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 Article publié le 15 septembre 2019.

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Le paysage musical d’une époque donnée a ses chaînes de montagnes, ses collines et ses vallons, ses plaines humides, ses étangs et ses marigots, ses ruisselets et ses fleuves comme si la mer musicale dans laquelle on baigna ou non, après s’être retirée, avait laissé prospérer un paysage net riche en couleurs et en sensations.

Le temps des vagues est révolu. Plus de séismes, plus de raz de marée, plus de tempêtes. On y voit plus clair, on s’enhardit.

A y regarder de près, sa géographie est complexe, souvent en trompe l’œil, truffé de bosses et de creux, de combes arides ou boisées et de collines verdoyantes qu’il faut sillonner longuement, ardemment.

A ce prix seulement, l’on découvre des trésors insoupçonnés.

De majestueuses montagnes veillent dans le lointain, difficiles à atteindre, souvent noyées dans un brouillard laiteux. Elles figurent les grandes innovations musicales, les avancées géniales, les moments de grâce qui ne se répètent jamais à l’identique.

Apparues sur un terreau musical d’une extrême variété et richesse, elles font figures de massifs incontournables autour desquels il faut néanmoins tourner et tourner pour en discerner toute l’aérienne profondeur.

Plaines et collines ont-elles aussi leur charme discret, parfois envoûtant.

Forêts et bois exercent un fort attrait. Les essences y sont nombreuses et vagabondes. Comme de juste, çà et là, un arbre cache la forêt, une forêt entière dissimule les arbres.

L’œil se perd dans la verdure, voudrait tout embrasser, mais l’auditeur se rend à l’évidence : la richesse extrême du site enjoint à la modestie, incite à marcher longuement, patiemment en ne suivant que son goût, son caprice au hasard de rencontres inoubliables.

Tous les aspects du paysage concourent à composer un ensemble distinct qui affirme sa présence terrestre, un hic et nunc qui eut lieu, entraîne les consciences vers des aventures insoupçonnées, des impasses et des arrêts, de grands bonds en avant, parfois de regrettables régressions.

Une dilection sui generis, une idiosyncrasie préside au charme des découvertes, impose une direction, gouverne une attirance, mais bien vite l’attrait du nouveau est si grand que l’on goûte à des fruits nouveaux, à des configurations sonores qui a priori étaient sans attrait pour nous.

Le paysage change pas après pas, devient un site habitable où séjourner le temps d’écouter, un havre, un site mouvant-émouvant dans lequel chaque pas modifie notre perception musicale, incluant bruits et sonorités électroniques, douces mélodies tonales ou modales, harmonies complexes, polyrythmies. 

Peu à peu se creusent de larges avenues dans les vallées fertiles que de multiples écoutes fécondent, donnant naissance à des entités musicales nouvelles. Déjà vu, déjà entendu, mais où, se demande-t-on.

Les grandes ruptures, les failles, les nervures du paysage doucement s’érodent, perdent en saillant, jamais en attrait.

On ne s’attarde jamais sur les lieux, on ne fait que passer, des années durant, parfois une vie entière, émerveillé, le temps que d’autres hardis navigateurs se préparent pour un autre périple sur d’autres mers musicales apparues au cœur du temps présent inlassablement chatoyant.

De mirifiques promesses s’abîment dans les abysses. Nous les retrouverons plus tard, métamorphosées, légèrement figées, sédimentées, stratifiées.

Voyager, pour l’heure, c’est être ballotté par les flots en train de se faire et de se défaire dans le même temps. Il n’est pas question d’aborder à des rives lointaines, des iles paradisiaques ou horrifiques, des terres inconnues. Flux et flots se confondent encore. Ce n’est qu’avec le retrait des eaux que la terre ferme révélera une partie de ses secrets.

D’aucuns y cultiveront un petit lopin de terre, d’autres, plus gourmands, préfèreront s’approprier de vastes étendues musicales, peu importe. Les titres de propriété existent, mais ne recouvrent ni les vastes étendues de sens ni les petits bastions d’irréductibles fervents, car tous le sentent : les musiques appartiennent à tous.

Leur existence-même tient à leur capacité à s’adapter à des environnements nouveaux, à des configurations nouvelles. Elles ne meurent que rarement. Tant qu’elles mutent elles vivent.

Dans ce monde de marins reconvertis en solides terriens, les femmes se font une place, bataillent et remportent quelques victoires. Les genres musicaux, les ethnies et les clans, les nations, les courants, tout se mélangent ou non, c’est selon.

 

Jean-Michel Guyot

1 août 2019

 

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