace

des signes hermétiques

que Nicolas, d’un œil critique,

observe comme s’il savait.

La question est : Comment on fait

quand la situation présente

du vade-mecum est absente ?

Qui on appelle sans passer

pour des enfoirés le dernier ?

Remuer son doigt dans sa plaie

plus d’un flic bien armé effraie.

Comme il ignore ce qu’il sait,

il ne dit rien et puis se tait.

Il ouvre un œil gros comme une huître

et le colle dessus la vitre.

Alice ne sait pas non plus,

mais elle ne l’a jamais su.

On se regarde pour la forme,

clignant de l’œil selon la norme,

et on s’apprête à repartir

vers d’autres moments de plaisir

quand, alors qu’elle met le pouce

où elle voudrait qu’on la pousse,

elle se prend à expliquer,

sans cesser ses doigts d’agiter,

pourquoi la deudeuche dévale

le bas-côté qui la rend sale.

Et Nicolas, qui veut bander

sans avoir recours aux bédés,

se fait mal au bout du prépuce

qu’il a gonflé comme une puce.

Du coup il devient minutieux

et exige que vu l’enjeu

Alice cesse sans négoce

de déconner dans le carrosse

alors qu’on n’était pas venu

pour deviner dans l’inconnu.

« Mais tu vois quoi quand tu regardes ?

lui dit Alice sur ses gardes.

— Je vois que tu te fous de moi !

Et bien choisi n’est pas l’endroit.

Filons avant qu’on nous emmerde

et que ma semence se perde

au fond de ce vieux pantalon

qui a vu pire à sa façon.

Les rapports me rendent malade

si je raconte des salades

pour faire durer le plaisir.

Ici je ne veux pas moisir.

— Mais tu vois quoi quand tu regardes ?

dit Alice un rien goguenarde.

— Je vois que tu te fous de moi !

En amour je n’ai pas le choix.

Ces perspectives me la coupent !

Encore un peu et tu me loupes.

C’est maintenant et pas ici !

On le fait pour tous les sursis.

Tant pis pour le propriétaire

de cette deudeuche honoraire.

Il n’avait qu’à bien la tenir.

Je ne peux plus me contenir !

Un geste de trop et j’explose

comme l’effet après la cause.

Ah ! Ce que c’est bien le viagra

dont le patient fait les choux gras.

— Mais tu vois quoi quand tu regardes ? »

Et la main d’Alice s’attarde

sur le gland témoin du pouvoir

qu’elle exerce ainsi tous les soirs,

avec la main ou autre chose,

de l’extase à l’apothéose,

sur l’esprit de son compagnon

et sans défaire son chignon.

L’œil collé sur la vitre froide,

il en prend mieux que pour son grade.

La pluie ne cesse de tomber

et il en est tout absorbé.

La 2CV descend la pente,

seule dans la nuit diligente.

« Je ne vois rien que toi et moi

et les enfants que j’y conçois.

— Mais ne vois-tu pas qu’on la pousse !

Il faut aller à la rescousse

de ce naufragé dans l’effort.

Tu ne jouiras pas de mon corps

dans ces conditions dramatiques.

La situation est critique

et le devoir n’est pas moins sûr.

Et puis tu n’es pas assez dur.

Portons secours à ce pauvre homme.

Montrons ce que vaut le diplôme

que l’État nous a octroyé.

— Juste quand je me sens choyé

comme vraiment je le mérite !

— Dans la braguette mets la bite

et les boutons referme bien.

Attention à tes poils pubiens.

Il faut que j’ouvre un parapluie.

Ce n’est pas que cela m’ennuie,

mais j’ai besoin de mes deux mains.

Heureusement, on est humain.

Avec les deux que tu possèdes,

tu peux te passer de mon aide.

Les boutons c’est de bas en haut,

comme on fait avec l’échafaud.

Une fois là-haut tu te lèves,

comme tu fais après le rêve.

Et tu me suis sans la frotter.

On va sans doute se crotter.

La pluie suffit à notre histoire,

enfin, si j’ai bonne mémoire.

Inutile d’en rajouter.

Pas besoin de décalotter.

Enlève les mains de tes poches.

Je sais que ce n’est pas fastoche.

On doit donner bonne impression,

ne pas inspirer la passion

mais se conduire en patriote

qui rend service à tous ses potes. »

Débitant ainsi ses tuyaux,

au-devant de la 2CV

Alice allait fière et alerte,

pas très sûre d’être une experte

en mécanique comme il faut.

Nicolas que le tord-boyaux

agrémentait d’un pas perplexe,

faisait confiance à ses réflexes

et posait prudemment ses pieds

dans la gadoue qu’elle foulait.

Comme elle avait pris la tangente

afin d’interrompre la pente

et mettre fin à ce défaut,

peu prompt à jouer les héros,

malgré l’honneur de la gravure

que le monument dénature,

il bifurqua sur le côté

et se trouva comme il voulait

derrière la malle en apnée,

exhibant comme un saint trophée

sa bite qui n’en pouvait plus.

Comme dessus il avait plu,

allez savoir quelle matière

héritée de notre atmosphère,

il en conçut une érection

si rigide que dans l’action,

ou peut-être dans la glissade,

il la fourra sans bousculade

dans le cul de Dédé poussant

toujours la deuche en s’efforçant

de se passer de commentaires.

Ici le lecteur volontaire

objectera que de Dédé

le cul était fort occupé,

et même en proie à des folies

qu’à la morale on n’associe,

par Antraxe qui s’y plaisait.

Or si Nicolas le pouvait,

et je n’ai pas dit le contraire

pour me passer de l’arbitraire,

c’est qu’Antraxe n’y était plus.

Ici le lecteur plus qu’ému,

comme je conçois qu’il en branle,

ou dodine s’il ne l’ébranle,

se demande où il est passé.

Le cours du récit doit changer.

Il faut souhaiter à notre Alice

que son beau projet s’accomplisse

sans autres traces que l’honneur

qu’en médaille pour son bonheur

elle récoltera peut-être.

Mais nous ne sommes pas les maîtres,

ni Engeli, ni moi surtout,

des décisions des manitous

qui dans le secret des alcôves,

ou tout autre lieu où se love

le serpent des notoriétés

qui de l’obscur ont la clarté,

montrent du doigt ce qui se cache

si bien qu’impossible est la tâche

pour un esprit mieux éclairé

quand il s’agit de s’apprécier.

Passons sur ces louches pratiques

qui honorent la République

et revenons à nos moutons.

Nous en étions à trois actions :

Alice tente dans la pente

que la pluie qui tombe alimente

d’arrêter on ne sait comment

la deudeuche qui y descend ;

Dédé reçoit une visite

de Nicolas qui s’y abrite

et se sent bien comme on se sent

quand on ne peut mieux visitant ;

l’action comme on le voit est double,

ne suscitant aucun des troubles

que la lecture quelquefois

met dans la tête du bourgeois ;

Alice attend d’un pied fort ferme ;

Dédé patiente pour le sperme

et Nicolas, qui voit venir,

ne se laisse pas attendrir.

L’action se corse d’une attente

ma foi quelque peu déroutante.

Mais quelque part dans ce décor,

ou s’il l’on veut plus loin dehors,

Antraxe fait bien quelque chose !

Et d’autre chose il est la cause.

On imagine les effets,

ou plutôt comment il les fait.

A cela il faut qu’on s’applique,

cher Engeli, comme on se nique.

Nous ne pouvons aller plus loin

sans donner au récit le soin

qu’il mérite autant que nous-mêmes.

Car si ce chant est le deuxième,

(si le lecteur n’est pas parti…)

d’un troisième il nous garantit,

avec les moyens des syllabes e

t quelquefois avec du rabe,

une parfaite adéquation

avec l’ensemble de l’action.

Le peuple adore les intrigues

et rien d’autre ne le fatigue

que ce qui n’en est pas construit.

Il veut bien y passer la nuit,

à condition qu’on lui ménage

les niches de son bouquinage.

A cela nous nous appliquons,

ne le prenant pas pour un con,

ni au reste pour autre chose.

Dans notre métier il s’impose

et nous lui savons gré qu’il soit

bien que nous soyons à l’étroit.

N’oublions pas que chez Sanchaise,

ou plutôt chez de Gonzalèze,

des personnages importants

eux aussi consument le temps

que la narration envisage,

sous le couvert de ses usages

les mieux partagés par l’humain,

comme un loisir sur le chemin

d’une mort beaucoup moins tranquille.

On dit que l’art est difficile.

C’est le ferment de notre ennui.

L’homme finit mort ou détruit

selon le côté où il penche.

En excluant nombre de manches

qui peuplent routes et trottoirs,

l’homme finit par décevoir

la science qui le momifie

ou l’action qui le justifie.

Heureusement, cher Engeli,

nous partageons le même lit,

les mêmes suées oniriques

et au fond le même lexique.

Nous sommes faits l’autre pour l’un

car le contraire c’est quelqu’un !

Du récit nous sommes l’image

la plus parfaite que moins sages

nous eûmes cédé au bétail

qui en eût gommé le détail

pour que la chanson le commerce.

Perspective qui bouleverse,

comme on le voit ici patent,

la conception même du temps

dans les limites certes, certes,

de votre pauvre découverte

et de ma triste traduction.

Mais foin de cette digression,

faux-fuyant né de la paresse

que nous inspirent les caresses,

car trop loin par le bout du nez

elle prétend nous emmener.

Hommes d’action et d’aventure,

peu enclins par notre nature,

comme on le lit entre les mots

ici présents dans ce chromo,

à traverser les apparences,

revenons à nos plans-séquences

comme le fils à son papa.

Surtout qu’on ne s’y trompe pas,

nous racontons comme on s’amuse,

peu inspirés par notre Muse

et mieux guidés par notre Jeu.

A chacun ses tristes aïeux

et les sources de sa jouissance.

Et au diable la Connaissance !

Nous avons du goût pour l’action

et pour la forme une passion

que nous n’avons pas pour programme

d’en moraliser l’épigramme.

Et voyez le peu que j’en sais !

Ah ! Mettons fin à cet arrêt

et revenons, par habitude,

aux moutons de nos certitudes.

Nous vîmes il y a bien longtemps

Virgile quasiment mourant

dans le flot noir qui le submerge.

Et nos amis, depuis la berge,

tentent de le sauver presto

d’une mort affreuse plutôt,

car la noyade en est la pire.

Gare à celui qui s’en inspire !

De là au brasier de l’Enfer,

il n’y a qu’un pas qui coûte cher

et notre Virgile en goguette

est tout prêt d’y faire sa fête.

On se doute ici que voilà

cette mort promise au-delà

d’Auguste et de Broch dans les Pouilles.

Nos policiers qui en patrouille

sont tombés sur notre rimeur

parviendront-ils en bons sauveurs

à lui épargner cette épreuve

sous l’eau de je ne sais quel fleuve ?

Nous le saurons bientôt, bientôt…

tout dépend de leurs biscotos

et de la quantité de flotte

qui tombe drue et qui clapote.

Il faut dire que cette nuit

causa à tous bien des ennuis.

Mais si Engeli anticipe,

parce qu’il a de hauts principes

à appliquer impatiemment,

et même virtuellement,

sur la peau, comme un cataplasme,

du lecteur bourré d’enthousiasme

qui veut savoir à quel moment

tout cela finit et comment,

(quelquefois le temps nous sépare

et l’infini nous désempare)

le traducteur que je suis si

j’en suis l’auteur un peu aussi

prétend revenir sur la route

où Nicolas heureux s’arc-boute

tandis qu’Alice fermement

sur ses deux pieds la deuche attend.

D’en savoir plus, mais j’en halète !

De l’intellect, voilà la fête.

Nicolas au cul de Dédé

qui croit qu’Antraxe peut l’aider

à résoudre tous les problèmes

qui se posent à ceux qui aiment.

Notons d’ailleurs qu’il est le seul

à savoir que dans son linceul,

ou ce que tel il suppose être,

Virgile déjà en pénètre

les mystères qu’on fait aux morts

et que le vivant dans son corps

ressent au fond comme un poème.

Il en mesure le blasphème

et mord sa langue pour celer

ce qu’elle contient d’incomplet,

de superflu et de larvaire

et même de trop noirs mystères.

Il voit de Virgile les pieds

dégoulinant de sa gaîté

comme plus haut nous le chantâmes.

Comme Nicolas le réclame

et que la voix ne lui dit rien,

d’autant qu’il est question de seins

alors qu’Antraxe dans l’extase

n’en use pas la périphrase,

dans la lunette il s’applique à

reconnaître celui qui va

incessamment se mettre en quatre

pour achever comme au théâtre

l’acte par un rideau tombé.

Mais ce qu’il voit dans le bombé

de la vitre en rien ne ressemble

à qui d’ordinaire il s’assemble.

Il en resserre ses parois

et se sent soudain à l’étroit.

La deuche avance et on trottine,

comme qui à la guillotine

est conduit en catimini.

L’un fond dans l’embrouillamini

et l’autre dans la joie s’active,

ajoutant à sa tentative

maintes gloses pour y voir clair.

Ah ! Décidément cette chair

n’est point d’Antraxe le douaire !

Qui donc met dans mon sanctuaire

ses ex-voto et son totem ?

pense Dédé que ces items

culbutent dans l’apagogie.

Mais il faudrait de l’énergie

pour commencer à renseigner

son début de curiosité.

Et soudain pour corser l’affaire,

allez savoir par quel mystère,

un phare de la 2CV

se rallume illico presto !

Dans la lumière toute jaune

apparaît pire qu’autochtone

une fliquesse en pantalon !

Et elle avance à reculons.

Elle a la gueule toute noire

et des dents comme de l’ivoire.

Sous la casquette on sent que rien

ne peut troubler ce qu’elle vient

chercher ici au nom du peuple.

Voilà avec quoi on repeuple

notre nation pour la guider

vers d’autres voies jouées aux dés

sur le tapis de notre Monde !

pense Dédé que l’autre inonde

en poussant un cri qui l’étreint

comme on fait avec les deux mains

quand quelquefois on assassine.

Et pour corser le noir de Chine

de ce lavis fait à la main,

voilà Virgile qui enfreint

la loi des morts et qui se lève

comme qui s’extrait de son rêve,

avec la face peinte en blanc

par un maquilleur sans talent

qui met du rouge sur les lèvres

et pour simuler une fièvre

des veines bleues sur les côtés

et de la morve dans le nez.

Il sort une langue noirâtre

et dépose ce crade emplâtre

sur les dents qui branlent aussi.

Comme il a l’air plus qu’indécis,

Dédé lui parle dans sa langue.

Laïus, topo, prêche et harangue,

tout le bien-dire y passe en sus

des orémus et des sanctus.

Virgile ne fait que des bulles

qui sur le menton s’accumulent

et chassent de roses reflets

dans les narines de son nez.

Il élève ses deux paluches

et sur le crâne en sang épluche

le cuir qui salit les cheveux.

Le fond de l’oreille est crasseux.

Les doigts squelettiques s’agitent.

Les ongles cassés en effritent

la peau qui saute comme au feu

les étincelles sous les yeux

de l’enfant qui ne peut y croire.

Il s’en décroche la mâchoire

et laisse pendre sur les dents

la langue morte qu’imprudent

il parle encore dans l’exode.

Il voit Dédé qu’un flic taraude

et Dédé voit qu’il ne voit pas,

qu’il manque un fil à son appât

et que le dindon de la farce

au théâtre c’est le comparse

qui fait jambon dans le sandwich.

Il est trop tard pour un bon speech

comme il en fait dans la déroute

aux habitués de la route,

le flic de la circulation

et le con qui circule en rond.

Et la deuche soudain s’arrête.

Virgile se frotte la tête

et l’autre tête dans le noir

ouvre la bouche pour savoir.

Derrière on se secoue la bite

maintenant qu’on ne cohabite

plus, on repose la question,

cette fois sans ponctuation,

de savoir ce que l’on fabrique

à cet endroit qu’on dit critique,

à cette heure et dans cette auto,

avec les mains et sans dico.

Dédé rit jaune et se rechausse.

« Avec la vie qui est en hausse,

dit-il pour amuser les gens

qui sont plus de trois maintenant

qu’il y voit mieux sans les lunettes,

le prix à payer pour la fête

n’est plus le prix du tout venant.

On a raison d’en faire autant

que le permet le portefeuille.

Il se peut d’ailleurs qu’on le veuille

plus clairement qu’il y paraît,

avec ou sans les intérêts.

Le Capital a sa justice

et la Justice ses complices.

Je vous ai causé du retard,

mais on comprend, entre fêtards,

que la jouissance le dilate

malgré qu’il faille qu’on se hâte.

On est pressé, mais entre nous,

le meilleur est sur les genoux.

Le vite fait a ses limites.

Aussi on soigne le mérite

à la hauteur du bon client.

Ne poussez pas, je vais devant. »

Disant cela, d’une voix morne,

Dédé qui sent que, question bornes,

il est toujours soit un peu court

soit en retard d’un long détour,

prend de la poudre l’escampette

et de la fuite la retraite.

Mais le chemin est si glissant

qu’il va plus vite que l’élan.

Il prend au milieu de la poire

le tronc rugueux et dilatoire

d’un pin qui justement penchait s

on ombre pour l’en empêcher.

Il retombe dans une flaque

et reçoit encore une claque

qui lui fait péter le devant

des yeux qu’il rince en le frottant

avec les doigts de ses paluches

parce que dessous le trucmuche

ses pieds ne trouvent plus le sol

d’où il a pris comme un envol.

Faire l’oiseau des circonstances,

par fatalité ou par chance,

(on en jugera selon que

on est pédant ou maître queux)

est un usage de famille

comme d’autres du jeu de quilles

alimentent conversations

et quelquefois même passions.

Comme il allait deux ou trois choses

ajouter au sens de sa cause,

l’énorme pied de Nicolas

une oreille ratiboisa

et déplaça sur une joue

ce qui ressemblait à la moue

de celui qui n’a pas compris

que ce qu’on demande est le prix

et non point le commun usage.

Nicolas connaît le dosage,

la limite et ses horizons.

Et il achève sa chanson

par un coup porté à l’échine

qui en principe déracine

même l’arbre le plus tordu.

Il rembourse le chômedu

au fonctionnaire qu’on exploite

alors que d’autres en convoitent

les petits plus de l’addition.

« Veuillez ici et sans façon,

décliner votre connaissance

de la personne que la France

vous a donnée par compassion

avec effet d’allocations

et reprise à l’heure des comptes

à rendre juste après la tonte.

Et dites-nous, pour compliquer,

ce que dans la nuit vous faisiez.

— Je faisais tout pour ne rien faire

quand ce monsieur, dont je diffère

tant par la fortune que j’ai

que par ce qui me manquerait

si ma plainte, que j’ai fort grave,

était écoutée par les braves

gens que je croise sans les voir,

m’a dit comment faire pleuvoir

et je l’ai fait, comme on l’observe,

cependant sous toutes réserves,

car quel homme qui veut savoir

sait ce qu’il sait s’il fait pleuvoir ? »

Là-dessus le pied en alerte

applique sur la plaie ouverte

qui en deux parties fend le front

disons un coup de son talon.

Dédé qui n’en peut plus recule

et contre un tronc rugueux s’accule

pour reprocher au policier

de ne pas savoir bien doser

et de faire de la souffrance

la bonne raison d’une instance.

« Je reconnais que ton anus,

dit Nicolas à ce minus,

est plus doux que cette cramouille

que je promets à mes deux couilles

pour augmenter les effectifs

dans un esprit plus agressif

que ma contribution honnête.

Mais si tu te fous de ma tête

une fois de plus je mets fin

et quand je dis fin c’est très fin.

C’est même plus fin que la fine.

— Je vois que je vous turlupine,

répond Dédé sans rigoler.

Prenons votre cabriolet

comme de vieilles connaissances

et voyons si les circonstances

font de moi un aventurier c

omme on en voit à la télé

dans les séries américaines.

Une justice bien sereine

avec des façons d’aristo

met en condition tant l’escroc

que la respectable canaille

qu’en fin de carrière on médaille.

— Si tu t’en prends à mon honneur,

de la légion je suis preneur.

J’ai du respect pour la poitrine

et dans mon salon la vitrine

qui convient au rouge qui tache.

Ton nom et vite ou je me fâche !

— Je suis Dédé, né de Dédé,

Dédé donné au jeu de dés,

petit cornet qui fait la France

sur le tapis où se dépense,

ici ou là, sans matelas,

Dédé de Dédé jusque-là.

Je suis Dédé, j’ai de la chance,

car sans la chance on se dispense

d’être des dés le Dédé né.

Voulez-vous sans dés le Dédé

que je suis comme l’ambulance

de Camus qui fait de la France

le pays des dés sans cornet ?

Je suis Dédé, mal ou bien né,

mais jamais dans la Résistance

je n’ai mis mon dé dans la France !

Je le mets dans tous les cornets

des fils de pute ou des bien nés.

Le sillon charnel sent le rance

du beurre étalé sur la France.

Jouer aux dés avec Dédé

c’est tout risquer, surtout sans dés.

La lime est l’instrument de France.

Je le dis comme je le pense !

Voulez-vous le dé de Dédé

dans le cul que vous avez né

ou bien faut-il que sans la France

on vous voie nus dans l’assistance ?

Je suis Dédé, je joue aux dés,

dans la rue et dans les palais.

Je ne vote pas si la France

ne met du vin dans mon ambiance.

Dédé, Dédé, Dédé, Dédé ! »

Ainsi chanta Dédé Ledé

debout dans la flaque puante,

d’une voix si tonitruante

que Virgile en fut inspiré.

Alice voulait l’admirer

et lui proposa sa culotte.

On le vit sortir en compote

du carrosse de Citroën,

la bouche remplie des amen

que ses yeux larmoyaient en haut.

On sut qu’il cherchait son chapeau

quand il en parla sans sa tête.

Il faisait pitié, le poète,

tout nu dans son vieux sac de blé.

Nicolas qui s’y connaissait

fit le rapport de circonstance

avec le moulin en vacance

où la nuit il lui arriva

de s’arrêter et sans les draps

faire l’amour avec Alice.

« Je reconnais cette silice, »

dit-il en tâtant le tissu.

Et le tâtant il reconnut

les perles de ses réjouissances.

Le bonheur connaît la créance

et le crédit poursuit l’enfant.

Ainsi va la vie maintenant

que nous en savons trop, la chance

donnant de l’aile à l’assistance.

Ainsi banque le Nicolas

chaque fois que le matelas

revient visiter la facture

qu’il doit encore à l’aventure.

Il en tremble et se fait dessus.

Alice qui le voit ému,

mais ne connaît pas l’origine

de ce qui ainsi le chagrine,

(ce sera plus tard la raison

d’une dure séparation)

voulant détendre l’atmosphère

met l’un de ses pieds au derrière

de Virgile qui ne sait plus

s’il est vivant ou si en plus

il en est mort et dans les flammes

réduit en cendres jusqu’à l’âme.

Il sautille sur le côté

pour le coup de pied éviter,

mais lui aussi dedans la flaque

fait des signes comme au zodiaque.

Autour de lui, on applaudit.

Malgré la pluie, malgré la nuit,

la foule s’est amoncelée.

Comme la scène est éclairée

par maints phares croisant leurs feux,

le théâtre est un peu fumeux

et des ombres s’y agrandissent.

L’endroit est peut-être propice

au buzz qui est à la rumeur

ce que le cri est à l’horreur.

Des téléphones se connectent.

L’atmosphère devient suspecte.

Mais qui sera donc le premier

à capter la réalité ?

Des lueurs de diodes répandent

des regards prêts pour la légende.

Des sonneries comme des cors

changent les plans de ce décor.

Sur le réseau, on se renseigne

et on rapplique sous l’enseigne,

des fois qu’on ait droit au rabais

qui snobe ignorants et benêts.

Quelquefois même on s’entrechoque,

ce qui interrompt les colloques

le temps de bien se renseigner

sur la valeur du nouveau fait.

On ouvre portières et malles,

malgré le vent et ses rafales

qui emportent loin des objets

qu’on ne poursuit pas sans songer,

dans la quiétude et la détresse,

au spectacle et à ses promesses,

promesses de dons, de stupeurs,

de tranquillité et de peur.

Je ne vois pas d’enfant qui pleure,

ni qui rit, pas d’enfant à l’heure

d’opposer son faible veto.

