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 Article publié le 14 juillet 2013.

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La colline était belle et le soleil illuminait doucement la verdure. On pouvait sentir la vie évoluer dans ce semblant de paradis, cette fameuse vie ou l’on est heureux d’exister et de ressentir les choses. Leurs yeux, aveuglés de tant de clarté, ne voyaient pas d’illusions à ce décor chatoyant. Tout le monde admirait la colline.Une telle beauté ne cacherait-elle pas une noirceur inconnue ?

L’extériorité semblait fonctionner parfaitement. La fleur était-elle un instant de bonheur ? Il suffisait de la cueillir, sentir son odeur et l’évènement était heureux. L’harmonie planait sur ce monde apparemment sans histoire. Harmonie, comme ce mot aurait pu sonner juste si la pente n’avait pas été aussi abrupte. La sensation de vivre dans ce monde réel était parfaite, même remplie de beauté. Cette beauté qui fait que l’on vit structuré et surtout flottant comme dans un univers métaphysique : les deux ne sont pas contradictoires, bien au contraire. Bref, l’homme normal était satisfait de son existence, outre les petits tracas de la vie quotidienne. La plaine s’étendait sur des kilomètres et chaque maison protégeait l’intériorité de chacun, cette intériorité qui fait que l’on est pleinement en vie. Ainsi extérieur et intérieur étaient liés à jamais pour le plus grand bonheur de tous.

Les maisons permettaient à l’intériorité d’évoluer dans un monde où elle pourrait se sentir libre, libre d’exister et de créer. Chacun allait de l’avant, protégé par son milieu de vie.Rien n’aurait pu les déstabiliser ou autre… leur lieu d’habitat leur permettait de se retrouver en eux-même. L’ intériorité, celle qui fait que l’on aime ou que l’on déteste, bref, qui fait que l’on vit, composait l’esprit humain.

Sonder les profondeurs de l’âme humaine n’est pas chose facile, pourtant cette intériorité maladive avait pu détecter certaines émotions, certes protégées par cette extériorité, apparemment neutre.La maison était là, perchée sur les hauteurs. Tout respirait la tranquillité, le calme de cet endroit charmant. On aurait pu appeler ça, la douceur de la nature. Les visiteurs aimaient venir partager quelques moments d’intimité et de convivialité en cette intériorité. Vivre parce que l’on est heureux, vivre pleinement chaque instant parce qu’ on le veut bien, voilà ce qui fait l’être humain dans toute sa splendeur.Chacun vivait dans cette harmonie qui fait que l’extériorité et l’intériorité étaient indissociables : l’extérieur et l’intérieur, l’intérieur et l’extérieur.Ainsi, tous deux liés par tant de force, donnaient un sens à l’existence, un sens qui fait l’équilibre cérébral et moral. Cette moralité grâce à laquelle ont choisit librement de préférer le bien plutôt que le mal ou l’inverse.

Pourtant, un jour, le ciel s’assombrit. Le tonnerre frappa de tous côtés, effrayant toute âme qui vive. Dans la plaine, chacun se camoufla dans sa maison pour se protéger de toute " attaque " extérieure. Mais la maison était là, perchée sur les hauteurs. Lorsque la foudre s’abattit sur elle, finit la tranquillité, finit le calme de cet endroit charmant : plus jamais l’on ne pourrait l’appeler la douceur de la nature.

Cette foudre, ce choc électrique, brisa la maison à jamais : intériorité et extériorité se retrouvèrent scindées, comme dissociées. C’est ainsi que la souffrance débuta, entraînant toute rationalité sur son passage ; la destruction de la pensée, la destruction du corps.Le feu les avait dévastés sur son passage. Sur la colline douce et charmante, il ne restait plus rien…ou presque. L’extériorité voulut venir à son secours ; ils montèrent sur la colline et ramassèrent ce qui restait de la maison et de son intériorité. Ils étaient tous deux très affaiblis, presque morts. On prit soin d’eux ; ils les enveloppèrent d’une chaleur ardente pour qu’ils retrouvent la température de la vie humaine. La douleur était là, insidieuse. Comment retrouver l’unité de ce qui fait l’homme vivant. L’unité, celle qui fait que l’extériorité et l’intériorité ne fassent plus qu’un, pour des jours heureux. La dissociation mentale, la coupure, le mur, la scission, tant de mots pour représenter la séparation de la maison et de son être intime.

