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Chantier n°04 - Dits du ruisseau
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 Article publié le 19 septembre 2017.

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Années 1992-1993


INDEX

Mauvaises pensées - Premières notations de rêves – Concerts du Châtelet : Structures pour deux pianos et Kontakte – Leçons d’arbres - Lecture de Paul Celan - Débordements du Récit ruisselant – Naissance du projet Avec l’arc noir


WEBOGRAPHIE

Le testament du ruisseau contrarié - in Paroles d’auteur (blog)


BIBLIOGRAPHIE

« Le récit ruisselant » (poème) -Le testament, n° 7 et 8, 2012


DICTIONNAIRE CRITIQUE

Anarchie *** Hallucination *** Principe littéraire *** Schoenberg (Arnold) *** Stimmung


LE RECIT RUISSELANT D’UNE PLUIE L’AUTRE

A la sorte de contention qui a présidé à l’établissement du Spectacle interdit a répondu le déferlement du Récit ruisselant.

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Le recueil quasi funéraire porte toutes les marques de la cloture : de la structure du fascicule qui observe un préambule et une clausule à la structure du vers, qui ne fait qu’infléchir les accents de la syntaxe pareille à une respiration lourde qui cracherait syntagme sur syntagme.

Le livre, s’il s’agit d’un livre, a ses satellites. Deux cahiers, peut-on dire, deux fascicules auquel il faudrait néanmoins ajouter un feuillet problématique, de poèmes adjacents, qui se perdent dans l’irrésolution de leur devenir.

Les "journaux" s’étaient succédé, chacun avait un titre : "Mauvaises pensées", "Sortie de secours", "Terre"... Mais qu’en est-il du cahier grand format dont la couverture était de couleur fuchsia ? Un cahier trouvé dans la rue, qui avait porté un titre et peut-être même la notation d’un cours, "Les caractéristiques de la couleur" ? Est-ce bien le même cahier que j’avais rebaptisé "Première page", un titre assez déplaisant à dire vrai ?

Le titre "Première page" ne me plaisait pas. Il ne me plaît toujours pas. On pourrait donner au cahier ce titre alternatif, "Les caractéristiques de la couleur". Après tout, le cahier s’ouvre sur une divagation inspirée de ce titre. Mais précisément, cette divagation se rattache à une posture qui est celle du journal comme je l’ai rédigé de novembre 1991 à avril, mai 1992. Le cahier "Première page" tourne précisément une page et met fin à une série de tergiversations et de complaintes souvent pesantes.

Le cahier marque un retour à des préoccupations essentiellement poétiques et symboliques. Il enclenche un certain nombre d’opérations symboliques. Il serait souvent difficile, à ce stade, de dissocier sans équivoque ce qui relève du Spectacle interdit et ce qui irrigue le poème qui a suivi. On campe un fameux décor de tribunal, comme à chaque fois que je me suis remis à l’ouvrage, peut-être. On est "dans la pénombre d’un théâtre jusqu’au crime".

Sans doute c’est encore Le spectacle interdit qui se dessine le plus lisiblement dans ce cahier. On y décèle des poèmes complets, souvent des "poèmes pivots" comme la cruelle prière : "Dans l’illusion de nos misères / nous pouvons croire en l’avenir" ou la brève narration introductive : "C’était un imbécile à se jouer les transes, dans la nuit car il avait peur, sans pour autant se l’avouer". Mais le désordre règne. Et le désordre, c’est l’empire du Récit ruisselant.

C’est pourquoi on ne cerne qu’approximativement les frontières de ce qui est à moitié livre seulement. On voit bien émerger la chose rétrospectivement dans ce cahier qui pourrait s’appeler "Première et dernière page" tant il les tourne. Mais on voit surtout un désordre d’idées plus ou moins productives, où l’on voit Icare devenir roi ou même rejouer l’assassinat de John Kennedy sous les yeux de sa femme Jacqueline.

Les poèmes dispersés du Récit ruisselant sont finalement répartis en deux grands cycles : "Au pied de l’arbre" et "Au bord de la falaise". La dissociation de l’ensemble en deux volumes témoigne de la radicalisation du processus métaphorique qui conduira, en dernier lieu, à Avec l’arc noir.

