HISPANOS DE AMÉRICA II image de Valérie CONSTANTIN inspirée d'une sculpture de Georges AYVAYAN
pour illustrer Le chant des enfants morts de Patrick CINTAS.
Un numéro entièrement consacré à nos amis sud-américains. Laissons le soin à Carlos FRANCK d'introduire ces littératures du monde.
Carlos FRANCK
Vallejo y Neruda
Entre classique et romantique traduit en français par Patrick CINTAS
Les mots classique et romantique sont devenus d’un usage si ordinaire qu’il est difficile d’imaginer ce qu’ils recouvrent quand on les emploie.
Qu’entend-on par classique et par romantique dans les arts, y compris la poésie, la musique et l’architecture ? Quand on évoque le classique et le romantique, on n’établit pas immédiatement un contraste, mais une situation chronologique et générique de ces mots ou termes, ou on les range dans des cycles déterminés qui peuvent aussi durer indéfiniment. Comme dans le cas de la musique. On l’appelle classique pour la différencier de la musique populaire ou folklorique. Cette généralisation englobe Bach, Scarlatti et Cimarrosa aussi bien que Richard Strauss, Darius Milhaud et Karl Orff en passant par Beethoven, Bruchner et Brahms. Selon cette classification arbitraire, toutes les compositions musicales sont classiques et les romantiques sont des versificateurs au regard languide et à l’allure fatiguée.
Les concepts classique et romantique que nous nous efforçons de décrire impliquent une attitude, un mode de pensée, de voir, de sentir et d’extérioriser, des modes spirituels impérieux, au-delà de toute chronologie, idéologie ou tendance. Le classique et le romantique, malgré eux, mettent en jeu des conceptions différentes. La volonté n’y fait rien, pas plus que l’accumulation de connaissances (érudition) n’intervient dans la création d’un chef-d’œuvre. Selon Hulme, il y a deux catégories d’art : le géométrique et le vital, totalement distincts l’un de l’autre qualitativement. Il soutient que ces deux arts ne sont pas des variantes d’un seul et même art, mais qu’ils envisagent des objectifs distincts et ont été créés pour satisfaire des besoins spirituels différents. Et même, que chacun de ces arts naît d’une attitude face au monde et qui lui correspond.
Pour commencer ce "tour du monde", deux traductions exceptionnelles de Marie SAGAIE-DOUVE qui traduit intégralement Los Cantos del Gran Ensalmador de Manuel RUANO et Anunciación. Ángeles y Espadas de Ulises VARSOVIA.
Manuel RUANO
Les chants du Grand Embaumeur
Poète, écrivain et journaliste. Né à Buenos Aires en 1943. Il vit au Venezuela depuis 1975. Octavio PAZ a dit de lui : Il a sa propre technique inventée au coeur du poème. Il est le directeur et le fondateur de la revue Quevedo et du site Quevedo al día.
Anunciación. Ángeles y espadas. est publié chez Myrtos (Cordoue - Espagne) cultural_myrtos@yahoo.es
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Francisco AZUELA et Antonio MIRANDA nous ont envoyé leurs livres. En voici quelques-uns. Rolando REVAGLIATTI et Cristina CASTELLO nous proposent de publier la version électronique des leurs. Pablo MENDIETA, Juan POMPONIO, Gabriel IMPAGLIONE, Antonio LEAL & Oscar PORTELA nous donnent quelques textes à traduire.
Francisco AZUELA
Cordillera Real de los Andes
Poète méxicain. Son existence est, comme l'indique son anthologie poétique, un parcours interminable depuis le Maldicionero. Une poésie sans cesse recommencée.
Traduction en français par Jacques CANUT - Illustrations de Simón S. ESAÍN
Pictórica est publié chez Nostromo editores (Buenos Aires - Argentine) revadans@yahoo.com.ar
Cristina CASTELLO
Soif
Journaliste infatigable, elle a publié des centaines d'articles, notament sur les femmes et les hommes de notre temps. Sa vocation poétique a pris le relais d'une grande soif de paix et de bonheur.
Soif est publié chez L'Harmattan Préfaces de François Xavier et de Oscar Barney Finn Illustrations de Antonio Segui.
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Quelques autres contributions:
Pablo MENDIETAMaudite soit la mort! - ¡Maldita muerte! - Papi, tu te rappelles le rêve que tu as fait cette nuit?
- Oui...
- C'était quoi? demanda la petite qui avait six ans et des yeux couleur miel.
Gabriel IMPAGLIONE.Après l'après - Después del despuésLapidario Guzmán n'ouvrit pas la bouche. La nuit devint un mur sans limites autour du groupe. Si quelque chose avait pu se passer ensuite, je ne sais pas, une goutte du vase de Sisemio répandant son safran jusqu'à la terre, la respiration devenant une épée dans l'air, le temps, cette haleine fragile quelquefois, se serait brisé en tant d'infinis paysages que l'histoire ne serait plus la même..A los pescadores de Reta y otros poemasFue tarde entonces cuando estrené los brazos. / Cuando recibí barba y bandera / las orillas estiraban / su soliloquio entre los pájaros / y no había sino huecos espumosos / en el lugar donde se multiplicaron las barcazas.
