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D'un pas alerte
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 Article publié le 4 septembre 2017.

oOo

… On ne peut plus parler, car comment garantir la valeur d’un propos, si ce n’est pas par un autre propos que personne cependant ne cautionne.

N’est parole croyable que celle qui s’arrache à son contexte éternel, pour retourner sur les lèvres humaines qui la disent, pour voler d’homme à homme, pur juger l’histoire, au lieu d’en rester le symptôme ou l’effet ou la ruse.

Emmanuel Levinas, Difficile liberté, page 310 in Liberté de parole, paru initialement dans Les Lettres nouvelles, 1957, n° 51

*

Elle soulevait les lourdes questions comme d’autres soulèvent des pelletées de fumier, les disposant sur le lieu à fumer avant de l’ensemencer et de le complanter, jardin encore vide de fleurs et de fruits, de plantes et de légumes savoureux, mais bien balisé, nettement circonscrit et promis à la croissance, à ce bel avenir des choses sures de leur fait à la raison d’être impeccable, incontestable, et disons-le en tous points admirable, bien loin des techniques obsolescentes, bien loin de toute course à l’innovation et à la performance.

Les questions, une fois soulevées, retombaient en un autre lieu plus propice au destin florissant qui les attendait sans doute aucun.

Ce qui, là, prit forme au matin du premier jour n’était encore rien de plus qu’une aube ignorante d’elle-même, ainsi promise à la redite puis la refonte de ses aprioris.

Une belle ignorance qui s’ignorait, comme il se doit en tous temps, en tous lieux.

C’est ainsi que des années durant elle fut occupée à se forger des certitudes qu’elle savait caduques. N’étaient nullement caduques, en revanche, les pelles et les râteaux, les herses et les pioches dont elle faisait un usage surabondant, après qu’elle les eutforgés de ses propres mains.

La raison à cela ? eh bien la raison même seule à même de distinguer le vrai du faux, le factice du naturel, l’authentique du frelaté, le fond par excellence qui ne manque jamais à l’appel, fût-il celui des profondeurs.

Une futilité, direz-vous en ces temps de doute chronique où les opinions s’affrontent à couteaux tirés sans précaution aucune, sans rémission, sans rituel aucun.

Un jardin prit forme et substance bel et bien, bientôt couvert de fleurs et de belles allées blanches, d’un riche potager de saison et d’un verger si aéré, si plein de fruits variés qu’il était à lui seul promesse de vie.

C’est ainsi qu’elle allait de ci-delà par les belles allées dégagées, vaquant ou non, se gorgeant de soleil et de vent, attentive aux moindres pluies, soucieuse du moindre orage.

Les jours se succédaient et se ressemblaient.

Tous gravitaient autour d’une idée fixe qui voyageait dans son corps.

Comment assurer stabilité et prospérité à ce qui passe ? comment faire en sorte de rester en bonne santé au milieu de toute cette générosité, immergée qu’elle était dans toute cette beauté ?

Les fleurs fanent, les traits se rident, mais la pensée s’affermit depuis que nous sommes un dialogue.

Telle fut sa devise qui devait courir devant ses pas alertes jusqu’aux derniers jours, devançant ainsi l’appel.

Et l’homme admiratif se tenait fréquemment sur le perron, tourné vers le jardin, mais qui était-il donc, pour ainsi se faire si discret, tout en embrassant du regard l’œuvre dans son entier inachèvement ?

 

Jean-Michel Guyot

31 juillet 2017

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