Un arbre, une flaque, une auto,

dans la flaque deux personnages

et sur l’herbe deux flics en âge

de juger de la vanité

de cette scène de ciné.

« Mais a-t-on jamais vu flicaille

apprécier rencontre et trouvaille

si l’objet n’est pas délinquant ?

Le cerveau d’un flic est clinquant,

voilà tout le jeu qu’il rattrape

quand le véhicule dérape

au grand dam des vilebrequins.

Sur les paliers les malandrins

au voisinage font les poches.

On en voit même qui décrochent

des médailles de chevalier

sans le cheval et le sellier.

Je laisse au lecteur activiste

le soin de nettoyer la piste.

Quelquefois on se laisse aller

à faire obscur pour la télé

alors qu’on n’y est pas son hôte.

Le poème est une culotte

et celui-ci bat le pompon

comme les petits patapons

de l’enfant qui les collectionne

juste pour voir comment on sonne.

Moteur ou cheval chevaliers

sont au volant sur le palier

avec clinquant dans la cervelle

pour protéger la citadelle

de ses voyous et de ses fous.

Le clinquant bouche aussi les trous.

Mais tout le monde a ses poètes,

cocos, cathos, anachorètes,

cénobites et voyageurs,

les policiers, les arnaqueurs,

tout le monde a le goût en tête

et les pieds dedans des chaussettes.

A la matraque ou au fémur

ça sert à quoi de faire obscur

avec les mots de tout le monde ?

Il ne faudrait pas qu’on confonde

l’hermétisme et la confusion,

mais qui a perdu la raison ?

Le voyou qui enfin détale

en emportant tous les pétales

ou le poète qui se prend

le pistil dans le trou du bran ?

En attendant, les étamines

font des petits aux magazines.

Et le mec qui conduit le truck

s’entretient en bon volapuk

avec l’humanité entière.

On l’a bien eu dans le derrière,

et pas une fois en passant

comme on rigole en y pensant,

avec notre internationale

et de la peine capitale

dans les mouchoirs de nos mamans.

On prend trop de médicaments.

Ça fait reculer la Camarde

mais dans les coins on se canarde

pour être devant les soldats

sur l’échine de nos dadas.

Faire obscur quand on est patraque

à force de coups de matraque

dans la mémoire et dans le fion,

ça forge la décoration

et la musique instrumentée.

Le lait est noir à la tétée,

et surtout il faut bien chercher

le téton qui veut se cacher

dans les replis de la bidoche.

La République est un fantoche

constituée pour faire obscur.

Pas de fenêtres dans les murs,

les rideaux sont des domestiques

et les tapis des catholiques.

On pétrit des exequatur

et on marche sur des œufs durs.

Des arbres peints ont de vraies branches,

avec des oiseaux qui s’emmanchent

et le ciel est peint au plafond.

Le sens obscur est bien profond.

On revient à la rhétorique,

à Diên Biên Phu, à la colique

et à des commémorations

mais pas du tout dans la façon

du bon vieux Proust et de Céline.

Les gosses ont de la myéline

dans les pieds, pas dans le cerveau.

Un truc qui leur colle à la peau

pendant que les profs font mumuse.

On veut discipliner les Muses

et les généraux font des vers

comme Rostand en avait l’air.

On est obscur dans le délire.

Un coup de trop et hop ! La lyre.

Les bobos ont bien du succès

et au juste on fait des procès

pour lui dire comment on parle

quand on travaille pour les marles,

les élus et les pistonnés,

en principe pas trop bien nés,

qui font la Loi pour la défaire

et montrer comment par derrière

on réussit ce que devant

on a hérité comme avant.

Et le flic est un bon symbole,

peint au mur avec sa bagnole

qu’on prend plaisir à foutre au feu

comme la maîtresse au milieu,

avec le cahier plein de pages

et les clochers de nos villages.

Ah ! Si c’est ça la société

je me passerai de téter.

Tes seins pendent comme les miches

et je n’ai pas droit au pourliche

que m’inspire ton ventre gras.

Le poète salit les draps

en bavant comme une pouparde

qui est devenue trop flemmarde

pour en dire trop et assez.

Le voyou rend les pois cassés

et la monnaie de son spectacle.

L’un dans l’autre ça fait cénacle,

pas compliqué même en obscur.

On peut y peindre sur les murs

des imitations de Quichotte

avec la Cène et Pentecôte

pour demeurer dans le décor

qui soigne l’esprit et le corps,

au civil comme au militaire.

Mais le flic est un auxiliaire.

Pas feignant comme le rimeur,

ni saint comme le bon payeur,

il bouche un trou de la tartine

en espérant que son usine

a les moyens de tout boucher

avant de se laisser tremper

avec le beurre et les vacances.

Il faut avoir beaucoup de chance

pour hériter d’un tel cerveau !

Car c’est le cerveau qu’il lui faut.

Un autre le ferait poète

ou qui sait même gypaète.

Le doit-il à papa maman

ou bien à un autre accident ?

Mais la folie et la charogne

ne nourrissent pas sa besogne.

Il en fait même du clinquant

et le palier reconnaissant

à coup de bielle le pistonne

et dans la chambre ça détonne.

Le vilebrequin ne sent plus

ses rhumatismes que perclus

il a pourtant dans l’os à moelle.

Et la société arbitrale

se met en branle et branle-bas,

et pas que du haut jusqu’en bas.

Sur les côtés, à droite, à gauche,

on voit bien que c’est plus fastoche

que de se faire plutôt chier

à maîtriser la langue au pied,

pied de vers ou bien pied de biche,

comme font les fous et les riches

qui ont gagné tout leur pognon

ou l’ont perdu au jeu selon.

Car la liberté ça se paye

et pas assez pour la bouteille.

Facile de devenir flic,

à condition d’un cerveau chic

uniquement par l’uniforme.

Car c’est le cerveau qui déforme

et non point ce qu’on met autour.

Un peu l’inverse de l’amour.

A l’envers aussi la jouissance,

mais voilà comment on avance

au lieu de reculer devant

possibilité du clinquant

et mémoire qui sert d’exemple

aux enfants qui sortent du temple

avec la patrie pour dodo

et la préparation du dos

à l’effort national de l’homme.

De la Nation, voilà l’axiome.

La Marseillaise dans le cul

et le drapeau sur le dessus

sans ménager cordes et cuivres.

Le flic est un exemple à suivre

si poète on veut devenir.

Ou voleur selon le loisir.

Faire exactement le contraire.

Observer comment il sait faire

et défaire ce qu’il a fait.

Poème dû ou bien volé,

certes ce n’est pas à l’école

qu’on apprend les vers de ce rôle.

Je propose donc au public

le stage qui convient de chic

(autrement dit sans le modèle

mais avec force bagatelle)

au poète comme au voleur.

Du classique dans le bonheur

et pour le reste du moderne.

Entre les deux, les balivernes

qu’on enseigne sous le drapeau,

sorte de drogues de tripot

à prendre au lever du pied gauche

avec la droite dans la poche. »

A ce discours, on applaudit.

Si le poète était maudit

il avait dit ce qu’il faut dire

du piteux état de l’Empire,

de la valeur de ses larbins,

de la noblesse du turbin

et des magots de la mémoire.

Chacun voit comme il veut l’Histoire

et poètes comme voleurs

se sentent joyeux quand la leur,

par effet de mise en abîme,

trouve à son sens plus d’une rime,

le monostique national

n’en ayant qu’une à l’urinal.

Mais nous avons été trop vite,

cher Engeli, mon acolyte

en poésie comme en délit,

car ce discours au saut du lit

ne fut point donné sur la scène

décrite plus haut non sans peine,

comme on a pu la lire aussi

et même avant que son récit

fût interrompu par Antraxe

que désormais il faut qu’on taxe

de poète en sus de voleur

et peut-être de receleur.

Il avait fui ladite scène,

comme font les croque-mitaines,

avant de s’y trouver mêlé

et d’avoir à se justifier,

ce qui l’eût dans ses entournures

condamné à l’autocensure

ou au mensonge si on veut.

En fait il avait fait au mieux

pour ne point y jouer un rôle,

et lui servir de parabole.

Sachant où même la raison,

l’ayant soumise à la prison

plus d’une fois pour des broutilles,

il s’en alla à la godille

avant de s’y faire pincer.

Laissant les deux flics et Dédé,

expliquer pourquoi la Deux Pattes

contenait un mort sans savates

vêtu d’un sac que le moulin

expliquait mieux qu’un doux refrain

comme on en pousse avec le crime

quand on a de soi de l’estime,

il fit un sprint par le milieu

d’un bois ne pouvant tomber mieux.

Et en prenant de la vitesse

il avait même eu la hardiesse

de traverser un noir canal,

pertuis, détroit ou bien chenal

avec dessus une péniche

où se prélassaient des angliches.

On le vit noyé jusqu’au front,

agitant les bras comme font

les enfants qui dans l’eau s’amusent

au vieux radeau de la Méduse

pas difficile à imiter

si on l’a vu à la télé,

mais le radeau sans la méduse,

même un Anglais ne s’y abuse,

et celui-là en est un vrai,

tenant sa coupe de Vouvray

comme sur le dos une jarre

en même temps que le cigare

que sa bouche tient par le bout

sans cesser d’en rire surtout

parce que la jolie sirène

a des allures d’Arlésienne.

On voit la tignasse et les mains

et des bulles dans le bassin

dont l’écluse avec poésie

retient l’eau et son énergie.

L’Anglaise a un doute pourtant

et comme elle va demandant

si c’est du loch Ness la Nessie

ou de l’Écosse le messie,

Antraxe montre un de ses yeux

alors qu’il voulait que les deux

à ces voyageurs indiquassent

qu’il était en mauvaise passe

et même tout près d’y passer

si personne n’intervenait

pour le tirer par la culotte

et l’arracher à cette flotte

sans se soucier de son salut.

Pas moyen de montrer son cul,

car il subissait la morsure

en même temps que les griffures

d’un animal à grandes dents

tel qu’on en voit dans les romans

qui montrent tout ce que la vue

peut supporter sans être lue.

Il sentait bien une douleur,

mais n’en voyait pas la couleur,

preuve qu’il en était encore

au premier plan qu’on améliore

toujours de la même façon

en mettant fin à la chanson

poussée par celui qui en souffre.

L’écluse révélait un gouffre

avec dedans un animal

qui peut sans se donner de mal

respirer dans l’onde qu’il hante.

Antraxe exprima l’épouvante

qui s’emparait non seulement

de son rêve et de son enfant,

mais aussi de sa mécanique

et du moteur qui fait qu’on nique

sans exiger la succession

qui donne droit à la passion,

en soufflant dans l’algue une bulle

qui s’enfla comme une papule

et d’un phlegmon devint abcès.

Il voit que ce n’est pas assez

et souffle encore jusqu’au chancre

qui du poème répand l’encre,

un flot de rimes et de vers

qui lui met l’esprit de travers

comme maladie de la honte.

Ce n’est pas tout qu’on le raconte.

Il faudrait en dresser l’état

comme font toubibs sur le tas,

observant plus d’une hypothèse

qui se démontre sans malaise

tant le malade est bien crevé.

Des fois on croit avoir rêvé

et nous voilà avec les anges

à dire nos propres louanges

en prenant soin de n’irriter

ni diable ni la nouveauté

qui est toujours comme on s’en doute

un truc plus vieux que la biroute

et que sa belle utilité.

On peut être et avoir été.

Je n’ai jamais dit le contraire.

Voilà pourquoi je désespère,

mon Engeli, mon troubadour

dont je suis le jongleur d’amour.

J’aime ta lente poésie

et tes moments de frénésie.

Comment traduire cet instant

sans trahir ton espace-temps ?

Nous eûmes tant à nous redire

et si peu de temps à détruire

avec les moyens de l’instant !

Nous n’en avons pas eu le temps

entre l’aubade qui achève

et la sérénade des rêves.

Je veux te porter jusqu’ici,

cadavre qui me fut exquis.

J’arrachais un à un les voiles

comme d’autres les mille étoiles

que la perspective ressert

à chaque siècle qu’on dessert.

Porter ce corps froid immobile

à bout de bras comme Virgile

que l’auguste poison détruit

avec la lenteur de la nuit

ou la va-vite de l’aurore

qui revient encore et encore.

Engeli, nous ne sommes rien,

mais vois-tu ça me fait du bien

de te sortir de ton Espagne

pour déposer dans la campagne

de cette France qui finit

de s’ennuyer dans son vieux lit,

ton corps sec et salé, fantôme

dont je n’ai pas compris les hommes

que tu aimas pour les tuer.

Ils viendront tous te saluer

quand je leur ouvrirai les portes,

avec leurs fâcheuses escortes

dont le communiant est le roi.

Mais laissons là ce que je crois

car j’aperçois le personnage

qui, si j’en crois mes deux yeux, nage.

Car l’Anglais s’est jeté à l’eau,

sans Vouvray ni cigarillo.

L’Anglaise cherche la bouée.

Mais où l’a-t-elle donc fourrée ?

Un cordage lui prend les pieds

tandis que cogne son vieux nez

l’arête aiguë du bastingage.

Dieu est damné pour cet outrage,

d’autant que Vouvray et mégot,

ainsi que restes de gigot,

sont allés rejoindre la flotte

qui mouille aussi de sa culotte

l’élastique passablement

dans ses replis graisseux rentrant.

Dans l’eau noire et verte l’Angliche

se prend les poils de la barbiche

dans un réseau de fil de fer

comme on en voit dans les waters

condamnés faute de méthode.

Et pour en corser l’épisode,

le sauveteur passe dessous

sans occasionner de remous.

Maintenant sa femme affolée

cherche un klaxon à la volée

et ne trouve qu’un oiseau mort

qui siffle en pressant sur son corps.

Un autre oiseau dans le feuillage

exige que de ce ramage

on lui explique les tenants.

Il connaît les aboutissants,

car souvent il va à l’église

comme la loi l’y autorise,

ce que conteste son voisin,

un oiseau qui fait le malin

mais qui conchie comme les autres

même à l’heure des patenôtres.

Une femelle en casse un œuf

qui sur le fer refait à neuf

de l’écluse étale son jaune

qui paraît vert à l’autochtone,

un radin genre populo

qui a le cri du cachalot

et la taille du rase-mottes

qu’il fait gratter dans la culotte

si par malheur ou par hasard

il s’accroche à votre falzar.

D’où sort ce chat qui se hérisse

alors qu’il vidait son calice

comme d’autres un verre à pied ?

A toute allure il a crié

et défoncé une broussaille

qui produit un bruit de ferraille.

Du coup Bébé ouvre les yeux.

On le réveille en plein milieu

d’une tétée sans la tétine.

Il ne veut pas qu’on l’assassine.

Il mord le doigt de son hochet

qui d’emblée se met à gueuler

et réveille un peu sa voisine,

mais pas assez pour qu’elle affine.

Elle se contente d’un pet

qui se perd dans le plus discret

battement de ses douces fesses.

Sur le roof Maman en détresse

ouvre la gueule sans crier.

Elle a besoin d’un coup de pied

pour déboucher sa gorge sèche.

Pendant ce temps l’Anglais repêche

Antraxe qui langue dehors

a plutôt l’air d’un hareng saur

que d’un noyé de foi récente.

L’Anglais remonte ses bacchantes

et poussant un cri déchirant

sort du fil de fer en souffrant.

Antraxe sort de l’inconscience

et mesure sans connaissance

le niveau de bruit provoqué

par l’exploit qu’il a avorté

à cause de ses deux godasses

à quoi s’ajoute la disgrâce

d’avoir le cul plus que mordu

par un animal inconnu

remonté pour lui de l’abîme

où mystérieux et anonyme

il a ses usages communs

comme d’ailleurs tout un chacun.

Il semblerait que l’altitude

influence les habitudes

au point qu’on n’y comprend plus rien.

Mais ça lui fait un mal de chien

que l’Anglais dur au mal ignore,

ne craignant pas le plésiosaure

ni l’Écossais qui l’inventa.

Il nage avec un seul gros bras

et de l’autre de la noyade

sauve Antraxe que la baignade

a bien failli dans son enfer

envoyer avec os et chair.

N’était l’effet de la morsure,

il apprécierait l’aventure.

Ces dents le tirent par le fond

et l’Anglais le tient au menton.

Il en perd même ses godasses,

des croquenots en cuir qu’on lace.

Une langue dans son anus

prétend inviter son phallus

aux 120 journées de Sodome,

ou de Gomorrhe, c’est tout comme.

Et l’Anglais jure en écossais,

tandis qu’Antraxe en bon Français

ne veut pas mourir de jouissance

mais de sacrifice en puissance.

Sur le pont l’Anglaise se tord,

mais croyez-vous qu’elle la mord

sa langue qui vient du Vieux Monde ?

Elle ouvre une gueule où abonde

une série de mots français

empruntés au vieux Rabelais

qui n’est pas là pour que ragoûte

de Descartes le dernier doute.

Elle jette un siège dans l’eau

avec le chat qui est en haut

et qui dessous se met en transe

et emporte sans circonstances

le vieux coussin de mousse en dur.

Épuisée elle s’assied sur

le couvercle d’une glacière

qui lui fait froid dans le derrière.

Dessous dans le gaillard d’avant

sa fille envoie encore un vent

sur le bébé qui bleu s’étouffe

dans les restes blancs de sa soupe.

Le coussin du chat est désert

comme on vient de le dire en vers.

Et dans l’eau Antraxe veut croire

que sans autres vilains déboires

il sera sauvé par l’Anglais

qui revient dans les barbelés

où les poils de sa barbe rousse

se mêlent au vert de la mousse.

Il a les dents toutes dehors,

comme un champion dans un effort,

mais le canal n’est pas un stade

où les dieux sont de la parade.

Il s’accroche à l’homme qui met

lui aussi de la volonté,

fonction à l’homme capitale,

et dessous des deux pieds pédale,

tiré par le monstre marin

qui bien sûr connaît le terrain.

Depuis le temps qu’il y habite !

Voilà comment, quand on s’invite,

on est reçu dans ce pays.

Et pourtant il n’a obéi

qu’à son sens du devoir de l’homme

face à celui que tous nous sommes

quand dessus nous tombe un pépin

qui fait de nous morts ou clampins,

tant le malheur est une histoire

dont le guignon est dur à croire.

Il est seul à ne pas crier.

Le chat ne sait pas mesurer

le miaulement qui loin l’emporte.

Il faut voir comme il se comporte !

Et sur le pont Maman en voit

de toutes les couleurs les bras

en croix comme pour la prière.

Elle d’hier aventurière,

et même cette après-midi,

la voilà pire que lady

forcée d’aller en Amérique

se faire voir et sans rubrique

dans les tabloïds de papa.

Elle crie mais ça ne sort pas.

Dans son corps à corps hystérique

elle sort un sein qu’elle applique

à la bouche d’un gros Satan

qui justement du ciel descend

pour donner raison sans conteste

aux sycophantes de l’inceste.

Son aînée en voyant cela

sur le pont recule d’un pas

et met le pied qu’elle a de taille

comme ses dents quand elle braille

sur le bébé qui n’en peut plus

et volontairement tout nu

se jette à l’eau déjà funeste.

L’Anglais qui voit cela proteste

et lâche Antraxe et ses dessous,

lequel sans faire de remous,

car il fait noir sans caméscope

même pour un bon nyctalope,

coule à pic et va dans le fond

pour y toucher un vieux guidon

qui a conservé sa sonnette.

Plus haut l’Anglais, sans barbichette

mais ayant conservé les poils

de sa moustache en passepoil

qui lui donne des airs d’Angliche,

nage d’un trait vers la péniche

dont la ligne de flottaison

est agitée non sans raison

par les bras menus et la tête

de Bébé dont la rouflaquette

a ramené des profondeurs

un animal un peu frondeur

qui agite ses deux antennes

semblant commenter de la scène

les côtés comiques surtout.

Papa tout sens dessus dessous

n’en perçoit pas le fin stylisme

et d’un fort vulgaire anglicisme

envoie le ver dans l’ad patres.

Poursuivant le work in progress

d’une main dont il se veut maître

quand l’autre cherche à se remettre,

il arrache des sombres eaux

la tête de Bébé, ses os,

le cri qu’il pousse et qui repousse

dans les échos de sa frimousse.

La grande sœur lui tend ses bras,

avec au bout un bâton gras

dont le balai porte les traces

d’une lutte contre la chiasse.

Le moment serait mal choisi

s’il dégouttait de son bouzy.

Quand on veut se sauver on sauve,

dit le dicton dans la guimauve

des feuilletons de nos curés,

mais quand le temps est censuré,

comme il arrive dans le pire

à force de ne rien en dire,

on se sauve sans rien sauver.

Les uns disent que pour calter,

on n’a besoin que de ses pattes.

Les autres qui sont sociopathes

y mettent la main si besoin,

mais le cas n’est pas néanmoins

si fréquent qu’on y pense encore

quand il vient comme l’oxymore

faire des siennes dans le sens.

Mais laissons là ce vain suspens

et revenons à nos attentes.

L’Angliche éprouvait de la fiente

salopant les poils de coco

les glissements inamicaux,

jurant dans sa langue natale

que de sa production fœtale

s’il devait en sauver le fils

comme le cas in extremis

se présentait à la famille,

il en sacrifierait la fille

sans se poser plus de questions.

Ne pouvant user du bâton

à cause de l’enduit qui glisse,

d’un bras éprouvé d’exercices

il lance Bébé par-dessus

le bastingage et même plus.

Bébé revient dans la famille

par l’échelle des écoutilles.

Il s’aplatit dans l’étendard

qui jouxte un morceau de cheddar

dans lequel il remue la tronche

et retrouve l’air de ses bronches

dans un verre rempli de gin.

Horrifiée de voir cela Jean

lâche le balai et son manche

et s’appuyant sur ses deux hanches

se dirige vers le trou noir

où Bébé on ne peut plus voir,

ni appeler, ni satisfaire,

ni amuser pour le distraire,

ni entendre car il est mort.

Maman qui est dans le remords

l’attrape par les deux chevilles

et de contrition s’égosille.

Si elle a fait ce qu’elle a pu,

ce n’était pas assez non plus.

Et Jean alors perd l’équilibre

comme quand de Papa le chibre

lui rend visite dans son lit,

mais sans Papa que le délit

ferait fuir comme le poète

qui n’est venu que pour la fête.

Elle s’aplatit elle aussi,

comme Bébé qui est occis,

mais au lieu de mourir vivante

elle rouspète et argumente.

Maman ouvre des yeux tout ronds,

mais ne peut poser la question

tant la réponse paraît grave.

Elle desserre ses entraves.

Jean aussitôt dans l’entrepont

pénètre après un fameux bond,

tellement haut que Papa pense

qu’il aura vraiment de la chance

si Bébé n’est pas amoché.

Un pareil bond pour approcher

l’objet d’une erreur de jugeote

ne peut pas être une litote

qui fera rire après la peur.

Mais en attendant la stupeur,

à l’angoisse il faut faire face.

Voilà un sentiment tenace

qui sa proie ne lâche jamais !

On peut croire qu’on n’a rien fait

pour mériter pareille offense,

mais si c’est une récompense

empoisonnée par le destin

ou tout autre défaut humain,

qui en est l’auteur qui se cache ?

Mais il n’est rien que l’on ne sache

en cherchant bien sous les effets

dont l’existence se complaît

à paver notre pauvre route.

Et tandis qu’il s’extrait du doute,

Antraxe surface refait,

tout couvert de divers effets

qui l’ont changé en créature

des profondeurs de la nature.

Comme il a beaucoup avalé,

il recrache tous ces objets

sans une trace de langage.

Comme une bête sans sa cage

il veut tout mordre et attraper

avant de vraiment s’échapper.

Ses yeux dans les orbites roulent

comme au ciné qui tourneboule

les esprits les mieux renseignés.

En plus, au front, il a saigné

et au fond de cette blessure

des vers accroissent leurs chiures

en lançant des éclairs tout verts.

L’Anglais pense que Lucifer

est remonté à la surface

et que l’enfer du cyberspace

vient de s’ouvrir en punition

de l’étonnante distraction

qu’il vient à peine de commettre.

Déjà il ne veut point paraître,

ayant des projets à foison

et pour les avoir des raisons.

Alors de son poing il s’applique

à mettre fin à la critique

et Antraxe qui n’en peut plus

d’être à la surface battu

et dessous déchiré aux fesses,

son sauveteur poings nus agresse

sans ménager de ses efforts

ce qui demeure de son corps

sa propriété et sa force.