Antonio LEALThalassa - prologue de José Emilio Pacheco
Dialogue avec les vagues et dans la grande tradition poétique [de l'endécasyllabe], Thalassa nous mène d'Ithaque à Chetumal, de la guerre de Troie au terrorisme qui baigne de sang nos existences fugaces et féroces.
Oscar PORTELAÉlégiesTu es l'ange. Ici, incarné. Avec moi. Tu es mon abîme. La beauté fragile qui détruit Tout.
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Parenthèses
Nous nous faisons l'écho, ce mois-ci et entre parenthèses, de deux nouvelles:
Festival André VERDETOrganisé par l'association Les Amis d'André Verdet avec la collaboration de la Municipalité de Saint-Paul.
Lettre des éditions Éditions COMP'ACTCOMP'ACT, avec une quinzaine d'autres éditeurs, vient de subir de plein fouet la suppression, par Léo Scheer, de la Fédération Diffusion, qui nous laisse dans les pires difficultés éditoriales et financières, au moment où le contexte est particulièrement dur pour l'édition de création... Henri PONCET.
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Livres reçus
Nous ne pouvons hélas pas chroniquer tous les livres que nous avons reçus d'Amérique. Nous en rendrons compte dans nos prochains numéros. En voici quelques-uns pour commencer. Bonne lecture.
Nunca sé donde voy pero siempre llego - de Carlos FRANCK El Condor de los Andes - Cochabamba (Bolivie) Ce beau livre imprimé sur papier fait main (création et design de Zulay Soto sur le modèle des livres incas) contient à la fois la poésie et la philosophie de Carlos FRANCK et se conclut sur cette terrible déclaration d'amour: "La paranoïa est un état de grâce, l'hystérie d'abandon." C'est dans cet interstice que l'art et la pensée du poète trouve ses marques de révolté et de contemplateur. Une belle occasion de découvrir ce grand poète bolivien.
Lire un extrait [...]
Los Cantos del Gran Ensalmador - de Manuel RUANO Monte Ávila Editores - Caracas (Vénézuéla) Excellemment traduit pour la RAL,M par Marie SAGAIE-DOUVE. Ce qui fascine d'abord chez ce poète, c'est la puissance d'évocation de sa langue et la maîtrise des moyens qu'il met en oeuvre pour parvenir à nous entraîner dans son voyage terrestre. Cela commence, comme chez Carlos Franck, par un "état de grâce", cependant moins proche de la paranoïa et plus soucieux de cette beauté, la "plus perverse", qui est aussi "la plus belle". L'hystérie serait alors consacrée à la "procession des empoisonneuses" qui achève le livre en passion. La traduction en français n'en perd pas une goutte...
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Anunciación. Ángeles y espadas - de Ulises VARSOVIA Myrtos - Cordoue (Espagne) Excellemment traduit pour la RAL,M par Marie SAGAIE-DOUVE. D'un réveil en apothéose, celui du monde, à un aveuglement qui est celui de l'homme taxé de soif du mal, en passant par la complexité presque psychologique d'un poète livré pieds et poings liés à des souffrances et des bonheurs qui font de l'existence un beau prétexte à la poésie. On est frappé par cette connaissance véritable de "cet infime dieu irrévérencieux" qui souffle ses mots comme à l'encan. Ce beau recueil - c'est le cas de le dire - est d'un poète chilien qui se connaît magnifiquement.
Lire un extrait en espagnol[...]
La palabra ardiente - de Francisco AZUELA El condor de los Andes-Aguila Azteca Cochabamba (Bolivie) La poésie de Francisco Azuela naît de la prose, non pas à la manière du classique dramaturge qui peaufinait ses alexandrins dans un prosaïque canevas sans intérêt littéraire, mais parce que la prose d'Azuela est déjà porteuse des idées, des mythes et des accents qui trouveront finalement leur lit dans le rythme de la voix. Qui n'a pas essayé cette voix particulière qui n'est plus la sienne parce qu'elle appartient à la terre qui l'inspire, ne connaît pas cette patiente tentative d'en devenir le poète unique. À la parole ardente, qui traduit mal l'intention du poète, je préfèrerais le mot en feu, plus proche de ses personnages et de leurs mythes balayés par le vent de l'Histoire des Mayas et des Aztèques, diagonale terrestre tracée sur un territoire de laves trouées.
Dans la collection Hors série, version bilingue [...]
