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Le cœur battant de l'énigme
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 Article publié le 21 juillet 2013.

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Il se trouvait être au cœur d’une énigme au sein d’un labyrinthe mouvant.

C’était beaucoup pour un seul homme. Les contours grossiers du labyrinthe épousaient les linéaments incertains de son corps. Il avait grandi bon an mal an, et plutôt bien. Cà et là, on entrevoyait quelques vieux panneaux signalétiques laissés par son éducation passée, mais c’était tout. Quant à l’énigme laissée en friche, il pouvait dire d’elle qu’elle émanait toute entière du peu de conscience qu’il avait d’avoir été à la fois l’architecte, le concepteur et le premier ouvrier du labyrinthe. Enigme et labyrinthe à ce point confondus qu’il avait la sensation aiguë d’appartenir à deux mondes en même temps.

Le labyrinthe lui semblait tenir de la pyramide pour la verticalité, mais rien n’était moins sûr. L’assise était ferme en tous cas. Il y avait, quoi qu’il fît, un reste, sous forme d’une large fissure invisible mais tellement sensible. On eût dit une cicatrice intérieure mal refermée, une vieille blessure connue de lui seulement, et peut-être aussi de qui la lui avait infligée, mais quand, il n’aurait su le dire.

La perception du tout pose le problème des parties, des ensembles et sous-ensembles en synergie constante : impossible d’être le contemporain avisé du tout, quand on se promène dans les allées du devenir. Il ruminait cette pensée heureuse qu’il broyait à plaisir, véritables pigments de couleur projetés sur la palette malicieuse de ses sensations.

C’est son amour pour les détails les plus infimes, les plus intimement liés à son histoire personnelle-impersonnelle qui le sauvait du désir véhément de jeter l’enfant avec l’eau du bain. Impossible pour lui de sacrifier ses chers détails sur l’autel du tout, impossibilité constitutive du tout, vraie planche de salut : le temps était partout et l’autel nulle part.

Voilà qui faisait une bonne base de recherche, à condition que celle-ci fût voyageuse, instable, inquiète et versatile. Il était la recherche à lui tout seul, quand, prisonnier de son corps comme tout un chacun, il décida d’y édifier un semblant de temple où sacrifier jour après jour aux détails, ce qui ne laissait pas de l’intriguer, tant l’intrication des parties molles et dures, des muscles et des os, des humeurs et de son sang omniprésent chassaient en avant qui il pouvait dire qu’il était.

Entre tous les êtres insaisissables, il aimait les forêts pour ce qu’elles donnaient à voir et à vivre dans le même temps : l’arbre cachait la forêt qui cachait l’arbre, donnant à sentir que tel ou tel arbre en majesté qui accrochait son regard se perdait dans l’épais fumet qu’exhalait la forêt toute entière, cette formidable productrice de traces visibles et odorantes.

C’était l’écart furtif de l’odorant et du visible qui enchantait les forêts enchanteresses. Il appelait cet enchantement le clin de l’existence.

Fiévreuses et grisantes, telles étaient les forêts, quand il en passait par elles pour chasser l’énigme qu’il ne se refusait pas à être, tant il avait des raisons d’espérer qu’un jour prochain elle se perdrait dans une énigme autre au moins égale à celle qu’il se figurait être.

Devenu peintre par amour du vide, il avait en horreur la fixité trompeuse des images mortes. Il fallait, au-delà de la vie mais en deçà de la mort annoncée, toujours prochaine, que passe un filet d’air, un rayon barbare, une éclipse d’existence, bref le clin de l’impossible qui s’ouvre sur toute la fermeté tranchante du possible, de l’effectif et du réel.

De cette masse compacte de gestes à venir, il faisait des tableaux-mondes.

Il lui semblait possible d’empoigner un nuage et de le presser comme un citron, ce dont il ne se privait pas. Il n’était pas jusqu’à la lumière qu’il ne déployait à loisir sur la minuscule toile de ses désirs. L’infiniment petit - la ténuité même de l’invisible qui s’ouvre au regard qui n’en peut mais - envahissait l’espace tactile qui avait prise sur lui.

S’en suivait un remue-ménage dans le labyrinthe expatrié qui voletait dans les parages de son énigme tranchante. Il taillait dans le vif, avançant à marche forcée dans cette jungle de mots que vomissait la couleur.

 

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