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 Article publié le 19 octobre 2014.

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Assis sur une poubelle, un bourreau se prend à rêver
La fumée de sa cigarette blonde achève de semer le trouble dans les rangs des anges
Il a le cœur brûlant, l’œil injecté de sang, les joues roses

Je suis depuis longtemps en mauvais termes avec les mots
Je ne parviens pas pour autant à me taire
Et ça ne date pas d’hier, ce malaise, ce vertige
Vertige fait mal aux yeux
Malaise tord les boyaux de la bête qui sommeille, s’éveille, va savoir
J’ai l’estomac qui part en vrille
Des dents à perforer un blindage
Alors les morts, pensez donc,
Faut pastrop compter sur moi
Pour chanter leurs louanges
Je ne leur tire même pas la langue
Je n’aime pas remâcher
Je suis un glouton
J’avale tout cru
Mais soyons clairs, il y a morts et morts
Je les départage aisément

Lecture des textes habiles
Concoctés par nos nécrophages
La palme revient sans conteste à nos pamphlétaires de l’entre-deux-guerres
C’est l’hécatombe
On ne compte plus les morts tombés sous leurs plumes au chant d’horreur
Céline, ce gros chat matois au nom de fille,
S’en va faire les yeux doux à Germaine
Plus tard, en partance pour Siegmaringen,
Ne voilà-t-il pas qu’il se retrouve dans la même galère qu’un certain maréchal
Putain quel voyage !

Fades fadaises
Ivresse de morts
Nécromancie de bas étage
Vive la falaise
Par ici la sortie
Et honneur aux phalènes
Par milliers, les voilà se brûlant au réverbère
Pris de vertige, le bougre continue à éclairer
Pas brillant pour un rond
Lili Marleen fait encore des adeptes
En voilà des bestioles qui savent ce qu’elles veulent
De vrais kamikazes
On devrait leur ériger des bonzaïs
Brouillard ardent
Impossible silence
Décision prise à la pointe de l’épée
Détricotée pendant la nuit
Ah puissance des rêves !
Il m’en faut plus pour faire des cauchemars

Danse des elfes à la nuit tombante
Me voilà enfin dans mon élément
Je roule ma bosse dans les feuilles mortes
Cette fosse d’aisance
Harassantes, les feuilles,
Pas encore pourries, mais c’est pour bientôt,
L’humus grince, ravale sa terre d’en dessous
Attend son heure
La terre-mâchefer s’entend à des lieux à la ronde
Des bunkers achèvent leur course en pleine mer

A pas de géantes, les histoires avancent dans le froid intense
Recrues de fatigues, les nouvelles recrues peinent à la tâche
Une pelle à la main, il faut creuser, creuser, creuser encore
A force, c’est la terre qui vous soulève, pantins de brume aux bras gammés
La roue du temps aura raison de vous

Un parfum de crimes rôde autour de la belle
Une odeur de mort empuantit la plaine humide
Les cheminées crachent leurs cadavres
A moi seul, je ne ferai pas une tombe digne de ce nom dans les nuages
Ne comptez pas sur moi pour creuser ma propre tombe
Ni en bas dans les charniers, ni là-haut dans les fumées
Mais sentez donc, humez l’air
Ça pue l’essence à plein nez
Les puits n’ont qu’à bien se tenir
Il y a du gaz dans l’eau
C’est le monde à l’envers
L’enfer du décor est pour nous
On en a arrêté pour moins que ça
Mieux que ça

Arrivées en files indiennes, les petits poulets enrégimentés se mettent en rangs
Au garde à vous, et plus vite que ça
La basse-cour se cherche un nouveau renard
Ce sera Reinhard
Aux anges, Himmler sourit
Les poubelles de l’histoire regorgent de connards
Il ne faut pas se tromper de cible
Arrivé Place de l’Etoile, je ne me signe pas
Vol de corbeaux dans le grand soir
On a sali jusqu’à la couleur noire
Elle bat en retraite dans ma mémoire enfiévrée
Dans celle de ceux aussi
Qui ont l’hiver difficile
Le rouge agonise dans des crépuscules sibériens
Le blanc immaculé s’avance, ramassis de couleurs ordonnées
Rien qui vaille
Le jaune est pour moi
Fatale aisance

A mes frères amputés
A mes sœurs greffées
Ce poème d’outre-tombe qui n’en finit pas de tomber
Fin de l’histoire
Aux messes des officiers, un petit caporal se prend pour le Messie
Qu’on le fasse taire
Face à terre

Je suis le pot de fer
Le charbon ardent qui entretient tant bien que mal
La flamme dans le pot de terre qu’abrite le pot de fer
Jusqu’à la fin des temps
J’accompagne
Tous les hommes et toutes les femmes qu’on maltraite,
Qu’on ampute
Qu’on bafoue,
Qu’on humilie
Convulsions et esprit de résistance
Sang noir et véhémence
Et toute mort est vaine
Ils ne sont même pas morts en vain
Nul plan divin, nulle repentance
Leur mort dit le refus acharné de mourir à cause d’une cause
Les autres, en face, donnaient la mort au nom d’une cause
Mouraient en grand nombre pour une cause
Conséquence, nous voilà, mes amis,
Fiers et noirs, bleus, blancs, rouges,
Couleurs mortes dans les drapeaux ensanglantés
Tissus salis, maculés d’immondices
L’histoire n’est qu’une poubelle
Un dépotoir
Sur le tas de fumier, les fleurs les plus belles, Karl
Peut-être bien, mais pour le bonheur de quel fleuriste
Et pour quoi faire ?
Gardez vos couronnes et vos discours
Nous sommes là, arme au poing
Et pas de quartier
Ardente mémoire éclaire le présent enclin à faire l’impasse sur le passé
Nous sommes l’histoire
Nous aimons les vivants plus encore que la vie
Notre vie n’a de sens que vécue ensemble
Dans l’ensemble mouvant de nos buts
Nous sommes le front du refus
Notre oui à la vie n’implique pas l’amour du crime
Mais, inlassablement, nous regardons la réalité en face,
Fût-elle la plus belle, la plus angélique,
La plus infernale

Jean-Michel Guyot
12 octobre 2014

 

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