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Il y a des recueils adjacents, comme la "Comédie du café", le cahier "Des ligaments d’été" et le recueil mal ficelé qui conclut l’expérience, "Sous la cerisaie". Elle a conduit à une pratique frénétique. Quand ma main a entrepris d’écrire seule, sans l’intervention de ma conscience, j’ai mis fin à l’expérience. L’écriture automatique, c’est un peu comme les tables tournantes. Il faut savoir raison garder.


QUERELLES

Bord de mer

Où étais-je ? Parvenu à un moindre sommet, sans doute. A présent, quant à vous dire de quoi il s’agissait, je n’y parviendrai pas. L’entreprise serait trop pénible. Et cependant, il me faut l’exprimer ; je veux au moins poser un regard attendri sur mon passé, fût-il hypothétique, afin de ne plus y revenir — jamais !

J’ai quelque part en moi une douleur ; elle me dévore. Je suis encore peiné d’avoir été.

Sans doute, c’est ce qu’on retiendra, je suis tombé. Il faut, on m’y oblige, regarder au-dessus de moi. Et quelle humiliation ! J’ai mal au cou. Je m’endormirai mal, ce soir. Encore plus mal qu’hier.

Un ange, lorsqu’un homme noyé dans la fange le supplie, est forcément ce qu’il y a de plus cruel.

J’étais couché dans la poussière. Sur le point d’accoucher. Mais je suis né sans utérus. La douleur est affreuse, m’avait-on prévenu. Mais encore : ce ne fut pas un être, qu’il fallait que j’enfante. Jamais ! Ce n’est pas non plus l’amour, ce que je porte en moi. Je ne connais à ma grande peine ni la haine ni l’amour. Je ne mens pas et croyez-moi, car c’est ma sorte de douleur, aucune fièvre ne m’emporte. Il fallait que j’accouche d’une pierre

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Saisons soeurs

Et ce torride été ? L’avez-vous rencontré ? Il m’a téléphoné. J’étais à ma fenêtre à grelotter. J’avais vraiment cru vivre un printemps téméraire, allongé sur le bord de ma fenêtre et je priais encore quand j’ai dû me lever, en entendant la sonnerie de sa martiale rêverie. Il m’a parlé, de sa voix la plus grêle et il s’est excusé, fiévreux.

Et maintenant ? Je crois que c’est l’automne qui a vraiment prise et pour ma part, je ne me suis jamais senti aussi loin de mes racines.

Oiseau

Un oiseau — et lequel ? Un oiseau qui se tait, s’envole quand nous le voyons, s’évanouit même, comme s’il n’avait jamais existé, notre mémoire le ressuscite et le questionne. Il en ira de la pierre des villes : c’est sa réponse que nous percevons à peine. Résignons-nous à ces éternels avant-goûts.

Battement d’ailes, sifflement sec et bruit dans les feuillages, nous vous dénions. Parlez-nous tout de même car le rire nous étouffe sans cela. En quête d’autres chants à bafouer, nous risquons de nous perdre.

Je m’adresse à toi : voici le Code pénal, oiseau et voici mon humanité. Tu as deux ailes pour les comparer.

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Flux contraires

Dans nos moindres récits, sentir les flux contraires de ce monde ; en isoler veines et artères. Malgré soi, peut-être, se laisser emporter : les périls qu’on encourt à se revêtir de voyages ne sont pas si charmants. Ils nous offrent une aide inquiétante, certes, mais confortable et oublieuse. Jusqu’au cœur de la vie, qui semble être la fin, le conteur, au vieil-âge savant, chantera d’une voix monotone, avec toute la pesanteur du monde dans la pulsation de son verbe, sa faiblesse grandissante. Son récit sera sans remous, implacable, crispé dans son hyperbole faillible pointée vers le silence, obsédant et cruel : il n’y aura ni surprise, ni retournement. L’absence sablonneuse d’événements cultivera en nous sa plante aride, Déesse inexploitée des mauvaises herbes. Y aura-t-il même une situation ? Tel pourra être, en effet, faute de divin stationnement, la certitude des abîmes, capable de se revêtir, malgré leurs drames mécaniques, des moindres récits de ce monde habité.