Il en bombe même le torse,

ce qui augmente dans l’esprit

de l’Anglais en proie à sa nuit

toute l’importance du crime

qu’il a commis, fait rarissime,

en voulant sauver son enfant.

Et poings fermés il se défend

contre ce diable qui le presse

de payer le dû sans confesse.

Il cogne dur et se fait mal

sur ce qu’il prend pour du nasal,

mais le guidon de bicyclette

est accroché sur la binette

d’Antraxe qui est remonté

avec en plus le pédalier

qu’il tient dans la main droite ou gauche.

Par deux ou trois fois il amoche

l’oreille sourde de l’Anglais

qui perçoit le langage né

de cet Enfer qui le condamne.

Quand une roue de la bécane

dont le pneu est gonflé à bloc

contre son crâne fait un choc

tel qu’il en perd une pédale,

il pense que l’heure est fatale

et qu’il a perdu le combat

sans retour possible ici-bas.

Il s’enfonce dans l’eau obscure

comme un cadavre dans l’ordure.

Ses yeux sont encore au-dessus

de la surface sans salut

quand soudain un deuxième diable,

poussant un cri insoutenable,

surgit de l’eau en la battant

pour ne point retourner dedans.

Il n’a point d’ailes, mais il vole

et s’emploie dans la cabriole

à ne pas encore mouiller

ses grandes pattes sans souliers.

Gueule grande ouverte il clabaude

pour mettre fin à l’épisode.

Et le premier diable paraît,

c’est un fait, vraiment soulagé.

Il en rit derrière une roue

et s’en tapote les deux joues.

Maintenant il parle français,

ce que comprend très bien l’Anglais,

avec une insistance telle

que le deuxième se rappelle

qu’il sait nager sans les flotteurs

de ses roustons, très bons nageurs.

Au même instant une bouée,

qu’on a par bonheur retrouvée,

se pose doucement dans l’eau.

Nos trois compères aussitôt

y accrochent leurs mains tremblantes,

du moins quatre d’entre elles tentent

de s’y tenir de tous leurs doigts

tandis qu’à deux pattes en croix

le troisième y plante ses griffes.

Ici le lecteur s’ébouriffe,

car il croit le chat rescapé,

mais le voilà bien attrapé,

les griffes n’étant rétractiles

mais tout au contraire dociles

comme le sont celles du chien.

Point n’est besoin d’un basochien

pour établir sans frais d’instance

de quelle utile appartenance

elles relèvent à l’achat.

Vous dire où est passé le chat

nous mènerait hors des limites

de ce poème sybarite

qui préfère la volupté

aux examens trop bien domptés

comme en produisent pour le conte

les séries noires de l’archonte

qui devant sa porte à midi

la nuit obscure approfondit.

Ici l’histoire se chantonne

sur des airs qui d’ailleurs résonnent

quand nous l’écrivons pour rimer.

Laissons le chat désarrimé

et notre minuit en vadrouille

avec un chien qui a les couilles

placées au-dessus du cerveau

comme l’apôtre sans défaut

met les restes de son assiette

verticaux derrière la tête

pour témoigner qu’il a bouffé

et même bu sans s’empiffrer

si l’on veut croire la légende.

Mais ce chien préférait la viande

au pain trempé dans un bon vin,

notamment parce que le pain

qu’il gagnait sans faire d’ouvrages

n’était mouillé qu’avec l’orage

qui met en fuite les autos

sans faire peur aux végétaux

qui ne bougent pas de leur place

et ne touchent pas à ces traces,

privilège du bon vieux chien

qui sait comment on se maintient

quand on n’a aucune racine

pour vivre ensemble sans rapine.

Ce chien, vous l’avez deviné,

c’est Cristobal, bâtard bien né

de qui voudra être le père

sans qu’on sache qui est la mère.

Je ne sais qui, sur le canal,

sous, de l’écluse, le fanal,

trouva le moyen salutaire,

à mon avis sans commentaires,

de ramener sinon la paix,

du moins une tranquillité

que chacun goûta en silence

en attendant que l’un se panse,

que l’autre s’étire le cou

et que d’autres encore un coup

ajoutent à leur apathie.

Cristobal rongeait de la mie,

tremblant mais sans y prendre goût.

Antraxe privé de bagout

frottait avec soin ses deux fesses,

entre désespoir et ivresse,

sans laisser voir ce qu’il souffrait

ni comment il y résistait.

L’Anglais encore fort ému

respirait dans un verre bu,

mais refusait qu’on le resserve.

Sa femme admirait la réserve

et la vidait sans mesurer.

Enfin la fille au dos cambré

comme un arc qui attend sa flèche

renvoyait un air si pimbêche

que son miroir lui échappa,

brisant ainsi, sans tralala,

le silence et ses bruits divers.

L’entrepont était entrouvert

et le volet de l’écoutille

qui tenait sur une béquille

rendait un son des plus affreux.

On se sentait un peu fiévreux,

car le miroir, entre les planches,

lançait des nitescences blanches

comme fait un ciel étoilé.

Or, la brume dans les filets

qui pendaient derrière les vitres

trahissait de sombres élytres

dont la froide immobilité

ne présageait pas la gaîté.

L’atmosphère dans sa croissance

cachait d’autres fluorescences.

Jean se baissa pour voir de près

où en étaient ses beaux reflets.

Du miroir restait la poignée

que dans sa main rouge et crispée

elle tenait comme un outil.

On écoutait le clapotis

qui se brisait contre la coque.

Papa consulta sa breloque

et demanda où donc le chat,

grand amateur de gros tracas,

était allé sans rien en dire.

Et il se mit à le maudire

en termes vraiment sibyllins,

tellement qu’Antraxe badin

demande où est le macchabée,

plaisanterie fort appréciée

quand le cadavre en est abstrait

comme chacun de nous le sait

pour en avoir usé souventes

fois dans les soirées éprouvantes

que cet humour détend un peu.

Mais ici il est malheureux.

C’est un impair qui s’apprécie

à mesure qu’on s’en soucie.

Antraxe qui était sous l’eau

n’a pu assister au boulot

qui a coûté son existence

à Bébé en pleine croissance.

Là-dessus, on est bien d’accord,

semblent se dire à demi morts

les trois Anglais dont l’un se marre.

Antraxe a l’air un peu bizarre,

certes, mais il n’a rien pu voir.

C’est que là-dessous il fait noir.

On y voit des choses mais noires,

pas comme au fond de la baignoire.

« Le doute n’est pas que français.

On l’a depuis bien exporté

et des peuples que ça inspire

ne se privent pas de construire,

sans ménager l’art ni l’effort

même au prix d’un grand inconfort,

leurs monuments sur ce modèle

qui est de toute citadelle

ce qu’on appelle l’attraction.

On en apprécie la leçon

à la mesure des études,

voire d’un brin de servitude

qu’il n’est pas vain que notre temps

emprunte à d’autres grands moments.

Le doute naît de l’avarice,

dit le moraliste en justice.

Cela n’est pas tout à fait vrai,

mais s’il faut s’en tenir aux faits,

l’hypocrisie n’est pas moins née

de la jalousie incarnée.

Douter n’est point se jalouser.

L’un doute et l’autre en aparté

fait savoir à qui veut l’entendre

qu’à ce piège qui peut le prendre

n’est pas encore né ici.

Inversement, pas de souci,

toute vérité qu’on admire

parce qu’elle fonde l’empire

autant des sens que de l’esprit

est bonne à prendre pour le prix.

Ainsi procédons-nous en France.

Et je veux croire que la chance,

et l’Histoire qui va avec,

vous cloue quelquefois votre bec

au pilori de la constance,

car qui en doute ailleurs qu’en France

est un jaloux qu’on doit tenir

pour hypocrite en devenir.

Je ne vois pas en quoi l’avare

qui tranche court son long cigare

peut douter qu’il n’a pas raison.

Et en quoi le douteur maison

qui s’en remet à nos poètes

pour mettre en vers ses amourettes

ou la raison de ses combats,

parce qu’il goûte ce tabac

est un avare qui s’ignore.

Pour le dire il faudrait encore

être né de ce beau terreau

qu’on voit dans nos vendangerots

briller l’été comme l’automne.

Nous vous laissons, ça vous étonne,

l’hiver et le printemps tabous.

Mourez, revivez, ô jaloux,

car il n’est point d’hypocrisie

qu’avec un peu de poésie

on ne mette en doute fissa.

Vous en riez, voyez-vous ça !

Même vos filles qu’on veut prendre

ne peuvent jamais s’en défendre.

Qui thésaurise sinon vous ?

De l’autre se rendre jaloux

ne peut sur notre territoire

passer pour devoir de mémoire.

Nous saluons tous les drapeaux

sans distinction et à propos.

Nous perdons toutes les batailles

et pourtant c’est dans la pagaille

que nous gagnons ce qu’on nous doit.

Ainsi nous élisons le roi,

car nous sommes maître du trône

(même si cela vous étonne)

et non point jaloux de ses pieds

dont vous ne pouvez point douter

votre hypocrisie étant reine

et votre fièvre souveraine. »

Ayant prononcé ce discours,

Antraxe avale sans détour

le gin que Jean dans un grand verre

a dosé pour le suicidaire.

« Ah ! Pardon, mais il y a erreur !

Je n’ai pas causé mon malheur.

Loin de moi cette idée tordue !

Je fuis, d’accord, mais de la vue.

Surtout n’en demandez pas plus

et comptez sur mon bon quitus.

La société nous crée des dettes

que nous payons avec les miettes

de nos repas de communiants.

Nous avons des enterrements

pour conclure au bord de la fosse

les conséquences de nos noces.

Les chiens sont faits pour les nonos

et l’homme pour vieillir ses os

à la lumière de ses dettes,

peut-être due à l’allumette

dont la femme est le colporteur

moins des infos que des rumeurs.

Mais si le suicide est un crime,

o bonnes gens qui me dépriment,

je n’ai point négocié mes jours

et ce qu’ils valent en amour,

point débattu dans l’inconscience

ni marchandé mon impuissance

à la mesure de mes nuits !

On voit tout ce qui s’en déduit

sans chercher des poux sur la tête

à qui n’en a point sous la couette.

Je fuyais comme fuit l’amant,

poursuivi par les rudiments

d’une aventure sans séquelles

comme on en trouve de plus belles

dans les recueils que la passion

inspire au poète en faction.

Mais me voilà en compagnie

d’étrangers dont la sympathie

me va droit dans le cœur que j’ai

plus disponible que jamais. »

L’aveu secoua les paupières,

car l’expression, très familière,

avait de quoi mouiller les yeux.

Ce fut du moins, selon ses vœux,

ce qu’Antraxe éprouva dans l’âme

en matant la chair des deux dames.

Jean avait un beau popotin

et Maman de généreux seins.

Leurs quatre jambes fort croisées

valaient le coup d’être toisées

à l’aune d’une distinction

dont ne se priva pas Francion

quand l’occasion lui fut donnée

comme en témoigne à la volée

notre Sorel plus rajeuni

que Corneille à Molière uni.

La turgescence est un bon signe.

Il fallait bien qu’on le souligne.

Papa avait un air soucieux.

Nous savons pourquoi il s’en veut,

mais Antraxe qui tout ignore

se prend pour un fier matamore

et ne cache pas son bonheur.

Et les dames non plus le leur

à en juger par leur spectacle.

Il faudra lever les obstacles,

pense Antraxe craignant le dam,

et pas seulement le lingam.

Il rit à gorge déployée,

évoquant son âme noyée

égarée au fond du canal

où il peut dire qu’on voit mal

et même rien si l’on s’enfonce,

doit-on dire si l’on renonce,

ah ! Il en sait trop maintenant

et a besoin vu ses tourments

d’un lit bien fait avec en prime

plus que l’amitié et l’estime.

Pour les draps il n’est pas coton,

badine-t-il sans croqueton

car il doute de ses complices.

Les deux Anglaises en rougissent

et font des signes à Papa

en dévoilant d’autres appas.

Mais Papa ne veut pas descendre.

Il ne veut pas se faire prendre.

Bébé roulé dans un drapeau

et le drapeau mal à propos

dans le beau porte-parapluies

où le cheddar aussi s’appuie,

voilà ce qu’un radin français

attend de l’hypocrite anglais

pour occuper son territoire

et s’en faire toute une gloire

dont on entendra les échos

dans les moindres vœux syndicaux.

Sur le plateau de la péniche,

quatre personnages potiches

vont jouer la situation

qui les jettera dans l’action.

Un mort en âge d’être en vie

à ses obsèques nous convie.

Et un chien qu’on prit pour Satan

ne sait pas que le chat attend

qu’il lui arrive quelque chose.

Tel est le théâtre des causes,

le principe des cas pendants

qui servira au dernier chant,

le tertio si je ne m’abuse,

cher Engeli qui me méduse.

Mais il faut terminer celui

que le lecteur sans autre ennui

a chantonné à la mesure

de nos syllabes sans censure,

car dans le temps que celui-ci

se donne en promesse à l’esprit,

un autre théâtre s’achève

dont celui-là était la trêve.

Le monde s’était rassemblé,

du moins c’était ce qu’il semblait.

La pluie tombait à grosses gouttes,

n’inspirant d’ailleurs aucun doute.

Et on sortait de son auto

pour ne pas rater la photo.

Certains sommeillaient sur leurs sièges,

mais n’y voyons pas privilège

l’âge expliquant la possession.

Le premier moment d’émotion,

ce fut Dédé qui sans réplique

en lança l’air et la musique

mais qui connaissait Cristobal

qu’il appelait comme un cheval

en sifflant deux doigts dans la bouche ?

Un moment on n’entendit mouche

voler pendant que le dada

semblait arriver sous les bois.

Dédé siffla deux fois encore,

mais la crinière du centaure

ne sortit pas du bois dormant.

Ce n’était pas vraiment marrant

mais on accepta de sourire.

Le type à poil qui voulait dire

un mot pour d’obscures raisons

dont rien n’éclairait l’horizon

fut interrompu par le cogne

dont c’était dit-on la besogne.

L’autre flic qui ne savait pas

pourquoi donc on l’avait mis là

donnait des signes d’impatience

et tournait le dos à l’instance

pour voir venir ce Cristobal

qui dit-on était un cheval.

On entendait diverses sources

verser dans l’oreille sa course.

Les bois s’emplissaient de bruits sourds

qui se répandaient alentour,

vite courant de langue en lèvres

comme la tortue sur le lièvre

va plus vite qu’on l’avait dit,

rapetissant les plus petits

qui tremblent comme font les feuilles,

qu’on l’imagine ou qu’on le veuille.

Les vieux dormaient, heureusement,

sous l’effet des médicaments

qui font vieillir l’imaginaire

pour d’autres terreurs exemplaires.

Mais Cristobal n’apparaît pas.

Un calme horrible, un calme plat

s’abat sur la scène pluvieuse

et Dédé de façon curieuse,

car on ne s’y attendait pas,

d’un bras d’honneur salue les bois

d’où s’élève alors un vacarme

comme font en guerre les armes.

Il en est le premier surpris

d’autant que le ciel s’assombrit,

lui qui était si noir à l’heure

de lever pour faire du beurre

le rideau sur cet impromptu.

Des arbres se sont abattus.

Les bois sombrent dans un abîme,

un gouffre noir où mille cimes

disparaissent sans rien laisser.

Un vol d’oiseau qu’on voit passer

sur les chapeaux et les casquettes

offre ses vers à des poètes

qui ont vu venir le sommeil,

car jamais rien vu de pareil

on n’a de mémoire sur terre.

Le bois devient un cimetière,

avec des croix et des croissants,

de noirs corbeaux qui croassant

emportent du moulin les ailes.

Des parapluies et des ombrelles

sont arrachés aux ombres qui

filent pour se mettre à l’abri.

Des vieux secoués se réveillent,

pâteux et bayant aux corneilles.

Un enfant veut voir Cristobal.

On lui répond que c’est très mal,

que le mal a tant de visages

qu’à la fin on se dévisage,

que c’est un chien, pas un cheval !

Voilà comment un festival

qui promettait à la jeunesse

l’abolition du droit d’aînesse

devient un casse-tête en toc

avec plus de bric que de broc.

On remonte à bord des voitures,

frappant sur la progéniture

avec la main et les outils.

L’ascendance avait averti :

« Ces zones qu’on dit temporaires

n’ont d’autonome que l’affaire

qui ne rapporte vraiment gros

qu’aux sales juifs et aux négros.

Non mais regardez cette flique

avec ses tifs anachroniques

qui fait mal la circulation

et nous menace d’audition !

Le noir ne va pas au marine.

Ça fait trop sombre et la voisine

me dit qu’en plus elle est d’ici !

Ah ! Il faut voir tous les soucis

que ça me donne à la concierge

qui au moins sait planter un cierge

à l’endroit prévu pour planter.

On en parlait pour discuter.

A Paris on n’est pas des ânes

et en province on se dédouane.

Le noir c’est fait pour être blanc

et le blanc n’est pas transparent.

Et ça cause en français la langue

comme en Chine on vous met la cangue.

Et ce flic tout blanc qui conduit ?

On le voit bien qui introduit

sa bite classe bien française

dans ce trou noir qui fait des fraises

qui ont l’odeur de nos égouts.

Vous trouvez que c’est normal, vous ?

Si elle veut faire la pute,

se rendre utile à la culbute

pour pacifier le conjugal

dans le civil et le pénal,

je ne dis pas non au service.

Mais me voir mener en justice

parce que monsieur reproduit

sans se soucier de mon sursis,

c’est plus gros que sur la patate !

Je sors du tribunal en hâte

pour aller au Front National

chercher l’entente et le cordial,

quand qui je vois si c’est Godace

qui me jette en plein sur la face

que ce flic qui fait le cochon

avec une noire au trognon,

c’est un Juif né d’une Française

avec le cul entre deux chaises !

Ah ! Je m’étrangle tellement

ça me met vert sur le moment.

Ça fera des Juifs gris de France.

Ça manquait à notre croissance.

Ah ! Le spectacle était gratuit

et en plein air avec la nuit

comme on apprécie les voyages.

Mais là trop grand était l’outrage.

J’en ai bugné ma femme au cul

avec le pied que j’ai dessus.

Les gosses que j’en ai ma claque

et qui me cassent la baraque

chaque fois que je suis heureux,

je leur ai fait gonfler les pneus.

Heureusement que la tempête

s’est abattue sur notre tête.

J’avais sorti mon truc et tout

comme au football qui nous rend fous.

Ce juif de flic voulait que j’ose.

Ah ! J’en avais plus que la dose !

Mais la pluie est tombée sur nous

et j’en avais jusqu’aux genoux.

Sinon j’encule cette Noire

avec le devoir de mémoire

et la prime de rendement.

Mais privé de ce bon moment,

je fais phrases avec des verbes

dans le genre plutôt acerbe.

J’allais bouffer son pantalon

quand j’ai glissé sur les talons.

On a vu la forêt ouverte,

et là mon vieux je ne disserte,

comme le Jourdain de Cecil.

Ah ! Les Juifs quand ça vient du Nil,

avec Hollywood et Moïse

à la clé de leur entreprise,

l’Arabe peut bien se coucher,

ce qui ne me fait pas loucher,

parce que glander à l’usine

on sait faire aussi sans gésine.

Mais je passe sur la leçon

et à nos moutons revenons.

Je vois la forêt qui s’entrouvre

et là qu’est-ce que je découvre ?

Qu’on va périr dans un flot d’eau !

Vite on remonte dans l’auto.

Chaque fois qu’on se précipite

on franchit même les limites.

On oublie Pépé dans l’effroi.

On reviendra une autre fois.

Je passe toutes les vitesses

sans me soucier de la justesse.

L’assurance paiera les frais

que la mort nous aura causés.

A la guerre comme à la guerre !

Et juste quand je décolère,

voila qu’on m’assigne au pénal

à cause d’un Juif qui prend mal

le côté social des critiques

que j’ai adressées à sa flique.

Imagine ma déception !

Je fais tout pour que ma nation

se souvienne de son histoire

et voilà que l’inquisitoire

me donne tort à tous mes torts !

Et je suis à peine dehors

en train d’expliquer à Godace

qui comprend vite mais de face

quand le profil est deux côté,

(oui, je dis deux pour la clarté)

que voilà ce flic qui claironne

avec son grand nez qui grisonne

que sa sale race a gagné

et que même c’est consigné

avec mon nom à chaque page !

Non mais là tu saisis l’outrage ?

L’injure à mon passé glorieux !

Alors là ni une ni deux,

je sors ma bite dans l’église e

t je pisse jusqu’à la prise

dans la gâche du plâtrier

qui restaure le bénitier

où on voit saint François d’Assise

donner à bouffer des cerises

à je ne sais quel temps venu

que je suis le dernier cocu

à m’en soucier comme en quarante.

Et on s’étonne que des tantes

veuillent repeupler la Nation

avec les fruits de leurs passions ! »

Ici en excuses très plates,

je me confonds et me dilate,

cher Engeli, la digression

n’étant point de votre façon,

mais de ma très pauvre industrie.

Je reconnais que la sortie

que j’ai insérée ci-dessus

dans ce récit par vous conçu

peut dérouter par sa présence,

dont je revendique l’aisance,

autant que par son contenu.

Si le traducteur est tenu

en respect par les origines,

ne peut-il point, comme à l’usine,

ajouter sous la vraie couleur

les initiales que son cœur

sur les cyprès du cimetière

a gravées avant que sous terre

il achève au moins d’exister

pendant que d’autres s’en morfondent ?

Ah ! Si vous étiez de ce monde

aussi vivant que je le suis,

je vous dirais comme la nuit

n’a pas changé, ni les ennuis.

Je lis, je relis et je verse

votre flot espagnol à verse

dans ce français que Rabelais

eût trouvé plus pauvre qu’anglais

ou Chaucer si je le demande…

voyons, il faut que je m’amende

avant d’achever ce second

des chants formant le parangon

de vos vertus et de vos forces.

Et je m’en crois la dure écorce !

Bien que le cœur en brise là.

Ce cœur que je tiens des smalahs

d’Andalousie et d’Arabie.

Peut-être de Californie ?

Qui sait d’où nous ne venons pas ?

Voyons si j’essaie ta kippa.

Au bout du jardin on s’amuse.

Je crois bien que ce sont nos Muses.

Seins en fleurs, joyeux petits culs,

jambes rapides, ventres nus…

pas d’autres hommes que nous-mêmes.

Alors il faut bien que l’on s’aime,

non ? Cher Engeli que je vois

à travers la grille des doigts

qu’elles tendent comme des pièges.

Mais prends donc, mon ami, un siège

parmi ces filles que le temps

ne peut vieillir comme l’antan

(si tu permets que cet adverbe

pour l’occasion devienne… verbe.)

Oui, il y eut un fort gros temps

qui emporta, je crois, râlant,

le gros Dédé dans la déprime,

car son chien, comme nous l’apprîmes,

avait suivi, mais pourquoi donc,

Antraxe comme un Cupidon

qui a égaré arc et flèches

et ne sait plus qui le dépêche.

Dédé disparu du plateau

après la fuite des autos,

(nous en saurons plus au troisième

chant de ce déjà long poème)

nos flics Alice et Nicolas,

voyant que le temps était bas

et que Virgile donnait signes

d’une faiblesse qui assigne

son homme à de tristes confins,

ne sachant rien de cette fin

qu’Engeli confie à mes œuvres,

la 2CV enfin manœuvrent

pour la sortir de son bourbier

et à Virgile la confier

s’il se sent apte à la conduire.

« Ah ! Je ne voudrais pas vous nuire,

amis gardiens de mon Enfer,

(puisque le temps m’en est offert,

je rends grâce votre mystère)

mais je ne sais pas comment faire.

Peut-on par un coup de volant

et, je suppose, un peu de vent

qui ne manquera point du reste

car sur ce coup il n’est modeste,

revenir là où nous étions,

mes amis quand nous recherchions

le petit bout dont par sa faute

est privée ma seule carotte ?

— Vous savez, nous, les policiers,

on est plutôt pas mal formé

et même en langues implicites

que c’est même où on nous invite

à penser aussi fort qu’on peut,

et on le peut quand on le veut !