D’abord, l’homme bienveillant fit les fondations puis brique après brique, cloison après cloison tuile après tuile, fenêtre après fenêtre, il reconstruisit la maison mentale. L’intériorité put se retrouver en elle-même et non en " elle-autre ". Réparée par la main bienveillante, la maison retrouva le souffle d’une existence paisible. Dans la cheminée brûlaient quelques bûches et la douceur de la chaleur lui fit retrouver une sérénité nouvelle.

Cependant, la souffrance si cruelle, cette souffrance qui provoque le déchirement, avait engendré ce mécanisme mental défectueux ; pourtant, malgré elle, extérieur et intérieur s’étaient rejoints pour des moments mais des moments quand même. Il suffisait de trouver le " contact ", si précieux. Ce contact qui fait la soudure entre l’esprit et la réalité du monde : pas de décalages, pas de perceptions où tout extériorité est étrangère et source de souffrances. Sans ce contact, le monde était lointain, comme inconnu. Savez-vous qu’il existe des mondes parallèles ? Seul quelques privilégiés peuvent prétendre les avoir traversés.

La maison, rafistolée, essayait de retrouver une existence moins périlleuse. Le choc qu’elle avait reçu l’avait beaucoup affaiblie et ébranlée. Ce choc qui fait la maladie du corps et de l’esprit, la maladie de vivre pour souffrir, d’exister malgré soi.

L’évènement avait brisé la maison sur la colline, cette maison auparavant si joviale et structurée. La main de l’ami l’avait portant soutenue dans sa reconstruction mai ce n’était malheureusement qu’une reconstruction ; le pire était arrivé et il était sûrement trop tard pour retrouver la plénitude de jadis. Toute l’aide de l’extériorité, même bienveillante, ne pouvait que colmater les brèches de cette maison meurtrie.

Le dehors et le dedans ; tous deux scindés peut-être à jamais, luttaient ardemment pour rejoindre la réalité du monde " normal ". Pour l’instant rien n’était fait. La lutte s’annonçait difficile ; lutter avec soi et en même temps contre soi ; contre cette intériorité maladive et décalée. Le décalage faisait de la maison une entité étrangère à la réalité : l’intériorité anesthésiée, comme suspendue dans le temps, n’était plus de ce monde. Elle avait quitté le monde des vivants pour rejoindre celui de la souffrance mentale. Cette maladie qui fait que la vie n’est plus la vie et qu’on ne la retrouvera jamais pleinement.

L’aide qu’on lui apporta ne suffit pas à la soulager malgré la présence de " l’autre ". Des progrès apparurent mais rien de vraiment extraordinaire. Toujours se résigner, malgré soi. Ce fameux lien qui fait que l’on existe pleinement s’était rompu : extérieur et intérieur étaient dissociés à jamais. Cette dissociation était bien trop importante pour espérer un rétablissement quelconque. Peut-être un mieux…et encore…

Même les fleurs s’étaient fanées, elles avaient perdu jusqu’à leur odeur ; plus d’instants de bonheur, plus d’évènements heureux : la vie s’était éteinte et les fleurs aussi.

Toute la nature pleurait et personne ne pouvait rien faire. La fatalité peut-être.

Se résigner ; comment faire mieux ? Se résigner pour moins souffrir, pour vivre un peu, même un peu… La suite se devine facilement : lutter,toujours lutter pour moins de souffrances psychiques. Le gouffre est profond et la maison, ensevelie, lutte pour sa survie. Elle essaya de sortir des décombres pour trôner à nouveau sur la colline. Elle comprit vite que ce temps était bien révolu. Plus jamais elle ne trônerait sur la colline : son enveloppe et son intériorité étaient bien trop déstucturées pour pouvoir le faire.

Malgré l’aide de l’homme bienveillant, la maison ne retrouverait jamais ses capacités d’autrefois, peut-être un peu moins de souffrance.

Se réjouir du fait même d’exister ? Sûrement pas.

Exister pour souffrir, ce n’est même pas exister ; tout juste de la matière sans l’esprit qui fait que l’on existe vraiment. Cette matière, vide de toute habitation spirituelle, n’est rien…juste un amas de chair.

Intérieur et extérieur, esprit et matière s’étaient rejoints pour des moments seulement mais pour des moments quand même. Voilà comment la maison et son intériorité se rejoignirent.

Ma maison… mon corps.

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