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 Article publié le 22 janvier 2013.

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Il ne s’agit pas de faire pièce au fétichisme, en refusant de prendre la partie pour le tout, ce pied, ce mollet ou ses seins, il s’agit de s’extraire d’une perception qui tourne en expérience d’autrui à des fins de connaissance ou de possession.

C’est ainsi que le visage, tel que Levinas ne le décrit pas, mais nous en donne à entendre la signification morale par-delà les catégories de tout et de partie - le nez, la bouche, les oreilles, les yeux, etcetera… - exprime au mieux ce qu’une personne est pour nous, soit le rigoureux inverse de cette dernière proposition qui se veut première dans l’ordre de l’être : nous sommes devant elle pour elle, en société l’un avec l’autre, commerce qui exige le renversement constant et vigilant de ce qui s’offre à nous dans l’emblée de notre existence qui se ferme à l’altérité.

C’en est fini de toute prédation. Qu’il s’agisse de se jeter sur sa proie - involare au sens 1 d’après Littré qui cite le grammairien Servius - ou de se saisir de l’objet convoité en le mettant dans la paume de sa main ( in-vola-re ).

Voilà une perspective qui interroge le désir dans son rapport à la parole !

Le corpus linguistique ne forme pas alors un tout dans lequel le locuteur puise à volonté. Les mots ne constituent plus les parties dociles d’un grand tout donné que nous façonnons à notre guise en fonction de la puissance de notre rhétorique.

Quand je parle à autrui, quand je le désire dans le même temps, ce sont les mots qui s’emparent de moi, qui s’imposent à moi, mais aussitôt je les donne à entendre à autrui, je lui passe le sortilège de possession qu’ils sont dans l’enchantement que je vis quand je suis sous son charme.

Si l’enchantement est mutuel, alors, de sortilège en sortilège, nous pourrons dire adieu à l’enfance, ne plus fragmenter notre présence à autrui en fonction de nos besoins vitaux, mais nous ouvrir entièrement à notre présence l’un à l’autre.

Faisant l’amour, nous vivrons les étapes de nos corps comme autant de haltes dans ces oasis de douceur que le corps désertique ménage à qui sait le faire fleurir en s’offrant à ses fleurs et ses effluves, ses collines et ses combes, tout cela, et plus encore, étant vécu simultanément par les deux amants qui se découvrent tout et partie, indissolublement, et ce dans la démultiplication réciproque de leur être, qui plus est.

Ce plus d’être que dessine le désir mutuel engage donc sur la voie d’une découverte et d’un émoi, d’une impossibilité vécue de posséder l’autre.

Autre chose a lieu dans un autre lieu : les corps enlacés ne sont plus fragmentés. Tu me regardes te regarder, tu me touches te toucher, pour ainsi le dire.

Jean-Michel Guyot
20 janvier 2013

 

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