Mais voyez-vous, très cher touriste,

si on est de bons secouristes,

on craint l’obscur et ses façons

de nous prendre soit pour des cons,

soit pour des gens qui savent lire

sans toutefois se le proscrire

comme Vendredi Robinson.

Si j’ai bien compris la leçon,

et celle-ci me fut fertile

comme livre au bibliophile,

vous souhaitez que chez des amis,

qui sont les vôtres à ce qu’on dit,

et remarquez que j’en rajoute

des fois que vous ayez un doute,

on vous renvoie comme un colis

à la même adresse et merci.

Seulement, voilà, la Police

n’aime pas vraiment qu’on lui pisse

dans les bottes qu’elle a en cuir

comme la peau que pour servir

elle a tannée depuis des plombes,

tellement de plombes qui plombent

que si je vous en disais trop,

vous en sauriez plus qu’au bistrot.

Veuillez, Monsieur, vos deux paluches,

tendre à Madame, qu’elle épluche

votre dossier de citoyen

et peut-être de bon à rien ! »

Ayant dit cela sans un signe

d’une envie de mettre des bignes

à ce prévenu qui fait chier,

Nicolas rince son gosier

avec l’amère pluie qui tombe

et qui pour aggraver retombe.

« Mais enfin, mon papa Noël !

fait Alice comme au Carmel,

ce mec n’est pas rien au programme !

Qu’il soit fortiche en épigramme

n’est pas le hic de ce qu’il est.

Il a sa famille au palais

et des relations nationales,

que si j’en avais conjugales

je serais au moins chevalier

et pas seulement brigadier !

Mais vise un peu l’aléatoire

qui améliore notre histoire !

Heureusement l’ordinateur

que j’ai là-haut avec honneur

en attendant qu’on me médaille

a su démêler la pagaille

que tu mets quand tu réfléchis.

Voilà comment on s’enrichit !

Ah ! Les Juifs quand c’est pas des riches

les pauvres Noirs sont des fortiches !

Résumons-nous, papa Noël :

on va répondre à son appel

avant que Roussot nous supprime

et l’avancement et la prime.

Le bébé est sur l’établi

et le crédit pas dans l’oubli.

On verra pour la particule.

Laissons là notre véhicule

et montons dans la 2CV

que ce soit ou non un vrai veau.

On n’en a pas pour cinq minutes,

moins qu’il n’en faut pour que j’ampute.

Tu les as c’est vrai où il faut,

mais moi aussi j’ai des défauts,

et je connais les bons dosages

des us qu’on dit anthropophages.

Si Monsieur veut se rhabiller

et arrêter de babiller

pour critiquer nos énéides

qui valent mieux que son suicide,

je le reconduis où il veut

et plus vite que mon neveu

qui fait trois fautes sans dictée

et beaucoup plus avec Orphée.

Veuillez, Monsieur, mettre le pied

sur la vache de ce plancher

et laisser faire votre Alice

pour que votre vœu s’accomplisse

en moins de temps que je l’ai dit.

Allez ! Hop ! On n’est pas maudit ! »

Et prenant le bras de Virgile

qui ne se tenait pas tranquille,

elle l’envoie sur les coussins

sans lui faire un autre dessin.

Il n’est pas content et rouspète

comme font souvent les poètes

quand on leur signale un défaut

qui métriquement porte à faux.

La vexation est si furieuse

qu’elle effraie même l’amoureuse

qui veut monnayer son amour.

L’éditeur voit ça tous les jours.

Alice sans une chatouille

lui remonte le bas des couilles

et sur le moignon met un doigt :

« Ici je mets un sparadrap,

et j’appuie fort pour que ça colle,

des fois qu’on croit que je suis drôle

quand je me fous des amputés.

Vous pouvez aussi appuyer

et même vous devez le faire,

sans vous soucier du tarifaire

car on est service public.

Il faut dire qu’on tombe à pic,

sinon vous passez l’arme à gauche

avant même qu’on vous amoche.

Pour la ceinture on fait un nœud.

Chez Citroën on a fait mieux,

mais pour le peuple on s’en dispense.

Notre Amérique c’est la France. »

Et voilà Virgile noué

pour raisons de sécurité.

« Toi, papa qui rêve d’enfance

avec des fillettes de France

plates comme le plat des œufs

et pas un poil entre les yeux,

du mort virtuel prend la place

sans commenter ce qui s’y passe

quand le destin se fout de nous

alors qu’on est sur les genoux

avant même qu’à la retraite

on voit comment l’homme s’embête

entre la femme qui dit non

et les petits-enfants grognons

que l’Internet rend plus ignares

que les parents que ça effare

alors qu’on les a à crédit.

Pas mariés et déjà maudits !

Pour les bucoliques, Virgile,

tu repasseras l’ustensile

à Horace qui l’a propret,

comme dit Auguste à peu près.

Attention, voilà, je démarre !

Et ici j’allume les phares !

Les voyages en 2CV

ça vous secoue tant le cerveau

qu’après la guerre d’Algérie

on ne connaît plus l’aporie,

sauf quand Camus y met du sien

et l’ambassadeur ses chrétiens ! »

Comme elle a perdu sa capote

et qu’on a un peu les chocottes,

on se sent mouillé jusqu’à l’os.

« Ethos, logos et puis pathos

dans le même sac en pagaille,

poète lauréat, flicaille,

Citroën, liberté, laïc,

drones américains et Bic

des poètes sans numérique,

pouvoirs qui font la République,

Rimbaud en langage basic,

atouts du service public,

cocottes des papiers qui collent,

coq en pâte et auto-écoles,

bac, honneur, sacrifice dû,

Polyeucte, enfoirés, Bardamu,

défaite, vendus, rats d’église,

collabos, droites et cerises,

piston, privilèges acquis,

un papa mort dans le maquis,

bordels clos, trottoirs en visite,

césar en pouce et sans mérite,

cuvette, piastres, trahison,

Le Nôtre, État, châteaux, raisons,

fuites, Malvy, Mitterrand, place

à de Gaulle qui prend la place

sans avoir combattu, fuyard,

France, pays des démerdards.

Ah ! Des fois je me sens poète !

— Ah ! Des fois je me sens poète,

je ne sais pas écrire mais

aujourd’hui il vaut mieux chômer

que de s’en prendre plein la fiole

et de finir tout de traviole

pour devant la télé crever

de voir des trucs qui font rêver,

qu’on se met ou bien qu’on avale

et qui des cents, des mille valent

mais qu’on ne peut pas se payer.

On n’est pas fait pour balayer

mais le balai c’est pour la pomme

et la pomme une fois dans l’homme

on se raconte des romans

pour bien jouer à la maman

et la fifille fait des gosses

qui rongeront tous ses nonosses

avant de devenir des chiens.

Le mal ce n’est vraiment pas bien.

On a raison de faire en sorte

de leur laisser ce qu’on emporte.

On fait ce qu’on peut pour chômer

et sans risquer de se paumer.

Poète, c’est une fonction,

de l’État une bonne action,

avec à la clé du classique

qui forme l’esprit empirique,

et du moderne sous les pieds

pour proprement les essuyer

sur ce paillasson qui conserve

comme le formol nous préserve

dans les bocaux des carabins

ensemencés par les robins.

— Ah ! Des fois je me sens poète !

J’ai l’âme qui se met en fête

et le corps couvert de pollen

et de Siméon l’ADN

qui trotte sans rimes des pieds

avec des césures à chier.

J’écris à maman, à la Vierge,

et en confessant je gamberge

comme au lycée les professeurs

en compagnie des bonnes sœurs

lâchent le frein de leur prépuce

dont ils connaissent les astuces

grâce aux forums de l’Internet

qui est inter mais pas très net.

Grosjean me lime le mystique

en caressant l’os des moustiques.

Impatient je mets tout dedans,

mais quelquefois dans l’excédent

je sors mon mouchoir de dentelle

et à son gros nez je m’attelle

sans compter les gouttes d’opium

qui me traversent le sternum.

Et je lis même entre les lignes

tellement je suis dans la ligne.

Mon nom figure en haut, en gros,

avec mes rythmes intégraux

que si j’étais bibliophile

je me verrais bien qu’on m’enfile

pour me pendre avec le drapeau

aux abattoirs municipaux.

Ah ! Le printemps, c’est quelque chose !

Du poète l’apothéose

ou l’apogée, je ne sais plus

et pourtant jadis je l’ai su !

J’en perds le sang de mes guiboles

et pour guincher dans les écoles

je fais des pieds et puis des mains.

L’exercice en est inhumain,

mais pour servir toutes les causes

il faut bien que l’on se sclérose

quelque part qui ne se voit pas.

Chacun choisit son coin-repas.

Tout le monde aura de la bouffe,

du rata bien cuit qu’on étouffe

avec l’os à moelle et le gras

et de la soie dessous les bras.

L’art quand c’est cuit c’est plus facile.

Pourquoi qu’on serait difficile ?

Qui refuserait de bouffer

s’il n’a jamais si bien mangé ?

Avec le printemps on progresse

comme pénitent à confesse.

Allez ! Ensemble, mes agneaux !

Quelle veine on a, c’est trop beau !

— Ah ! Des fois je me sens poète !

Je me sens bien dans mon assiette

grâce à l’État et ses larbins

qui nous mâchent tout le turbin.

On serait bien bête de croire

que sans le devoir de mémoire

le Poète a de l’avenir.

Français, veuillez vous affranchir

avant qu’on vous coupe la tête

et qu’à la poubelle on la mette

avec l’ordure et l’étranger.

Le peuple est fait pour vendanger,

pour ensemble serrer les coudes,

lever le verre qui nous soude

et boire le vin de son crû.

Turlututu ! Chapeau pointu ! »

Nos trois lascars, dans la Deux Pattes,

voguaient joyeux comme frégate

qui a coulé à Gibraltar

deux trois anglais sans avatar.

Les coffres pleins de leurs poèmes,

ayant enclenché la deuxième,

d’embardée à saut à pieds joints

Alice poussa le bourrin.

Il hurlait comme un grabataire

qui veut se gratter le derrière

avec les mains de son voisin.

En l’absence d’aérofrein,

le malade dans la glissade

sans mésestimer la ballade

tentait de maintenir le cap.

Virgile tombé dans les vaps

souriait comme dans un rêve.

Nicolas brandissait son glaive

sans parvenir au résultat.

La 2CV virevolta

avant de se poser en trombe

devant le marbre d’une tombe

qui promettait des jours heureux

avec les anges et leur dieu.

On avait les reins en compote

et des trucs mous dans la culotte.

A un doigt près on revenait

d’où on était parti exprès

pour aller ailleurs en voiture.

Mais les jouets de la nature

que nous sommes depuis toujours

ne contrôlent pas les concours

de circonstances en série,

surtout quand les intempéries

mettent dans les roues des bâtons.

On n’avait pas trouvé le ton.

« Peut-être en fermant notre gueule,

dit Alice se sentant seule.

Le silence est d’or quelquefois.

— Ça ne me fait ni chaud ni froid,

dit Nicolas qui s’abandonne

cette fois à une bonbonne.

Dame Jeanne est de bon conseil

quand on n’a pas mis le réveil.

— On se tait et on recommence !

dit Alice dans l’abstinence.

Tenez-vous bien, sur le plancher

j’écrase dessous mon soulier

ce champignon qui me taquine.

Ce n’est pas que je sois maline,

mais je suis têtue comme fait

qu’on prend pour fiction au palais.

Et pas un mot sur le poète

qui n’aime pas trop qu’on l’embête

et qui peut nous jeter un sort

comme on vient d’en vivre un très fort.

Évitons les soucis qui pèsent

plus lourd que le cul sur la chaise.

Le poète est comme les sous.

Il a deux faces pour le coup.

L’une caresse nos caprices,

l’autre menace la justice.

On le jette en l’air pour jouer

alors qu’il fallait le louer

et nous voilà en pénitence

ou assignés à résidence

en compagnie d’autres vauriens.

Mais le hasard n’y est pour rien.

Il y a un dieu pour les ivrognes

et du bon vin pour ces charognes !

— Ah ! Excusez-moi si je viens

tout juste d’avoir les moyens

de revenir dans ce bas monde,

proteste Virgile à la ronde,

car il retrouve ses esprits

avant juste qu’on soit parti.

Le poète aime les carcasses,

mais non point comme Lovelace

qui ne les vide que de chair.

Le poème se vend plus cher

que ces romanesques légendes.

Et on travaille sur commande,

après avoir joué le jeu

et non point avant comme on peut !

Réfléchissez, ma belle Alice,

avant de sortir des coulisses,

sinon tintin pour Nougaro !

Et rien dedans le Figaro.

N’oubliez pas qu’on est en France !

Le pays de l’intolérance

passées les limites du non.

Des siècles que nous le disons !

Et la plume au clair de la Lune.

Pour mettre fin à la Commune,

on pactise avec l’ennemi…

la Commune ou d’autres délits

qu’on ne peut pas voir en peinture.

Le pompier est notre nature,

classico ou contemporain,

on s’en fout tant que dans la main

on a le poil quand l’autre brosse.

D’ailleurs le poème est en hausse.

On le loue plus que son auteur

qui n’est pas toujours le meilleur,

reconnaissons cette lacune

avec pitié et sans rancune.

Cyrano est de Bergerac

et voilà le tour dans le sac !

La France est une belle église

et ses plafonds une entreprise

qui fait lever la tête aux vieux

et met au pas le malheureux.

Rien ne vaut une croix en fête

et des résistants d’opérette

pour justifier le collabo,

le Versaillais et le Poulbot.

Soyez printemps sans plus en dire !

Que chacun ait sa part d’empire

et son lecteur, même attitré,

et nous serons administrés

selon le sacre qui honore

et la médaille qui s’ignore.

Plus de pétainistes ici !

Que des poètes sans souci !

Et sans inutiles contraintes.

Sinon, ma foi, on vous éreinte !

Un mot de trop, à Biribi !

Et à Béréchid les bibis

qui n’ont plus de tête à se mettre !

Il ne suffit pas de promettre.

Il faut aussi preuves donner,

sinon qui croire et pardonner ?

Car la meilleure république

est une monarchie pratique

dont les chemins se font à pied !

Merci de m’avoir écouté. »

Sur ces chapeaux on redémarre

dans un prodigieux tintamarre

de moulin, de pot, de ressorts.

La 2CV en plein essor

à cette époque de l’Histoire

gravit le talus sans y croire

et d’une première toujours

hardiment monte dans les tours.

On perd à droite une portière

et à gauche la cafetière.

Le moment serait mal choisi

pour s’occuper de son zizi

ou des cotations familiales.

La tentative est capitale.

Si on redescend dans le bois

on est bon pour perdre l’emploi

et la ressource nationale.

On n’est pas l’aéropostale,

mais on dessine les moutons

sans oublier un seul bouton.

Le pied au plancher tout en tôle

avec des pops qui rafistolent

et du minium à tous les trous,

Alice en forme lâche tout

et en met plein les élastiques

qui l’un après l’autre en musique

pètent sous la toile des culs.

Il faut s’accrocher au-dessus

quand le dessous se barre en couille.

Chacun fait comme il se débrouille.

On ne chante plus pour gagner,

mais croyez-moi, le cœur y est !

Les défaites ça nous occupe

et dupé est celui qui dupe.

Il manque la longueur d’un bras

pour se tirer de l’embarras

où on s’est fichu par principe.

Ah ! On fait une bonne équipe,

l’Africaine, le Grec, le Juif !

Pourtant on n’a pas le certif.

Les roues dans la merde patinent

comme le matin les bottines.

Un bras ce n’est rien mais c’est long !

Près du but on a le ballon,

mais le pastis a des séquelles

et nous retient par les bretelles.

Il est trop tard pour dégueuler

et trop tôt pour se rappeler.

Alors Nicolas sacrifie

et sa carrière glorifie

en se jetant hors de l’auto

dans la foison des végétaux

et les attentes animales.

Il pousse une plainte infernale

et pourtant le bruit du bourrin

fait mieux que cet alexandrin

peu fait pour entrer dans notre ode.

La 2CV s’en accommode

et d’un bond franchit tout le bras

qui manquait pour enfin de là

se sortir comme on prend la porte.

Voilà comment on se comporte

quand on est un bon résistant.

Après le talus on descend,

mais en ralentissant l’allure

qui par l’arrêt doit se conclure.

Alice en a perdu deux dents

sur la tangente du volant.

Sans élastiques sous son siège,

Virgile est comme dans un piège

et craint le pire pour ses os.

Il en a un dans les naseaux,

mais qu’elle est donc cette coutume ?

Le manche de son porte-plume

est un roseau en PVC,

or cet os est d’un vrai décès

la preuve que l’anthropophage

a dénaturé nos usages.

Et sur cet exorde broder,

alors qu’on s’en est bien tiré,

il prétend et se met à l’œuvre,

tout empêtré par la manœuvre

que l’expiation de Nicolas,

un véritable apostolat

de fonctionnaire qu’on chouchoute,

a rendue possible sans doute.

Mais Alice est déjà dehors,

et même du talus au bord,

lançant les nœuds de sa culotte

dans la broussaille où nu grelotte

Nicolas qui a tout perdu,

il ne sait comment cela fut.

« Vous faites chier avec vos odes !

dit Alice que la méthode

n’a pas convaincue aisément.

Virgile sur l’os fait du vent

alors que notre camarade

se voit bien en hamadryade

mais veut retrouver ses habits.

La Poésie à haut débit

qu’au CNL on nous conseille

sinon tintin pour voir l’oseille,

serait-elle à l’ordre du jour ?

Mais la Vénus des carrefours

est au volant du ministère !

Vous voudrez bien, mes gros pépères,

mettre un bémol à vos caquets

et sans poésie le paquet

qui à la mission est utile.

Rends-moi mon os, mon bon Virgile,

j’en ai besoin pour me gratter

les boutons que l’État me fait

(mais ce n’est pas une critique

car j’ai le bon sens romantique)

chaque fois qu’il me pique là

justement où je ne veux pas.

Allez ! Nicolas, pas de honte !

Attrape le slip et remonte

sans chercher à te l’essayer.

On ne va pas se chamailler,

dans la perspective des noces

et des exemples pour les gosses,

alors qu’on est de ce moment

à un poil près déjà gagnant.

On reviendra pour la casquette

sinon il faudra qu’on achète.

Le slip t’ira mieux que le gant.

A cet endroit c’est élégant.

Je te le prête et je m’en passe.

Allez ! Mon héros, de l’audace ! »

Elle riait tant que le slip

lui échappa et fit un flip

en rase-motte sur la glaise.

Nicolas lâcha une fraise.

Il avait le bout tout glaiseux

et des brins d’herbe sur les œufs.

« Ah ! Il faudra que tu m’expliques,

et sans arguments alcooliques,

comment j’ai fait pour dépoiler

ce corps conçu pour s’affubler

de l’uniforme autoritaire !

Me voilà nu comme le verre

qu’on a oublié de remplir !

Je veux la mission accomplir,

mais en tenue pas si légère !

Partageons, si tu veux, la paire

de pantalons sans le baisser.

Je vais finir par m’angoisser ! »

Disant cela, Nicolas glisse

sur ses fesses qu’il a novices

en matière de glissement.

Un bras puissant, heureusement,

le retient car forte est la pente

et dangereuse la descente.

Il remercie en haletant

et même flatte doucement

ces doigts qui sur lui se referment.

De la poule il a l’épiderme

quand l’autre d’une forte voix

lui demande si d’un pourvoi

il veut reporter la sentence

et encore tenter sa chance

qui jusque-là n’a pas donné,

comme chacun peut le souhaiter

à l’heure de payer la taxe,

les signes clairs de la relaxe.

Ce sera le dernier recours,

précise comme dans un four

l’ombre resserrant son emprise,

et ce serait partie remise.

On revient toujours sur ses pas

qu’on sache ou qu’on ne sache pas.

Nicolas conçut une telle

frayeur que sans autres nouvelles

il s’arracha à cet Enfer

d’une enjambée plus que kasher

qui le jeta, fin délicieuse,

dans les bras d’Alice rieuse.

Il voulait rire lui aussi,

mais il avait le cul farci

et des frissons entre les aines.

Une rumeur triste et lointaine

s’éleva dans le ciel tout noir

et ce n’était qu’un au revoir.

« Je l’ai vu moi aussi, le Diable,

dit Alice flattant le râble

qu’il avait fort impatient.

C’est un redoutable passant.

On le rencontre ou on l’évite,

mais l’occasion n’est pas fortuite.

Quelque chose va arriver,

à nous, aux autres, mais qui sait

ce qu’il vient chercher sur la terre

ou dessous quand il nous déterre.

Il est ici, pas loin de nous,

il t’a caressé les genoux,

sans te forcer, comme il arrive,

à les plier pour que tu suives

de son chemin le noir fossé

où tous les vœux sont exaucés

si la douleur est leur gageure.

Ce repli est de bon augure.

Pourquoi t’a-t-il laissé le choix

alors que tu n’en avais pas,

qu’ici bas nulle alternative

ne nourrissait l’initiative ?

Je te voyais mort et vivant,

tel que tu étais, nu, tremblant,

prêt à tout pour que ça finisse

et que le destin s’accomplisse,

mais sans moi qui me demandais

si c’était toi que j’attendais.

Reconnais-tu ainsi la femme

dont le nom est une anagramme ?

Vain mystère des trépassés,

le Diable ne fait que passer

et Célia revient te séduire

et à l’affliction me réduire,

me condamner à en pleurer

jusqu’à rêver d’assassiner

comme il est dit au chant troisième

que celui-ci, en bon deuxième,

prépare petit à petit

alors qu’il en est le produit

et la conclusion conséquente.

Pensant ainsi à ton amante,

j’ai jeté la boue sur tes os

ou ce que je croyais tes os,

m’imaginant qu’avec le Diable

tu choisirais l’irrémédiable

avant même qu’il arrivât.

Mais je me trompais d’opéra !

Au diable ce théâtre d’ombres

où le désir est en surnombre !

Tu veux jouir et bien tu jouiras !

Des nouvelles tu m’en diras ! »

Virgile qui voyait la scène

depuis le siège où dans l’obscène

elle sombrait sans déplaisir,

sur le klaxon eut le désir

d’appuyer pour qu’on en termine.

Mais aucun son, on imagine,

ne sortit de cet instrument.

Il en conçut, sur le moment,

un doute et même un fort scrupule.

Qu’avait donc ce sacré bidule ?

Il en pressa plus d’une fois

le bouton avec le doigt droit,

en agitant, plein d’optimisme,

tous les ressorts du mécanisme.

Mais il fallait en rester là,

la batterie était à plat !

Il engagea donc la première

et desserra comme à la guerre

le frein qu’il avait dans la main.

Et la deuche, tous feux éteints,

prit de l’élan dans la descente.

On effraya plusieurs bacchantes

en écrasant leur bataclan.

Comme il n’avait pas fait un plan

et qu’il n’avait pas la manière,

il espéra que le derrière

n’irait point se mettre devant.

Il empoigna bien le volant

et fermant les yeux en prière

il embraya sur la première.

Les roues bloquées, on descendit.

On était peut-être maudit,

mais pour l’instant aucun des signes

qu’au malheur notre Dieu assigne

n’apparaissait pour prévenir.

Quand on ignore, on voit venir.

Virgile ne craint pas le pire

et on ne le voit point maudire.

D’ailleurs pour voir, on ne voyait

pas grand-chose sur le remblai.

A poil Nicolas en détresse

voulait descendre sur les fesses,

mais Alice n’y croyait pas.

Gueulant au secours sans papa,

on la vit glisser sur le ventre

et maudire des poings le diantre

qui était cause du pétrin

qui allait lui rentrer en plein

la gueule si faute de science

elle jouait de la malchance.

En haut, Nicolas hésitait.

Sa bistouquette dépassait,

tant qu’il la voyait arrachée

avant la fin de la journée

par un gros défaut du relief

qui causerait plus de griefs,

(voyons les choses dans le calme

pendant que nous ventent les palmes)

que de rester où il était.

Et il resta comme il voulait.

Quand on a le choix on hésite,

car les contraires cohabitent.

Debout en haut tandis qu’en bas

on était dans le même cas,

il attendait qu’on lui signale

une solution idéale.

Il en profita pour finir

ce qu’Alice sans s’accroupir

avait commencé en musique.

On se sent bien quand le viatique

a le sens d’un beau coup de cul.

Quand le problème est résolu

on en revient à l’hypothèse.