Champs

« Je traverse à présent des champs que ne m’offre jamais la vision. Voici trois ans que je n’avais pas été aveugle. Et quel calvaire ! Il a fallu que je reconstitue le monde, seulement avec mes yeux. Un horrible labeur, en vérité ! Mais qu’on me prête un sixième sens, ou d’autres perceptions, en leur idée tout à fait neuves, je m’en satisferai. J’ai déjà réécrit le monde où je vivais. Certes, il ne me fut jamais si déplaisant que depuis lors. Mais si je me suis débarrassé, après trois ans, d’un spectacle intangible, de mes deux yeux, c’est moins par désespoir que par fierté. Plutôt mes quatre sens qu’un seul. Car il est arrogant, ce maudit sens – la vue. Il vous fait perdre tous les autres. Il vous rend ivre d’une puissance incapable. Eh ! Moi qui voyais désormais bien loin, comment cela pouvait-il donc m’importer ? »

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La plaine désoeuvrée

Des monts, on ne voit rien sinon un lourd tapis de brume à ras le sol. Ce qui donne à songer que cette plaine n’est qu’une grisaille, en attendant du moins que le soleil ne s’y déploie. Car il paraît encore restreint. Ses dards demeurent prostrés, blottis contre l’affreux caillou de leur matrice. Mais on ne voit que lui dans ce ciel oppressant, à demi étendu sur ce sol qu’il confond. On ne voit que la sphère citrique et c’est impressionnant, ce conflit vaporeux entre la brume et l’éclat fade du soleil, sur cette plaine qu’on ne voit jamais que par défaut, qui se dessine cependant à la lenteur de l’aube, et qui se moque et se dévêt de ses parures injurieuses — à ne rien esquisser qui vaille, rien même qui évoque. Et ce qu’on pourrait prendre pour une cavité, au bel est du ciel (sinon que le ciel pose, on peut encore deviner l’horizon, indécis, fluctuant — si frêle !), ce n’est encore que le soleil, qui creuse dans la brume son emprise et jure, furieux, à crépiter, qu’il aura bientôt apprivoisé la plaine de ses flammes.

Je sais que ma confrontation est illusoire. Je ne suis pas soleil moi-même. Seulement j’aimerais que chaque brindille de ces herbes hautes parle, chante, car je sais, pour l’avoir entendu, qu’elles le peuvent. Et il me semble aussi connaître leur désir. Mais on me raille. Chacun attend midi. Tous les ventres se creusent.

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Végétable

Avec un regard courbe il évalue la plaine. Une rosée récente le recueille et reflête ses yeux parmi chaque brindille d’herbe. Ainsi reconnaît-il bientôt, avec pourtant un retard somnolent, mûri, l’hybride fruit de ses éparses perceptions. Les herbes en conflit dessinent son chemin : un jour parmi la pierre où se raréfie l’air, un autre sous ses pieds s’ouvre la terre ; et il se laissera happer, heureux. A l’aurore, lui aussi naîtra. Mais il ne le saura que bien plus tard et encore — il devra douter des échos qui lui parviendront, qu’il fut. Son coeur, pour l’heure, devra souffrir et apaiser ses turbulents voyages. Connaîtra-t-il du moins la froideur qui lui paraissait l’injonction vraie ? Son regard de rosée le soumettra, toujours — bientôt, il n’espérera plus. Et c’est toujours parmi ses propres ruines végétales qu’il se fraiera son droit chemin.

Un silence adéquat

On ne nous laissera qu’un silence adéquat. Et c’est peut-être là sa volonté. Nous vient d’ailleurs le mur transparent d’une chambre et le décor décevant de la rotation des astres. Nous serions pulvérisés. Voici le théâtre d’amour et les vapeurs de son plancher. Mais nous n’y sommes pas l’herbe qui pousse et nous ne grandissons avec ses fondations, soudain visibles sous la terre limpide, que l’espace d’un spasme bleu comme une mer. Nous nous apprêtions à des remous et toute lèvre en ce bas entremonde n’est plus lors que sa salive facétieuse – ou plutôt inventive. C’est une maison perméable et nous y incidons, c’est un hasard – tu le crois pur, je te retiens, c’est encore une rotation malchanceuse d’êtres. Et ton sourire implose – je t’aurai au moins déçue (voici, ne me dis-je pas sur le moment, feignant de l’oublier, la malfaçon dont je rassure mon esprit de vivre) mais tu n’es plus qu’un râle, alors. J’étais pour oublier que nous étions bien deux, chacun, sans imaginer nos espaces. Alors je cherche un moyen imprévu de t’ennuyer, je voudrais m’anuyter mais on a tout prévu, depuis longtemps déjà, dans ce domaine rétréci qui n’est que chaque brique rencontrée auparavant, et voici bien longtemps déjà, un crépuscule est tombé lentement et il nous a quitté aussi. Ne nous laissant que cette pièce pâle aux murs dévisagés et l’écho de nos chairs, un bavardage inaccessible.

