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 Article publié le 26 avril 2015.

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De toute boue – faire un ciment, un marbre, un ciel, un nuage et une joie et une épave.

Robert Desnos

 

L’invention se fait rare, le trait lourd, presque poussif.

J’ai de bonnes raisons de croire que la fin est en germe dans le commencement, à cette nuance près que, le commencement n’étant jamais une donnée sûre, il est difficile voire impossible de dire avec une absolue précision quand commence le déclin avant la chute dans le néant qu’est toute fin.

Bien sûr, la naissance est sure, la mort beaucoup moins. Mais cette naissance fut précédée de nombreuses autres, et durant neuf mois au moins le fœtus a mariné dans tout un passé, celui de ses deux parents qui ont emmêlé leur code génétique respectif, fruit d’une longue, si longue et inretraçable histoire. Poussières d’étoiles ? Oui, et alors ?

C’est arrivé à l’extrême bord du précipice qu’il faudrait à la fois sombrer corps et biens dans le vide aérien et s’envoler pour observer la chute en toute quiétude, ce qui implique un beau dédoublement, un geste somme toute bien classique.

C’est que le présent porte tout le processus qu’il est loisible de rendre audible et compréhensible à coup de passé composé, d’imparfait et même de passé simple.

Pas si simple que ça le passé.

Et le présent n’est pas une donnée immédiate de la conscience ni une boussole ni une horloge universelle ni rien du tout d’ailleurs que son évanescence sans cesse renaissante.

Une belle épine dans le pied de l’histoire qui commence on feint de savoir quand, mais par rapport à quels autres événements qui ont démarré leur histoire en relation ou non-relation avec d’autres événements antérieurs ou contemporains ? Va savoir !

C’est précisément cette envie de savoir qui ne taraude pas le narrateur averti.

La nouvelle du désastre lui est parvenue de si longue date qu’il ne cherche nullement à sauver les meubles d’une civilisation menacée d’anéantissement. Tout est fini depuis belle lurette, et les ruines sont là pour l’attester.

J’ai marché dans Manhattan en ruines. J’en sais quelque chose.

Plaire au grand nombre ou bien à une petite coterie d’habiles rhéteurs, voilà une alternative douteuse qui ne m’effleure pas une seule seconde.

Les champs de ruines vont et viennent, à l’image des empires de jadis et de naguère qui naviguent dans les consciences alertes.

Je pourrais ainsi porter le deuil de divers peuples martyrisés, mais je n’en ferai rien. Je n’en ai tout simplement pas le droit : je ne suis pas des leurs, et les survivants sont assez grands pour gérer seuls leurs propres affaires.

Je renvoie dos à dos les belligérants, avec une pensée tout de même pour les pauvres victimes pudiquement appelées collatérales.

Dans un monde finissant, vieillissant, difficile d’apercevoir des lueurs de renouveau, mais il y en a bel et bien. Les braises encore chaudes du grand incendie ou bien encore les petites et grandes alertes qui alarment les consciences les mieux informées sont autant de signe que le réel remue, s’agite, cogite, fraye avec ses propres éléments de destruction pour, de ce matériel composite fait de bric et de broc, instiller des bribes d’avenir, des moments inchoatifs, des percées de lumière douce dans les ténèbres généralisées.

J’écris toujours le mors aux dents, mais c’est moi qui chevauche la bête immonde.

Nous sommes tous des centaures qui s’ignorent. La bataille de l’eau a commencé. L’humide est notre destin, même dans les déserts.

Alors, si ça me chante d’aller rimer ailleurs, en parfait rimailleur que je suis devenu, qu’à cela ne tienne !

Les libertés sont à prendre. Elles consistent d’abord à s’imposer un cadre d’action, des règles de conduite verbale bien définies avec lesquelles déroger si besoin est, tel Alban Berg n’hésitant pas, en plein atonalisme, à introduire dans son chant une mélodie d’ancien temps qui dit mille fois mieux que le chaos atonal où nous en sommes désormais.

Les chapelles sont des chapes de plomb.

Libre à vous de mourir de saturnisme, si ça vous chante.

Toutes les eaux sont usées, de toute façon. Adduction romaine, grands châteaux d’eau et traitement des eaux, comme vous voulez, mais rien n’y fait. C’est avec la boue qu’il faut compter. J’ai une tendresse toute particulière pour ce mélange de boue, de bouse et de sable qui, une fois l’époque consommée, retourne aux éléments, se recyclent naturellement.

Mes mots, je ne les vois pas autrement, et l’avenir qui chemine en eux m’importe peu.

 

Jean-Michel Guyot

19 avril 2015

 

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