Point mauvaise n’est notre thèse

qui dit que c’est la solution

qui provoque les inductions.

Mais laissons là ces conjectures

qui au programme ne figurent

et revenons à nos moutons,

c’est-à-dire à la conclusion

de ce chant qui est le deuxième

et qui malgré le théorème,

de ce roman est bien la fin

quand le troisième ne l’est point.

Ces pratiques contemporaines

nous donnent parfois la migraine,

mais nous sommes dans un fauteuil.

Nous vîmes alors sur le seuil

de la maison de Gonzalèze

(en ouvrant bien nos portugaises,

car depuis Faulkner le roman

a fait des progrès étonnants)

nos trois patrouilleurs dont Virgile

qui apparaissait sans textile

alors qu’Alice et Nicolas

avaient retrouvé, Inch Allah !

de leur service le costume.

Après ce qu’on vient (je résume)

de lire ci-dessus en vers,

on objectera pour pas cher

qu’on n’en savait rien et pour cause !

A cela ajoutons (si j’ose)

que nous vîmes la 2CV,

comme Sanchaise qui, dévot,

ouvrit la porte à ce spectacle,

(et c’est là un deuxième obstacle

que nous franchissons illico

comme Robbe-Grillet au trot)

tous feux allumés, même jaunes,

alors que plus haut on raisonne

plutôt longuement sur l’état

de sa batterie bien à plat…

certes, nous eûmes pu, poète,

allez au bout de la bavette

et expliquer, force détails,

comment les flics leur attirail

retrouvent sans laisser de trace

et pourquoi dans le même espace

la batterie on rechargea,

ou plutôt comment et où ça !

Rejetons ces vers en annexe,

si jamais le lecteur se vexe,

mais s’il accepte le topo,

revenons à notre propos,

lequel succéda à la scène

où Sanchaise ouvre, non sans peine,

la porte à nos trois zigotos.

On se souvient qu’avec l’auto,

sous les yeux ouverts de Sanchaise

qui en témoigna à l’anglaise,

ils furent au loin emportés,

ou peut-être juste à côté,

que malgré des efforts louables

nos deux flics furent incapables

de sortir Virgile de l’eau

au fond de laquelle l’auto

(la belle deuche de Bébère

qui avait un beau caractère

bien qu’il n’eût épousé que lui

et qu’il ne s’y reproduisit)

le condamnait à la noyade,

car pour conclure la baignade

le sac que Virgile portait

par un angle s’était coincé,

je crois bien que dans la portière,

mais je n’étais point aux affaires

en ce temps dont je parle à vous.

« Avec la mort, les rendez-vous

qu’un jour sans pain sont plus sinistres,

surtout quand ses tristes ministres

vous poussent sans explication

dans les tourments de l’ignition.

Et jusqu’à la fin on se brûle

pour répéter sous la férule

de la vérité faite chair

les fondements de cet enfer.

Pour lâcher de sales ordures

en respectant la procédure

on se secoue le popotin

en avalant le bulletin.

Il n’y a pas autre chose à faire !

Et croyez-vous qu’on désespère ?

Au contraire chaque matin

on recommence le tintouin,

se torchant même dans l’hygiène,

se préservant des allergènes

usant de l’eau et du papier,

quelquefois y mettant le pied

en espérant qu’un bon salaire,

un coup de piston au derrière

et des avantages sociaux,

indiscutables et moraux,

bonifieront de la retraite

les perspectives moins concrètes.

On a de l’espoir en Enfer

et des regrets du côté chair,

mais l’existence est ainsi faite,

ce n’est pas tous les jours la fête

et nous n’y pouvons rien changer

malgré l’afflux des étrangers

qui furent nos bons indigènes.

Pas de plaisir sans cette gêne.

Tout le monde ne peut pas jouir

des métiers vraiment d’avenir,

comme juge, élu, fonctionnaire

de police ou pour mieux le faire

délateur des guichets publics

ou Sage contrôlant du fric

les destinations ménagères.

Ce n’est pas tous les jours la guerre.

Les résistants, les collabos,

l’existence à deux c’est bien beau,

mais qui sont ces enfants nature

qui finissent dans la culture

avec ou sans les subventions ?

Bâtards du rêve et des passions,

ils défendent plus qu’ils ne créent.

Et le cor sonne à la curée,

chevaux renâclant sous les tours

des vieux châteaux mis au concours.

Chez soi l’Enfer c’est une porte.

Pour profiter, il faut qu’on sorte,

mais pas sans avoir bien chié

dans le trou qui pour ça est fait,

car le trottoir doit rester propre.

Gare aux imprévoyants malpropres !

Sous les fenêtres de l’État,

on est bien payé sur le tas.

La séparation est publique

dans ce genre de république,

et non point comme l’esprit veut

qu’elle sépare d’un cheveu

(un cheveu suffirait à l’aune

de ces impossibles gorgones)

la Justice du Parlement

et le Parlement nettement

de l’État sans sages ni juges,

car le mélange est ignifuge.

Mais au pays des noms en X

la séparation est un mix.

Doux Enfer que la Médecine

entretient dans ses officines

avec l’aval des syndicats

et des partis du laïcat.

Le souffle demeure anxiogène,

mais sur le feu son oxygène,

indispensable carburant

des peuples privés de maman,

entretient devoir de mémoire

pour reconstruire son Histoire.

Quand militaire est l’historien,

la science infuse ne vaut rien.

Or, la France sans militaires

pour perdre savamment les guerres

et cultiver ses monuments,

est au mieux un vague moment

de l’esprit en proie à l’espace.

Le drapeau est une grimace,

non point de sublime douleur,

mais de soulèvement de cœur

que la merde avalée provoque

chez les jeunes comme les vioques,

mais rarement chez les bourgeois.

Il ne manquerait plus qu’un roi

pour parfaire avec sa famille

les entorses de nos chevilles. »

Ainsi Virgile se noyant

fit des bulles en castillan,

comme il faut que je le traduise

si Engeli m’y autorise

ne serait-ce que pour finir

ce chant avant de m’endormir

sur les lauriers de son troisième

qui peut être le pénultième

si le filon, cher Engeli,

se trouve bien dans notre lit.

Nous avons pour notre Franciade

vaincu le courage en ballade.

Nous voici dans l’eau d’un torrent

sous les auspices d’un printemps

qui ne doit rien au ministère.

La concurrence printanière

à l’élastique de son slip

s’accroche mais fini le trip,

autrement dit la chansonnette

et de Char la pauvre charrette,

ses godillots sont à sevrer

sans avoir finement œuvré

dans le cuir de la poésie

et les crampons de l’hérésie.

Tandis que l’eau dans ses poumons

ouvrait un passage aux démons,

Virgile eut encore la force

de dégager son hâve torse

et ses membres tranquillisés

par la mort qui le dégrisait.

Il était bien dans ce cadavre,

songeant que si d’autres s’y navrent

c’est bien sûr avant de mourir,

quand on se prend pour un martyr,

un guignard ou une âme en peine,

citoyenneté souveraine

selon croyances, convictions,

jugements, fruits de la passion,

toute chose qui se mérite,

à quoi l’agonie les invite

pour parfaire l’imperfection

et mesurer la dérision

du contenu de la cassette.

Mais Virgile est mort en poète,

surpris par un bête accident

dont personne, même savant

formé aux ors de la médaille,

ne peut gâcher la retrouvaille.

Il y songeait en finissant

de se noyer dans ce torrent

décidément vif et rapide.

Il croisa plusieurs androïdes

qu’il salua sans dire un mot

car ils avaient l’air de marmots

élevés dans l’hyperespace

de la consommation de masse.

Ils lui rendirent des saluts

fiévreux dont il eût mieux valu

se dispenser dans ces eaux troubles

où l’on finit par y voir double

tant l’ivresse est un fait nouveau.

Il s’arracha un peu la peau

sous un ponton que des fantômes

utilisaient pour pêcher l’homme

avec au bout de l’hameçon

des vieux contes et des chansons.

Il en chantonna quelques-unes,

mais il avait de vraies lacunes

et les refrains ne venaient pas

comme il convient à ces jeux-là.

Il essaya aussi un conte,

mais dès le début il eut honte.

Sur la berge d’autres pêcheurs

appâtaient de tristes nageurs

qui mordaient parce qu’il faut mordre,

ne sachant pas de qui cet ordre

émanait, tyran ou damné,

un fonctionnaire haut placé

ou quelque héritier de passage

comme le veulent nos usages,

ni ce qui pouvait arriver

si au lieu de mordre on rêvait.

Rêver c’est dans notre nature,

mais la mort est une aventure

dont pas un ne peut témoigner,

tellement elle est un secret.

Est-ce la pensée qui limite

ou la limite qui l’imite ?

Virgile voulait y penser,

mais le temps ne voulant passer

(passerait-il que la mémoire

nous en ferait toute une histoire !)

Il eut du mal à mettre en vers

ces premiers pas faits à l’envers,

ou autrement si l’apparence

n’y est plus ce que d’elle on pense.

Il vit le panneau : Achéron,

chercha des yeux le vieux Charon,

mais ne vit qu’une vieille écluse,

pas même l’ombre d’une muse,

ce qui dans le fond l’inquiéta

à ce point qu’il interpréta

au lieu de jouer la fortune

comme elle joue avec nos thunes

quand on veut en avoir bien plus.

Après Dieu il faut que Crésus

soit le deuxième sur la liste.

A ce décret rien ne résiste,

sinon nous n’avons rien compris

et il faut en payer le prix.

Dans le bassin une péniche

se prélassait avec des riches

sur le pont tout nus et bronzés.

Un chien des mieux apprivoisé

se laissait caresser l’échine

par une jolie gourgandine

aux cheveux roux comme le feu.

Une Ève comme on en fait mieux,

tout aussi rouquine que blanche,

comme le rêve qui s’épanche,

baisait la bouche d’un Adam

qui la mordait à pleines dents.

Un troisième homme à deux paluches

applaudissait comme balluche

au spectacle de la Passion.

Virgile reconnut ce fion.

D’Antraxe il était l’apanage !

Il en faisait le même usage,

preuve qui ne peut pas tromper

à moins d’avoir le frein au pied

et le prépuce à la prunelle.

Voilà qui vous met la cervelle

en lieu et place du croupion

et on fait comme à la maison,

un truc en plume entre les miches

et des en cuir où on se fiche

d’avoir l’air con pour une fois.

Virgile enfin comme chez soi

se sent des ailes de poète

et sans que plus rien ne l’arrête

dans la marmite fait des vers.

Maintenant c’est lui le driver

et Elpénor le félicite

d’avoir l’ode si bien écrite

sans s’être cassé tête et cou.

« Allez Virgile ! Bois un coup,

lève ton verre et tes gambettes

pour verser ton sang de poète !

Bois-le cul sec ! Allez tchintchin ! »

chante Jean qui rime avec gin.

« Ben, je crois, dit le capitaine,

que voilà le croque-mitaine !

Que les enfants ferment les yeux !

On va tourner le dos à Dieu

et à René rendre le doute.

Machine à fond ! En avant toute ! »

Mais qui est ce nouvel Achab

qui embarque caves et dabs

pour une approche du voyage

qui promet plus que l’avantage

et les faveurs de la fonction ?

Virgile premier sur le pont

reconnaît ce visage glabre

que le feu de l’Enfer délabre

mais qui demeure ce qu’il est.

C’est Verju, ton vieux frère aîné,

fan de caca, aimable pitre

comme chiure sur la vitre,

mort en Enfer et tel qu’il est

vivant des flammes de Dité.

« Charon a choppé une grippe,

explique-t-il à cette équipe.

Un truc d’enfer qui le retient

dans son lit du soir au matin.

Alors, voilà, je le remplace…

mais si vous faites la grimace,

je vous supprime le plaisir

qu’on éprouve en faisant souffrir ! »


 
 

III

« On ne chante que si ça chante.

Dans ce pays de sycophantes

il est de bon ton de chanter.

Autant savoir comment rimer.

Le spectacle est dans les nuages

et la critique après l’orage.

J’en ai connu, cher Engeli,

de quoi mouiller les draps du lit

sans que moine n’efface traces.

On dit même qu’on s’y prélasse,

qu’on soit seul ou partant plusieurs

à en apprécier la chaleur,

et que si l’anus de l’idée

ouvre la porte à l’empyrée,

on est sûr au moins d’y gagner,

sinon la croix du résigné,

une pension que vite on flambe.

C’est au cou qu’on porte ses jambes

et entre la langue ressort

chaque fois qu’on lui fait un sort.

La poésie soigne malades

et si malgré maintes cagades

il en est encor qu’on dément,

la faute en est au firmament

qui d’un côté comme de l’autre

produit la science et ses apôtres,

lesquels il faut bien consommer

car acheter c’est travailler.

Les sous qu’on gagne se dépensent

car ils sont bonne récompense

de celui qui les donne à tous.

Sinon ce ne sont plus des sous.

Les voir ne suffit à personne.

Et qui d’ailleurs les abandonne

à celui qui ne sait pas voir ?

Tout le monde veut les avoir.

Et plus on en a plus on gagne.

On en fait même des montagnes

qu’on met en bourse au ceinturon

que d’autres serrent sans les ronds.

C’est le voisin qui collabore

tandis qu’ici on élabore

le futur des enfants conçus

non point dessous mais par-dessus.

Le civil a ses préférences

et le pénal ici compense

les défauts qu’à nos clercs on doit,

car ce sont eux qui font les choix

alors que l’ignorant hésite,

ne sachant point où il habite,

la Poésie n’ayant de lieu

que ce qu’on peut faire de mieux

pour avoir l’air d’être poète.

Et dans la rue on fait la fête.

On remplace les colonels

aux blancs chevaux de sol charnel

dont Bardamu paie la facture

par un singe de préfecture

qui fait des vers à temps perdu

sans cotiser au chômedu.

Car le poète s’il n’enseigne

science et morale de ce règne

n’est pas plus poète que pet

qu’à ce jeu on veut attraper

comme le pompon au manège.

Et musicaux sont tous ces sièges

car il faut songer au budget,

en même temps avantager

ce que la raison recommande

sous peine de fortes amendes

dont le moindre prix se vend cher.

Ainsi la vie s’est faite chair

à l’image de son église.

Le discernement est de mise.

Les poètes portent des croix

pour situer ce que leur voix

ne veut rien dire qu’on écoute.

C’est compliqué d’autant qu’on doute.

On achète de fins livrets

dont le libraire délivré

nous fait savoir qu’on a la chance

de le trouver en résidence.

On feuillette et le ton y est.

On est content d’avoir bien fait.

Et on rencontre des poètes

qui savent comment l’âme est faite

et pourquoi l’esprit s’y soumet.

Et peut-être que l’on s’y met

soi-même aussi à cette tâche

dont l’accent est de trop, qu’on sache !

Et que je te griffonne un vers,

et que de deux je me ressers,

et de trois j’en fais même quatre,

ce qui fait de moi un théâtre

et de ce théâtre un en-soi.

Encore un peu, on est des rois !

Et bien sot celui qui l’y laisse,

car les chiens que l’on tient en laisse

font caca à l’endroit qu’on veut,

ce qui se ramasse bien mieux

que d’autres qui n’ont point d’aisance.

Ah ! Vive la polyvalence

de nos salles de réunions !

On y prend quelquefois des gnons,

mais qui un jour ne les mérite ?

On tend la main dans les guérites

et sur les comptoirs des bureaux.

Les principes électoraux

donnent de la voix au poète.

Et de ces wagons qu’on affrète

avec les sous des indigents

on fait des trains avec des gens

qui secouent leurs mouchoirs de poche

comme des acteurs au cinoche.

Et bringuebale la loco

sur les rails des impôts locaux.

Ah ! Ce que j’en ai de la chance

d’être ailleurs que là où je pense !

La Poésie avec des mots

c’est plus facile que l’auto.

Et c’est permis à tout le monde.

Ça se comprend si on abonde.

Tout le monde n’a pas d’auto.

On se fait coiffer au poteau

si l’usage de la pédale

est en dessous des minimales.

Renseignez-moi si j’ai tout faux.

La Poésie a des défauts,

mais quand j’en fais je m’améliore.

Je ne dis pas, je corrobore.

J’accepterais même un procès

pour qu’on me crève cet abcès.

Peu importe que le spectacle

ait lieu dans la cour des miracles

ou dans le jardin des désirs.

Je m’en remets à vos soupirs.

J’invente le soupiromètre.

Et je sais me la faire mettre !

Vous pensez si j’ai la notion

du temps qu’il fait dans la fonction !

Des berges que je m’alimente !

Et je suis vert comme la mante

qui ne change pas de couleur

comme ça au petit bonheur.

Je fais même la marionnette,

la petite et la grosse tête.

Avec des mains et de bons fils

on a de suite le profil.

Je lève la patte en mesure,

et du petit bout je m’assure.

Servir c’est bien mais le larbin

a besoin de son jacobin,

sinon je grève sur le zèle.

Pour ça on me rogne les ailes

et je vole sur mes deux pieds.

Mais non point comme l’estropié

qui tricote après ses prothèses !

Sur la route je suis à l’aise.

J’ai l’air d’un bourgeois et je suis

plus regardant sur l’usufruit.

Ah ! On en entend de bien belles

sur le terrain des ritournelles !

— En Angleterre c’est pareil !

On a beau mettre le réveil,

on fait la grasse matinée.

Je ne dis rien sur la soirée.

Le vers n’est plus ce qu’il était.

On ne sait plus comment on fait.

On veut travailler sans rien faire

comme des bibliothécaires,

mais le vers n’est plus dans le fruit

ou il est crevé dans l’ennui.

La poésie est à la masse

ce que la peau est à la race.

On n’en voit jamais la couleur

et pourtant ils ont bien la leur !

J’écris moi aussi des poèmes,

des tranches de vie comme on aime

et des beurrés des deux côtés.

C’est ce qu’il faut pour exister

comme on a envie de la mettre.

De la métrique on est des maîtres

et le sens n’a pas de secret

qu’à la fin on ne peut percer.

On a fait de longues études,

comme grandeur et servitude,

et je ne cite que ces lois

car on ennuie vite les rois

si on dit tout ce qui nous mine.

Car au fond on a bonne mine

et le charbon que l’on extrait

n’est pas fait pour les illettrés.

On se chauffe à de meilleurs poêles,

et peut-être sous des étoiles,

mais celui-ci on l’a construit

avec la terre de la nuit,

qui est le rêve, et ses trouvailles,

autre chose que boustifaille

dont nos prolos et ronds de cuir,

pour satisfaire les désirs

de l’employeur qui s’en retape,

font le menu de leurs agapes

au détriment de la Nation.

On philosophe sans passion,

on instrumente sans épreuves

et personne qui s’en émeuve

que ce que nous sommes pour eux !

Des bons à rien, des malheureux

qui prennent pain pour existence

et existence pour pitance !

Alors que nous avons le vers !

Même qu’on y voit à travers

tellement il est fait pour lire.

Et doux comme du cachemire.

Dites-le comme je l’écris

et ne me parlez pas du prix

qu’il a coûté à ma famille !

De quoi me payer les guenilles

que vous me voyez porter là.

Mais je devrais dire au-delà… »

Ce court dialogue voulait rompre

non point des bâtons à corrompre

par les moyens de l’intérêt

qu’on a si on veut en parler

sans passer pour réactionnaire,

ou pire pour un fonctionnaire

qui tue le temps faute de temps

et le paye plus que souvent,

mais plutôt la monotonie

d’un voyage sans avanie

depuis qu’on ne se noyait plus

dans le canal que le Verju

venait d’aborder par sa berge,

arrivant comme l’on émerge

…navire peut-être oublié

depuis que le temps a passé…

d’un monde certes limitrophe

qu’on ne franchit pas sans étoffe.

Et Virgile qui était nu

et de ce signe dépourvu,

se mit à trembler pour le dire

afin qu’on sût que ce navire

ne l’avait point ici porté,

mais que fuyant l’adversité

il était tombé dans cette onde

sans intention de voir du monde.

Il était bien sûr très heureux

d’avoir l’occasion devant Dieu

d’embrasser un mort de famille.

Verju reçut sur ses deux quilles

mille baisers tout enflammés

comme si on s’était aimé !

« Mais enfin, dit-il à son frère

qui se traînait dans la poussière,

tu es mort et tu dois venir.

Tu n’auras pas d’autre avenir.

Ce qui est fait, pour le défaire,

il faudrait en tout le refaire,

ce qui ici n’est point donné

comme tu veux l’imaginer.

Nous ne sommes point un principe,

mais tout au plus un archétype

dont la poubelle est le destin.

S’il fallait du soir au matin

travailler pour que l’existence

ne trouve pas dans l’indigence

des raisons d’en finir avec,

et si la nuit, fort de bifteck,

on aidait la démographie

tant par plaisir qui tonifie

que par devoir dû au drapeau,

une fois mort, c’est à propos,

en bien, en mal, ou autre chose,

ça dépend avec qui on cause.

— Mais enfin mon petit frérot !

hurle Virgile dans le pot

où il crache la note due,

ma cause n’est donc pas perdue !

On a beau être plus que mort

on n’en est pas moins dans l’effort !

Je défendrai ma poésie

tant que mon âme dessaisie

ne sera point par jugement

de je ne sais quel instrument

dont tu prétends jouer le manche.

Quand la conversation est franche,

on est heureux d’avoir raison.

Emmène-moi dans ta maison.

J’ai tant besoin d’un petit verre

que mon esprit se désespère

de n’en avoir pas sous la main.

N’attendons pas jusqu’à demain !

Je suis si sûr de ma défense

que je regarde à la dépense. »

Il sautillait de joie et tout

et il en mettait trop partout,

tellement que Verju très pâle

eût une colère infernale,

comme on en a quand la moitié

s’ajoute encore à l’unité

malgré les leçons de l’absence.

« Ah ! Tu oublies qu’on est en France,

dit-il dans ses dents de devant.

L’égalité, c’est décevant

quand on fait de la poésie

au lieu d’étudier l’aphasie

pour en faire plus qu’un métier.

Les poètes c’est des rentiers

et bien souvent des ploutocrates

qui achètent comme on se gratte

ce qui au peuple fait du bien.

C’est sûr, tu as de gros moyens,

les moyens de ton truc en plumes

pour multiplier les volumes.

On ne peut rien te refuser

surtout si tu veux t’amuser

avec la femme de ton frère !

Et par-devant et par derrière,

ça fait deux pour le même prix.

C’est peu payer si j’ai compris

le sens qu’il faut donner en France

à la moindre de mes absences.

Mais ici tu n’écriras plus,

rien sur les dessous ni dessus.

Tu recevras de la visite

si jamais l’esprit t’y invite.

Je veux douter de l’avatar

d’une comédie en retard

de plusieurs siècles d’espérance.

Béa n’est jamais en avance.

Tu attendras avec Satan,

car n’est pas venu le bon temps

d’embarquer jusqu’à la frontière

en compagnie d’un condottiere

dont la Renaissance est le nid.

Tu n’iras pas au Paradis !

Et il faudra que tu travailles

avec sur le dos des écailles

et une queue dedans le cul,

avec au bout un truc pointu

qui des fois sur toi se retourne

comme tu fais quand tu enfournes

ceux qui sont morts parce qu’ils sont.

Je peux te faire la leçon,

j’en ai des pages et des pages

et gratuites selon l’usage,

par esprit de fraternité

si tu veux encore exister

à défaut de vivre la vie

qui ne fait pas la poésie.

— Mais enfin si je n’ai rien fait

qui mérite ce qu’on me fait !

J’irai revoir ma Béatrice !

Ce sera en toute justice.

Le poète qui vient ici

mérite mieux que ce sursis.

Je resterai sur la péniche

pour prouver de quoi je suis chiche.

Tes morts qui pourtant sont bien nés,

je ne veux pas les enfourner

ni qu’on m’enfourne avec la race

à qui je dois cette disgrâce !

On verra bien qui le plus fort

de toi ou de moi dans l’effort

sera celui qui capitule !

— Si tu n’enfournes pas tu brûles !

Et si tu brûles c’est fini.

Pas une trace qui survit.

Tu en perds même la syntaxe.

Je veux bien que tu te relaxes,

en attendant de t’accepter

tel que tu es et as été.

Une heure au plus et on se casse.

Charon est dur si on dépasse.

J’en ai vu des plus forts que moi

fondre en larmes devant ce roi

tant il invente le supplice

à la place de la justice

qui veut qu’on vive malgré tout.

