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Ex nihilo nihil Echanges Robert Vitton et Georges Ayvayan
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 Article publié le 27 janvier 2010.

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Je modèle ma pensée tantôt figurative, tantôt abstraite. Ma pensée toujours inachevée passe d’œuvre en œuvre. La pensée, l’errance… Et à la fin des fins ? Des traces, des fonds de tiroirs, des petits riens… Nous nous coltinons le poids des mots, le poids des morts de nos histoires, de l’Histoire. Nous allons vers le sombre, vers l’éparpillement.

D’aujourd’hui en cinq cents ! 500, 499, 498, 497, 496, 495… Le compte à rebours. 354, 353, 353… Cinq cents jours… 221, 220, 219, 218, 217…178, 177, 175, 175, 174, 173… Une sculpture par jour… Pendant cinq cents jours. 89, 88, 87…45, 44, 43…26, 25… Cinq cents jours avant la date fatidique. 13, 12, 11…6, 4, 3, 2, 1, l’An 2000 !

A chaque jour suffit sa peine. Demain aura son lot d’inquiétudes, de déboires, de découragements… Une sculpture par jour, une épreuve pour anéantir le quotidien. S’y tenir contre vents et marées. Tu es un titan.

La Tour aux Figures. La Tour de Dubuffet ! Le théoricien de l’Art brut… L’Art brut… Toujours à redéfinir. Le volume de 24 mètres est creux. Un escalier, le Gastrovolve…

Arousiag est le prénom arménien de ma mère. Haillazate, celui de mon père. Arménien libre ! C’est sa signification. Ton enfance… La boutique de mon tailleur de paternel. La basse ville… Georges, tu penses aux commissions ? Regarde l’heure ! Ce n’est pas le moment de… Un frère et une soeur. Tu dessines ?… Un maçon avait laissé sécher du plâtre dans sa gamatte… Gamatte, un mot de chez nous. Un petit bloc. J’y ai taillé une tête : Ex nihilo nihil. Gamatte. Gamatte. C’est, comment dire… L’auge pour faire le mortier. Nous sommes du Midi, de la même ville, de la même génération… Notre rencontre s’est faite à Paris. Ex nihilo nihil, in nihilum nil posse reverti. C’est tout Epicure. Aucune chose ne peut venir de rien, ni retourner à rien. C’est encourageant. Ex nihilo nihil ! Rien ne vient de rien !

L’adolescence… Le dessin, l’aquarelle, la gouache, la lecture, le cinéma… Paris… Quelle année ? 1969. Le 1er janvier ! La sculpture indienne, grecque, égyptienne… Giacometti ! Je serai sculpteur ! Un cri du cœur. Divers apprentissages. Des plâtres, des terres crues… L’Italie. L’atelier, cité Popincourt. Une grande ferveur. La folie, je crois. Je serai sculpteur !

De la lavande, des chardons… L’odeur des bleus… Le jardin provençal. Une île entre Issy-les-Moulineaux et Boulogne-Billancourt. Sur la Seine… Le monument arménien de Chaville… Ton monument, inauguré en 2002, arraché à son socle par des récupérateurs de métaux en 2006… Des mois de travail… Je l’ai refait, non sans mal, en 2007. Trois cents kilos de bronze arrachés à la pierre. Trois cents kilos d’airain arrachés au granit. Par-là, la pointe de l’île.

Tes voyages en Arménie d’entre 1993 et 96… Des lieux qui te tiennent à cœur. L’Inde, Israël-Palestine… La Turquie. La Turquie, certainement mon prochain périple, l’Arménie en Turquie !… L’Inde, j’y songeais déjà dans ma jeunesse. J’avais prévu d’y pétrir chaque jour une figurine, de la photographier et de la détruire. L’informatique a mis à mal ma besogne. Depuis je vis comme au bord d’un précipice, incapable de reprendre ma démarche, ma prière de mécréant. J’envisage de réaliser un quelque chose qui comblerait ce vide.

De 1998 à 2008, la systématique mise en bière de tes œuvres quotidiennes… Dix ans ? Dix ans ! Des caisses, des caisses, des cartons… Des cartons, caisses… J’en ai une à mes mensurations. Un projet… Ma mise en terre au milieu de mes sculptures. Un champ… Ni croix, ni épitaphe. Plus rien !

 

 

Hélas ! contez vos jours : les jours qui sont passez Sont desja morts pour vous, ceux qui viennent encore Mourront tous sur le point de leur naissante Aurore, Et moitié de la vie est moitié du decez. Stances et sonnets de la mort par le sieur Jean de Sponde. Ces desirs orgueilleux pesle mesle entassez, Ce coeur outrecuidé que vostre bras implore, Cest indomptable bras que vostre coeur adore, La Mort les met en geine, et leur fait le procez. Jean de Sponde (1557-1595)… Je te rends ton bien. Tu as sorti ce livre d’un tiroir… Je l’ai reçu comme une relique. Mille flots, mille escueils, font teste à vostre route, Vous rompez à travers, mais à la fin, sans doute, Vous serez le butin des escueils, et des flots. L’éditeur… José Corti… Un grand éditeur. Sa devise : Rien de commun ! Il l’a prouvé sous l’Occupation. Il est mort ? En 84. En 1984. Un vrai éditeur. Un éditeur vrai. Aragon, Eluard, Breton, Bachelard, Gracq… Il descends dans les oubliettes. Rien de commun ! Ann Radcliffe, Sponde… Une heure vous attend, un moment vous espie, Bourreaux desnaturez de vostre propre vie, Qui vit avec la peine, et meurt sans le repos. Il a traduit Homère en latin. Malmené, on le redécouvre trois siècles plus tard. Comme, quoi !

L’île Seguin. Renault… La classe ouvrière. Toulon… Le port… La rue du Canon… Rue du Chevalier Paul… La boutique de ton père. Le Chevalier Paul, un navigateur… Un enfant de lavandière et de marquis. Je ne suis pas loin de mon gourbi. Et toi du tien. Je passe un de ces quatre mardis... Les pâtes en sauce à l’atelier au pied d’une colonne de caisses à claires-voies. Une bonne bouteille.

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