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Les llimites

J’atteignis les limites gémissantes de la ville. A présent sa fureur n’avait plus lieu, je ne concevais plus qu’une extase de pluies intermittentes dans un ciel couvert d’épaisses auréoles, ténues et immobiles quoiqu’un vent les faisait chanter, un vent fuyant et fort, désordonné et gouverneur. C’est au bord de la plaine que je me suis précipité. C’est au bord du silence et du crétinisme absolu. Des mots me venaient qui étaient pareils à des salves, d’insensées détonations que j’entendais d’un battement de coeur et je me vis, parmi l’un d’eux, fêlé en son mouvant milieu, me relevant de chutes successives et drôles : car il n’y avait pas que moi, parmi ces chutes qui, anciennes, s’étaient faites très lentes et qui superposées, se jouaient d’un seul tour dont le centre était volatil et incompréhensible — vous verrez bien, beaucoup plus tard, ce que j’entendis là — ces chutes qui n’en étaient qu’une, qui se décomposaient larmoyantes et qui étaient, d’un coup, mon spectacle cruel, je m’en saisis, ou quelque chose me saisit alors, à ce moment, qui m’y plongea et qui me dicta quelques lignes à partir desquelles je pus bâtir de nouveaux mondes fiers et impavides, que j’allais détruire. Mais entretemps, il y eut le souffle exercé de tant de souvenances douloureuses qui me comprenaient tout aussi bien qu’il s’y jouait de fortes intrusions : ainsi un cheval noir et endormi ruait si violemment parmi son somme que le ciel s’en soulevait et tout le monde eut peur qu’il se plaignît — ou pis, qu’il fût saigné. Et tout le monde s’approcha du cheval qui dormait mal, inconfortablement, proférant des injures incompréhensibles. Nul ne douta, alors, qu’il en voulait particulièrement au ciel et à moi-même, étendu vif riant, jouant d’obscènes comédies pour quelques spectateurs désorientés. Et tout ceci dans une chute, je la vis sous moi, elle se multiplia bientôt, la ville m’y rejoint. "Et vous voyez ce point ?’", me demanda un spectateur. Aussitôt je lui crevai l’autre oeil, m’attendant insouciant à voir un flot de sang jaillir sur moi et ses mes vêtements que j’avais laissés sur le sol. La fracture dont je retenais l’imprononçable nom avait eu lieu, alors j’étais bien vrai et j’allais retourner en ville, j’allais me faire élire et conduire un bel univers aux degrés contrastés de sa déchéance admirable. Ville d’alcooliques ! Et de putains et de gens malheureux ! Ville en parfaite cohérence et d’harmonie parfaite ! A présent je serai ton maître ; déjà tu m’entends.

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L’échec

De grands territoires verts et romancés. Voici où je me trouve. J’y dors. N’y croyez pas. Je veux seulement feindre la vertu. Et puis...

Comprenez l’herbe dont je vous protège, dont je vous rapporte les propos, dont je vous gave. Il ne saurait plus être question ici du clocher de l’église d’un village que l’on n’entend pas, au loin, il n’est ici question que de nature, et de mon destin bucolique.

Je voulais vous envenimer par la racine.