J’en ai vu qui deviennent fous,

à tel point qu’on dirait des bêtes,

et sans permission ils se jettent

dans cet effroyable volcan

qui est selon moi le néant.

Je n’en vois pas d’autres empreintes.

Ma curiosité n’est pas feinte.

Charon veut que tu saches tout,

autant que lui, de bout en bout

les fragments de ce court voyage

dont l’éternité est en gage

tant que tu enfournes les voix,

celles de ce qui n’est pas toi,

celles des fous qui le deviennent

et celle qui, peut-être sienne,

veut que tu retournes là-bas

alors que tu ne le peux pas.

Ainsi s’achève ton enquête.

Il faudra un bien grand poète

pour te permettre de jeter

un œil sur ce qui a été

et qui sera sur cette terre.

Peut-être le propriétaire…

mais même Charon n’en sait rien.

Et j’enfourne tout ce qui vient,

les morts, les vivants, les esthètes,

les moralistes trouble-fête,

les pédagogues, les savants,

et tout ce qu’on se met devant

en attendant d’être derrière.

Imite-moi, mon petit frère,

enfourne et ferme ton caquet.

Pousse à la fourche les paquets

sans te soucier de leur nature.

Ici commence l’aventure

de l’éternel et du fini,

après la vie, sans infini,

et presque mort sinon esclave

du désir comme un rat de cave

rêve d’égouts sous la cité.

Moralité ! Moralité !

Rien ni personne ne domine

ce Monde qui pourtant s’anime. »

Ici, Verju frotte son œil

avec sa patte que le deuil

d’un noir de velours enrubanne.

Et sa queue par-dessus son crâne

fait signe qu’on est en retard.

« Ne joue pas avec le hasard,

conseille-t-il au petit frère

qui veut un billet de première

avec en plus aller-retour.

Quand nous serons devant les fours,

enfourne le cri, le silence

ou quoique ce soit qui avance

sans que rien ne puisse arrêter

le sens qu’a pris l’éternité,

entre la vie et son contraire,

à fleur de ciel, à ras de terre.

Va dans ce sens, fais la mata !

Va droit devant et ferme-la ! »

Virgile hoche sa binette,

mais pas un vers qui s’y arrête

pour attendre son compagnon,

comme il en est quand la chanson

vient de trouver sa dominante.

Il compte huit et il arpente

le vieux pont qui craque dessous.

En même temps il fait pissou

et son moignon ainsi s’agite

à l’endroit qu’hier une bite

ornait d’une belle érection.

Il a encore des questions

à poser avant de s’y faire.

Mais l’impatience de son frère

le prive de sagacité.

On ne fait rien sans se citer.

Il n’a rien sur lui, pas un livre,

pas un carnet pour lui survivre

et s’opposer à cette mort

dont il connaît le croquemort,

si c’est ainsi qu’on assassine

dans les pires des magazines.

Il voudrait rager mais ne peut,

car à dire c’est malheureux

il entretient comme une joie,

signe que l’esprit lui envoie

tant il est curieux de savoir

ce qui ce passe après le soir,

dans cette nuit privée de rêve

depuis que la mort y prélève

les conditions de son futur.

Encor qu’il n’en soit pas bien sûr…

quand il se tâte, il sent des choses

dont les effets ont une cause.

Sur le roof Jean et sa maman

semblent sourire à ses tourments.

Sont-ce des diablesses ces femmes

ou ont-elles rendu leur âme

comme il arrive aux morts-vivants

que nous étions dans cet avant,

ce temps que l’histoire fragmente

et qui voué à la brocante

n’aura plus valeur de passé ?

Il a envie de les fesser,

ces persistantes survivances,

pour les punir de leur enfance,

mais elles sourient doucement

sans dire pourquoi, ni comment.

Antraxe aux anges se masturbe

sans que l’endroit ne le perturbe.

La langue passe sur les dents

comme qui cherche l’accident

qui mettra au bout une rime

ou produira un vers didyme.

Il râle un peu mais sans passion.

Le plaisir sans dépossession

ressemble à une maladie

dont il connaît la mélodie.

Et il salive dans la main

tandis que gonfle son boudin.

L’Anglais hilare lève un verre

et en répand un peu par terre

et sur le gras de son index

pour en enduire son apex.

Cristobal se lèche les pattes,

lorgnant d’un œil discret les chattes

qui lui caressent le bidon.

Virgile se gratte le front

en observant ce que la scène

offre à sa vision incertaine.

« Seraient-ce là mes compagnons ?

dit-il en palpant son moignon.

On ne choisit pas ses complices.

La vie impose qu’on agisse,

perdant ainsi un temps précieux

quand le savoir eût trouvé mieux

à faire pour mourir moins bête.

C’est ainsi qu’on devient poète,

et le voyage est un recueil

à feuilleter dans un fauteuil,

petite pluie des anecdotes

et des saillies dont on se dote

pour se distinguer du savant

et de son frère l’ignorant.

Le poète est le troisième homme,

celui qui rêve qu’on le nomme,

femme ou enfant selon le cas,

triste ou folâtre reliquat

des chansons devenues poèmes,

des contes poussés à l’extrême

pour en faire de bons romans

qu’on lit pour passer un moment,

et pourquoi pas des analectes

qu’il reconstruit en architecte.

On se tue parce qu’on agit

et on meurt d’avoir trop appris.

Le poète est la maison même

qu’il a construite sans graphème,

n’y habitant que pour dormir

et n’en sortant que par plaisir.

Je laisserai la porte ouverte

et des fruits mûrs sur la desserte,

car tu viendras dans mon jardin,

chaque soir et chaque matin,

cueillant les fruits que j’abandonne

à l’œil expert qui les griffonne.

Je sais bien que tu seras là

après chacun de mes repas

pour goûter encore et encore,

toi le père des métaphores,

à mes nymphes, à mes jouets,

selon que je sais qui tu es,

oracle en forme de prouesse,

joie facile d’une promesse,

ou que je ne t’ai jamais vu.

Je préfère cet inconnu,

mais hélas avec l’expérience

ce n’est plus la divine chance

qu’on tente quand on veut parler

pour ne rien dire et s’en aller.

Faut-il qu’ici tout recommence ?

Lit conjugal, jardin d’enfance,

mot sans racine pour jouer

et jeux fatigués d’amuser ?

Le savant sait que sans langage

la perfection est à la page.

C’est le vice qui nous rend beaux,

peut-être au-delà du tombeau.

Le langage n’est pas malade.

Il est parfait pour la parade.

Voilà ce qu’il faut s’injecter.

On ne jouit pas de la santé.

Si on l’a il faut qu’on travaille

en dessous de la valetaille !

Soyons malades à crever !

— Voyons, mon frère, à ton chevet

tu convoques la maladie !

Voilà comment tu étudies,

les coudes sur la table joints,

la langue dans le baratin

et les pieds dans un pot de chambre !

Tu en trembles de tous tes membres !

Je ne sais rien mais je sais tout,

car je suis mort, je suis partout.

Ne sont-ce point les personnages

que tu embarques sans langage

pour un voyage sans retour ?

Tu pensais avoir fait le tour

de l’inconstant et du possible,

et même avoir de l’invisible

une idée pas piquée des vers

(en voilà un drôle de vers !)

Mais te voilà mort et cadavre,

et pas seul dans ce triste havre,

car tu retrouves ton frérot,

pas vraiment fier d’être un suppôt

mais pas mécontent de l’occase,

avec en prime par oukase

des personnages en papier

qu’on a le droit de peloter

avant de voir à quoi ils servent.

C’est ça le bonheur en conserve !

De quoi te plains-tu maintenant

que c’est fini pour le moment ?

Tu veux versifier, versifie.

Tu veux tout dire, momifie.

Mais entretemps, mon Engeli,

enfourne que ça désemplit !

Vivant ou mort, c’est de la cendre.

Alors que si tu veux descendre,

on a l’échelle et les paliers.

Et plus tard même un escalier,

avec bien cirée une rampe

et des marches dessous la lampe.

Ah ! Un fameux colimaçon,

à rendre jaloux un maçon.

De l’acier conçu dans la fonte

qui supporte les mastodontes

aussi bien que les tout petits.

On ne reste pas apprenti

tant c’est facile de s’y faire.

Certes question de l’atmosphère

on a souvent la langue à sec

et rien pour se mouiller le bec.

Au début on le fait en rêve.

Mais l’affection est toujours brève.

Point de langage pour virus.

Sur ce on a le consensus.

On peut parler sans les papilles.

Et sans salive à la cédille.

Tu parleras de l’estomac

ou de l’anus comme Thomas

qui croyait s’il avait des vues.

Avec les mains, pas de bévues !

Sur la scène on voit tout le corps,

entre les membres les raccords

et sous la chemise les formes.

Il n’en faut pas plus à la norme

en usage dans cet enfer

qui est théâtre de la chair

pour vérifier que Dieu existe.

On dirait même qu’il insiste.

L’ancien qui a tenu le coup

et enfourne sans savoir où

te le dira si tu écoutes.

Et si jamais tu as un doute,

mets le doigt sur la porte en fer

pour mesurer ce que la chair

connaît de toi, suppôt du Diable.

C’est ainsi qu’on se met à table

quand on est mort d’être vivant.

Soit on fait partie des croyants,

soit on peut se faire comprendre.

Dieu met le feu où il peut prendre.

Existerait-il sans le feu ?

Ici nous n’avons rien de mieux.

Pas d’air, pas d’eau et pas de terre.

Et un double propriétaire

qui est tout un si Dieu le veut

et si le Diable encor le peut.

Point d’action ni de connaissance

dans cette chaude résidence.

J’ai appris ça en enfournant,

des morts, des vrais et des vivants.

On s’habitue à aller vite

sans se soucier de l’acolyte

qui prend feu parce qu’il a soif.

Pas de gréviste dans le staff !

La crémation est une usine

et l’ouvrier s’y abomine

sans toutefois, sauf exception,

se foutre au feu par déception.

Je préviens pour être tranquille,

car tu m’as l’air plus que fragile

du côté de la soumission.

J’oublie que je suis en mission…

prends sous le bras tes personnages

et laisse-moi, de ces parages,

te présenter — non point le temps

qui n’a pas ici d’instruments

pour nous inventer l’existence —

les critères de ton audience,

autrement dit les spectateurs

dont la plupart sont des auteurs,

comme je vois que tu t’en doutes.

On enlève et on en rajoute,

comme dit ce bon vieux Charon

qui n’est pas aussi fanfaron

que je le suis quand je divague.

Rassure-toi, c’est une blague ! »

Parole qui, comme il s’assoit,

laisse Virgile un peu pantois :

« Ainsi ce sont des personnages…

les maladies de mon langage

ou le langage de mon mal,

si j’en crois l’usage local.

Pourtant, frérot, je suis perplexe,

car ce chien qu’on voit sans complexe,

qui n’en finit pas de branler

sa grosse queue de feu-follet,

j’en ai subi tous les outrages

comme en témoigne mon châtrage.

— Veux-tu te venger, petit fou !

Ce n’est point là ton loup-garou !

Tu as bien perdu ta zézette

dans des circonstances très bêtes,

mais ce chienchien n’y est pour rien !

Ni ce voluptueux vaurien

qui fait au chien toutes ces choses.

Se peut-il qu’une telle cause

échappe ainsi au souvenir

qui t’a condamné au désir s

ans la moindre de ses jouissances ? »

A ces mots Antraxe s’avance,

laissant tomber le beau morceau

que ces deux dames trouvent beau.

Cristobal lui lèche les fesses,

car l’animal est sans confesse

depuis que Jésus est son fils

et Mahomet son habilis.

Virgile d’un pas se recule,

car il ne veut point qu’on l’encule

et il le dit posant la main

sur l’épaule de son frangin.

Antraxe affiche un beau sourire

dont les dames toisent l’empire.

« Messieurs, je suis dans l’embarras,

dit-il en levant ses deux bras.

Je ne suis point un personnage.

En tout cas point de cet ouvrage.

Mon auteur a nom Engeli,

non pas Virgile comme dit

ce mort doué de la parole

pour jouer je ne sais quel rôle

ou en écrire a capella

à sa mesure et sur le tas.

Vous me voyez là sans malice

réclamer le peu de justice

qu’on doit sans faute à nos erreurs,

et vous en commettez d’ailleurs

à mon égard une fort drôle.

Je veux bien perdre le contrôle

de mes actes par pur plaisir,

mais avouez que sans désir

la liste en est longue et joyeuse,

car je sais ce qui rend heureuse

et en possède le moteur…

on est victime et non acteur.

Or, je ne veux point pour moi-même

qu’on me mette dans un poème

alors que je sors d’un roman !

C’est d’ailleurs en le consommant

que j’ai rencontré ce poète.

Je ne sais si furent discrètes

nos raisons de se rencontrer,

ah ! Mais oncques je n’ai fauté

à l’égard de sa zigounette !

Je confesse avoir fait trempette

dans les saveurs de son rectum,

mais jamais de cet erratum

je n’ai été l’auteur infâme !

Je crois bien que nous rallumâmes

le brasier qui s’était éteint.

Monsieur en sera le témoin

si le poète a la mémoire

plus fidèle que les histoires

dont il prétend causer ma mort.

Je n’ai pas fait tous ces efforts

pour entendre tout le contraire !

Quand je sais faire je sais faire !

Je sais de quoi je suis l’auteur.

Je ne sais même pas d’ailleurs

comment Monsieur l’a égarée

ni pourquoi on l’a débitée.

Mais peut-il en être autrement

puisque de ce triste moment

je ne suis témoin ni artiste ?

Si j’exerce comme flûtiste

je mordille mais ne mords point.

J’ai du respect pour le conjoint

et même pour ce qu’il endigue.

Du goût j’en ai pour les intrigues,

mais pas au point de couper ça !

On me voit déjà en forçat

au service de ce poète

qui fera de moi une arpette

pendant que Monsieur au salon

empochera les biffetons

et les hochets de ses ministres.

Ah ! Vous parlez d’un gros sinistre !

Un vivant au pays des morts

et rien pour mettre sur le corps

pour éviter les érythèmes !

Et Monsieur écrit des poèmes !

Des vrais en vers et pas en toc,

avec des rimes plein le stock.

Mais dessous Monsieur sans rien dire

met les moyens pour me maudire !

Je préviens, je suis hors de moi.

Je dirai tout devant la Loi

et je vais faire du grabuge.

Si Dieu existe, qu’on me juge ! »

Là-dessus il croisa ses bras

et d’un coup de rein se cabra,

le menton en l’air et l’œil torve,

avec au nez un peu de morve

qu’il déposa sur le dessus

de son poignet ainsi conçu.

D’un geste précis sur sa joue

le palmipède de Mantoue

frotta ses pores sébacés.

Verju était embarrassé.

Il avait amené des chaînes

et pensant secouait les siennes.

Les autres patients attendaient

qu’il décidât qui embarquer

et qui renvoyer sans espèce

à ses foyers ou à confesse

selon la nature du cas.

Virgile causait du tracas

depuis toujours à ses grands frères.

Jadis un pied dans le derrière

résolvait toutes ces questions.

Mais proche de la combustion

on est moins pressé de proscrire,

d’autant que Charon a vu pire.

Des fois il se laisse tenter

et il se met à raconter

des choses bien plus compliquées,

amphigouriques et calées,

à ce point qu’on peut hésiter

à foutre au feu des cas sujets

à caution ou à autre chose.

Pourtant il faut que l’on s’impose,

sinon on est pris au sérieux

et il faut en parler à Dieu

qui se plaindra d’une débauche

de dossiers tous plus ou moins moches.

Autant pisser dans un violon !

« La règle veut, dit le patron,

que l’innocent n’a pas de chance.

Profitez-en sans complaisance

et brûlez ce qui peut brûler.

On est là pour affabuler

en attendant que la lumière

de savants calculs nous éclaire

sans rien laisser dans la fonction

qui n’ait sa juste solution.

En ce sens l’erreur est humaine.

Allons, les amis ! Tous en scène !...

Ainsi parle notre Charon,

dans un souffle, sans un juron,

dit enfin Verju à ses ouailles.

Tout le monde en piste, on travaille !

En file indienne, s’il vous plaît !

De ce côté, tous les Anglais,

ici Virgile et là Antraxe

avec un chien dans la syntaxe.

— Mais enfin, monsieur le suppôt !

crie Antraxe hors de propos.

Je vais griller avant la ligne !

On a connu des morts plus dignes !

C’est un meurtre au premier degré.

Et pas moyen de s’échapper !

Ce maudit chien retient mes fesses !

Veuillez avoir la gentillesse

de rappeler votre Médor

qui se prend pour un matador.

Qu’on me tue en toute injustice

sans que Madame s’attendrisse,

je m’y résous, mais par pitié

sans un chien collé au fessier !

— Je n’en suis pas propriétaire !

s’écrie Verju battant la terre

où l’herbe croît dans la chaleur.

Appartient-il à des haleurs

qui à cette heure se reposent ?

A l’éclusier et à ses gloses

qui ennuient même ses enfants ?

Au pilote qui s’en défend ?

A la belle qui fait des signes ?

A Mantoue et à ses grands cygnes ?

Aux profondeurs de ce canal

ou au domaine national ?

Ah ! Ça en fait des hypothèses !

Et même par-dessus des thèses !

D’impeccables dissertations

avec de belles conclusions

qui cherchent beaucoup mais ne trouvent !

Que voulez-vous que j’en approuve ?

Il est à vous ou pas à vous ?

— Ah ! Je m’en souviens tout à coup !

Il est à Dédé, mon vieux pote,

que je connais vu qu’on fricote

depuis que ça doit faire un an.

S’il n’y a pas d’inconvénient,

je reviens sans vous faire attendre,

le temps pour lui de bien comprendre

que je n’ai pas tué son chien.

Je crois qu’il le comprendra bien.

Dédé n’est pas un as en sciences,

mais il arrive qu’il y pense

et quand il trouve il est gaillard !

Ah ! Je vais me mettre en retard

et vous faire perdre patience.

Ce serait trop, j’en ai conscience.

Je prends les jambes à mon cou

et je reviens si je suis fou.

Donnez-moi une de ces chaînes

pour le tenir sûr et sans peine. »

Tout cela dit sans rien bouger,

car Cristobal est bien fixé.

On peut même dire qu’il grogne,

car on comprend ce que sa trogne

veut exprimer de son devoir.

« Il faut le croire pour le voir,

dit Verju en penchant la tête

du côté où il est moins bête.

Vous avez mis les pieds ici

pour me faire de gros soucis.

Je me fiche de vos problèmes,

de ce que ça fait en poème !

— Mais je ne me suis pas noyé !

Ce monsieur anglais m’a sauvé.

Sans lui en effet j’étais nase

et en trois mots dans une phrase

il vous le dira en français :

veuillez ici vous reposer !

— Ça fait quatre si bien je compte…

mais peut-être que je suis comte,

pour la rime dit poliment.

On a perdu assez de temps !

En route pour le crématoire !

Et je ne veux pas une histoire !

Ni une ni deux, en avant !

Le premier et tous les suivants !

On a le cœur dans les entrailles

et la pensée dans la bataille ! »

Et voilà Antraxe à genoux,

pris d’une crise de bagout.

Il sort sa langue à ras de terre

et fait des ronds dans la poussière.

« Je ne veux pas ! Même en payant !

L’Enfer c’est pas pour les vivants !

Pourquoi c’est moi qu’on assassine

alors que j’ai très bonne mine ?

Je peux encore m’en servir

et pour votre plus grand plaisir !

Au secours, Dédé ! On me viole !

Cette fois j’ai le mauvais rôle !

Confession ! Vite un aliment

spirituel pour le tourment

que vous causez par ignorance.

On a le droit à l’innocence !

Débarrassez-moi de ce chien

et même ne faites plus rien ! »

Mais Cristobal a la dent dure

et si pointue que l’aventure

s’achève par l’arrachement,

suivie de l’acheminement

en une scène retirée

d’une des fesses sans la raie

ni l’anus qui se sentant nu

produit un son inattendu.

Et tout le plateau s’en esclaffe.

Le rideau étant en carafe,

nous voici témoins obligés

et même contraints de péter

à notre tour depuis l’orchestre

tandis que les extraterrestres

des balcons et du poulailler

secouent selon qu’on a payé

des éventails en coquillages

avec la mer et ses parages,

ou des pattes aux ongles noirs

de crasse et de truc pour s’asseoir.

Je l’ai dit, on est au théâtre.

Certains sont venus pour se battre,

d’autres pour être bien battus

car les tapis sont très têtus.

Nous aimons les uns et les autres

car les billets, ce sont les nôtres !

Aussi on va continuer

le deuxième acte sans lever

ce rideau qui est dans les cintres

comme au bout du sillon le chaintre.

« Je ne suis pas un policier.

Je me contente d’observer.

Quant à juger, je me défausse,

laissant ce soin aux gâte-sauce.

La poésie n’en manque pas,

de l’employé à ses bourgeois,

des syndiqués par pur entrisme,

des professeurs par carriérisme,

des curieux pour être curieux,

des indifférents faisant mieux,

une flopée d’autoritaires

pour aplatir les réfractaires

et même de bons gros ratés

qui au bureau font des pâtés

et même des traces de mouches.

Le reste est assis sur la touche

et se prend quelquefois le nez

dans le ballon qui vient buter.

C’est le lecteur qui prend des risques,

et l’auteur qui raye le disque.

N’inversons pas le processus

pour excuser nos asinus

de porter mal leurs deux oreilles

entre le lit et ses merveilles.

Mais le rideau n’est pas tombé.

Il aurait dû, cet enfoiré !

Ça nous complique l’exercice

qu’on eût aimé sans les supplices

que l’esprit inflige à nos corps

lors des changements de décor.

Nous ferons avec ces disgrâces,

usant peut-être de l’audace

que les mots d’ailleurs en passant

ne redoutent pas cependant.

On en connaît tous les usages.

Vous pensez bien que le courage

aplomb ou zèle, c’est selon,

n’habite pas dans le sillon

de la langue qu’on sacrifie

par esprit de géographie

ou d’histoire si on en vient.

Quant à savoir ce qui convient

de l’arrière ou de l’avant-garde,

on est fort si on s’y hasarde,

car l’exercice n’est qu’un jeu

qu’on peut jouer sans les aïeux,

lesquels depuis belle lurette

ne pensent plus être poètes.

Ni courage, ni invention

dans le domaine de l’action

n’ont amélioré l’existence,

sauf à soulager la souffrance

comme prière et contrition

avec la classique passion

qui se donne comme mammaire

alors qu’elle est tout le contraire.

Au fond l’audace est un pamphlet

qui lamine le camouflet

à l’épaisseur de son injure.

Et voilà toute l’aventure.

Au lieu de tuer elle prend

la liberté d’un bon moment

passé à soigner la métrique.

Car elle est mesure et supplique

pourvu qu’elle atteigne son but.

Ce sont les mots de la tribu

élevés au rang d’homicides.

Il va falloir qu’on se déride

avant d’entrer au tribunal

pour encore se faire mal ! »

Ainsi parla Antraxe aux autres.

« Je crois bien que tu es des nôtres,

fit Verju prenant son bâton 

pour conduire mon peloton

dans les entrailles de la terre

où tout homme peut se défaire

de ce qu’il est et a été,

sachant qu’il ne sera jamais

et que s’il a laissé sa trace

ce sera comme une carcasse…

ou bien prendre à deux mains l’outil

et enfourner ces abrutis,

ces suicidaires du poème,

ces sacrifiés sans stratagèmes

qui ne comprennent pas le temps

comme moi, Verju, le comprend !

Allez, hop ! Tout le monde en piste !

— On a beau être réaliste,

comme on vient dans les premiers chants

de le montrer en embouchant

la trompette des faits obscènes

et la pompe politicienne

qui répond à d’autres fictions,

on voit bien qu’au bout de l’action

la réalité perd sa place

pour la céder à la grimace,

aux simagrées, aux convulsions

du genre dit fabulation

où l’invention est une science

et l’action une circonstance.

S’agit-il, mon cher Engeli,

d’en rester à l’inaccompli,

quitte à se pourvoir de besicles

dans l’attente d’un autre cycle,

autrement dit, comme au journal,

de ne point franchir le canal

et de voir s’éloigner la bande

de nos chiens avant qu’ils descendent

encore plus bas dans le feu

qui a pris dans nos buissonneux

essais d’égaler l’architecte

qui eut l’idée, au moins suspecte,

de bâtir sans rien expliquer

de l’emploi des commodités.

