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Nouvelles des rêves de Gilbert Bourson
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 Article publié le 1er juillet 2019.

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Chez le chasseur abstrait [CATALOGUE]

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Nouvelles des rêves de Gilbert Bourson

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  Sur pli urgent - "nouvelles des rêves par Gilbert Bourson

On reçoit toujours des nouvelles de quelque part où nous sommes sans le savoir, et c’est de nous-mêmes que ces récits nous parviennent. Le rêve est un des ports de notre existence où nous mouillons souvent. Donc ces nouvelles, je les ai reçues de ces rêves qui se sont éveillés, pour se déposer insolemment du coté de la réalité. La sexualité dans sa dramaturgie retorse, y est partout présente pour semer le trouble dans le quotidien, afin d’en réveiller le cours trop régulé en lui restituant ses possibles vertiges et lui faire toucher le fond qui est sans fond et où le sens se perd en se multipliant. Mille petits indices que la langue a pu commettre quelques meurtres, sont disséminés au cours de ces récits. Le ton, certains diraient le style, diffère souvent d’une nouvelle à l’autre. Parfois le sens y est obscur ou incertain, la formule en est comme incomplète ou partie d’un concept erroné. C’est au lecteur de prendre le relai, afin d’en rectifier les données de départ ou bien d’en corriger le résultat final. Les textes de ce recueil ont été composés les uns à la suite des autres à intervalles irréguliers dans la chronologie qui est à peu près celle des chapitres de roman. Mon idée était de laisser à la langue la presque initiative de la narration. Si j’avais au départ une idée de récit, elle était très ténue et je suivais le fil au fur et à mesure qu’avançait l’écriture un peu comme un lecteur déchiffre un texte lu pour la première fois. La nouvelle intitulée « PLI URGENT » a nécessité un deuxième volet où les personnages de la nouvelle tentaient de s’expliquer le sens de ce texte et auxquels le narrateur tentait lui aussi une explication pour le moins aussi tordue que la leur. Moi, l’auteur je me suis amusé à donner des repères aux lecteurs éventuels. Le traçage de ces repères m’ont obligé à changer mon statut d’auteur pour celui de lecteur. quel étonnement !!!!!!

 

Repères pour une lecture (éclairante ?) de ma nouvelle « PLI URGENT »

Certains lecteurs ont été déconcertés par mon récit « PLI URGENT », dont le fonctionnement rappelle celui d’un rêve, et pour lequel j’ai composé un autre récit, mettant en scène des personnages, (des gens de lettres), irrités par le fait de ne rien comprendre à cette histoire, cependant qu’une scène de gamahuchage de cul avait lieu lors du débat. J’y répondais à leurs critiques en rêvassant une explication dans un énervement de circonstance, explication fantaisiste, tout aussi obscure que le récit en question. Ajoutez à cela ma mauvaise foi d’auteur et l’excitation occasionnée par la scène entre Paul et le « caniche », imaginée pour donner le fin mot du sens de mon récit, bien plutôt et surtout ,afin d’y couper court : un pet (fart) provoqué par un doigt scrutateur.

Je dois à mes lecteurs de tenter de donner des pistes de lecture, lesquelles permettront peut-être d’en percer, sinon les multiples sens, du moins les intentions les plus secrètes. L’incipit fut déclenché par l’idée d’un seuil difficultueux à franchir, un peu comme dans certains films, où pour arriver au seuil d’une propriété, il faut en franchir un autre, fait de mille embûches végétales, labyrinthe de ronces et d’orties. Le prétexte à cette obligation de franchir cette défense, fut le son seuil rappelant le son sonne, d’où l’idée du coup de téléphone injonctant d’avoir à porter un pli urgent, qui peut être celui de l’incipit, qui serait devenu le propriétaire (personnage du texte) de la suite à donner au récit, comme si l’auteur et le lecteur nageaient dans la réponse (comme dans une piscine), après avoir sauté du plongeoir, celui du personnage, (comme Saint Paul de son cheval avant la révélation), dans l’écriture/lecture du pli, dans lequel, les mots deviennent vie.

Si le propriétaire est dit « rondouillard » c’est en référence à Hamlet et à son embonpoint supposé. Ce franchissement du fouillis initial a quelque chose d’érotique, qui convoque le personnage de Violette. On pense aux films d’horreur et à l’héroïne apeurée par les signes devenus indices, ici, « le chemin cimenté caché par la verdure où clapote de l’eau qui… » le qui reste en suspend, cependant que le propriétaire plonge dans sa piscine où les phares giclent phalliquement, et cela, de l’endroit où les pseudo-héros franchissaient le taillis. Ce taillis évoquant un vagin (le vagin de Violette ?).