Son la cien de la tarde - de Francisco AZUELA El condor de los Andes-Aguila Azteca Cochabamba (Bolivie) Voici une nouvelle version du MALDICIONERO, le livre qui rendit célèbre en son continent le poète Francisco Azuela. Ce retour au travail de la prose promet d'emblée d'autres résurgences de la poésie comme rythme de la voix et de ce qu'elle emporte avec ses grands vents. Le travail évolutif d'Azuela est mis à nu une nouvelle fois par cette publication intermédiaire. Importance de l'image soufflée au détriment de la sentence. L'image du Condor, "victime des rêves", est perçue d'abord dans l'"ombre de la vie" avant de "tomber du hamac". Richissime recueil.
El ángel del mar de mis sueños - de Francisco AZUELA El condor de los Andes-Aguila Azteca Cochabamba (Bolivie) De nouveau, la poésie, ses vers qui sont autant de traces linéaires de ce qui existe dans le désordre de l'Histoire et de l'esprit. La fin serait un poème, la fin de tout. J'espère que nous traduirons vite ce livre qui est un aboutisssement.
Je vis d'innombrables patries
je veux revenir près de toi
mon père.
Antología poética Un recorrido interminable 1972-2003 - de Francisco AZUELA El condor de los Andes-Aguila Azteca Cochabamba (Bolivie) Dédiée à sa mère, la romancière Esperanza de Azuela (Francisco est aussi petit neveu de Mariano Azuela, romancier de la Révolution méxicaine), cette anthologie fait se croiser les extraits et les chroniques de l'oeuvre au cours de plus de 30 ans de voyage terrestre. En conclusion, le poète s'adresse à sa femme, Carola (qui n'est autre que la fille de Carlos Franck), à "la dernière seconde de l'après-midi", car c'est dans l"agonie de cette seconde" que d'abord le visage lui est apparu. Tout les poètes se donnent, c'est la leçon, non pas par sacrifice, - laissons cela aux fous de dieu -, mais par amour, tout simplement.
Antología poética - de Francisco AZUELA Ministère de la culture (France) Ambassade en Bolivie Le ministère de la culture français honore le poète Francisco Azuela par l'édition de ce CD-rom qui est la version "électronique" de l'anthologie "Un recorrido interminable" (Un voyage interminable). Bien conçu, le menu donne accès aux textes, aux traductions (dont celles entreprises par la RAL,M) et aux chroniques qui cernent de près l'oeuvre entier. Cette reconnnaissance vient à point signaler la présence monumentale de Francisco Azuela dans le paysage littéraire contemporain. Cette oeuvre "interminable" a un sens: celui du perfectionnement en remplacement de cette trop illusoire perfection qui agite encore la casquette des boulistes de la poésie. La jeunesse d'Azuela est à ce prix et il est mérité.
Perversos - de Antonio MIRANDA Préface et traduction en espagnol de Elga Pérez-Laborde Thesaurus editora (Brésil) Version en espagnol. Le titre de ce nouveau livre d'Antonio Miranda est un jeu de mots: pervers - pour te voir, etc. Ce poète est un orfèvre du vers et celui-ci demeure toujours libre, non seulement d'allure, mais de contenu possible. Ce n'est pas le sens qui est recherché, mais ce que le sens ne voit pas, ne sent pas, etc. Cette richesse extrême peut se cacher dans la douceur ou le déchirement appliqué (pervers) de l'autre. Cette poétique est le propre de Miranda. Il ne s'en est jamais éloigné, pas même pour s'expliquer ou s'excuser.
Lire un extrait et la préface en français[...]
Tu pais está feliz - de Antonio MIRANDA Préface et traduction en espagnol de Elga Pérez-Laborde Thesaurus editora (Brésil) Dernière édition (la 10e , je crois), en espagnol, du texte qui fit d'Antonio Miranda, dans les années 70, un rival de Bob Dylan et de Hair. Du moins en son pays, partant du Vénézuéla où il étudiait loin de la misère brésilienne, puis dans plus de vingt autres qui accueillirent ce théâtre de la jeunesse en colère. "Le diable a été inventé pour mesurer la grandeur de Dieu." Alors le texte tient de la diablerie, avec des voix d'adolescents, pour mesurer l'importance du mal dans les affaires du monde qui nous regarde, nous n'en doutons plus. Tout Miranda y est déjà, formé par une enfance qui le tourmente encore aujourd'hui. Ce texte a traversé le temps sans y perdre son authenticité. Au-delà de trente ans, une bonne toile ne craque plus, elle conserve sa fraîcheur pour longtemps. Il faudra à peine en restaurer l'actualité. Petits détails qui montrent que le monde n'a pas changé depuis.
Lire un extrait en français[...]
Patrick CINTAS
2004/2026 Revue
d'art et de
littérature,
musique
publiée par Patrick Cintas -
pcintas@ral-m.com - 06 62 37 88 76