Car chaque fois que le poème

prétend s’extraire de lui-même

sous prétexte que tous ses chiens

quittent l’espace faubourien

pour des lieux encore improbables,

il prend le risque de la fable,

de ses possibles animaux

et des pays que par défaut

ils habitent non point pour vivre,

mais pour nous dire de les suivre

sur le chemin de l’édifiant,

du respectable et du décent,

autrement dit de la morale.

On veut bien être la cigale

en attendant d’être fourmi,

et même aller au paradis

dans la meilleure compagnie,

inventer la géographie

de la nature et de l’humain

où l’homme est de première main…

mais ce sera dans le cartable

avec ce qu’on veut de vocables

et de sens même déréglés

quitte à en devenir cinglé.

Arrêtons-nous à cette écluse

pour réfléchir à une ruse

qui permettrait, devant les faits,

de suivre nos chiens, même à pied,

mais de ne pas dans l’imposture

se mettre soudain à conclure

que l’Enfer est un fait patent

et bien réels ses habitants,

que ses récits sont exemplaires

de ce qu’il convient de se faire

pour aller plus loin que les chiens,

qu’on y est pas plus mal que bien

tant il n’est plus question de vivre

mais de se mettre dans un livre.

D’où nous prétendrions savoir

que Dieu existe sans avoir,

ce qui est le comble du conte !

Et jamais les chiens ne remontent,

tellement nous les oublions.

Certes, parfois des troublions

nous en signalent la présence

et les troublantes circonstances

dans des ouvrages audacieux

qui nourrissent les contentieux

déjà ouverts en d’autres règnes.

Mais les poètes qui se saignent

dans leurs propres autodafés

font plutôt rire que pleurer.

Au bout du compte c’est la cendre

qui y ressemble à s’y méprendre.

Alors faut-il suivre nos chiens ?

Le noir canal du quotidien

a l’air si calme sous la pluie.

Je m’étonne qu’on s’y ennuie.

Le pont est désert, un peu gris,

comme l’œil de ce mistigri

qui sort de l’ombre de l’écluse

pour regarder ce qui m’amuse.

Il est, si je suis opportun,

bien content de trouver quelqu’un

pour caresser sa douce échine.

Il propose qu’on s’acoquine,

le temps pour moi de réfléchir

à d’autres emplois du désir,

celui qui préside à ce texte

avec un soin que le contexte

alimente de ses plaisirs.

Oui, Engeli, c’est le soupir

du Maure qui ici t’inspire.

Devant toi l’âtre des vampires

qui a séduit tes petits chiens,

et dans ton dos, le monde bien,

celui qui usine la lettre

et paye bien ses petits maîtres

quand le marché se porte bien.

Le monde où le maître est larbin

et le larbin satisfait d’être

l’objet de sa belle fenêtre,

pignon sur rue des magasins,

allées-venues des argousins

qu’on salue en crachant derrière,

tirelire pour ouvrière

des coups à boire et à tirer,

juste le temps de soupirer,

de l’étonnement à l’angoisse

les marches sales de la poisse

et des violons qu’on voit venir,

et des gosses sans avenir,

le derrière dans la poussière,

avec trop de choses à faire

pour devenir quelqu’un, quelqu’un,

bouches ouvertes sur chacun

et langues pour tous en fanfare,

des malades qui se préparent

et des bien-portants qui s’en vont,

des calices où nous bavons

et d’autres qui pèsent des tonnes,

et des familles qui tâtonnent

pour sauver, pour créer, partir,

et à la fin pour revenir

et ne plus jamais sur la terre

secouer l’or et la poussière

avec le linge et les tapis,

fil tendu entre qui et qui ?

Et les filles qui s’y suspendent

sous l’œil des prétendants qui bandent

ou des voyeurs bandés aussi,

bandés les yeux et les soucis,

au ras du mur nu les passages

et les oiseaux de ces parages

où la vie se donne le temps

faute de pouvoir en chantant

s’en payer du bon, du sauvage,

du vrai avec ou sans partage,

ce temps qui manque au mauvais temps,

ce temps dont on trouve le temps,

mais c’est le Monde dont tu parles !

Larbins sans maîtres, pas sans marles.

Et devant toi, loin de l’Enfer,

ce chemin vert comme la mer

avec tes chiens lents mais sagaces,

qui méprisent même leurs traces,

regard devant, la queue en l’air,

curieux des choses de la chair

quand on en fait ce qu’on veut faire.

Le vent ramenait la poussière.

Des verres vides sur le pont,

sur le roof froufrou d’un jupon,

les traces bleues d’un rouge à lèvres,

la preuve qu’on a eu la fièvre,

et parmi l’odeur des mégots

une carte montre son dos,

jouant encore à la patience,

au pire, au meilleur, à la chance

et au rêve du moribond

qui s’en va en faisant un bond,

comme le chien qui se réveille

et attend qu’on s’en émerveille.

Mais le chien, tous les chiens s’en vont.

Pourquoi, comment, nous le savons

puisque ce sont nos chiens d’audace,

chiens de courage et de grimace,

chiens d’invention, de nouveauté,

et je me lève pour siffler.

Minute d’une angoisse sèche.

« Si tu veux, c’est oui, mais dépêche ! »

Je ne veux pas ! Je veux sans vous,

sans vos morales à genoux,

sans la fiction qui vous démontre,

sans cet air quand on vous rencontre

et qu’on vous quitte sans savoir,

le cœur gros de vous décevoir,

n’ayant rien fait ni rien à faire,

les pieds toujours dans la poussière

et le nez sec comme la peur,

la langue en feu, cassé le cœur,

ni chien, ni chat, simplement homme,

enfant, maison, justice, idiome,

et peut-être aussi du talent.

J’ai amené mon bataclan

et la clé qui ouvre la porte.

Il se peut que le vent m’emporte

et que j’en perde l’azimut.

Je reviendrais ! Ah ! Et puis zut !

Les voilà si loin de ma vue

que j’en ai mieux que la berlue ! »

Il tournoya sur ses talons

et remonta ses pantalons.

Il sauta même sur la rive,

mais ici pas âme qui vive.

Il avança sur le chemin

que des haleurs sans pied marin

piétinèrent sous leurs sandales

en une époque immémoriale.

Le canal était silencieux.

Ici de l’ombre et là les feux

d’une route noire et déserte.

La deuxième écluse est ouverte.

L’eau bouillonne sur ses parois.

Sur le vérin l’ombre décroît

et derrière le mur s’anime.

Plus loin le quai est un abîme

où d’autres pas croisent le temps

et se perdent dans le mitan

d’un jardin vieux comme le monde.

Et il revient, l’humeur féconde,

contemple la rouille et l’acier

du hublot noir, verre vicié

de doigts, d’insectes, de chiures

pour toute trace d’aventure.

La fenêtre de l’éclusier

est clouée au mur refermé

comme la porte de la cave.

Cette péniche est une épave.

Le canal est un trou perdu

qui va loin, comme suspendu

à maints platanes qui s’y penchent.

Il secoue une de ces branches

et l’eau s’agite sous le quai.

Des animaux viennent manger,

montrant leur bouche à la surface,

indifférents à la menace,

voyant l’ombre d’un visiteur

qui s’ajoute à d’autres vecteurs.

Quelle est cette géométrie ?

Hypothèse ou allégorie ?

Il s’accroupit sur ses talons,

se rapprochant ainsi du fond

où le cadavre considère,

sans expliquer ses commentaires,

cette insultante indiscrétion.

Cadavre blanc sans finition,

comme statue qu’on abandonne

à d’autres mains de cicérone

dans le musée des refusés.

Un linge flotte, médusé,

blancs filaments qu’une main blanche

retient encore par la manche.

Une blessure ouvre le corps

à l’endroit d’un os qui ressort,

jaune et noir sous les algues vertes.

Sinon tout le reste est inerte.

Il éteint sa lampe et revient

où il a déposé son bien.

Il grogne, il sue, il a la fièvre.

Il se tapote les deux lèvres

qu’il avance dessous le nez.

Le souffle est chaud, dense, incarné.

L’odeur de son bien le dérange,

petits papiers de sa vidange,

à distance d’autres déchets

dont la plupart ont bien séché.

La Lune est à son hypogée

ronde derrière la nuée.

Il est venu ici pour chier.

Il a amené le papier

et la lumière d’une lampe,

mais il a fallu qu’il les trempe,

ses mains dans l’eau de ce canal

où un macchabée pas banal

attend de faire des histoires

à qui ne voudra pas y croire.

Mains sales d’un peu de caca

comme cela n’arrive pas

d’ordinaire et même de règle.

Rimbaud les sens ça vous dérègle,

mais Artaud visse dans la chair.

Il s’est cultivé en Enfer.

Le moindre pépin le replonge,

non dans le bois de Francis Ponge,

mais dans ce que pire on peut voir

question angoisse sans savoir

pourquoi c’est sur lui que ça tombe

et avec vue sur l’outre-tombe.

Il en a même des visions,

trompe-l’œil de la concision,

point de fuite des redondances

et branle-bas de l’éloquence

si l’on en juge par l’ampleur

de ce qu’on vient de lire en chœur,

car nous étions plusieurs si j’ose

qualifier l’acte de psychose.

Mais il était seul ce soir-là.

Il eut envie d’en faire un tas

et le fit dans un coin tranquille.

Il allait en automobile

et n’avait pas tout le confort

qui convient à nos chiens de corps.

On n’en fait pas dans les voitures

et pour les grandes aventures,

c’est dessus qu’on se fait le mieux,

surtout si la prime est en jeu.

Il allait mais sans concurrence,

seul, triste, noir et en vacances.

Il partit avec le soleil

de Paris après le réveil.

A la radio un slam de merde

chantait le temps avant qu’on perde

l’art et la manière d’entrer

sans en sortir et sans payer.

Une leçon de bourgeoisie.

On appelle ça poésie.

Du coup il a envie de chier

et voit des aires défiler,

mais rien de parfait pour la pose.

Au bout d’une heure il se dispose

à faire ça où on voudra.

C’est qu’il en a plein le baba.

Il se connaît depuis l’enfance

et même avant la différence.

Mais depuis il est propre et tout.

Rien à reprocher au matou.

Il se retient une bonne heure

et si elle passe sans beurre

il se tartine n’importe où,

avec papier et roudoudous,

sans oublier la lampe torche

bien utile quand on se torche,

pas pressé d’en venir à bout

jamais assis, presque debout,

mais sans maman pour l’hygiénique.

Il écoutait de la musique

et des paroles quand soudain

l’heure est passée pour le rondin.

Il le sent même à l’ouverture

et se desserre la ceinture

en donnant un coup de volant

dans le sens où il va enflant.

Un coup de frein, une sortie

dans un chemin semé d’ortie,

le temps de choisir le piquet

sans redouter d’être piqué.

Ça sort comme un petit bonhomme

mais sans le cri, sauf un atome

de l’hydrogène sulfuré

qui est comme l’accent sur l’é.

Il fait tout comme d’habitude,

pas gêné par la servitude

qui a sa place dans le temps

qu’il reste à vivre sans maman.

Dans la nuit c’est l’accoutumance

des yeux qui depuis son enfance

le fascine plus que l’ennui.

Quelquefois l’oiseau fait cuicui

sans expliquer sa turgescence.

Mais cette fois il a la chance

de se trouver dans un endroit

dont la fascination s’accroît

avec la même consistance,

sinon il est dans l’ignorance

et ça le rend noir et râpeux.

La Lune jette sur ces lieux

une lumière descriptive

propice aux formes narratives.

Ce n’est pas la Lune, tant pis !

On voit bien où est l’incipit.

Tout y est, péniche et écluse

comme radeau de la Méduse,

mais l’eau est celle d’un canal

au premier abord amical

avec son quai rongé par l’herbe

et sa maison qui exacerbe

les vieilles idées de douleur

qui alimentent le jongleur

qu’il est devenu pour survivre

entre les mors des serre-livres

et les écrans de ses passions.

Un décor à la dimension

du projet qu’il a dans la tête.

Ah ! Oui, c’est vrai, il est poète.

Mais il écrit de bons romans

et même des drames savants.

Que fait-il dans cette voiture

et vers quelle villégiature

voyage-t-il seul et secret ?

Tout le début on a raté

faute d’écrire pour les bêtes

et d’être soi-même poète.

On rime, on chante et on le dit,

mais ça ne vaut pas un radis,

pas le vert tendre de l’oseille

ni du trèfle mis en bouteille,

à côté de ce que ce mec

produit quand il ouvre le bec.

Un vrai poète avec des rimes

que si j’en avais je m’imprime

sans demander la permission

et j’oppose ma démission

aux prières de mon navarque.

On m’a assez mené en barque

et à la rame s’il vous plaît !

J’en ai marre de m’accoupler

pour resservir à ma patrie !

Je rime trop bien, qu’on me prie !

Enfin c’est ce que je dirais

si d’aventure je rimais

aussi bien que ce franc poète

qui prend la poudre d’escampette

pour des raisons qu’on ne dit pas,

mais allez donc savoir pourquoi !

On le prend en cours de voyage,

comme le train, sans les bagages.

Il arrive alors qu’on est là,

en train de chier comme papa

qui travaillait dans une usine

et cotisait chez la voisine,

et il se met aussi à chier,

la même merde entre les pieds

sur les feuilles qui agonisent.

Ah ! Je veux bien que j’ironise,

mais les pieds c’est l’égalité,

surtout quand on a des ratés

qui nous inspirent des voyages

dont on fait toujours bon usage.

On comprend maintenant pourquoi

ce roman commence par là

et non point avant qu’il arrive,

ce monsieur pris à la dérive

d’une évasion ou d’un projet,

peut-être même d’un secret

qui eût fait à soi seul une ode

et une série d’épisodes

à faire pâlir la télé.

On n’y était pas invité.

Pour nous cette affaire commence

non point au moment où je pense

m’arrêter pour me vidanger,

(ce que je fis sans déranger

comme le prouve votre enquête)

mais au moment où ce poète

arrive alors que je finis

tout juste de faire pipi

sur ce que j’ai fait dans les feuilles.

Et croyez-vous que je l’accueille

comme on pratique dans un bar ?

Que nenni ! J’ai le calebar

qui prouve que je suis un homme.

Je le remonte et je fais comme

si je n’étais pas là pour ça.

C’est ce que je fais dans ces cas

quand ils me tombent sur la couenne.

Plus loin j’ai garé ma bécane,

à l’abri des regards vicieux.

Je suis jeune mais je suis vieux.

Moi aussi je fais la musique.

J’ai l’expérience traumatique

de la séparation de biens

quand on ne veut pas pour un rien

se séparer de ce qu’on aime…

Il paraît que c’est le système

qui veut qu’on pleure après la nuit…

en l’occurrence, les amis,

une Harley avec des phares

qui me donnaient un air barbare.

Pas moyen de la retrouver.

Les flics ça peut faire rêver,

mais ce sont de gros égoïstes

en plus d’être des conformistes.

Déçu par les moyens miteux

de l’État qui fait des heureux

au détriment de la personne,

il a fallu que je raisonne

en termes de fric à gagner

pour une bécane acheter

et oublier combien de thunes

ça me coûtait d’en avoir une

alors qu’un mec se la poussait

sans moi dessus pour le trousser.

Je me suis dit qu’un beau voyage,

une fois passé le rodage,

ne nuirait pas à mon désir

de me venger pour le plaisir

si jamais des fois qu’on se croise

je retrouvais sur ma bourgeoise

l’ouvrier qui m’a fait cocu.

En attendant, j’avais le cul

sur cette autre très ressemblante

qui m’allait bien où ça me tente.

Voilà comment je me suis dit

qu’un petit coin de paradis

vaudrait bien que je l’emmerdasse

sans m’en mettre plein les godasses.

Et voilà qu’en plein un effort,

sans que je sache d’où il sort,

ce type fait la même chose !

Il ne manquerait plus qu’on cause !

Je me planque dans un buisson,

prêt à produire tous les sons

que je connais pour qu’il s’inquiète

et aille faire le poète

dans un endroit moins fréquenté

où je n’ai jamais mis les pieds.

Mais j’ai beau fouiller ma mémoire

que j’ai formée dans les prétoires

des bons cinoches de l’horreur,

ce mec prétend qu’il n’a pas peur

et il me balance une pierre

qui me fait mal juste derrière

où j’ai de vraies fragilités !

Et comme il croit qu’il m’a raté

il en relance une plus grosse

qui me fait au front une bosse !

Comme si j’avais un renard

pour me bouffer dessous le lard

les tripes que j’ai vidangées

sous la Lune à son hypogée !

Je mords ma langue à pleines dents.

Je ne veux plus l’avoir dedans.

C’est que le mec est fort balaise.

Je vois bien comment il s’apaise.

J’ai déjà vécu le tenant

et goûté à l’aboutissant.

Ça fait mal et c’est inutile.

En plus au fond je suis fragile

à cause d’une hérédité

qui est comme si j’y étais.

Et je voudrais ne pas y être !

Mais on est à des kilomètres

du premier poste de secours

comme ça arrive toujours

quand on est dans la contingence.

Et je suis une référence.

J’ai beau faire je suis toujours

sur le chemin des sans amour.

Le mec insiste et m’en met une

mais cette fois c’est sans rancune.

Il fait un geste de dépit

et jette un œil autour de lui.

Il va faire le difficile

alors qu’ici on est tranquille

si personne ne te fait chier.

Il a amené du papier,

un torche-cul, de l’ordinaire

qu’on peut jeter pour le refaire,

mais ici son utilité

n’est pas un fait de société

dont pour le moment je me tape.

Ah ! Ne brûlons pas les étapes !

Le lecteur n’est pas si pressé

d’en finir avec ce qu’on sait.

Le mec déçu par mon cinoche

renonce à me faire les poches

et s’imagine avoir rêvé

en voyant le buisson bouger

et faire des bruits de vampire.

Il en conçoit un beau sourire

et en éclaire les endroits

comme l’on dit libres de droits.

Il a même changé les piles

pour voir comme à son domicile.

Drôle de lampe avec au bout

un crayon planté dans un trou.

A l’autre bout c’est la lumière

qui sort pour éclairer derrière.

Objet acquis dans un chinois,

succursale des trucs sournois

que Pékin met dans nos mains sales

pour qu’on se bouffe l’encéphale

sans empoisonner le kung-fu.

On s’étonne qu’on devient fou !

D’un côté tu écris des choses

et de l’autre tu vois la cause,

mais n’oublie pas quand tu écris

ce que t’inspirent tes grands cris

de couper toujours la lumière

sinon c’est dans la cafetière

que sans rigoler tu la prends.

Et si tu éclaires les gens

pour comprendre ce qu’ils te veulent,

c’est le crayon qui sur ta gueule

fait des signes que tu veux voir.

Mais à défaut d’un bon miroir

tu ne vois rien et en famille

on te soigne avec des aiguilles.

Ce truc ne vaut rien dans le noir

et des couleurs il t’en fait voir.

N’achète pas cet ustensile

qu’on vend aux poètes sans piles

que le poète achète aussi,

preuve qu’il n’a pas tout compris.

Achète français une torche

qui la langue point ne t’écorche

et allemand un bon crayon

choisi dans les meilleurs rayons.

Ainsi dans le noir tu éclaires

ton crayon avec la lumière

que te dispense un bon Français

(Racine et non point Rabelais)

et le jour tu économises

les piles de ton entreprise

écrivant en bon allemand

des trucs que le libraire vend

au prix salé de l’Amérique

et de ses guerres atomiques.

Pour le papier, un torche-cul,

avec les ors que le vaincu

avait mis à la boutonnière

de sa terrible grenadière.

Bref, je pensais à ces trucs-là

quand le mec fait un gros caca

dont il apprécie les nuances

sous la lumière non de France

mais de Chine avec le crayon

à l’autre bout de son rayon,

et ça m’inspire une critique

tellement que je prends mes cliques

et mes claques sans un seul bruit,

à ras de terre dans la nuit.

Dans ces cas-là, une brindille

vous met sur le dos la famille

et c’en est fini de calter

pour aller voir la société

et se remettre des secousses

pendant qu’ici l’herbe repousse.

Et vous tombez sur du bois sec

avec un mixage high-tech

car l’air est pur comme une vierge.

Juste au moment où je gamberge

pour calculer le temps qu’il faut

pour démarrer sans la photo !

J’en salope ma coronaire

et peut-être même la paire.

Heureusement à cet instant

un type arrive au bon moment,

mais pas le même pour ma chance !

Et à la même chose il pense.

Il déboutonne son falzar,

s’en remet aux lois du hasard,

se fie à la lune plénière

et met à nu son gros derrière

et le petit qu’il a devant.

Ces trucs comme on faisait avant

qu’il nous arrive ces histoires

que nous livrons à la mémoire

pour que tout soit dit et bien dit.

L’honneur s’il s’en sort est grandi,

sinon tant pis pour la médaille.

Depuis le temps que je travaille

pour en avoir sur le bahut,

qu’au bureau je fais du chahut

pour brailler que je la mérite,

pas seulement pour ma conduite

mais aussi pour ce que je fais,

et même quand je le défais.

J’en parle ici car j’ai la place

et puis il faut que ça se fasse !

Des années que je vous le dis !

Ma place elle est au paradis,

sous les drapeaux qui se brandillent

dessus les hôtels de famille,

avec des verres bien remplis

et sur les genoux des conflits

avec des bijoux à la mode

et des drames qu’on raccommode.

Je m’y connais si je le sais !

Ça ne vous fait pas frissonner ?

Et tout ça en rêve et sans flouse.

Sans télé comme à la cambrouse

et pas un joint pour payer cash.

Allez petit ! Fais-moi un smash

pendant que le nez dans la mouise

j’attends que l’autre me détruise.

Ma moto aussi en a deux,

mais va plus vite sans mes nœuds…

j’étais là, par terre, en compote,

attendant qu’on me décapote

avec la violence qu’on sait

quand on ne veut pas tout donner,

mais espérant que la méprise

me sauverait de la bêtise

et surtout de l’humiliation.

Deux mecs c’est trop de tentations.

Alors j’ai un coup de génie,

sans dératé ni calomnie.

Un truc sans la gomme mais franc

comme un collier et droit devant.

Des fois souvent que ça m’arrive.

On en parlait comme des grives

à propos du merle siffleur,

moitié pastis, moitié bonheur,

et le tout cul sec sans valises

pour se remouiller la chemise.

Je trouve mais je ne rends pas !

Et là couché en bon papa

je te recraque une brindille,

du sec qui point ne se fendille,

mais pète plus fort qu’un anus

voûté de force par Janus.

Et les deux mecs qui se relèvent

se matent comme dans un rêve,

à croire que je suis sauvé

et que ces deux mecs vont s’aimer

pendant que je file à l’anglaise

sur mon américaine à l’aise.

Je me vois déjà à l’hôtel,

tout seul comme Papa Noël,

riant un peu de l’aventure

devant la télé immature

et des rêves d’enfant gâté.

Mais j’aurais dû trop me hâter.

Avoir du génie c’est formide,

encor faut-il que dans le bide

on ait le même mais en vrai

afin de pouvoir manœuvrer.

Or j’ai tout faux, c’est l’habitude.

On est trop dans la servitude

et le jour, comme cette nuit,

où je mets fin à mes ennuis

sur le terrain des hypothèses,

voilà que j’ai comme un malaise,

et qu’au lieu de tourner de l’œil

en réclamant un doux cercueil,

je vois et je m’immobilise,

les doigts dans la terre promise

à ceux qui n’ont que du talent,

et le mec sans prendre d’élan

saute sur mon Harley d’occase

et d’un coup de kick l’apprivoise.

Il disparaît dans le brouillard.

Je suis resté dans mon falzar.

L’autre se marre et se retorche

sous la lumière de sa torche,

se foutant pas mal du Chinois

qui l’a inventée que pour moi.

Non mais qu’est-ce qu’il s’imagine ?

Que le voleur qui s’achemine

vers des horizons inconnus

sur ses deux pieds n’est pas venu ?

Et qu’il est seul, sans moi derrière

ce buisson concentrationnaire ?

Voilà comment on disparaît !

On perd les moyens de l’arrêt

et du coup s’il reprend la route

je suis tout seul dans la choucroute.