Le personnage de Paul cherche l’explication de leur arrivée avec les arguments du critique pratiquant la langue de bois, cependant que : « L’autre les dégustait comme un glaçon dans son porto ». La place du narrateur dans le récit est incertaine, le je apparait un peu après l’arrivée des personnages  : « je sentais passer comme un planeur… » et plus loin : « j’ajoute le mot saint… » et devient plus présent dans la suite du texte. La fascination de Violette pour « de très hautes et coupantes plantes vertes » semble indiquer une certaine angoisse, alors que tout ce qui se passe autour est de nature théâtrale. Les lignes à haute tension qui inquiètent Paul lui semblent une dépense municipale excessive.

Le personnage de Violette se dégage à partir de : « Elle me tenait le bras en me serrant : l’étau de l’étant » dit par le narrateur qu’elle accompagne manifestement, et l’on ne sait pas vers la fin, si c’est elle ou lui qui conduit la voiture (celle de la fin, qui n’est peut-être pas celle du début) : « je conduis lentement », déclare le narrateur, « et je sens les ongles vernis de violette toquer le volant ». alors qu’elle était censée avoir disparu un peu plus haut. Quant à la clef de huit, elle est pour moi l’objet symbolisant les Mères dans le Faust de Goethe.

Paul est le garant de la réalité, prête à interrompre le rêve, et à démonter le plongeoir de la langue. Ce que dit Violette au narrateur : « tu n’es pas si bouffi ni si rond ni si rose ni fat comme Hamlet » semble comparer le narrateur au propriétaire et en quelque sorte en faire son reflet. Au début, le nous fumes et le nous devions laisse le lecteur incertain quant au nombre d’arrivants. Il semble qu’il s’agisse des mots arrivant en foule potentiellement dans le texte, et non des personnages qui sont Paul, Violette, et virtuellement le narrateur. L’eau circulant entre les herbes hautes est comme le reflet de la ligne à haute tension, lesquelles toutes deux, émettent des messages, l’une murmurant, l’autre crépitant au dessus de nous…bourdonnant sous la lune. L’une inquiétant Violette l’autre alarmant Paul.

Les mots qui sont les véritables personnages du récit ont la voix des grenouilles de Jean-Pierre Brisset, nous rappelant à notre origine, qui est la langue : tandis que leur chant ténu et cristallin ressemble à la polyphonie des pygmées. Il suffit de la disparition de Paul pour que violette ayant repris sa bouche pour parler, laisse au lecteur le soupçon d’une scène d’intimité dans l’ambigüité des dernières paroles de Violette et du narrateur : « il est tombé de haut » (Paul, ou le propriétaire, ou le désir du narrateur ?) dit-elle en l’augmentant de son diminutif bilabialé, « le pauvre est tout mouillé » suivit de « plouf j’ai fait le saut » Le pli n’évoque-t-il pas le sexe de violette dont le narrateur a déplié le message. Le doigt de porto que dénonce Paul envieux, préfigure « le chemin liquide…que je taquine de mes doigts dans l’ave de la lettre pliée de sa chair » du narrateur, qui conclue vers la fin du texte et donc de la sienne, et qui déclare : « je ne suis plus qu’un pli à remettre à quelqu’un ».

Le mécanisme du rêve semble être celui de ce texte où tous les éléments se contaminent, baignant dans une atmosphère indéterminée, et où la fin ressemble au réveil progressif (et déceptif) du dormeur ayant « vécu » une scène érotique avec pollution nocturne, et dont le doigt semble avoir remplacé le pénis. La main de Violette mettant un terme au songe, les deux disparaissent, quittant les images pour les mots du texte. Le doigt de porto que Paul envie au propriétaire peut faire penser, bien sûr au doigt du narrateur, mais aussi à son sexe porté haut par la main de violette dans la voiture, dont la lettre v fait penser à l’écartement des cuisses de violette ainsi qu’au slip orange du propriétaire. Violette porte les yeux baissés, peut-être pour ne pas regarder les poils noirs et drus qui en dépassaient, ou le petit doigt bagué d’une grosse émeraude, que l’auteur (non le narrateur) fait porter à la chaleur d’été, et qu’il qualifie d’inestimablement bidon. Fait-il allusion à sa métaphore baroque, outrée comme un bidon  ? Le récit tremblote ici comme un plongeoir après le saut que Paul veut démonter comme un moteur, se sachant n’être qu’une pièce d’un songe, où nulle urgence n’est requise pour que soit lu le pli, mais simplement parcouru. Le doigt sodomisant du Paul, (celui réintroduit dans le second volet de Pli urgent), fait sortir l’allusion à l’écriture d’un profond alizée (ou bien inversement), pour clore le débat d’un soupir plus charnel et senti que purement (comme ici), cérébral.


  Texte de "Pli urgent" dans la RALM par Patrick Cintas

"Pli urgent" a été publié dans la RALM :

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