C’est l’échec. Vous n’existez pas et moi non plus. Peut-être pire, la plaine dont la réalité ne se discute pas, mais qui nous extrapole et qui nous juge sur ce délire familier, simiesque, qu’est sa propre vie. Nous sommes prisonniers, il faudra nous y faire, prisonniers d’une pauvre plaine qui n’a que nous pour l’amuser. Et je verdis et vous disparaissez. J’imagine la plaine, encore, je la veux telle qu’hier. Hier était déjà un lendemain sur cette plaine qui s’amuse, qui fait voeu à chaque instant de nous rassembler, de nous clouer à l’herbe et c’est pourquoi je feins, dans une comédie sans fin, cette ignoble pudeur qui me revêt, à chaque instant plus grasse et tout est dévoré par mon nombril, qui lui aussi est une plaine, cernée d’arbres celle-ci, cernée de monts et dans le ciel de lourds nuages : une attraction pressante vous rassemblera sur mon nombril, je le voulais visqueux, à présent vous dansez.

Etes-vous malheureux ?

La connexion

Ce n’est pas l’être ce qui est suprême, c’est la connexion. On ne le voit pas, l’être, dans l’arrière-plan d’une scène de la crucifixion (choisie parmi tant d’autres, nous verrons pourquoi). On voit des caméras superposées projeter leurs ovules dans un ventre de la vierge dame. Si elle ne se révolte pas, c’est avant tout qu’elle dort. Et ces ovules, qui ont une conscience et une grande solitude à voyager, ne se méprennent pas. Ils savent d’avance et sous quel jour naîtra l’enfant Christ. Ils savent aussi bien ce qu’il en adviendra. Ils ne sont pas, comme on paraît le voir, immatériels mais translucides (au fait, il s’agit du vernis qui recouvre la toile, qui la mord), inexpressifs et remarquablement absents. On les connaît surtout en raison de leurs griffes, car elles crispent le visage de la vieille vierge et c’est vrai qu’elle se tord, derrière la douleur, c’est vrai aussi qu’elle se lamente sous la chaise du metteur en scène. Et c’est vrai qu’elle se pâme, qu’elle blémit, qu’elle suinte. Mais à présent, elle dort. Elle ne vit pas : elle se rend à nos jeux.

Le doute

Le doute apparaîtra sur scène comme un être fantomatique, d’une laideur sans commune mesure, au visage décharné, d’une stature maigre et osseuse. La foule des spectateurs autour de lui se bousculera en riant pour le regarder. Des cris d’horreur aussi, des gens qui se reculeront, qui crieront à le voir précisément – et parfois, qui s’évanouiront. L’attraction des spectateurs, mêlée de dégoût et aussi de haine, sera le moteur de la valse chaotique qui jamais n’atteindra l’être, pantelant et comme aveugle, ou perdu, qui agit désordonnément, arraché à un autre monde. La danse solitaire du doute, telle une pantomime isolée parmi un ballet de spectateurs, donnera à penser qu’il y a là superposition de deux mondes, ignorants l’un de l’autre, et comme incapables de communiquer. Une ambiguïté persistera pourtant, comme à cause de la peur des spectateurs engagés sur l’estrade, qui paraissent intrigués et amusés mais malaisés, surtout –- ce qui semble se retrouver particulièrement dans leurs rires, très brefs, arides. Tout se passera comme si on devait éviter de toucher le doute, comme si l’on soupçonnait un risque de contagion à son contact ; celui-ci, pourtant, ne sera jamais confirmé. L’ambiguïté se tiendra, entre une ignorance pure et simple et un évitement systématique et maladif, entre les spectateurs tordus et à l’étroit, et le doute intangible, trop présent, flottant autour de chacune des personnes présentes, sur une estrade délabrée et tapissée de poussière noire.

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Genèse

"Je ne suis pas satisfait !"
L’automutilation.
"Mes plaies ouvertes ressemblent à des bouches. Je voudrais qu’elles se parlent. Je les embrasse tour à tour mais elles n’ont rien pour moi que le goût de mon propre sang."
Lui restait la contemplation immense de ce monde silencieux.

Voilà. Le récit du gamin argenté attablé n’est pas un récit d’origine. Tout le contraire. Un gamin famélique dont la peau argentée peut tromper l’esprit. Pas de Dieu. Pas d’Eve pour cet Adam de mauvaise qualité. La contemplation devint sa seule humanité.


GALERIE

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2004/2018 Revue d'art et de littérature, musique

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