Lui faire un signe et expliquer,

quand on ne sait rien du biquet,

je me dis que s’il faut le faire,

je n’ai plus le temps de m’y faire.

Et si je veux piquer l’auto,

il faut que je me lève tôt.

Or je suis bien dans la broussaille.

Il a vidangé ses entrailles

et si je peux encor penser,

il n’est pas venu pour rester.

Tant qu’il est là, je peux attendre.

A l’évidence il faut se rendre.

Il examine cet endroit

avec son instrument chinois,

faisant quelques pas sans mot dire

car s’il me parlait je dois dire

que j’en resterais plutôt coi.

Ne me demandez pas pourquoi.

Rien que d’y penser je m’enrhume,

car les aberrations posthumes

sont plus courantes qu’on ne croit.

Mais découvrons ce bel endroit

puisque ce monsieur nous l’éclaire

en y mettant de la lumière.

C’est un endroit abandonné

si j’en juge par les papiers

que maints poètes de la route

ont déposé dans la déroute

d’un branle-bas intestinal.

Mais ce théâtre éditorial

s’improvise sur les décombres

d’une écluse plongée dans l’ombre

de grands arbres que le canal

nourrit de son cours infernal

si j’en juge par sa substance

et son dramatique silence.

J’en ai connu de plus plaisant.

Plus d’un me furent apaisants.

L’eau tranquille de mes rivières

n’emporte rien de ma poussière.

J’y demeure comme un enfant,

cet oiseau las de ses tourments

que quelquefois un capitaine

consent à prendre pour la peine,

oh ! Rien du tout, un docte avis

sur le cap ou le vis-à-vis,

à propos de rien et de toutes,

et même sur ce que ça coûte,

peut-être plus, peut-être moins,

aucun journal, tenu au point,

n’en dira plus ni mieux qu’un gosse

qui traverse dans un carrosse

la petite contrée qu’il prend

pour le point de départ du temps.

Je me souviens de ce poème

comme si je l’avais moi-même

écrit pour ne pas oublier

que je me sers d’un beau papier

pour torcher l’œil que mes deux fesses

ferment quand je vous le confesse.

Car vous êtes, cher Engeli,

cet homme qui, seul dans la nuit,

dans une urgence naturelle

qui vous fut plus que corporelle,

a dérangé mes pauvres mœurs

au point de m’inspirer la peur

d’être violé, que sais-je encore,

tant vous m’apparaissiez centaure

quand moi-même j’étais Mickey.

Conservez-moi ce sobriquet

si mon modeste patronyme

est, comme on croit, illégitime.

Je suis fils de qui on voudra.

Peu importe qui le dira.

Nous écrivons pour l’aventure,

vous pour l’inventer sans biffure

et moi pour traduire ce flux

sans sombrer dans le superflu.

Vous veniez donc vider vos tripes

avant même que j’anticipe.

Vous mîtes en fuite un voleur,

ne sachant point que par bonheur

il me volait pour que je fusse

le lauréat de son astuce.

J’ai perdu ma belle Harley

mais j’ai gagné d’être Mickey.

Alors nous fîmes connaissance

dans cet endroit de délivrance

qu’ainsi vous ne daignâtes pas

d’honorer de votre caca.

Un petit papier en témoigne

qu’avec avidité j’empoigne

et que je traduis en français

pour qu’on n’oublie pas qui j’étais.

Vous étiez venu sans intrigue,

un peu comme l’enfant prodigue

qui ne sait pas s’il l’est toujours.

Il en est ainsi de l’amour

qui se nourrit de ses rencontres

comme ce poème le montre

sans se fatiguer de montrer.

Et vous rêvâtes pour rêver

car l’endroit vous disait des choses

dont vous vouliez savoir la cause.

Le temps a des commencements

que le moindre des glissements

du sens sur les mots qui le disent

imagine les entreprises

dont ce roman est un essai

et votre présence l’attrait.

Vous eûtes alors un sourire

qui m’éclaira quant à l’empire

que ce lieu exerçait sur vous.

Je me jetais à vos genoux !

Bien sûr vous eûtes par réflexe

un geste fort envers mon sexe

que vous aplatîtes du pied

tandis que joyeux je criais

mon innocence et mes hommages,

en des termes ah ! C’est dommage

que j’ai oublié de noter

mais que nous pouvons résumer

en d’autres termes moins algiques :

je vous aimais, non sans critique,

comme vous aimez les censeurs.

Et c’est en termes accrocheurs

que je déchirai une manche

de la chemise du dimanche,

un air de la mode bon ton,

un quant-à-soi, pan de giton

que vous portiez sans négligence

hors de votre slip Éminence.

Vous redoublâtes les coups durs,

prononçant les mots les plus purs

que jamais bouche sur moi-même

ne versa comme d’un poème.

Je perdis deux dents de devant

que nous retrouvâmes pourtant

plus tard quand fut passé l’orage

et que consommé fut l’outrage.

Nous voici au commencement

de ce poème dit roman,

tant la rencontre de deux hommes

est un sujet qui vaut axiome

quand il s’agit de démontrer,

et ce n’est point là un secret,

que l’un sans l’autre l’entreprise

n’eût jamais atteint la maîtrise

qu’on voit ici avoisinant

les tenants et aboutissants

de l’invention aux poings d’argile.

D’où la création de Virgile

qui, tandis que nous discutions

et que je souffrais des horions

qu’Engeli frottait de son huile

aux quintessences très subtiles

en regrettant d’avoir cogné

avant de m’avoir demandé

si je pouvais lui être utile…

pendant ce temps, le doux Virgile

suivait le troupeau égaré

des personnages ramassés

au hasard et au fil de l’onde

que le canal entre deux mondes

imposait à notre trajet

d’invraisemblables naufragés.

Nous imaginions sa faiblesse

au moment des froides caresses

qui annoncent que le brasier

n’est pas loin de vous enfourner,

anéantissant l’existence

sans autre noire pénitence

prononcée par un saint élu

aux fonctions de l’hurluberlu

improvisé pour faire office

de parangon du sacrifice.

Ici au contraire on finit

sans faire peser sur l’esprit

les explications des disgrâces

qui ont affecté nos surfaces

au détriment des profondeurs

et des rêves que par malheur,

ou toute autre raison sociale

dont la primeur est commerciale,

nous ne pûmes pousser plus loin

que les effets d’un beau matin

sur les raisons de croire encore.

Ici pas question qu’on explore

d’autres étendues de l’esprit.

Rien ne s’achève et tout finit

et même tout peut disparaître,

ô royaume du pifomètre !

Éthique et esthétique en feu,

avec ou sans riches aveux,

sous l’emprise des forces vives,

mais d’une autre vie sans archives,

n’ont pas plus de sens que le fer

qui alimente cet enfer.

Engeli sur sa peau tenace

avait fait incruster ces traces.

Et il m’en expliquait joyeux

le sens qu’il trouvait à ces jeux.

En arrachant l’une des manches

de sa chemise du dimanche

j’avais mis à nu cette peau

couverte d’étranges troupeaux

dont son Virgile tête basse

suivait fidèlement la trace.

Il multipliait les profils

et les raisons de son exil,

homme selon son apparence

et idée de ses circonstances

avec pour symbole un bâton

et pour néant l’œil d’un tison

qui ornait le haut de l’épaule.

« Le tatoueur était en taule

et donc j’y étais moi aussi

pour avoir causé des soucis

à un voisin en peau de vache.

Des fois, c’est sûr, on se relâche

et on met les poings sur les i.

Alors le Droit en déduisit

que j’avais tort en orthographe

d’autant qu’avec une carafe

j’avais achevé mon travail

car je ne suis pas très bonzaï.

Il en a fait toute une histoire

qu’on était obligé de croire

m’a dit la juge en me tirant

les oreilles et ce d’autant

que j’étais dans la récidive.

Oui, mais j’ai l’âme créative

et je répète si c’est bon,

pas seulement si j’ai raison.

Comme elle aussi, dans la série,

avait des crises d’hystérie,

elle a recommencé des fois

que ça me serve toutefois.

Et j’ai regoûté aux délices

des leçons civilisatrices

à l’abri de raides barreaux

et des rêves extramuros.

Car je fais ça depuis l’enfance

pour des trucs cons si on y pense.

Je ne dis pas que c’est l’Enfer

mais à force c’est dans la chair

que ça finit et ça explique.

Et on se met à la musique

si on est doué pour les vers

autant que pour le revolver.

Là ce que tu vois sur le pouce

c’est le premier que j’ai en douce

trouvé pour faire ma chanson

comme Chrétien, dans sa façon,

mais cette fois dans la charrette

j’ai mis tout nu ce vieux poète

qui faisait des vers sur les champs.

Et non point un de ces marrants

qui passent au fil de l’épée

les malfaisants de l’équipée.

Ah ! J’en étais vraiment content !

Car j’y avais passé du temps,

et tant que je me sentais libre

comme sur le fil l’équilibre.

Le tatoueur, certain Léon

qui jouait de l’accordéon

avec la peau de ses semblables

pour s’en sentir le responsable,

m’a fait très mal pour le plaisir

car je ne suis pas un fakir,

mais le résultat était jouasse,

autrement dit pas dégueulasse.

J’avais écrit, il me creusait.

En plus il savait dessiner.

Si je voulais qu’il me décore

je n’avais qu’à lui dire encore

que je l’aimais et c’est gratos !

Il irait même jusqu’à l’os

si jamais j’étais dans mon rôle.

C’est ce que tu vois sur l’épaule.

Ça représente un bout de bois

mais pas n’importe quel chinois

troqué pour deux sous en boutique.

Car cette baguette est magique.

C’est le feu qu’on a dans le cœur

quand on ne peut plus ah ! Malheur

mettre de l’amour dans les femmes.

Celui qui y touche s’enflamme.

Et pas pour les yeux du voisin

qui les fait pour les argousins.

Ah ! Depuis je porte des manches,

tellement du pain sur la planche

j’en ai jusqu’à n’avoir plus faim !

Vingt ans j’ai passé en couffin

à réclamer des tatouages

et mettre en vers mes allumages !

Des jours qui ressemblent aux nuits

pendant que l’autre s’est enfui !

J’en ai conçu non de la haine,

mais une joie herculéenne

dont je ne crains pas les travaux.

C’est ce que tu vois sur ma peau

et comme me manquait la place,

car l’inspiration est vorace,

j’ai continué sur le blanc

du papier qui fait l’instrument.

Quand j’ai le blues, ou la colère,

que je me sens l’âme guerrière,

comme Chrétien qui était juif

et avait du fils adoptif

le doute qui rend fou le sage,

je sors en singe de ma cage,

avec toutes les dents dehors

et les poils dressés sur le corps.

Alors je me donne en spectacle,

on me voit faire des miracles

avec la rime et le tempo.

Voilà ce que j’ai sur la peau,

ami Mickey que je regrette

d’avoir pris pour un faux poète,

pour un vulgaire imitateur

qui s’imagine qu’un acteur

en sait plus que son dramaturge.

Contre la science je m’insurge

chaque fois que c’est par décret

qu’elle s’oppose à mes projets.

D’où je viens, où je vais, mon frère,

c’est ce que disent nos derrières,

mais si c’est la bouche qui dit,

alors voici ce que je suis :

l’ombre de ce que je peux être

si du monde je suis le maître ! »

Et jetant tout autour de lui

ses chaussures et son habit

il apparut en pleine forme,

sur cette étrange plateforme,

tout couvert de ces gribouillis

que Léon, tatoueur maudit,

avait en formant le binôme

creusé dans la peau de cet homme

jusqu’à en faire le roman.

Et voici donc, certainement,

comment naquit dans cet athlète

une vocation de poète.

J’en étais comme on dit baba,

le voyant tourner devant moi,

moins pour qu’en silence j’admire

la folie d’un pareil empire

de l’homme sur ce qu’il induit,

que pour en laisser l’usufruit

au voyageur que la fortune

a mis de façon opportune

sur son chemin que feux-follets

éclairent non sans altérer

les principes de la boussole.

Comme on avait une bagnole,

si tant est qu’il me la prêtait,

je consentis à me lever

pour examiner la surface

et comprendre toutes ses traces

en lisant et en déchiffrant

et même en les interprétant

comme il souhaitait que je le fisse.

J’ai toujours été bon complice,

surtout si l’autre est le plus fort,

et il l’était, plus que de corps.

Et comme il tournait sur lui-même

selon un intime système

dont la loi je ne saisissais,

son visage m’apparaissait

comme l’acmé répétitive

d’une affection alternative

dont la fausse proposition

menaçait l’air de ma chanson.

Il fallait des pieds à la tête

parcourir la peau du poète

qui frémissait de désespoir

en promenant comme un miroir

le disque jaune de la lampe

tandis que battait à ses tempes

le sang nourri de ma frayeur.

J’eusse préféré être ailleurs.

Tout concentré dans l’observance

des critères de la méfiance,

je vis que Virgile dansait

devant la porte des foyers

où périssait tout feu tout flamme

quantité incroyable d’âmes

qui s’accrochaient en gémissant

à la porte se refermant

avec un bruit qui de la cloche

me rappela qu’à la téloche

j’avais vu pire et même trop.

Mais on n’était pas au bistrot.

Sans moto et sans cœur à prendre,

j’avais peu de chance d’apprendre

à me remettre d’un délit.

« Comme tu vois, dit Engeli,

toute ma surface est couverte

même là où elle est ouverte

pour laisser entrer et sortir

mes sécrétions et les désirs

que j’inspire à la fourmilière

quand je parle de mon derrière.

N’as-tu point vu à la télé

comment je fais pour atteler

mes canassons à leurs charrettes ?

Ils me prennent pour un poète.

Et j’accepte les fifrelins

et les croûtes au ripolin.

Je les laisse cois et par terre

tant je sais comment le leur faire.

Les séries deviennent saisons

dans d’immortelles frondaisons

que la graine nourrit des charmes

que la joie consent à leurs larmes.

Nous ne mourrons jamais ainsi.

Ou alors suite à un oubli,

une panne peut-être en ville

et à la campagne Virgile.

Tout est écrit sur cette peau

et au-delà sur mon tricot,

sur les sièges de ma voiture

et sur les bancs que l’aventure

offre à mon cul qui se complaît

à laisser sans les dérouler

les palimpsestes de ma trace.

Vingt ans à faire la grimace

pour avoir l’air de regretter

d’être et surtout d’avoir été

et en plus d’être si sincère

qu’on a envie d’être ma mère

et de me nourrir au téton

de la république façon

si-je-t’aime-c’est-que-tu-m’aimes.

(Je le donne comme un morphème.)

Et Léon qui craint la fatigue.

Des fois sa main danse la gigue

comme un pendu bien mal pendu.

Il fait des trous que j’en ai du

mal à remplir les heures creuses

à la force de mes valseuses.

Ça avance jour après jour,

parce qu’à l’ombre on fait l’amour

à ce qui ressemble à l’idée

qu’on peut avoir de l’affidée.

— Quand tu sortiras, qu’il me dit,

pour regoûter au paradis,

on ne trouvera plus de place,

même si petite est la trace,

pour la laisser à leurs quinquets

occupés à te tripoter.

Je vais t’en mettre entre les miches,

même plus loin si je déniche.

Pas un mot, pas un signe, rien

ne pourra défaire ce lien !

Pas un cheveu, ni poil, ni pore

que je n’aurai chargés d’enclore

les mots que tu m’auras dictés

et que j’aurai tant illustrés

jusqu’à n’avoir plus rien à dire !

Voilà tout ce que tu m’inspires !...

Dans ce noir d’encre besognant,

on a donné un sens au temps.

Comme il y était pour perpète

sans perspective d’escampette

avant la fin des haricots,

pour éviter le quiproquo

on a signé dessous la langue,

un endroit pas vraiment exsangue

qui saigne encore quand je ris.

Si tu veux voir, je te souris,

je me confie à ta critique

sans performance acrobatique

ni exagération du prix.

Mais ne va pas croire, l’ami,

que je t’invite à la manœuvre.

Avant d’avaler la couleuvre,

vise un peu comment ça s’est fait,

presque dessous, dans l’imparfait

qui rend les hommes nostalgiques

et la prouesse anachronique. »

Et tirant une langue à fond,

il montre que le colophon

ne ment pas sur la vraie nature

de ce que la Littérature

de Poésie peut qualifier

sans oublier d’orthographier

le tatoueur qui fut un scribe.

Et rentrant la langue il exhibe

dans une main qu’il met dessus

un braquemart fort bien conçu

pour les pénétrations anales.

Il s’en gonfle les amygdales

et s’assoiffe sans prévenir.

Mais comme je l’ai vu venir,

de sujet voilà que je change,

car dans cet endroit on vidange

comme le prouvent ses papiers.

« Allons ailleurs mettre nos pieds,

dis-je en secouant la lumière

qui fait des signaux bipolaires.

Comme on m’a piqué ma moto,

je peux profiter de l’auto

jusqu’à la prochaine brigade.

Il faut bien que de la brimade

je me plaigne pour espérer

que la blague a assez duré.

Vous serez mon témoin utile.

Ensuite on trinque avec Virgile

et on se revoit un de ces

jours avant que notre décès

nous interdise les vacances.

Vous voudrez bien dans la décence

vous remettre dessus la peau

les effets disons principaux,

car l’accessoire est inutile

et le superflu malhabile. »

Tandis que je débitais ça,

je voyais bien que le forçat

n’était pas pressé de me croire

comme moi-même sans histoires

j’avais gobé ses arguments

et apprécié que son roman

y trouvât les choses qui manquent

en général au saltimbanque

pour emporter les adhésions

et même y trouver des raisons

de refaire la même chose

avec les changements qu’impose

le goût pour ce qui est nouveau.

Il allait me jeter à l’eau,

m’ayant empoigné par la cuisse

ou le mollet que j’ai factice

jusqu’à la pointe du pied droit,

quand soudain je ne sais pourquoi

il me remit dans la poussière

qu’il épousseta sans manière

en usant du plat de la main

qu’il avait comme un parchemin

couverte des doigts à la paume

de signes comme le génome

pas faciles à apprécier.

« Je n’aime pas les policiers,

dit-il sans cesser de me battre.

Vingt ans qu’il m’a fallu combattre

contre l’envie de mettre fin

à ce pénible baratin

que Léon sans jamais se plaindre

de ma douleur ni de la moindre

tentation d’expliquer pourquoi,

mit tant de temps, à contre-emploi,

car il songeait à sa déroute,

à fixer une fois pour toutes

dans cette peau qui fait de moi

la scène de mes propres choix.

Et voici que ta nuit m’arrête,

ô Mickey qui conte fleurette

à mes personnages pourtant

peu tentés par qui va chantant

ce que le papier hygiénique

rend possible sans la musique,

cette belle colonne en mots

digne du meilleur des grimauds

né pour l’extase académique.

Prends si tu veux à la chronique

ce que la fable laisse en plan

pour que peut-être le roman

donne des signes à ses signes

et un bain bien chaud à son cygne. »

Disant cela, il me lâcha.

Cher Engeli, qui se fâcha

car j’avais peur de lui déplaire.

« Mais ce ne sont pas mes affaires !

dis-je soudain dans un accès

d’une étrange sincérité.

Je suis ravi de vous connaître,

mais au fond, je dois bien l’admettre,

je pense plus à ma moto

qu’à vos essais fondamentaux

sur je ne sais quelle patience

dont vous acquîtes connaissance

au cours d’un noir enfermement

que vous destinez au roman.

Une Harley c’est une chienne !

Il a fallu qu’on me la prenne

et figurez-vous que voilà,

c’est la deuxième que mes bras

laissent échapper des pénates

que je nourris de mes deux pattes

en travaillant pour le patron.

Mais où trouverai-je les ronds

pour m’en payer une troisième ?

J’en dois tellement que les blèmes

vont me coûter encor plus cher !

Voilà comment c’est dans l’Enfer.

On est toujours le domestique

de quelqu’un dans la république,

mais en dessous du bon larbin

on devient gibier à robin.

Je l’avais pourtant cru facile,

cette vie dans un coin tranquille

sans attentat pour tout gâcher !

On ne m’a jamais vu cracher

sur les douces prérogatives

que la monarchie élective

accorde à ses meilleurs valets.

Mais voilà on peut mal tomber.

Excusez-moi pour la franchise,

en espérant qu’elle est permise

dans ce lieu que vous dominez

de la hauteur du condamné

qui a payé ce qu’il mérite

dans un milieu de cénobites

qu’on garde fermé au public.

Si je comprends, je tombe à pic.

Je vais servir à quelque chose

dont j’ignore jusqu’à la cause.

Un avantage sur les cons

qui franchissent le Rubicon

pour voyager au bout du monde

avec un billet de seconde.

Je ne sais pas si je traduis

comme il faut avec les ennuis

ce que vous portez sur la couenne

sans avoir besoin de bécane.

Dites-le-moi si j’ai tout faux

et si je suis sur l’échafaud

en train de prier pour des prunes.

Ah ! Les revers de l’infortune

quand on n’est plus sur sa Harley,

ça vous transporte sans billet !

Pourtant je ne veux pas la Lune !

En tout cas pas si j’importune.

Faites ça vite et au forfait.

Mais précisez-moi si après

je peux monter dans la voiture

pour tenter d’autres aventures

comme retrouver ma moto

qui m’appartient ipso facto.

Voyez comme je m’illusionne !

Mais la moto, ça me passionne,

alors qu’entre hommes les amours

ça me laisse froid comme un four

qui ne cuit plus depuis des lunes

et se souvient de ses rancunes. »

Voilà comment j’ai rencontré…

on peut dire que sur le pré

bien que l’honneur n’y fut pas cause

des effets qu’à la fin on glose

pour reconnaître le plaisir…

celui qui allait devenir

mon époux en littérature,

si cette métaphore obscure

n’est pas trop demander aux cons

qui franchissent le Rubicon

avec les armes et bagages

comme si c’était un voyage

qu’on peut se faire rembourser

en cas de plaisir sans effet.

J’en ai vu qui dans les agences

faisaient savoir leurs exigences

à de sinistres employés

dont quelques-uns s’apitoyaient

car le client qui se bousille

avant même d’être en famille

a peu de chance d’apprécier

les vertus du joint en papier

qui accompagne des voyages

au terminus anthropophage.

On voit de tout sur le tapis

du salon du livre à Paris.

Et puis ça fait de la poussière

et les magots qui sont derrière

leurs stands garnis de vieux bouquins

qui renouvellent leurs frusquins

en plagiant les fictions anciennes,

nous font des choses bactériennes,

que paraît-il on doit aux veaux

qui en ont mis plein les carreaux,

et expectorent sur nos tronches

des résidus qui vont aux bronches,

en s’accrochant de leurs dix doigts

à notre langue et nos patois.

Et après ça le ministère

s’étonne qu’on soit délétère

au point de se voir obligé

de mettre en fuite l’étranger

dont la religion exemplaire

et les usages bacillaires

sentent la rose et la passion.

C’est de l’humaine condition

la chose la moins édifiante

qu’un gosse conçu pour la rente

puisse entendre de son insti.

Pour apprécier le travesti

à la hauteur de son usage,

il faut se dire qu’à son âge

on a le choix de se pinter

une heure avant de s’éreinter

dans les bureaux et les usines,

ou de faire avec sa cousine

des choses que le musulman

n’apprécie pas dans les romans.

S’il faut dépasser la limite

pour faire bouillir la marmite,

ce n’est pas en prenant le train

qu’on fait du blé avec nos reins.

Le mec comme il faut qu’on se marre

évite d’aller à la gare

pour attendre la saint Glinglin

des besogneux petits matins

de l’ouvrier et des feignasses

qui garantissent l’interface

entre la joie et le pognon.

Faire attendre son saint trognon

sur le quai avec les bagages

et les outils de son ménage

n’est pas l’affaire des gens biens

qui ne confondent pas moyens

et liberté que l’aventure

promet à la littérature.

On prend la route, les amis,

sans se soucier des compromis

proposés par le ministère

et ses millions de fonctionnaires

qui franchissent le Rubicon

sur leurs trottinettes façon

quand-je-te-pousse-tu-avances,

au lieu d’aller ailleurs en France

sur ses deux pieds et sans trottoir,

le coude cloué au comptoir

pour ne rien lever qui trop pèse

et apprécier dessus la chaise

la mollesse de ses coussin